LETTRE DE M. DE MONTREUIL
Sur l’état de la colonie et sur le baron de Dieskau.
À Montréal, ce 12 juin 1756.
Je suis très content de M. de Montcalm; je ferai l'impossible pour mériter sa confiance; je lui ai parlé dans les mêmes termes qu'à M. Dieskau, les voici : Ve vous en rapportez jamais qu'aux troupes de terre pour une expédition, mais aux Canadiens et sauvages pour inquiéler les ennemis; euvoyezmoi porter vos ordres dans les endroits périlleux, ne vous etposez point. M. de Vaudreuil est prévenu contre M. Doreil, commissaire ordonnaieur, et moi, parce qu'il croit que nous rendons compte à la Cour de ce qui se passe; je vais toujours mon train en prenant les précautions possibles ; je lui fais continuellement ma cour. Les officiers de la colonie n'aiment pas les officiers de terre. Il est incroyable combien le luxe règne dans ce pays-ci, et combien le Roi est volé par la mauvaise administration des affaires. Tous les Francois qui arrivent ici sont révoltés de la consommation qui se fait ici; le gouverneur et l’intendant sont trop doux et trop relâchés dans un pays où il faudroit user d'une plus grande sévérité que partout ailleurs. 11 n’y a point de police. Le Canadien est indépendant, méchant, menteur, glorieux, fort propre pour la petite guerre, très brave derrière un arbre et fort timide lorsqu'il est à découvert. Je crois qu'on sera sur la défensive de part et d'autre. M. de Montcalm ne me paroît pas avoir envie d'attaquer les ennemis; je crois qu'il a raison : dans ce pays-ci 1000 hommes en arrêteroient 3000; les ennemis sont plus nombreux que nous de 3000 hommes au moins. Je compte partir dans le courant de juillet avee M. de Mont-
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