‹ Le Canada sous la domination française [microforme]Chapitre 67 sur 122 · FEU · texte numérisé non relu

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à l'ennemi, sans combat et au moment même où elle allait être secourue ‘, une place forte qui rendait enfin l'Angleterre maîtresse du Canada.

A cette nouvelle, M. de Lévis fit replier, pour la seconde fois, l'armée sur Jacques-Cartier. Quant à l'armée anglaise, elle revint à Louisbourg, après avoir laissé à Québec 8000 hommes de garnison avec le général Murray.

Nous avons souvent parlé de la détresse du Canada et de l’infortune de nos malheureux colons; il faut en reparler encore une fois. Québec et ses environs étaient particulièrement en proie à la misère, à la famine, à toutes les calamités ; une partie de la ville bombardée et brülée ; toutes les habitations de la camr°ene brûlées, piiées ; plus de pain, plus de bestiuux ; rien à manger; plus d'abris ; les familles décimées par la guerre et par les maladies; partout des femmes et des enfants implorant la charité publique. L'évêque de Québec lui-même adressa, le 9 novembre 1759, au ministre de la marine, une lettre touchante, pour lui demander « que l’on fit quelque charité aux pauvres Canadiens sans abris et sans ressources ? ».

Pendant que les événements que nous venons de raconter s'accomplissaient autour de Québec, le centre et la gauche de l’armée anglaise agissaient sur le lac Champlain et sur le lac Ontario.

On se rappelle que le centre des forces anglaises, commandé par le général Amherst, devait s'avancer,

1 Soixante cavaliers qui précédaient l'avant-garde de M. de Lévis étaient déjà eutrés à Québec quand M. de Ramezay capitula.

? On n’envoya rien aux Canadiens. Cent ans après cependant, cette généreuse population a donné 125,000 fr. aux veuves et aux orphelins de uos soldats morts à l’Alma, {Voir le AÆouiteur du 2 mars 1855.)

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avec am moins 12,000 hommes, sur Montréal, par le lac Champlain, et que M. de Bourlamaque, avec 2300 hommes, était chargé de lui barrer le passage; enfin, que la gauche des Anglais, aux ordres du général Prideaux, devait agir contre Niagara, et que là on avait placé le capitaine Pouchot. On sait aussi que les généraux Ambherst et Prideaux avaient ordre de faire tous leurs efforts pour se joindre au général Wolf, surtout le premier, sans la coopération duquel Wolf ne pensait pas pouvoir enlever Québec.

Le général Amherst arriva le 6 juin au fort Édouard, quartier général des troupes anglaises de ce côté de leurs frontières; averti par les défaites des années précédentes, il redoubla de précautions et fit construire à la tête du lac Saint-Sacrement un nouveau fort, le fort George, à la place même du fort William-Henry, que nous avions détruit en 1757. Il marcha ensuite sur Carillon, que les Français firent sauter (26 juillet); Amherst le rétablit sous le nom de Ticondéroga et s'avança sur le fort Saint-Frédéric, que les Français firent aussi sauter (4 août), et que les Anglais rebàtirent aussitôt sous le nom de Crown-Point. M. de Bourlamaque, attaqué par des forces sextuples, craignant d'être tourné et coupé de ses communications avec Montréal, avait battu en retraite devant les Anglais; mais, arrivé au fort de l’Ile-aux-Noix, à l'entrée de la rivière Richelieu, il s'y arrêta et s'y retrancha si fortement, que le général Amherst n'osa pas l’attaquer et ne bougea plus de sa position de Crown-Point, laissant Wolf agir seul sur Québec.

Pendant ce temps, le général Prideaux marchait contre Niagara,où M. Pouchotcommandait 500 hommes; il en avait augmenté les fortifications, mais ses travaux n'étaient pas achevés lorsque, le 6 juillet, les

Anglais qui s'étaient embarqués sur le lac Ontario, à Chouegen, parurent devant Niagara. M. Pouchot donna l’ordre aux commandants des forts Machault, Venango, Presqu'ile, Rivière-aux-Bœufs et Détroit, de se replier avec toutes leurs troupes sur Niagara et de venir à son secours; en effet, MM. de Lignery et Aubry se mirent en marche avec 4600 hommes, dont 1000 sauvages.

Le général Prideaux mit le siège devant Niagara, où le capitaine Pouchot se défendit comme un tel homme pouvait le faire. Malgré la mort du général Prideaux, qui fut remplacé par le colonel Johnson, le siège continua avec vigueur ; les bastions étaient en ruines, les batteries rasées, la brèche praticable. «On ne dormoit plus depuis dix-neuf jours. » M. Pouchot tenait ferme cependant, attendant l’arrivée de MM. de Lignery et Aubry. Mais ceux-ci, trahis par les Indiens qui leur servaient de guides, tombèrent dans une embuscade que Johnson leur avait tendue entre la cataracte et le fort; nos Indiens ne voulurent pas combattre contre les Indiens anglais ; les 600 Français furent écrasés et leurs chefs pris; quelques débris se replièrent sur Détroit, Alors le capitaine Pouchot capitula, étant absolument hors d'état de prolonger d’un jour une aussi vigoureuse résistance (25 juillet).

La prise de Niagara coupa de Montréal les Pays-d'’enhaut et leurs garnisons, et amena les Anglais jusqu'à l'entrée du Saint-Laurent, que le fort Lévis seul fermait de ce côté, Fort-Frontenac n'étant pas encore remis en état de soutenir un siège.

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Victoire de Québec. — Capitulation de Montréal.

1760. On crut d'abord en Europe que la prise de Québec allait terminer la guerre d'Amérique. « Personne n’imaginait, dit Raynal, qu'une poignée de Français qui manquaient de tout, à qui la fortune même semblait interdire jusqu’à l'espérance, osassent songer à retarder une destinée inévitable. » En effet, le Canada n'avait plus de communications avec la France et était épuisé par cinq années de famine ; il manquait de munitions ; il était attaqué par trois armées anglaises aussi nombreuses que la population canadienne tout entière, qu’elles ne parvenaient pas à dompter; il ne fallait point attendre de secours de la France, épuisée elle-même, ruinée!, vaincue en Allemagne et v’ayant plus de marine. Cependant M. de Lévis voulut continuer la guerreet décida qu’on reprendrait Québec. Il comptait empècher ainsi les Anglais d'exécuter les projets qu'ils avaient formés pour se rendre maitres du Canada cette année. Il rassembla à Montréal environ

1 Malgré la détresse, le gaspillage des deniers publics était porté à son comble. M"® de Pompadour recevait, pendant les dix-neuf années que dura « sa faveur », l'énorme somme de 36,924,140 livres de ce temps, environ soit 150 millions de francs aujourd hui. [Voyez le Relevé des dépenses de Madame de Pompadour, mauuscrit des archives de la préfecture de Versailles, publié par M. Le Roi dans les Mémoires de la Société des sciences morales et politiques de Ver— sailles.) Aussi le paysan canadien n’a point pardonné, même de nos jours, à la politique de Louis XV ; et, personnifiant dans un nom cette politique désastreuse qui lui a fait perdre sa nationalité, il accuse eneore « la Pompadour ». (Voy. Ampère, Promenade en Amérique.)

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