‹ Le Canada sous la domination française [microforme]Chapitre 71 sur 122 · TRAITÉ DE PARIS · texte numérisé non relu

TRAITÉ DE PARIS

traient pas longtemps aux gônes qui étouffaient leur commerce et leur industrie, non plus qu'aux prétentions hautaines que l’Angleterre avait déjà plus d'une fois affichées. Mais si ce fut la pensée qui décida M. de Choiseul à signer l'abandon du Canada, quelle fausse et médiocre politique ! Sans doute il était bien de prévoir que les colonies, en grandissant, se détacheraient de l'Angleterre et briseraient un jour sa toute-puissance maritime ; mais ce qu'il était aussi aisé de comprendre, c'est que dans cet immense territoire s’établirait bientôt un empire aussi grand et aussi peuplé que l'Europe, et un empire anglais de mœurs, d'idées, de langage, de religion. Un homme d'État eût risqué la France pour sauver le Canada et conserver à la civilisation latine une part du nouveau continent. Céder, c'était signer l'affaiblissement de notre race; la part que la France a prise à la révolution d'Amérique a bien pu laver son injure, mais elle n'a pas relevé sa puissance abattue »!.

En effet, vingt ans après le traité de Paris, en 1783, le traité de Versailles consacrait l'indépendance des anciennes colonies anglaises devenues la république des États-Unis. Le but des Anglo-Américains était atteint: ils s'étaient servis de l'Angleterre pour vaincre la France et lui enlever toutes les terres qu'elle possédait au sud du Saint-Laurent et des lacs ; puis ils s'étaient servis de la France pour vaincre l'Angleterre :

S'ic vos non vobis…

J'ai souvent entendu demander comment ilse faisait que, au moment où Louis XVI envoyait des secours

! En. LaBourAYr, article sur le premier volume de l'Histoire de

la révolution américaine, de G. Bancroft, inséré dans le Journal des Débats du 28 mai 1852,

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aux colons anglais révoltés contre l'Angleterre, il n'ait pas profité de l'occasion pour reprendre, au moins pour essayer de reprendre le Canada. On trouve l'explication du fait dans l'excellent ouvrage de M. Cor. nelis de Witt sur Jefferson. En demandant à Louis XVI son appui contre l'Angleterre, les États-Unis exigeaient que la France renonçût à reprendre le Canada : les mêmes hommes qui nous en avaient chassés, Washington et Franklin, ne voulaient pas que nous y rentrassions, et, fait étrange, invraisemblable, roi et peuple vont avec enthousiasme au secours des Américains, qui leur imposent de pareilles conditions! Les Canadiens, voyant bien que lesdits Américains vonlaient aussi annexer le Canada à leur république, refusèrent de s'allier avec eux et restèrent soumis à l'Angleterre. Ils ont bien fait.

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