‹ Le Canada sous la domination française [microforme]Chapitre 84 sur 122 · TRE · texte numérisé non relu

TRE

Henry.

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à couvert écessité de Canadiens plus loin; incertains, de soi que ivie de la us procure mes penllerie, plus

de munitions que nous n'en avons employé à un siège considérable pour l'Amérique, puisque la place ne s'est rendue qu'au bout de six jours d'investissement et cinq jours de tranchée ouverte. La célérité de nos travaux étonne toujours l'ennemi.

J'avois à prendre un fort soutenu par un camp retranché, et dans l'un et l’autre il y avoit 2400 hommes de troupes que j'eusse faits prisonniers si la colonie avoit eu des vivres. La clause de ne pas servir de dix-huit mois lui est plus avantageuse. J’avois à craindre le secours du général Webb, qui avoit rassemblé 6000 hommes à 6 lieues d'ici; et j'ai été obligé de faire combler en plein jour un bout de marais pour mener le canon à une quatrième batterie établic au pied du glacis. Ce que j'estime davantage dans cette opération, dans une colonie où les hommes sont si rares, [c'est que] nous n'avons eu que 53 hommes tués ou blessés. Dès la prise du fort, j'ai dépêché M. de Bougainville, l’un de mes aides de camp, à M. le marquis de Vaudreuil, pour qu'il püt de suite informer la Cour de cet événement; je n'ai pas eu le temps de vous écrire et je m'en rapporte au détail qu'il vous enverra. Je ne puis que me louer également du zèle des troupes de terre, de la marine et des Canadiens ; j'ai été très bien secondé par MM. de Lévis, de Rigaud de Vaudreuil et de Bourlamaque. J'aurai l'honneur, dans ma première, de vous en écrire plus en détail.

Je ne puis vous dissimuler que la capitulation a malheusement souffert quelques infractions de la part des sauvages; mais ce qui seroit une infraction en Europe ne peut être regardé comme tel en Amérique, et j'en ai écrit avec fermeté au général Webb et à mylord Lawdon pour leur ôter toute envie de ne la pas tenir sous un léger prétexte.

En même temps que j'ai recu la lettre dont vous m'avez honoré pour m'apprendre que j'avois une place de commandeur dans l'ordre de Saint-Louis, j'ai reçu l'état des grâces accordées au corps de troupes que j'ai l'honneur de commander ; je vous en fais mes remerciments. Je me réserve de vous écrire à la fin de la campagne en détail sur cet article

Don. et de vous proposer celles dont je crois susceptibles les im 5 officiers de nos bataillons, et je vous supplie d'être favorable le 1 à mes demandes, Il importe au service du Roi que des str KR troupes expatriées soient bien traitées, surtou‘ quand elles Sal ‘É servent avec autant de zèle et qu'elles se prêtent à tout: de Pau guerre, travaux, réduction de vivres, marches, expéditions lie à avec la peau d'ours, détachements d'hiver sur les glaces. les Nos bataillons vont s'occuper le reste de la campagne, Sa suivant les intentions de M. le marquis de Vaudreuil, à di- m vers travaux de fortifications, et grands chemins nécessaires tiè en temps de guerre et utiles en temps de paix. for Soyez persuadé, Monseigneur, de toute la reconnoissance cal que j'ai de vos bontés ; je vous en demande la continuation | ap] = pour moi ct pour mon fils. J'y compte aussi essentiellement mê que sur celles dont m'honoroit M. le comte d'Argenson : comp- Lifs tez aussi sur un attachement inviolable ; j'y joins un respect ] infini, avec lequel je suis, Monseigneur, votre très humble M. et très obéissant serviteur. div Nos officiers du corps royal, nouvellement arrivés, ont el. servi avec grande distinction et utilité. pal d'o Die CoI bla Lior mo XII for sat LETTRE DE M. DE BOUGAINVILLE AU MINISTRE DE LA GUERRE. der Contenant la relation de la prise du fort George HAS où William-Henry. [ dar et ‘ À Montréal, le 19 août 1757.

Les deux dernières lettres de M. le marquis de Montcalm, réa

en date du mois de juillet, vous préparoient des événements de

tibles les favorable que des 1iand elles t à tout:

péditions laces,

ampagne, puil, à diécessaires

noissancee itinuation tiellement on : COMPun respect s humble

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\ GUERRE

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Jût 1757.

[ontcalm, énements

importants : l’une vous annonçoit son départ de Montréal, le 12 juillet, pour aller faire le siège du fort George, construit par les Anglois en 1755 et 1756 au fond du lac Saint- Sacrement et appelé par eux Guillaume-Ilenry ; l'autre, écrite de Carillon, vous rendoit compte de la course de M. Marin, lieutenant des troupes de la colonie, sur le fort Lydius, que les Anglois nomment Édouard, et du combat sur le lac Saint-Sacrement, dans lequel M. de Corbière, lieutenant des mêmes troupes, à la tête d'un corps de sauvages, avoit entièrement défait un détachement anglois de 350 hommes. Le fort Guillaume-Ilenry est pris, et M. le marquis de Montcalm, occupé des suites de cette conquête, m'a chargé d'en apporter la nouvelle à M. le marquis de Vaudreuil, e en même temps de vous rendre compte de tous les détails relatifs à cette expédition.

M. le marquis de Montcalm, suivant les intentions de M. de Vaudreuil, avoit, aussitôt après son arrivée à Carillon, divisé les milices par brigades, distribuées par compagnies et mêlées de quelques soldats de la marine et commandées par des officiers de ce corps. Cet arrangement mettoit plus d'ordre et de facilité dans leur service. Il avoit aussi, des compagnies détachées de la marine, formé un bataillon semblable aux nôtres et destiné à rouler avec eux. Son attention avoit été de placer dans ce bataillon les officiers les moins propres, par leur âge ou par la diminution de leurs forces, à faire les courses de pied avec les Canadiens et les sauvages. Le sieur de Villiers, capitaine des troupes de la marine, connu par le rôle qu'il a joué dans la campagne dernière, étoit à la tête d’un corps de 300 volontaires canadiens.

L'armée ne fut entièrement rassemblée à Carillon que dans les derniers jours de juillet. Telles en étoient la force etla composition... À

Ÿ Nous résumons dans cette note de longs tableaux, desquels il résulte que l’armée du roi surle lac Saint-Sacrement se composait de 8013 hommes, savoir :

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Avant le départ pour le fort Guillaume-Henry, l'armée étoit distribuée de la façon suivante : M. de Rigaud occupoii la tôle du portage et quelques postes avancés avec le bataillon de la marine, les milices et les sauvages ; les bataillons de la Reine, la Sarre, Languedoc et Guyenne, campoient trois quarts de lieues plus bas, à la chute des eaux du lac Saint-Sacrement, aux ordres de M. le chevalier de Lévis; ceux de Royal-Roussillon et de Béarn étoient à Carillon, où ils avoient ouvert la campagne avec M. de Bourlamaque.

Le 25 juillet, M. le marquis de Montcalm s'établit de sa personne à la tête du portage pour en accélérer les travaux; avec toute l’activité imaginable de la part des chefs, le plus grand zèle de la part des troupes, ce portage d'une artillerie considérable, de munitions de guerre de toutes espèces, de vivres pour nourrir l'armée pendant près d'un mois, de 250 bateaux, de 200 canots, ne put être achevé que dans la nuit du 31 juillet au 1°" août : nous n'avions ni bœufs ni chevaux; tout se faisoit à bras d'hommes et, dans les derniers jours, les brigades entières, leurs lieulenants-colonels

Troupes réglées, 7 bataillons, 3081, divisées en 5 brigades, Milices, 7 brigades, 2946, divisées en 7 brigades, comptant 5500 hommes présents, Artillerie, ig8.

{domiciliés..,,..... 820 avec 10 officiers français, Sauvages 6 interprètes, de 3 missionnaires, 33 nations fdes Pays-d'en-haut.. 986 avec 7 officiers français, 5 interprètes.

Les brigades des troupes réglées étaient :

La brigade de la Reine, composée de 3 bataillons des régiments de la Reine, de Languedoc et de la Marine. — La brigade de la Sarre, composée de 2 bataillons des régiments de la Sarre et de Guyenne. — La Lrigade de Roussillon, composée de 2 bataillons des régiments de Royal-Roussillon et de Béare.

Les brigades des milices étaient aux ordres de MM. de la Corne,

de Vassan, de Saint-Ours, de Répentigny, de Courtemanche, de Gaspé et de Villiers.

l'armée occupoit :c le bas batailimpoient IX du lac e Lévis; Carillon,

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à la tête, se relecvoient pour cet ouvrage aussi long que pénible.

Comme la quantité de bateaux n'eût pas été suffisante pour embarquer toute l'armée, que d'ailleurs il éloit néces= saire que les bois le long desquels elle devoit naviguer eussent été fouillés, que les débarquemens fussent sûrs et reconnus, M. le marquis de Montcalm prit ses mesures pour qu'un corps de 2000 hommes, non compris les sauvages, marchât par terre aux ordres de M. le chevalier de Lévis, et que, comme il auroit près de 10 lieues à faire dans des bois et des montagnes presque inaccessibles, il partit deux jours auparavant l'armée, afin d'arriver en même temps qu'elle à la baie de Ganaouské, située à 4 lieues du fort Guillaume- Ienry, et marquée, d'après l'avis de Kanactagon, fameux chasseur iroquois, pour être le premier point de réunion.

Ces dispositions étant faites, M, le marquis de Montcalm les communiqua, le 26, aux chefs des nations sauvages, afin qu'ils en conférassent entre eux et qu'ils fussent en état de lui en dire leur avis dans le conseil général indiqué au lendemain, Dans ce conseil, auquel les Nations se placèrent suivant les rangs établis entre elles, il leur présenta, au nom du roi, un collier de 6000 grains pour lier tous ces peuples différens entre eux et avec lui, en sorte qu'ils agissent de concert et qu'ils ne pussent se séparer, ni le quitter avant la fin de l'expédition Cet acte solennel et d'usage étoit dans la circonstance présente plus important que jamais : car depuis plusieurs jours à peine pouvoil-on retenir ceux qui avoient eu part au combat sur le lac Saint-Sacrement, ces peuples se faisant un scrupule de courir encore les hasards de la guerre après un succès, prétendant que c'est tenter le Maître de la vie et s’attirer de mauvais présages. Les Iroquois, à qui le collier de réunion appartenoit de droit, comme étant de toutes les nations présentes à l'armée la plus nombreuse, en firent les honneurs en leur nom et celui des autres sauvages domiciliés, aux Nations d'en-haut, par égard pour leur qualité d'étrangers.

Dans ce même conseil, le marquis de Montcalm demanda

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aux Nations la réponse aux propositions que la veille il avoit faites à leurs chefs au sujet de la marche de l’armée, de la route à tenir dans les bois, du jour du départ et de ses autres dispositions : car ces peuples indépendants, dont le secours est purement volontaire, exigent qu’on les consulte, qu'on leur fasse part de tout, et souvent leurs opinions ou leurs caprices sont une loi pour nous.

Les Iroquois, originairement propriélaires de cette contrée, le théâtre de la guerre, que par conséquent ils connoissent parfaitement, s’offrirent à servir de guides à M. le chevalier de Lévis; les sauvages consentirent à ce qu'environ un tiers d'entre eux marchât par terre avec lui, quoique, dirent-ils, cette marche fût très pénible, ct ils s’en remirent pour le temps du départ à la volonté de M. le marquis de Montcalm. Le 29 au soir, la division de M. le chevalier de Lévis! se mit en mouvement et fut camper environ à une demi-lieue du portage en avant, à un lieu nommé le Camp-Brûlé, sur la rive gauche du lac Saint-Sacrement...

Le 30 au matin, ce détachement partit du Camp-bBrülé, sans tentes, marmites ni équipages ; les volontaires de Villiers et des sauvages faisant l'avant-garde; les Canadiens et le reste des sauvages marchant sur les flancs ; les troupes dans le centre sur trois colonnes, c'est-à-dire files. Le même jour, la brigade de Royal-Roussillon vint de Carillon, avec M. de Bourlamaque, se camper à la tête du portage, et les brigades de la Reine et de la Sarre occupèrent le Camp-Brûlé, que venoit de quitter M. le chevalier de Lévis.

Le 31 au soir, les troupes destinées à aller par eau, partirent et furent attendre l’armée à 3 lieues du portage; ils s'en-

! Composée de 2490 hommes, savoir :

700 hommes de troupes réglées, 3290 Canadiens, dont 300 volontaires de Villiers, 500 sauvages environ.

(Note extraite d’un tableau contenu dans cette lettre et que nous avons supprimé après l'avoir résumé.)

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nuyèrent de leur oisiveté dans un camp où il n’y avoit à boire ni eau-de-vie ni vin; nos domiciliés!, à la vérité enfans de la prière, y donnoi?nt de l'occupation aux missionnaires?, auxquels la journée suftisoit à peine pour les confesser ; mais cet exercice pieux n'étoit pas pour les nations des Pays-d’en-haut, dont l'esprit, superstitieux et inquiet à l'excès, jongloit, rêvoit et se figuroit que tout délai pouvoit leur porter malheur. En partant, ces nations laissèrent suspendu un équipement complet, en sacrifice au Manitou, pour se le rendre favorable.

Le 1% août, à deux heures après-midi, l’armée s’embarqua dans 250 bateaux et mit à la voile dans l’ordre suivant : un bateau monté d’un canon de 12, construit par M. Jacquot, lieutenant d'artillerie; la brigade de la Reine, celle de la Sarre, celle de Courtemanche (milice), l'artillerie, et sur ses pontons* la brigade de Saint-Ours (milice), pour les conduire, et celle de Royal-Roussillon pour les escorter; les bateaux des vivres conduits par la brigade de Gaspé, l'hôpital ambulant, et enfin deux piquets faisant l’arrière-garde, M. le marquis de Montcalm avoit laissé à Carillon une garnison de 100 hommes, avec 109 travailleurs armés, aux ordres de M. Dalquier, capitaine de grenadiers au régiment de Béarn, 50 hommes À# la Chute occupant une redoute faite au milieu de Ja clu'5 même, et 150 hommes à la tête du portage, où évois une partic de notre dépôt de vivres. À cinq heures, or At halte à une pointe au-dessus: de l'Ile-à-la-Barque, où les saïvages qui nous attendoient prirent l'avant-garde dans 150 canots d'écorce. Le 2, à trc;: uvures du matin, l’armée

1 Sauvages sédentaires et catholiques.

? L'abbé Mataret, l'abbé Piquet, sulpiciens ; le P. Aubal, jésuite. 3 « Ces pontons n'étuierc autre chose que deux bateaux accouplés et hés srsembie var une plate-forme, qui portoit la pièce de canon ou le mortier inont: sur son affût: espèce de ponton d’un très bon usage pour wute scr'e de rencontre dans un lac tel que le lac Saint-Sacrement, &tn. ‘es caix ne s'élèvent jumais, la chaïne de montagnes qui le borc:; 425 4sux côtés le mettant à l'abri des coups de vent. » (Note de AÏ de Bougainville.)

arriva à la baie de Ganaouské. Trois feux allumés sur le rivage, qui étoient le signal convenu, nous avertirent que M. le chevalier de Lévis y avoit pris poste. Il y étoit arrivé la veille, à quatre heures du soir, après une marche que les chaleurs excessives, les montagnes continuelles, les arbres renversés, la nécessité de porter tout sur soi, avoient rendue pénible aux sauvages même. Il se remit en marche à dix heures du matin, se porta à une anse éloignée de la baie de Ganaouské d'environ 3 lieues, et fit sur-le-champ reconnoiître les environs du fort, sa position, celle des ennemis et le débarquement convenable pour l'artillerie. L’armée arriva le soir à cette même anse. Dans la nu'!, deux barques angloises, étant venues à la découverte, furent aperçues par les sauvages, qui leur donnèrent la chasse et firent trois prisonniers. Ces prisonniers, interrogés sur-le-champ, nous dirent que les ennemis étoient au nombre de 3000 hommes, dont 500 dans le fort, le reste dans un camp relranché sur une hauteur, à portée du fort et d'en rafraîchir tous les jours la garnison; qu’au signal d’un coup de canon, toutes les troupes avoient ordre de prendre les armes et de marcher à notre rencontre. Le 3, à deux heures après minuit, on catendit un coup de canon tiré du fort, et des découvreurs Abéir ui: avertirent en même temps que tout était en mouvermunt da13 le camp anglois. Aussitôt M. le marquis de Montsilm Go ina l'ordre pour s'approcher du fort, et cet ordre fut double nour recevoir l'ennemi en cas qu'il vint à nous, et, da. 3 le cas où il ne vicndroit pas, faire l'investissement de la place, ei même l'attaque du camp retranché, s’il éloit jugé susceptible d’être emporté de vive force. La brigade de Saint-Ours, attachée à l'artillerie, demeura pour la garder; et pour la garde des bateaux, on laissa deux hommes par bateau, le tout aux ordres de M. de Privat, lieutenant-colonel. L'’arïutc s'épranla à la pointe du jour : M. le chevalier de Lévis faisuît l'avantgarde avec son détachement et vous les sauvages; ies brigades marchoient ensuite en colonnes par bataillons, M. de Rigaud à la droite, avec les Canadiens des brigades de Courtemanche et de Gaspé; M. de “curlamaque à la gauche, et

ur le rient que it arrivé que les s arbres t rendue Le à dix | baie de ) reconnemis et se arriva ques ans par les prison- 1s dirent es, dont sur une jours la troupes à notre endit un Jénrquis ‘al da23 h Ou ina ble nour à CAS où i même le d’être achée à rde des but aux ébranla l'avanties bri- , M. de e Couriche, et

M. de Montcalm dans le centre. À dix heures du matin, M. le chevalier de Lévis prit poste sur le chemin du fort Guillaume-Henry ou fort George, investissant la place dans toute cette partie, et le corps d'armée forma le reste de l'investissement. M. le marquis de Montcalm, s'étant de sa personne porté à l'avant-garde, reconnut qu'on ne pouvoit attaquer le retranchement des ennemis sans compromettre toutes les forces de la colonie; en même temps, comme le poste occupé par l'avant-garde, quoique le meilleur possible pour bloquer absolument les Anglois de ce côté, n'étoit pas un poste de guerre, que d’ailleurs il se trouvoit trop éloigné du siège, des vivres et autres munitions, il envoya ordre à M. de Bourlamaque d’asseoir le camp de l'armée, la gauche appuyée au lac, la droite à des ravins inabordables, et d'y conduire sur-le-champ les brigades de la Sarre et de Royal-Roussillon; pour lui, avec la brigade de la Reine et celle de Gaspé, il passa la nuit au bivouac, à portée de soutenir le corps de M. le chevalier de Lévis. Les sauvages, pendant cette journée, fusillèrent dans le désert! du fort, manœuvre qu'ils ont continuée pendant tout le siège, et tuèrent tous les chevaux, bœufs et autres bestiaux des ennemis. On envoya aussi sommer le commandant de se rendre, en l'avertissant qu'une fois nos batteries établies et le canon tiré, peut-être ne seroit-il plus en notre pouvoir de mettre un frein à la cruauté des sauvages, et cette sommation fut sans effet.

Le 4, à la pointe du jour, les troupes postées sur le chemin du fort Édouard se rapprochèrent du lac. M. le ma quis de Montcalm ramena la brigade de la Reine et celle de Gaspé prendre leur place dans le camp marqué par M. de Bourlamaque ; les compagnies de grenadiers et les piquets du détachement de M. le chevalier de Lévis rentrerent dans leur camp, et l’armée du siège, duquel M. de Bourlamaque eut la direction, fut composée des 7 bataillons et des brigades de Saint-Ours et de Gaspé. M. le chevalier de Lévis avec celles de la Corne, Vassan, Repentigny, Courtemanche, les volon-

! On appelait désert le découvert d'un fort,

Mer dre ms ge nes ET À Loges À = 14 à = RES 7 — Sr

taires de Villiers et tous les sauvages, fut chargé de couvrir notre droite, d'envoyer les découvertes sur le chemin du fort Édouard, d'observer les ennemis de ce côté et de leur donner lieu de croire, par des mouvemens continuels, que nous occupions encore cette communication : car il eût été impossible, à moins d'une armée trois fois plus nombreuse que la nôtre, d'investir euticrement la place.

À onze heures du matin, l’armée fut toute établie, el M. le marquis de Montcalm, ayant résolu d'ouvrir la tranchée cette nuit même, alla reconnoïtre avec les ingénieurs et M. Mercier, commandant de l'artillerie, le côté de l'attaque et l’empiacement des batteries. Il fut décidé qu’on altaqueroit le fort du nord-ouest (sic), et sur-le-champ on commanda des travailleurs pour faire Îles fascines, gabions et saucissons nécessaires, établir le dépôt de la tranchée et pratiquer un chemin du camp au dépôt. À l'égard du débarquement de l'artillerie, ce qui fut jugé le plus facile et de la plus prompte expédition fut d'amener et décharger la nuit les pontons à une petite anse, à laquelle aboutissoit le dépôt, à mesure qu’on en auroit besoin.

La nuit du 4 au 5, 800 travailleurs, soutenus par 6 piquets, ouvrirent, à 350 toises du fort, une espèce de première parallèéle, commencèrent deux batteries, l’une à la droite, l’autre à la gauche, et les boyaux de communication de ces batteries à la parallèle. Malgré la difficulté que présentoit partout un terrain embarrassé de troncs d'arbres et d’abatis, qui forçoient à se servir de la hache et de la scie, l’ouvrage avança rapidement, et à la pointe du jour on étoit enterré partout, excepté à la batterie de la droite, où le travail avoit été plus lent, parce que lc terrain étoit le plus mauvais. On débarqua aussi, dans cette nuit, 12 pièces de canon, quelques mortiers et les munitions nécessaires pour leur service. Les travailleurs de jour perfectionnerent les boyaux commencés el avancèrent beaucoup les batteries de la gauche; ils ne purent continuer celle de la droite, sa communication avec la parallèle n'étant point finie.

Comme la garnison étoit de 2500 hommes, fort en état

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pas conséquent de faire des sorties, que les chemins dans les bois sont difficiles, on s’étoit campé près de la tranchée, afin d'être à portée de la soutenir; cependant Iles troupes étant, dans cette position, trop exposées au feu de la place, dont les bombes et les boulets avoient tué du monde dans les tentes, M. le marquis de Montcalm fit reculer le camp des brigades de la Sarre et de Royal-Roussillon; celle de la Reine, qui formoit la droite, resta dans son premier terrain.

Ce même jour, les sauvages interceptèrent une lettre du général Webb, commandant sur cette frontière, datée du fort Édouard le 4 à minuit, par laquelle il mandoit au gouverneur du fort Guillaume-Ilenry qu'il ne pouvoit marcher à son secours pour le dégager, ni lui faire passer aucun renfort jusqu'à l’arrivée des milices des provinces, auxquelles il avoit envoyé ordre de venir le joindre sur-le-champ; que, si ces milices arrivoient trop tard pour le mettre en état de s’avancer eo! de combattre l’armée francçcoise, le commandant vit à obtenir les meilleures conditions qu'il lui seroit possible.

Cette lettre détermina M. le marquis de Montcalm à diligenter encore la construction des batteries, convaincu que de la célérité des travaux du siège dépendoit le succès de l’expédition, et en conséquence le nombre des travailleurs fut augmenté ; il assembla aussi les sauvages pour leur reprocher que, plus occupés des fusillades peu utiles autour du fort que de l’objet essentiel des découvertes, ils négligeoient la volonté de leur père ; que la plus grande partie d’entre eux demeuroit oisive auprès de leurs canots, et qu'à peine un petit nombre s’étoit établi au camp de M. le chevalier de Lévis, ainsi qu'ils en étoient convenus et que le bien des affaires l’exigeoit. De leur côté, les sauvages se plaignirent de ce qu'on paroissoit les mépriser, en ne les consultant pas sur les opérations actuelles, et en voulant les faire marcher

-sans s'être concerté avec leurs chefs. Il fut aisé au marquis

de Montcalm de leur faire comprendre qne le sujet de leur plainte étoit imaginaire et sans fondement, et qu'en tout cas il ne pourroit être que l'effet et la suite de quelques-unes de ces méprises inévitables dans le tumulte des grandes occu-

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