RELATION DE LA VICTOIRE REMPOXTÉE SUR LES ANGLAIS LE 8 JUILLET
par l’armée du Roi, commandée par le marquis de Montcalm.
(Victoire de Carillon.)
Le marquis de Vaudreuil, incertain des mouvements de l'ennemi, ne l’avoit pas cru en état d'agir également vers Louisbourg et sur la frontière du lac Saint-Sacrement'; en conséquence, il s’étoit déterminé à partager ses forces et à charger le chevalier de Lévis d’une expédition particulière avec un corps de 1600 hommes d'élite, dont 400 choisis dans nos bataillons formoient 6 piquets de 64 hommes, chacun avec doubles officiers ; ce gros détachement entrainoit avec lui la plus grande partie des sauvages.
Le marquis de Montcalm, destiné à défendre la frontiere du lac Saint-Sacrement, arriva le 30 juin à Carillon, avec le sieur de Pontleroy, capitaine du corps royal et ingénieur en chef de la Nouvelle-France, et le sieur Desandrouins, aussi capitaine du corps royal et ingénieur à la suite des troupes de terre. Le corps de troupes qu'il y trouva rassemblé consistoit en 8 bataillons des troupes de terre, et, ce qu'on aura peine à croire, 15 sauvages, circonstance fâcheuse qui peut-être n’arrivera jamais,
Jusqu'au 8, jour de l'affaire, il n’a recu d'autre renfort de la colonie qu'environ 400 soldats de la marine ou Canadiens commandés par M. de Raymond, capitaine des troupes de la marine.
1 Voyez, p. 266, la lettre de Montcalm du 12 juillet 1758,
Le sieur de Bourlamaque, colonel, qui commandoit à Carillon, instruisit le marquis de Montcalm des nouvelles qu'il venoit d'apprendre des ennemis par les prisonniers. D'après leur rapport, il ne fut plus permis de douter que les Anglois n'eussent assemblé au fond du lac Saint-Sacrement, près les ruines du fort Guillaume-Henry, une armée composée de 20,000 hommes de milice du pays, et d’un corps de 6000 hommes de troupes de la Vieille-Angleterre, formé par 2 bataillons de Royal-Américain, 1 régiment de montagnards écossois et les régiments de Murray, Blakeney, de mylord How, sous les ordres du général major Abercromby; et que cette armée, munie d’un nombre de berges et d’un train d’artillerie proportionné, ne dût se mettre en mouvement pour venir attaquer dans les premiers jours de juillet, Le marquis de Montcalm dépêcha plusieurs courriers au marquis de Vaudreuil pour lui rendre compte de ces nouvelles, et lui demander de hâter le secours que la colonie pouvoit fournir. En même temps, il ne balanca pas à faire occuper, par les bataillons de la Reine, Guyenne et Béarn, aux ordres du sieur de Bourlamaque, la tête du portage sur les bords du lac Saint-Sacrement; il fit aussi avancer le bataillon de Royal-Roussillon et le premier de Berry à la droite de la Chute, et les bataillons de la Sarre et de Languedoc à la gauche de cette rivière, et il s’y établit de sa personne pour être également à portée de toutes les parties. Il laissa à Carillon le sieur de Trécesson, avec le second bataillon de Berry, pour y commander.
Cette manœuvre audacieuse, qui présentoit l'apparence de forces plus considérables que celles que nous avions, a retardé de quelques jours les mouvements des ennemis. Suivant le rapport des prisonniers, leur premier projet avoit été d'établir au portage, sous les ordres de mylord How, une tête que le corps de l’armée n’auroit suivie que quelques jours après; notre mouvement en avant les détermina à faire marcher l'armée lout entière, ce qui a retardé leur opération jusqu'au 5.
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Du 1% au 4, on envoya beaucoup de petits partis à la guerre pour avoir des nouvelles de l'ennemi; et, comme on n'avoit point de sauvages, on forma deux compagnies de volontaires tirées dans le corps des troupes de terre, dont le commandement fut donné au sieur Bernard, capitaine au régiment de Béarn, et au sieur Duprat, capitaine au régiment de la Sarre.
Le 4,le marquis de Montcalm fit un détachement de 130 volontaires aux ordres du sieur de Langis-Montégron, enseigne des troupes de la colonie, officier de la plus grande réputation. Le marquis de Montcalm ayant demandé pour ce détachement des officiers de bonne volonté, les prévenant qu'ils seroient sous les ordres du sieur de Langis, de quelque grade qu'ils fussent, tous vouloient marcher, et il fut obligé d’en fixer le nombre à un officier par bataillon. Le détachement, parti le + au soir, en bateau, sur le lac Saint- Sacrement, rentra le 5, sur les quatre heures après midi, ayant découvert sur le lac l'avant-garde de l’armée angloise conduite par le colonel Brandstrick ‘ et le major Roger, chef de leurs coureurs des bois?. Le marquis de Montcalm ordonna aussitôt que la retraite servant de générale füt battue, les troupes prissent les armes, passassent la nuit au bivouac, et qu’on déblayât les équipages. Le sieur de Bourlamaque reçut ordre de tenir des détachements du côté du sud et du nord pour éclairer le débarquement des ennemis, et les volontaires de Duprat de se porter sur une rivière qui vient, entre les montagues dont ce pays est couvert, se jeter dans celle de la Chute, de crainte que l'ennemi ne cherchât à nous tourner par le derrière de ces montagnes; ils s’y portèrent sur le champ, et le sieur de Langis fut envoyé par le sieur de Bourlamaque, à l'entrée de la nuit, pour occuper la
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1 C'était un partisan célèbre.
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montagne Pelée avec un détachement de 130 volontaires, soutenu par 3 piquels aux ordres du sieur de Trépezée, capitaine au régiment de Béarn, qui devoit faire avec lui sa retraite en suivant la rive gauche du lac Saint-Sacrement.
Le 6, à quatre heures du matin, le marquis de Montcalm, instruit que l'on voyoit au large une grande quantité de berges, euvoya aussitôt ordre : au sieur de Pontlevoy d’abandonner tous travaux, pour tracer des retranchements et abatis sur le terrain déterminé le 1°" du mois; au sieur de Trécesson d'y faire travailler le second bataillon de Berry avec les drapeaux; à 200 hommes des troupes de la colonie, arrivés la veille, de venir le joindre aux hauteurs de la Chute.
Sur les neuf heures, les ennemis débarquèrent à un demiquart de lieue du portage ; nos postes avancés fusillèrent leurs premières troupes et se replièrent sur le corps du sieur de Bourlamaque, qui s'étant rejoint au marquis de Montcalm, les cinq bataillons réunis passèrent le défilé de la rivière de la Chute, en rompirent le pont et se mirent avec les deux bataillons de la Sarre et de Languedoc en bataille sur les hauteurs qui la bordent. Cette retraite se fit en présence de l'ennemi, sans perdre un seul homme; mais, par une vraie fatalité, le détachement dont le sieur de Langis avoit la conduite, et dont la retraite étoit assurée par le côté du nord, fut abandonné du pelit nombre de sauvages qui lui servoit de guide, s'égara et vint tomber dans une colonne de l'armée ennemie qui marchoit vers la rivière de la Chute.
Sur les quatre heures du soir, nous entendimes un feu considérable, et nous aperçcûmes les débris de ce malheureux détachement poursuivi par les Anglois; quelques compagnies de grenadiers bordèrent aussitôt le rapide de la Chute pour ralentir la poursuite de l'ennemi, et plusieurs de nos gens, favorisés par leur feu, le passèrent à la nage. Nous avons eu, de ce détachement, composé d’environ 300 hommes, 2 officiers tués, 4 prisonniers, ainsi que 184 soldats ou Canadiens tués ou prisonniers. Le marquis de Montcalm se retira le soir au camp devant Carillon. L'armée se trouva alors d'environ 2800 hommes de troupes de terre, 450
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hommes des troupes de la colonie, sans aucun sauvage ; et sur ce nombre il falloit dis:raire un des bataillons de Berry, lequel, à l'exception de sa compagnie de grenadiers qui fit le même service que les autres grenadiers de l’armée, fut occupé à la garde et au service du fort.
Le 7 au matin, l’armée fut tout employée au travail des abatis sous la protection des compagnies de grenadiers et des volontaires qui la couvroient ; les officiers eux-mêmes, la hache à la main, donnoient l'exemple, et les drapeaux étoient plantés sur l'ouvrage. Il avoit été tracé, la veille, par les sieurs de Pontleroy et Desandrouins, sur les hauteurs, à peu près à 550 toises du fort de Carillon. La gauche, occupée par les bataillons de la Sarre et de Languedoc, appuyoit aux escarpements distants de 80 toises de la rivière de la Chute et dont le sommet était couronné par un abatis. Cet abatis flanquoit une trouée que gardoient de front les deux compagnies de volontaires de Bernard et de Duprat, derrière laquelle on devoit placer 6 pièces de canon pour la battre, ainsi que la rivière. La droite gardée par la Reine, Béarn et Guyenne, appuyoit également à une hauteur dont la pente n’étoit pas si roide que celle de la gauche. Dans la plaine, entre cette hauteur et la rivière de Saint-Frédéric, furent postées les troupes de la colonie et les Canadiens, qui s’y retranchèrent aussi avec des abatis. Elle étoit flanquée par la partie des retranchements occupée par le régiment de la Reine, et devoit l'être le lendemain par une batterie de 4 pièces de canon; de plus, le canon du fort étoit dirigé sur cette partie, ainsi que sur le débarquement qui pouvoit se faire à la gauche de nos retranchements. Le centre suivoit les sinuosités du terrain, conservant le sommet des hauteurs, et toutes les parties se flanquoient réciproquement. Plusieurs à la vérité y furent, ainsi qu'à la droite, battues en écharpe par les ennemis; mais c’est qu'ils ne nous laissèrent pas le temps d'y faire des traverses. Le centre étoit occupé par les bataillons de Royal- Roussillon et le premier de Berry, auxquels on avoit joint des piquets arrivés la veille avec le chevalier de Lévis. Dans tout le front de la ligne, chaque bataillon avoit derrière lui une
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compagnie de grenadiers et un piquet en réserve, tant pour soutenir leur bataillon que pour se porter où il seroit nécessaire. Ces espèces de retranchements étloient faits de troncs d'arbres couchés les uns sur les autres, ayant en avant des arbres renversés, dont les branches coupées et appointées faisoient l'effet de chevaux de frise,
Le 7 au soir, les 400 hommes d'élite de nos troupes détachées pour une expédition particulière, aux ordres du chevalier de Lévis, arrivèrent à la grande satisfaction de notre petite armée; la joie en fut d'autant plus grande, qu'ils annoncèrent la personne du chevalier de Lévis; en effet, il arriva dans la nuit avec le sieur de Senezergues, lieutenantcolonel du régiment de la Sarre. Le marquis de Montcalm le chargea de la défense de la droite, le sieur de Bourlamaque de celle de la gauche ; il se réserva de rester au centre pour être plus à portée de donner également partout ses ordres. L'armée coucha au bivouac. Le 8, à la pointe du jour, on battit la générale pour que toutes les troupes pussent connoître leurs postes suivant la disposition réglée, Après ce mouvement, elles travaillèrent de suite, partie à perfectionner l’abalis, le reste à construire les deux batteries mentionnées ci-dessus et une redoute qui devoit encore protéger la droite.
Sur les dix heures du matin, les troupes légères de l'ennemi parurent de l’autre côté de la rivière et firent une grande fusillade, si éloignée que l’on continua le travail sans leur répondre.
A midi et demi, leur armée déboucha sur nous. Nos gardes avancées, les volontaires et compagnies de grenadiers, se replièrent en bon ordre et rentrèrent dans la ligne sans avoir perdu un seul homme. Dans le moment même, au signal convenu, les travailleurs, ainsi que toutes les troupes, furent à leurs armes et à leur poste. La gauche fut la première attaquée par deux colonnes, dont l’une cherchoit à tourner le retranchement et se trouva sous le feu du régiment de la Sarre ; l'autre dirigea ses efforts sur un saillant entre Languedoc et Berry. Le centre, où étoit Royal-Roussillon, fut attaqué presque
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en même temps par une troisième colonne, et une quatrième poria son atlaque vers Ja droite entre Béarn et la Reine. L'ennemi avoit, le 7, fait passer des berges et pontons à la Chute; on en vit déboucher sur cette rivière environ une vingtaine. Les volontaires de Bernard et de Duprat, qui y étoient postés, les reçureut de bonne grâce. Le sieur de Ponlhaviès, à la tête d'une compagnie de grenadiers et d'un piquet de Royal-Roussillon, s’y présenta aussi, et, le canon d'une de nos batteries du fort commandée par le sieur de Louvicou, lieutenant du corps royal, en ayant brisé deux, elles n’ont plus paru de toute l'action. Comme les Canadiens et troupes de la colonie ne furent point attaqués, ils dirigerent, à l'abri du retranchement qui les couvroit, leur feu sur la colonne qui attaquoit notre droite et qui quelquefois se trouvoit à portée d'eux. Le chevalier de Lévis envoya successivement le sieur d’Ilert, aide-major, et ie sieur Denoës, capitaine au régiment de la Reine, pour ordonner aux plus ingambes d’entre eux de faire deux sorties et de prendre cette colonne en flanc ; le sieur de Raymond, ancien capitaine des troupes de la colonie, qui étoit leur commandant, se mit toujours à la tête de ces sorties. Les différentes attaques de l'ennemi furent presque toute l'après-midi et presque partout d'une égale vivacité.
Sur les cinq heures, la colonne qui avoit attaqué vivement Royal-Roussillon s’étoit rejetée sur le saillant défendu par le bataillon de Guyenne et par la gauche de celui de Béarn. La colonne qui avoit attaqué la Reine et Béarn, avec le plus grand acharnement, s'y rejela aussi, en sorte que le danger devint urgent à cetie attaque. Le chevalier de Lévis s'y porta avec quelques troupes de la droite, que les ennemis ne faisoient plus que fusiller. Le marquis de Montcalm y accourut aussi avec quelques troupes de réserve, et les ennemis éprouvèrent une résistance qui ralentit enfin leur ardeur. La gauche soutenoit toujours le feu des deux colonnes qui tentoient de percer par cette partie, dans laquelle même étoit leur dépôt. Le sieur de Bourlamaque ÿ avoit été blessé sur les trois heures, et les sieurs de Senezergues et de Privast,
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licutenants-colonels commandant les régiments de la Sarre et de Languedoc, avoient suppléé à son absence en continuant à y donner les meilleurs ordres. Le marquis de Montcalm s'y porta plusieurs fois et fut attentif à y faire passer du renfort dans tous les moments de crise; car, pendant toute l'affaire, les compagnies de grenadiers et les piquets de réserve accoururent toujours aux endroits les plus pressés.
Sur les six heures, les deux colonnes de la droite abandonnèrent l'attaque de Guyenne, vinrent faire encore une tentative au centre contre Royal-Roussillon et Berry, et successivement un dernier effort à la gauche. De six à sept heures, l'armée ennemie s'occupa de sa retraite, favorisée par le feu des troupes légères, qui s'entretint jusqu’à la nuit.
Pendant l’action, le feu prit en plusieurs endroits de nos abatis, mais il fut éteint sur-le-charap, les soldats passant courageusement par-dessus le revers pour en arrêter les progrès. Outre les munitions en poudres et en balles, on envoyoit continuellement du fort des barriques pleines d'eau, et le sieur de Trécesson, commandant du second bataillon de Berry, et qui l'éloit aussi du fort, a rendu dans cette occasion les plus grands services, par son activité à nous faire passer les munitions et rafraichissements si nécessaires dans un combat aussi long et aussi opiniâtre.
L'obscurité de la nuit, l'épuisement et le petit nombre de nos troupes, les forces de l'ennemi qui, malgré sa défaite, étoient encore infiniment supérieures aux nôtres, la nature de ces bois dans lesquels on ne pouvoit, sans sauvages, s'engager contre une armée quien avoit 4 ou 500 ; plusieurs retranchements que les ennemis avoient formés les uns derrière les autres depuis le champ de bataille jusqu'à leur camp, voilà les obstacles insurmontables qui nous ont empêchés de les suivre dans leurs retranchements. Nous comptions même qu'ils voudroient le lendemain tenter de prendre leur revanche, et en conséquence nous travaillâmes toute la nuit à nous défiler des hauteurs voisines par des traverses, à perfectionner l’abatis des Canadiens, et à finir les batteries de la droite et de la gauche commencées le matin.
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Le 9, nos compagnies de volontaires sortirent ct s'avancèrent jusqu'à la Chute. Sur les nouvelles qu'ils nous donnèrent qu'il paroissoit que les ennemis avoient abandonné les postes de la Chute et du portage, le marquis de Montcalm ordonna au chevalier de Lévis de marcher le lendemain à la pointe du jour, avec nos volontaires, 8 compagnies de grenadiers et une cinquantaine de Canadiens, pour reconnoître avec précaution ce qu'était devenue l'armée ennemie.
Le chevalier de Lévis s'avanca jusqu'au delà du portage ; il trouva partout les traces d’une fuite précipitée : des blessés, des quarts de farine, des équipages abandonnés, des chaussures laissées dans les endroits marécageux, les débris de berges brûülées, preuve incontestable de la grande perte que les ennemis ont faite. Nous l'estimons, d'après leurs prisonniers mêmes et ce que nous avons vu, à 4000 hommes tués ou blessés; s’il en falloit croire quelques-uns d'entre eux, el la promptitude de leur retraite, leur perle seroit encore plus considérable. La nôtre a été de 11 officiers lués, 25 blessés, 92 soldats tués et 248 blessés. Les ennemis ont perdu plusieurs de leurs officiers principaux, entre autres mylord How, qui a été'...,le 6, par notre détachement qui se retiroit de la montagne Pelée, le sieur Spiltall, major général des troupes réglées, et le commandant en chef des forces de la Nouvelle-York.
Cinq cents sauvages Tchactas, Loups et des Cinq-Nations étoient arrivés, le 8 au matin, avec le colonel Johnson: quelques-uns d'eux ont paru pendant l'affaire, mais le plus grand nombre, surtout ceux des Cinq-Nations, ont resté à la queue des colonnes dans l’inaction ; ils attendoient sans doute, pour se décider, l'événement d’un combat qui ne paraissoit pas douteux aux Anglois..….
Le succès de cette journée est dû à la valeur incroyable de l'officier et du soldat. Le chevalier de Lévis s’y est très distingué ; il a eu plusieurs coups de fusil dans ses habits. Le
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sieur de Bougainville, aide-maréchal général des logis de l'armée, et le sieur de Langis, officier de la colonie, ont été blessés à ses côtés. Le sieur de Bourlamaque mérile aussi de grands éloges par sa bonne conduite et sa fermeté. Le chevalier de Montreuil, aide-major général, a fait passer avec un zèle infatigable les ordres et les munitions aux diverses attaques où il s'est porté lui-même. Tous les officiers qui composoient celle armée ont donné de si grandes marques de courage, que chacun d'eux mériteroit un éloge particulier.
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Dépôt de la guerre, vol. 3498, pièce 138.
LETTRE DU MARQUIS DE MONTCALM AU MARÉCHAL DE BELLE-ISLE, MINISTRE DE LA GUERRE,
Sur la victoire de Carillon el pour demander son relour en France.
À Carillon, le 12 juillet 1758.
Monseigneur, M. le marquis de Vaudreuil voulant rester persuadé, malgré l'unanimité des déposilions des prisonniers, que les ennemis ne rassembloient pas 25,000 hommes à la tête du lac Saint-Sacrement, il m'a fallu partir le 24 de juin pour prendre le commandement de 8 bataillons dont il avoit tiré 400 hommes d'élite, J'avois, le 30, jour de mon arrivée au camp de Carillon, 2970 hommes de nos troupes, ce que l’on ne croira pas, 16 sauvages seulement (il y en a 800 domiciliés dans la colonie), 35 Canadiens, 37 hommes de la marine. C'est avec ce corps que j'ai osé faire un mouvement
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pièce 138.
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en avant qui, en donnant de la considération à l'ennemi, a retardé de quatre jours sa marche sur moi. Du 1°" juillet au 6, je n'ai reçu d'autre renfort que 400 soldats de troupes de la marine ou Canadiens. Le marquis de Vaudreuil m'en avoit promis par écrit 1200 et beaucoup de sauvages. Le 6, j'ai fait ma retraite et replié tous mes postes sans confusion et sans perdre un seul homme, mes gardes avancées ayant fusillé au débarquement de 6000 hommes, et cette journée n'eût rien laissé à désirer, si un détachement de 300 hommes, à la tête duquel j'avois mis pour guide un des officiers de la colonie les plus accoutumés à aller dans le bois, ne s'étoit égaré et n’éloit tombé dans une colonne angloise; j'ai eu 6 oficiers de tués ou prisonniers et 187 soldats, y compris quelques Canadiens. Je vins camper le soir même sur les hauteurs de Carillon. La journée du 7 fut employée par toutes les troupes à former un abalis, et leur travail est incroyable. Les 400 hommes d'élite de nos troupes qui étoient restés avec M. le chevalier de Lévis arrivèrent le soir, et M. le chevalier de Lévis arriva lui-même dans la nuit du 7 au 8. Comme je n'avois aucun sauvage, deux compagnies de volontaires, que j'avois tirées de nos bataillons, fusillèrent avec les gardes avancées de l'ennemi tout le 8 au matin. À midi et demi, l’armée des ennemis, au moins de 20,000 hommes, et suivant beaucoup de prisonniers de 25, composée de troupes d'élite, déboucha sur nos gardes et compagnies de grenadiers qui rentrerent. Dans l'instant, toutes les troupes furent à leur poste. À une heure, les ennemis nous attaquèrent avec vivacité sur quatre colonnes, entremêlées de leurs troupes irrégulières et meilleurs tireurs. Le feu a été, de part et d'autre, comme à la bataille de Parme !; le combat a duré jusqu'à huit heures du soir. S. M. a dù, dans ce moment, le succes de cette journée à la valeur incroyable de ses troupes. L'ennemi s'est retiré la nuit même en désordre, se rembarquant sur le lac Saint-Sacrement, après avoir brülé des berges
! Livrée le 29 juin 1734, et gagnée par le maréchal de Coigny sur les Impériaux.