‹ Le Canada sous la domination française [microforme]Chapitre 76 sur 122 · NU LE Î · texte numérisé non relu

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été la conduite des sauvages causée pur les Iroquois ; mes lettres du fort Saint-Frédéric à M. de Vaudreuil et à M. Bigot développent suffisamment le détail de leurs mauvaises menées.

Enfin, le 27 d'août, un nommé Boileau, Canadien, arriva de la découverte et m'apprit que 3000 Anglois environ étoient campés à la maison de Lydius', où ils construisoient un fort, qui étoit déjà très avancé. Sur le champ, je pris le parti d'aller en avant et de me poster dans un lieu avantageux, soit pour attendre l'ennemi s’il avançoit, ou pour le prévenir moi-même en allant le chercher.

En arrivant à ce poste, quelques Abénaquis, qui avoient été à la découverte à l'insu des Iroquois, m'amenèrent un prisonnier anglois, qui me dit que le gros de l'armée angloise étoit décampé de la maison de Lydius, et qu'il n’y étoit resté que 500 hommes pour achever le fort, mais qu'on y attendoit 2400 hommes qui devoient aller au lac Saint-Sacrement y construire aussi un fort.

Sur cet avis, je me déterminai à laisser le gros de l'armée dans le lieu où j’élois, et de prendre avec moi un corps d'élite, pour marcher à la légère, venir surprendre le fort de Lydius et enlever les 500 hommes qui étoient campés sous ce fort, hors de l'enceinte. Mon détachement étoit composé de 600 sauvages, 600 Canadiens et 200 hommes de troupes réglées de la Reine et de Languedoc. J’avois quatre jours de marche, soit par eau ou au travers des bois, pour me rendre à la maison de Lydius. Tous montroient une ardeur qui répondoit du succès ; mais le quatrième jour, qui devoit être favorable aux armes du Roi, fut le commencement de notre malheur.

Les Iroquois refusèrent net de marcher pour attaquer le fort, ou plutôt le camp des 500 Anglois; mais, voyant que j'étois résolu de me passer d’eux, et que les autres sauvages éboient disposés à me suivre, ils firent semblant de revenir de leur dessein, me firent faire des excuses et se

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Ma marche étoit combinée : je devois arriver à l'entrée de ja nuit à ce fort et brusquer l'attaque ; mais les Iroquois, qui s'étoient mis les premiers de la marche, sous prétexte de zèle, firent prendre une fausse route, et, quand on vint me le dire, il n'étoit plus temps d'y remédier; en sorte que, la nuit venue, j'étois à une lieue de ce fort, sur le chemin qui conduit de là au lac Saint-Sacrement.

Un courrier qui fut tué et dont on m'apportia la dépêche, et quelques prisonniers qu’on m'amena, m'apprirent qu'il y avoit auprès du lac environ 3000 Anglois de campés, et qu'on n’y savoit que confusément l’état de mes forces. Je fis proposer aussitôt aux sauvages le choix d’aller le lendemain attaquer le fort, ou d'aller combattre cette armée. La voix des Iroquois, qui prévalut, fit déterminer au dernier parti.

Le lendemain, 8 septembre, je me mis en marche. Après avoir fait environ » lieues, vers les dix heures, les coureurs me rapportèrent qu'ils avoient vu un gros de troupes qui marchoit au fort; un prisonnier fait sur l'heure me le confirma. C’étoient 1000 hommes au plus, partis du camp pour aller au secours du fort. Je fis à l'instant mes dispositions ; j'ordonunai aux sauvages de se jeter dans la profondeur du bois, de les laisser passer pour les prendre par derrière; aux Canadiens de les prendre en flanc, tandis qu'avec les troupes réglées je les attendrois de front.

C'est ici le moment de la trahison : les Iroquois, qui étoient à la gauche, se montrèrent avant le temps et ne tirèrent point; les Abénaquis, qui étoient à la droite, se voyant découverts, attaquèrent seuls, avec quelques Canadiens, l'ennemi en front et le mirent en fuite. Je me pressai aussitôt de les joindre, pour entrer avec les fuyards dans leur camp, quoique j'en fusse encore à plus d'une licue.

Cependant les Iroquois s’attroupèrent sur une hauteur, sans vouloir avancer; quelques-uns voulurent même contraiudre les Abénaquis à relâcher trois Aguiers qu'ils avoient

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pris dès le commencement du choc. J'ignore les suites de cette dispute; mais les Abénaquis, voyant les Iroquois immobiles, s’arrêtèrent aussi, et les Canadiens, voyant la retraite des uns et des autres, en furent intimidés.

Comme j'étois près du camp ennemi, et en face du canon, je m'avançai avec les 200 hommes de troupes réglées pour m'en saisir, persuadé que les Canadiens ne m'abandonneroient pas, et que les sauvages reviendroient peut-être, mais inutilement. Les troupes réglées eurent sur elles tout le feu ennemi et y périrent presque toutes; je fus jeté à terre par trois coups de feu, dont aucun n'étoit mortel; mais j'en reçus un quatrième qui passa d'une cuisse à l’autre en traversant la vessie.

J'ignore dans ce moment quel sera mon sort, Je recois tous les secours possibles de M. de Johnson, général de l'armée angloise, tels qu’on peut attendre d'un galant homme, plein d'honneur et de sentiment. Le sieur Bernier, mon aide de camp, est prisonnier avec moi; il a été assez heureux pour n'avoir qu’une légère contusion d’un éclat envoyé par le canon. Je ne sache pas qu'il y ait d'autre officier de pris.

Si l’état de mes blessures m'ôtoit l'espérance de retourner en Europe, et que le sieur Bernier y aille, il pourra vous donner, Monseigneur, un détail plus ample de cette affairc et de tout ce que ma situation ne me permet pas de vous exposer,

Je vous supplie, Monseigneur, d’avoir égard à son zèle pour le service et à l'attachement qu'il a eu pour moi. J'ai l'honneur d'être, etc.

Le baron DE DIESKAU.

Dépôt de la guerre, vol. 3405, pièce 80, — Original.

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