‹ Le Canada sous la domination française [microforme]Chapitre 77 sur 122 · PREMIÈRE LETTRE DE M. DE MONTREUIL · texte numérisé non relu

PREMIÈRE LETTRE DE M. DE MONTREUIL

Sur le mauvais élat des affaires en Canada et sur Le baron de Dieshau.

De Montréal, ce 10 octobre 1755.

La colonie menace ruine ; beaucoup d'Anglois à combattre; les magasins dépourvus ; la terreur dans le pays; beaucoup de brigues. M. Dieskau ne travailloit aux opérations de la campagne qu'avec MM. Péan et Mercier, officiers de la colonie; il avoit fait le premier, major des troupes de la colonie, et le second, maréchal des logis de l'armée. M. Dieskau, ambitieux, n’a cru de réussir qu’en s'en rapportant à eux seuls pour le conseil et le soin de faire subsister ; cette unique confiance avoit mécontenté les commandans et les officiers, qu'il menoit un peu à l’allemande. 1l n’est regretté de personne. J'avois redoublé mes soins auprès de lui. La Colonie a besoin d'un commandant doux, incorruptible, incapable de se laisser mener par personne, égal pour tout le monde. Il n'y auroit pas trop de deux commandans de ce caractère. M. Dieskau étoit un vrai grenadier; il n’a eu que moi à l'accompagner aux coups de fusil. Je vous prie d'assurer à M. d'Argenson qu'il n'a jamais voulu se laisser emporter; il étoit en avant des Canadiens; le détachement de troupes réglées qui étoit à la droite n'étoit pas à portée de l'enlever. M. Dieskau, par complaisance pour les officiers de la colonie, donnoit l'ordre signé de lui au major des troupes de la colonie; il m'avoit défendu d'avoir aucune inspection

* Le chevalier de Montreuil était aide-major général de l’armée; il devint major général.

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sur les Canadiens ou sur les troupes de la colonie; je lui ai toujours laissé faire ce qu'il a voulu, mon brevet n'est que pour les troupes de France. II y a beaucoup de jalousie entre les officiers de la colonie et les officiers de France à l'égard du traitement.

Dépôt de la guerre, vol. 3417, pièce 10. — Copie de l’époque, faite par M. d'Abadie,

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