‹ Le Canada sous la domination française [microforme]Chapitre 81 sur 122 · TAUR · texte numérisé non relu

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calm. J'ai reçu vos deux lettres par duplicata et une autre d'une écriture ordinaire; je serois inconsolable si vous me désapprouviez, Dans le fond de votre cœur, vous ne pouvez pas me donner une preuve plus certaine de votre amitié que de me reprendre quand j'ai tort, Il étoit moralement sûr que le détachement étoit entièrement détruit, si j'eusse retourné à M. Dieskau; je l’aurois enlevé de force si j'avois eu quatre hommes avec moi lorsqu'il fut blessé aux deux cuisses, mais j'étois seul avec lui; j'appelai deux Canadiens qui étoient les seuls à portée de nous : l’un fut tué auprès de M. Dieskau et de moi, et l'autre fut blessé, Je venois aussi de l'être au bras. Je lui envoyai ses valets en allant à l'attaque de la droite ; il les renvoya après avoir fait mettre à côté de lui s4 redingote et sa veste; il ne tenoit qu'à lui de s'éloigner après sa première blessure, qui éloit légère, et je l'y exhortai beaucoup. M. Dieskau, dit-on, se porte bien. Les trois commandans sont arrivés de France avec le renfort ; je ne serois jaloux que de bien faire; je ne m'arrèterai point aux minuties; personne n’est plus appliqué que moi à son métier. ‘espère que cette campagne me donnera occasion de mériter bon jour, J'ai reçu une lettre de M. le comte d'Argenson, pleine de bontés; j'ai eu l'honneur de lui écrire. On ne peut pas vous aimer plus que je vous aime; je vous embrasse mille et mille fois. Je suis déjà très bien avec M. de Montcalm ; j’entrerai en campagne avec lui dans le courant de juillet, je ferai en sorte qu'il soit content de moi. Il me donne beaucoup plus d'occupation que ne faisoit M. Dieskau ; je ne suis jamais plus content que quand j'ai beaucoup d’ouvrage.

Dépôt de la guerre, vol. 3417, pièce 140, — Original chiffré, non signé.

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LETTRE DE M. LE MARQUIS DE VAUDREUIL, GOUVERNEUR DU CANADA, A M. DE MACHAULT, MINISTRE DE LA MARINE.

M. de Vaudreuil se plaint des mauvais trailements qu'endurent les milices canadiennes et les sauvages de la part de M. de Montcalm et des officiers des troupes de France.

Le 23 octobre 1756.

Je n’ai pas grand'chose à avoir l'honneur de vous dire à l'égard des troupes de terre qui sont dans la colonie : elles sont généralement bonnes, et je suis bien persuadé que dans une action elles combattroient avec distinction; mais jusqu'à présent elles ne sont pas absolument signalées. Je leur rends cependant la justice qui est due à la fermeté avec laquelic elles se sont comportées pendant l'expédition de Chouagen:; mais l'ennemi ne leur a pas donné le temps d'opérer ni même de tirer un seul coup de fusil; c’est seulement une partie des troupes de la colonie, des Canadiens et des sauvages, qui a attaqué les forts. Notre artillerie a été dirigée par M. le chevalier Lemercier et M. Frémont, et elle n'a été servie que par nos canonniers bombardiers et nos canonniers de milice,

MM. les officiers de troupes de terre sont plus portés pour la défensive que pour l'offensive; ils ont même dit qu'ils ne faisoient jamais la petite guerre, qu'ils n’étoient pas venus dans la colonie pour cela; les propos qu'ils ont tenus n'ont pas même laissé de faire quelque impression. Bien loin de faire la moindre dépense, ils épargnent leurs appointemens. Les rafraichissemens qu'ils ont eus par le passé (qu’on a élé

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obligé de leur payer en argent, la colonie ne pouvant les fournir), leur ont fait une somme après la campagne; ils économisent aussi sur leurs vivres; ils s'en font délivrer des certificats sous des noms empruntés, et en recouvreront le payement à leur retour.

Il en est de même des soldats : ils ont été équipés chaque fois qu'ils ont entré en campagne; ils vendent également leurs vivres au Roi et en recoivent le payement,

J'ai travaillé conjointement avec M. Bigot à remédier à tous ces abus; le règlement que nous avons fait, conformément aux ordres du Roi, diminue considérablement les dépenses que S. M. a faites à ce sujet; M. le marquis de Montcalm a beaucoup réclamé de ce règlement, mais il n’est pas possible d'y rien changer.

Les troupes de terre sont difficilement en bonne union et intelligence avec nos Canadiens ; la facon haute dont leurs officiers traitent ceux-ci produit un très mauvais effet. Que peuvent penser des Canadiens les soldats qui voient leurs officiers le bâton ou l'épée à la main sur eux, chaque fois que l'envie ieur prend d'aller à terre? Les Canadiens sont obligés de porter ces messieurs sur leurs épaules dans les eaux froides, en se déchirant les pieds sur les roches, ct, si par malheur pour eux ils font un faux pas, ils sont traités indignement. Est-il de condition plus dure ? Enfin M. de Montcalm est d'un tempérament si vif, qu'il se porte à l'extrémité de frapper les Canadiens. Je lui avois recommandé instamment d’avoir attention que MM. les officiers des troupes de terre n’eussent aucun mauvais procédé envers eux ; mais comment contiendroil-il ces officiers, puisqu'il ne peut pas lui-même modérer ses vivacités? Est-il

l« Le marquis de Vaudreuil et M. Bigot m’ont communiqué un ordre qu’ils ont reçu de M. le Garde des sceaux, par lequel on doit retrancher, la campagne prochaine, tout le traitement qu'on a accordé aux officiers pour subsistances, même le vin, et les réduire à la simple ration comme le soldat, sauf à eux à se pourvoir, comme bon leur semblera, pour le surplus, » (Zætrait d'une lettre du marquis de Montcalm.)

d'exemple plus contagieux? Voilà de quelle facon nos Canadiens sont menés. Ils mériteroient un traitement bien plus doux : ils n'ont jamais manqué de sentiment ; ils ont donné dans toutes les occasions des preuves surprenantes de leur bravoure ; ils font toutes les découvertes et les campagnes les plus pénibles; si dans la quantité des vivres il s’en trouve de mauvais, ils sont obligés de les manger, tandis que les troupes en ont qui sont bons; ils abandonnent leurs terres et leurs familles pour la défense de la colonie; ils épuisent la vigueur de leur tempérament à mener les bateaux pour les transports des troupes, approvisionner les armées et les postes, et cela sans marquer la moindre répugnance. Ils sont toujours prêts et d’une bonne valonté merveilleuse ; mais ils m'ont témoigné leur mécontentement, et il ne faut rien moins que leur aveugle soumission à tout ce que jeleur commande pour que, dans bien des occasions, et principalement à Chouagen, plusieurs d’entre eux n'aient marqué leur sensibilité. Je puis, Monseigneur, vous assurer qu'ils se comporteront toujours avec le même zèle, par le soin que j'aurai de les piquer d'honneur et leur assurer un traitement plus doux dans les suites.

Autant les Canadiens sont d’un caractère doux et soumis, autant les sauvages sont-ils susceptibles. Ils se sont plaints amèrement de la facon haute dont M. de Montcalm les a menés à Chouagen. Sans mon frère, les sauvages, qui se voyoient obligés d'abandonner leur petit pillage à l’avidilé des grenadiers, auroient pris un parti très contraire aux intérêts de la colonie.

Tous les sauvages, et même les Abénaquis, Nipissingues et Algonkins, de Saint-François et de Bekancourt, qui, de tout temps, ont été nos plus fidèles alliés, n’hésitèrent pas à me dire, après la campagne de Chouagen, qu'ils iroient partout où je les envoyerois, pourvu que je ne les misse pas sous les ordres de M. de Montcalm. Cependant vous avez vu que j'en avois fait passer environ 600 à Carillon; mais ils sont revenus plus pressés qu'ils ne l’avoient été ; ils m'ont dit positivement qu'ils ne pouvoient supporter les

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vivacités de M. de Montcalm ; il n’a voulu écouter aucune de leurs représentations; en vain les chefs lui proposoient d'aller en parti (sur les connoissances qu'ils avoient du lac Saint-Sacrement) dans les lieux où ils seroient le plus à portée de frapper ou de faire des prisonniers : il ne vouloit pas les écouter. Je maintiendrai toujours la plus parfaite union et intelligence avec M. le marquis de Montcalm ; mais je serai obligé, la campagne prochaine, de prendre des &rrangemens pour que nos Canadiens et sauvages soient traités avec le ménagement dont leur zèle et leurs services les rendent dignes.

Dépôt de là guerre, vol. 3457, pièce 163, — Copie.

EXTRAITS D’UNE LETTRE DÙ MARQUIS DE MONTCALM AU COMTE D’ARGENSON, MINISTRE DE LA GUERRE,

Sur MM. de Lévis, de Bourlamaque, de Bougainville et de Montreuil ; sur le fort Carillon el la situation critique de la colonie, et sur la lrahison de l'otage anglais Robert Stobo.

À Montréal, le 1° novembre 1756.

.. M.le chevalier de Lévis a fort bien pris avec les

! Il est bon de mettre le lecteur en garde contre la perfidie de cette lettre et les insinuations mensongères qu'elle contient contre le manque de courage, l’avarice et la cupidité des officiers venus de France. Si l'on croyait M. de Vaudreuil, ce serait lui et M. Bigot qui auraient fait leurs efforts pour arrêter les prévarications de M. de Montcalm et de ses officiers À

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troupes. Il a un ton très militaire, de la routine de commandement; il n’est pas étonné ; il sait prendre un parti, être ferme à s'écarter d'ordres donnés de soixante lieues, quand il les croit contraires au bien, par des circonstances qu'un général éloigné n’a pu prévoir. Il a fait un bon choix du sieur de Fonbrune, lieutenant de grenadiers de la Marine, que vous lui avez permis d'amener et que vous avez fait capitaine réformé : c'est un homme de guerre, de be 2ns, laborieux et très utile à M. le chevalier de Lévis...

M. de Bourlamaque, qui a dû quitter hier l'armée, avec la première division, se rendra à Québec; ill’a même désiré à cause de sa mauvaise santé. « Point de crainte sur cet » article, auquel on ne croit pas : il vouloit que je vous en » écrivisse pour vous préparer à la demande de son retour. » Il n’a pas encore le ton du commandement ; trop pour la » minutie ; trop à la lettre pour des ordres donnés par un » général, de 80 lieues, qui ne sait pas parler guerre ‘. M. le » chevalier de Lévis reçoit comme moi des ordres, lettres » écrites avec duplicité qu’on ne peut excuser ; cependant, » dans le cas d'échec, on pourroit nous blâmer; ce n’est pas » plainte, car je n’en écris rien à M. de Machault?; mais » vous devez savoir le critique de ma position, que M. le » chevalier de Lévis a marqué beaucoup à ses parens *. »

J'ai l'honneur de vous envoyer un plan du fort de Carillon que M. Germain, capitaine au régiment de la Reine, a fait pour vous être présenté de sa part. « Ce fort, rempli de dé- » fauts, sert à enrichir l'ingénieur du pays, parent de M. de » Vaudreuil. L'ennemi a toujours l'avantage d’un mois de Ÿ Campagne où nous ne pourrons le secourir... Notre situa- » tion est critique, manque de vivres; la récolte a manqué, » ce qui oblige de mettre de l’avoine avec le blé. M, de » Vaudreuil et M. Bigot ont écrit fortement à M. de Ma- » Chault, reprochant de n'avoir pas envoyé les vivres de-

* Montcalm fait allusion au marquis de Vaudreuil. ? Ministre de la marine.

* Nous mettons entre « » ce qui était en chiffres dans l'original.

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l'armée, avec ’a même dérainte sur cet e je vous en le son retour.

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dans l'original.

» mandés l'hiver dernier ; s’il n’en vient pas de bonne heure, » on ne pourra rien faire contre l’ennemi. »

J'ai fait avec attention la revue de nos six bataillons; j'en joins l'extrait à cette lettre. Vous y verrez, Monseigneur, le nombre de recrues qu'il nous faut. M. le marquis de Vaudreuil demande une augmentation de troupes de terre; et, comme il est encore indécis sur le nombre &t sur la forme, je vous en écrirai séparément. « Il demande beaucoup en » même temps de quoi les nourrir, et que, manque de vi- » vres, il renverroit deux des six bataillons ; par cette » raison on a envoyé nombre de prisonniers en Angleterre » et en France... M. de Montreuil, brave homme ; point de » détail ni de talent pour l'état de major général. »

M. de Bougainville vous regarde comme son protecteur à la guerre et son Mécène dans la république des lettres ; s'occupant beaucoup de son métier, il ne perd pas de vue l'Académie des sciences ; il a vu par les nouvelles publiques qu'il y vaquoit une place de géomètre, à laquelle il auroit cru pouvoir aspirer par vos bontés et son ouvrage, s'il eût resté en France ; est-ce que d'être en Amérique passagèrement et pour le service du Roi lui en donneroit l'exclusion ? Ne pourroit-on pas la lui conserver en la laissant vacante, comme vous avez la bonté de faire pour les lieutenances colonelles ? Je vous en serois bien obligé en mon particulier.

…. Nous avons ici les otages anglois donnés pour l'exécution de la capitulation du fort de la Nécessité. Vous avez vu par les pièces prises au général Braddock que le capitaine Robert Stobo, l'un d'eux, envoyoit des plans. On instruit leur procès par ordre du Roi; on suspendra l'exécution du jugement. M. de Vaudreuil tiendra avec des ofticiers de la colonie le conseil de guerre qui doit les juger...

Dépôt de la guerre, vol. 3417, pièce 288. == Original en partie chiffré.

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LETTRE DU CHEVALIER DE LÉVIS AU MARQUIS DE PAULMY, MINISTRE DE LA CUERRE.

Il expose quelles sont ses règles de conduite el fait connaître le plan général des opérations pour la campagne de 1757.

A Montréal, le 30 juin 1757.

Monseigneur, M. le comte d’Argenson m'a toujours honoré de ses bontés ; quoique je me flatte de les retrouver en vous, je ne puis qu'être très fâché de sa disgrâce; permettez-moi, Monseigneur, d’avoir l'honneur de vous témoigner la part que j'y prends, comme celle de vous le voir remplacer dans toutes ses charges ; permettez-moi de mettre sous votre enveloppe une lettre pour lui que je vous supplie de lui faire passer.

J'ai l'honneur de vous envoyer aussi les duplicata de la dernière lettre que je lui ai écrite.

M. le marquis de Montcalm m'a communiqué le compte qu'il vous rend de la situation de cette colonie et de l’état de nos troupes de terre; je n'ai rien à y ajouter, et il est conforme en tout à ma facon de penser. Je puis vous assurer que nous vivons dans la plus grande intelligence, et que nous ne négligeons rien de ce qui peut tendre au bien du service. Je ne puis aussi que me louer de M. le marquis de Vaudreuil ; quand on est aussi: éloigné, il faut toujours être d'accord avec tout le monde, lever les difficultés et n'avoir à cœur que le bien du maître; je me conduis sur ces principes, dont je ne m'écarterai jamais. Je vous supplie d’en être bien persuadé et d'en assurer Sa Majesté.

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