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pations. Aussi deux colliers et dix branches de porcelaine suffirent-ils pour effacer les mauvaises idées, éclaircir la vue, neltoyer le cœur et remettre l'esprit. Les sauvages promirent de s'établir le soir même au camp de M. le chevalier de Lévis et de suivre sa volonté pour les découvertes. M. le marquis de Montcalm leur fit ensuite part des nouvelles, du contenu de la lettre du général Webb, des mesures qu'il comptoit prendre en conséquence, et finit en leur disant que les gros fusils (ainsi nomment-ils les canons) tireroient le lendemain; ce qui répandit une grande joie dans l'assemblée.
La nuit du 5 au 6, nos travailleurs finirent la batterie de la gauche, achevèrent la communication de la parallèle à la vatterie de la droite, et avancèrent beaucoup cette batterie. A six heures du matin, la première, qui étoit de 8 pièces de canon, dont 3 de 18, et d'un mortier de 9 pouces, commença à tirer Elle battoit, soit parallèlement, soit en écharpant, les défenses du front du lac, du front de l’ouest et la rade des barques.
La nuit du 6 au 7, nos travailleurs conduisirent un boyau de 150 toises en avant sur la capitale du bastion de l'ouest, et achevèrent la batterie de la droite, qui fut démasquée à la pointe du jour. Cette batterie de 8 pièces de canon, dont 2 de 18, 5 de 12, 1 de 8, de deux obusiers de 7 pouces et d'un mortier de 6, battoit en écharpant le front d'attaque, et à ricochets le camp retranché.
À neuf heures du matin, après une double salve des batteries de la droite et de la gauche, qui furent accompagnées de grands cris de la part de tous les sauvages, M. le marquis de Montcalm m'’envoya porter au commandant la lettre du général Webb interceptée deux jours auparavant. La lecture de cette lettre, dans un moment où nos ouvrages étoient aussi avancés, pouvoit le déterminer à se rendre, et les sauvages avoient demandé qu'on fit cette démarche.
Ce même jour, M. le marquis de Montcalm reçut, avec l’état des grâces accordées aux troupes françoises, la lettre par laquelle vous lui annoncez, Monseigneur, que le Roi l'a
honoré du son zèle p vinrent C étoient ch de le déc sible ; que pas dava aimoient ajouter à marquis eux-mêm comme si chose pre duire pen eau-de-vi le plus gr a pris à 1 blessés, et leur rétabl La nuit la veille, q de la plact crochet po mousquete elle étoit € viron à mi tombèrent placés ven feu sur eu tagnes qu vages qui blement « étoient foi L'ouvra 90 toises
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honoré du cordon rouge. T'out le monde en sentit redoubler son zèle pour le service de S. M. Les sauvages eux-mêmes vinrent complimenter notre général, et lui dirent qu'ils étoient charmés de la grâce dont Ze grand Ononthio ! venoit de le décorer, parce qu'ils savoient combien il y étoit sensible ; que pour eux, ils ne l’en aimoient ni ne l'en estimoient pas davantage, attendu que c'étoit sa personne qu'ils aimoient et qu'ils estimoient, et non tout ce qu'on pouvoit ajouter à son extérieur. Il est vrai, Monseigneur, que M. le marquis de Montcalm a su gagner leur affection ; ils disent eux-mêmes qu'il connoît leurs usages et leurs manières, comme s'il avoit été élevé au milieu de leurs cabanes; et, chose presque sans exemple, il est venu à bout de les conduire pendant toute cette expédition sans leur donner ni eau-de-vie, ni vin, ni même d'équipement, dont ils avoient le plus grand besoin, mais dont on manquoit à l’armée. Il a pris à la vérité le plus grand soin de leurs malades et blessés, et il leur a sacrifié ses provisions pour contribuer à leur rétablissement.
La nuit du 7 au 8, nous continuâmes le boyau commencé la veille, qui fut poussé jusqu’à 100 toises environ du fossé de la place; on ouvrit aussi, à l'extrémité de ce boyau, un crochet pour y établir une troisième batterie et y loger de la mousqueterie. La garde de la tranchée avoit été augmentée : elle étoit de 3 compagnies de grenadiers et de 7 piquets. Environ à minuit, deux déserteurs, qui venoient à notre camp, tombèrent dans une embuscade de sauvages, qu'on avoit placés ventre à terre, en avant des travailleurs, et qui firent feu sur eux; au bruit de cette décharge, toutes les montagnes qui environnent le fort retentirent des cris des sauvages qui s’appeloient et se répondoient, ce qui vraisemblablement dégoûta les assiégés de tenter une sortie, qu'ils étoient fort à portée de faire.
L'ouvrage de la nuit nous conduisit à un marais d'environ 50 toises de passage, bordé par un coleau qui le mettoit à
1 Le roi.
couvert des batteries de la place, à l'exception de 8 à 10 toises exposées à leur feu. Quoiqu'en plein jour, M. le marquis de Montcalm, pour accélérer les travaux, ordonna qu'on fit ce passage, comme celui d’un fossé de place rempli d’eau. Les sapeurs s’y poritèrent avec tant de vivacité, qu'il fut exécuté dans la matinée même, malgré le feu très vif du canon et de la mousqueterie des ennemis; ce qui nous donna la facilité de pratiquer, avant la nuit, dans le marais, à force de rondins et de fascines, une chaussée capable de supporter l'artillerie.
Sur les quatre heures du soir, des sauvages découvreurs rapportèrent qu’un corps considérable marchoit au secours de la place par le grand chemin du fort Édouard. M. le chevalier de Lévis s’y porta aussitôt avec la plus grande partie des Canadiens et tous les sauvages. M. le marquis de Montcalm le suivit à la tête de la brigade de la Reine, de celle de Gaspé et de 3 compagnies de grenadiers; les trois autres, les brigades de la Sarre, de Royal-Roussillon et celle de Saint-Ours (milice), restèrent aux ordres de M. de Bourlamaque pour couvrir nos tranchées, nos bateaux et le camp. À six heures, M. le marquis de Montcalm étoit rendu sur
le chemin du fort Édouard, où il se joignit à M. le chevalier
de Lévis; malheureusement la nouvelle de la marche des ennemis éloit fausse : un Abénaquis avoit eu peur et crut voir. La promptitude de notre mouvement, qui étonna les sauvages, servit au moins à augmenter encore la confiance qu'ils ont en nous, et à leur montrer qu'avec raison ils comptoient autant sur la vigilance que sur la valeur des troupes françoises, qu'ils appellent leur #ur d'appui. Avant la fin du jour, toutes les troupes étoient rentrées dans leur camp, et le travail du siège ne fut en rien dérangé.
La nuit du 8 au 9, on déboucha du marais par un boyau servant de communication à la seconde parallèle, qui fut ouverte sur la crête du coteau. C’est de cette parallèle qu'on devoit partir pour établir les batteries de brèche, et, en la continuant, envelopper le fort et lui fermer la communication avec le camp retranché, laquelle jusqu'alors avoit été
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libre. Ce travail fut très avancé dans la nuit même, quoique le feu de la place n'eût pas encore élé aussi vif. La garde de la tranchée étoit, comme la nuit précédente, de 3 compagnies de grenadiers et de 7 piquets.
Le 9, à huit heures du matin, les assiégés arborèrent un pavillon blanc. et le colonel Young, commandant d'un des bataillons du régiment Royal-Américain, fut envoyé par le gouverneur pour proposer les articles de la capitulation. M. le marquis de Moncalm, après être convenu avec lui des points principaux, l'avertit qu'il ne pouvoit donner sa parole pour aucun d'eux, qu'auparavant les sauvages ne les eussent acceptés ; à cet effet, il assembla sur-le-champ un conseil général et y exposa les conditions auxquelles les Anglois offroient de se rendre et celles qu'il étoit résolu de leur accorder ; il demanda aux chefs leur consentement, et s'ils pouvoient leur répondre que leurs jeunes gens ne les enfreindroient pas. Les chefs l'assurèrent unanimement qu’ils approuvoient tout ce qu’il feroit et qu’ils empêcheroient leurs jeunes gens de commettre aucun désordre.
Après cette parole donnée solennellement par les chefs de toutes les nations, M. le marquis de Montcalm m'envoya pour
rédiger la capitulation dont la copie est jointe à cette lettre. Il
eût pu exiger que la garnison se rendit prisonnière de guerre, et vraisemblablement elle en eût passé par cette condition; mais comment la colonie auroit-elle nourri 2500 hommes de plus, tandis que les habitans de Québec sont réduits à un quarteron de pain par jour?
Avant que de retourner à la tranchée, j'eus, suivant les instructions que j'avois reçues, la plus grande attention à faire jeter le vin, l’eau-de-vie, tou es les liqueurs enivrantes ; et les Anglois sentirent aisément de quelle conséquence il étoit pour eux de prendre cette précaution. À midi, la garnison sortit du fort avec ses cffets et se retira, ainsi qu’on en étoit convenu, dans le camp retranché, dans lequel on fil passer un détachement de nos troupes demandé par les Anglois mêmes. M. de Montcalm ordonna aussi aux officiers el interprètes attachés aux sauvages d'y demeurer jusqu'au dé-
part des Anglois. M. de Bourlamaque prit »ossession du fort avec les troupes de la tranchée. Il se contenta de placer des gardes à la poudrière et aux magasins des vivres; le reste fut abandonné au pillage; il eùt été impossible de l'empêcher.
Malgré toutes les précautions qu'on avoit prises, les sauvages, entrés dans les retranchements des Anglois, vouloient piller leurs coffres; ceux-ci s'y opposant, il étoit à craindre qu'il ne s’ensuivit quelque grand désordre. M. le marquis de Montcalm y accourut sur-le-champ : prières, menaces, caresses, conseils avec les chefs, entremise des officiers et interprètes, qui ont sur ces barbares quelque autorité, il employa tout pour les arrêter et les contenir. Enfin, à neuf heures du soir, il parut en être venu à bout; il obtint même qu'outre le détachement de 300 hommes, les officiers et interprètes stipulés par la capitulation, il marcheroit avec les Anglois pour les escorter jusqu’auprès du fort Édouard, deux chefs par nation. Ce ne fut qu'après cet arrangement qu'il me fit partir pour Montréal.
Tels sont, Monseigneur, les principaux détails de cette expédition. Vous recevrez par le premier bâtiment le plan du fort et des attaques, l’état de la garnison, de l'artillerie et des munitions de guerre et de bouche qu'on y a prises. Il ne m'appartient pas d'apprécier le mérite d'une opération dans laquelle 5500 combattants, non compris les sauvages, ont pris un fort et un camp retranché, défendus par près de 3000 hommes et à portée d'être secourus par toutes les forces des colonies angloises. C'est aussi à mon général à vous rendre compte du zèle et de l’ardeur que tout le monde a témoignés dans cette occasion. Je sais seulement que, tant que le siège a duré, toute l'armée a été de service, soit au camp, soit dans le bois, pour les fascines, gabions et saucissons, soit à la tranchée ; qu'on y a fait 600 toises d'ouvrages, les boyaux ayant assez de largeur pour y charroyer deux pièces de canon de front: ce qui étoit indispensable, attendu que les abatis dont le terrain étoit couvert ne permettoient pas de faire passer l'artillerie sur les revers.
Si les ennemis eussent tardé à se rendre, on eût été en état
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de battre en brèche le 11; et le projet de M. le marquis de Montcalm étoit de faire en même temps Conner l'assaut au fort et attaquer le camp retranché. M. de Fourlamaque eût été chargé de la première opération, M. le chevalier de Lévis de la seconde, et M. le marquis de Montcalm se fût tenu entre deux, à portée de soutenir l'un et l'autre. Nous avons eu environ 60 hommes tués ou blessés; du côté des Anglois, on compte environ 200 hommes tués et 150 blessés.
L'extrême difficulté d'un portage de 6 lieues à faire sans bœufs ni chevaux, avec une armée presque épuisée par la fatigue et la mauvaise nourriture, le défaut de munitions de guerre et de bouche, la nécessité de renvoyer les Canadiens à leurs récoltes déjà mûres, le départ de tous les sauvages des Pays-d'en-haut et de presque tous les domiciliés : voilà les obstacles invincibles qui ne nous ont pas permis de marcher sur-le-champ au fort Édouard. M. le marquis de Montcalm s'occupe maintenant à démolir le fort et le retranchement, à évacuer, déblayer et faire le portage à Carillon, d'où il ne compte pas être de retour avant la fin de ce mois. Vraisemblablement nous y finirons la campagne sur la défensive avec 2 bataillons : les quatre autres seront employés à continuer les travaux commencés à Saint-Jean, le chemin de ce fort à la Prairie, et celui de Sainte-Thérèse à Chambly.
Les deux bataillons de Berry sont arrivés à Québec en fort mauvais état : une maladie épidémique, contractée dans les vaisseaux, a fait périr beaucoup de soldats et plusieurs officiers, et cette maladie n’est pas encore passée.
Permettez-moi, Monseigneur, de vous assurer que je cherche avec empressement toute: 3 occasions de me rendre de quelque utilité à mon général et à ma patrie, et que mon plus grand désir est de mériter vos bontés et les grâces qu’elles pourront me procurer.
P. $. Nous venons, Monseigneur, d'apprendre la nouvelle des violences commises le 10 au matin par les sauvages. Les Auglois, qui en ont une frayeur inconcevable, impatients de s'éloigner d'eux, voulurent se mettre en marche avant que
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notre escorte fût rassemblée el disposée : quelques-uns de leurs soldats leur avoient, malgré tous les avis donnés à ce sujet, fait boire du rhum. Et qui, dans le monde pourroit contenir 2000 sauvages de 32 nations différentes, quand ils ont bu ? Le désordre commença par dé Jenaquis de Panaouské, en Acadie, qui prétendent avoir essuyé de mauvais procédés de la part des Anglois; leur exemple entraîna les autres, Ils se jetèrent sur la garnison, laquelle, au lieu de faire bonne contenance, prit l'épouvante, ce qui les enhardit, la pillèrent, tuèrent une vingtaine de soldats et en emmenèrent cinq ou six cents; tous les officiers, accourus au bruit de ce désordre, firent les plus grands efforts pour l'arrêter, jusque-là qu'il y eut quelques grenadiers de notre escorte qui furent blessés par les sauvages. Les Anglois publient eux-mêmes que M. le marquis de Montcalm, MM. de Lévis, de Bourlaraaque et plusieurs autr ‘ ont couru risque de leur vie pour les sauver : car, dans cas pareils, les sauvages ne respectent rien. Enfin, on es apaisa, et M. le marquis de Montcalm retira sur-le-champ environ 400 de ceux qui avoient été pris, qu'il fit habiller, et que, depuis, après le départ des Nations, il a renvoyés au fort Édouard avec une escorte. Ceux que les sauvages ont amenés à Montréal ont été rachetés de leurs mains par M. le marquis de Vaudreuil, à grands frais et aux dépens du Roi, et ils seront incessamment renvoyés à Halifax par un bâtiment expédié en paquebot, M. le marquis de Montcalm a écrit deux lettres, line au général Webb, l’autre à milord London, pour le; prévenir que ce désordre involontaire de la part des François ne devoit pas être pour les Anglois un prétexle de ne pas tenir la capitulation, et qu'il attendoit de leur bonne {oi qu'ils l'observeroient dans tous ses points. Vous trouverez ci-jointe, Monseigneur, une copie de ces deux lettres.
Dépôt de la guerre, vol. 3457, pièce 121. — Original.
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