RELATION DE LA BATAILLE DE LA BELLE-RIVIÈRE
Livrée le 9 juillet 1755 par M. de Beaujeu.
M. de Csntrecœur, capitaine d'infanterie, commandant au fort Duquesne, sur la Belle-Rivière !, ayant élé informé que les Anglois armoient dans la Virginie pour le venir attaquer, fut averti peu de temps après qu'ils étoient en marche. Il mit des découvreurs en campagne, qui l’informèrent fidèlement de leur route. Le 7 du courant, il fut averti que leur armée, composée de 3000 hommes de troupes de la Vieille- Angleterre, étoient à 6 lieues de ce fort ; cet officier employa le lendemain à faire ses dispositions, et le 9 il détacha M. de Beaujeu, et lui donna pour seconds MM. Dumas et de Lignery, tous trois capitaines, avec 4 lieutenants, 6 enseignes, 20 cadets, 100 soldats, 100 Canadiens et 600 sauvages, avec ordre de s’aller embusquer dans un lieu favorable qu'il avoit fail connoître la veille. Le détachement se
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trouva en présence de l'ennemi, à 3 lieues de ce fort, avant d'avoir pu gagner son posie. M. de Beaujeu, voyant son embuscade manquée, prit le parti d'attaquer; il le fit avec tant de vivacité, que les ennemis, qui nous ettendoient dans le meilleur ordre du monde, en parurent étonnés ; mais, leur artillerie chargée à cartouches ayant commencé à faire feu, notre troupe fut ébranlée à son tour. Les sauvages, aussi épouvantés par le bruit du canon plutôt que par le mal qu'il pouvoit faire, commencoient à perdre leur terrain, lorsque M. de Beaujeu fut tué. M. Dumas s’appliqua aussitôt à ranimer son détachement; il ordonna aux officiers qui conduisoient les sauvages de s'étendre sur les ailes pour prendre l'ennemi en flanc, dans le temps que lui, M. de Lignery ct les autres officiers qui étoient à la tête des François, attaqueroient de front. Cet ordre fut exécuté si promptement, que les ennemis qui poussoient déjà leurs cris de Vive le Roi! ne furent plus occupés que de bien se défendre. Le combat fut opiniâtre de part et d'autre, et le succès longtemps douteux, mais enfin l'ennemi plia; il chercha inutilement de mettre quelque ordre dans sa retraite. Les cris des sauvages, dont les bois retentissoient, portèrent l'épouvante dans tous les cœurs des ennemis. La déroute fut complète ; le champ de bataille nous resta avec 6 pieces de canon de fonte de 12 et de 6, 4 affûts à bombe de 50, 11 petits mortiers à grenade royale, toutes leurs munitions et généralement tous leurs bagages. Quelques déserteurs, qui nous sont venus depuis, nous ont dit que nous n'avions eu à faire qu'à 2000 hommes, le reste de l’armée étant à 4 lieues plus loin. Ces mêmes déserteurs nous ont dit que les ennemis se retiroient en Virginie: et les découvreurs qu'on a envoyés presque à la hauteur des terres nous l'ont confirmé, en nous rapportant que les 1000 hommes qui n’avoient point combattu avoient également pris l'épouvante et abandonné vivres et munitions en chemin. Sur cette nouvelle, l'on a envoyé un détachement sur la route, qui a détruit ou brûlé tout ce qui pouvoit rester en nature. Les ennemis ont laissé plus de 1000 hommes sur le champ de bataille. Ils ont perdu une grande quantité d’artil-
fort, avant voyant son le fit avec doient dans ; Mais, leur a faire feu, ages, aussi le mal qu'il in, lorsque itôt à raniqui condui..
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lerie, de munitions et de vivres, ainsi que leur général nommé M. Braddock et presque tous leurs officiers. Nous avons eu 3Sofficiers de tués et 2 de blessés, 2 cadets blessés. Un tel succès, que l’on n’avoit pas lieu de se promettre, vu l'inégalité des forces, est le fruit de l'expérience de M. Dumas, et de l’activité et de la valeur des officiers qu’il avoit sous ses ordres.
Dépôt de la guerre, vol. 3404, pièce 189, — Non signé.
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