LETTRE DU BARON DE DIESKAU AU COMTE D'ARGENSON
Pour lui rendre comple de sa défaile et de sa captivité.
Au camp de l’armée angloise, sur le lac du Saint-Sacrement, le 14 septembre 1755.
Monseigneur, j'ai eu l'honneur de vous rendre compte de tout ce qui intéressoit le service jusqu’à mon départ pour le fort de Saint-Frédéric.
Sur des nouvelles assez incertaines des desseins des Anglois de ce côté-là, je m'y portai avec 3000 hommes, dont 700 de troupes réglées, 1600 Canadiens et 700 sauvages ; j'arrivai au fort Saint-Frédéric, le 16 ou le 17 août; une partie des troupes m'avoient devancé, le reste m'y joignit aussitôt.
Avant de partir de Montréal, j'avois déjà plusieurs raisons qui me faisoient suspecter la fidélité des Iroquois domiciliés, tant du sault Saint-Louis que du lac des Deux-Montagnes, dont le nombre passoit 300 et faisoit la moitié des sauvages qu'on m’avoit donnés ; je le représentai plusieurs fois à M. de Vaudreuil, qui ne voulut jamais en convenir; mais à peine fus-je arrivé au fort Saint-Frédéric, que j'eus occasion de lui en fournir des preuves encore plus claires.
Pendant plus de quinze jours que je fus campé sous ce fort, je n'eus que des mauvaises difficultés à essuyer de la part des sauvages ; les bons étoient gâtés par les Iroquois. Jamais je ne pus obtenir d'eux une découverte fidèle : tantôt ils refusoient d’en faire, tantôt faisant semblant de m'obéir, ils partoient; mais, à quelques lieues du camp, ils renvoyoient les François que je leur avois joints, et revenoient peu de jours après sans m'apporter aucune nouvelle. Telle a
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