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qu'il avoit fait passer à la Chute ; et ce qui me flatte le plus dans cette affaire, c'est que les troupes de terre n'en partagent pour ainsi dire Ja gloire avec personne. Les secours annoncés et promis par M. le marquis de Vaudreuil ont commencé à arriver le 11. Ce gouverneur général se retranchera sur le défaut des vivres ; que de choses à dire sur cet article |
Nous estimons, d'après ce que nous avons vu, et leur fuite précipitée, la perte des ennemis à environ 5000 hommes tués ou blessés. La nôtre est de 12 officiers tués, 23 blessés, 92 soldats tués, 248 blessés, M. le chevalier de Lévis et M. de Bouriamaque ont eu la plus grande part à la gloire de cette journée ; le dernier est blessé dangereusement,
Je vois par une lettre de M.le marquis de Paulmy, du 26 février, qu'il n’avoit point recu mes paquets du 4 novembre, qui conteroient mes mémoires de nomination et ceux pour les grâces de nos troupes; je suis en droit d'en conclure qu'ils ont été arrêtés et interceptés au bureau de la marine ; c’éloit du temps de M. de la ‘Porte. Si l’on en doit agir ainsi, il est inutile que j'aie l'honneur de vous écrire, J'aurai l'honneur de vous adresser une relation détaillée, mais je me hâte de vous écrire ces lignes dans la crainte que le gouverneur général ne fasse partir un bâtiment de Québec à mon insu. Si jamais il y a eu un corps de troupes digne de grâces, c’est celui que j'ai l'honneur de commander; aussi je vous supplie, Morseigneur, de l’en combler et de Iuni accorder toutes celles que j'aurai l'honneur de vous proposer. Pour moi, je ne vous en demande d'autre que de me faire accorder par le Roi mon retour; ma santé s’use, ma bourse s'épuise ; je devrai, à la fin de l’année, 10,000 écus au irésorier de la colonie; et, plus que tout encore, les désagréments, les contradictions que j'éprouve, l'impossibilité où je suis de faire le bien et d'empêcher le mal, me déterminent de supplier avec instance S. M. de m'accorder cette grâce, la seule que j'ambilionne. Je suis, etc.
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que le colonel Johnson étoit le jour de l'affaire à la queue des colonnes angloises avec 500 sauvages, dont une grande partie des Cinq-Nations. Ils n’ont pas frappé parce que nous avons élé vainqueurs, et j'ose croire que la victoire des troupes du Roi avancera plus la négociation secrète de M. le marquis de Vaudreuil avec ces peuples que tous les négociateurs et partis envoyés à leur village.
Dépôt <e la guerre, vol. 3498, pièce 148. — Original.
LETTRE ÉCRITE AU MINISTRE DE LA MARINE’ PAR M. LE MARQUIS DE MONTCALM, ET CHIFFRÉE PAR M. DOREIL, POUR ÊTRE ENVOYÉE À MONSEIGNEUR LE MARÉCHAL DUC DE BELLE-ISLE, MINISTR£ DE LA GUERRE,
Sur la silualion de la colonie.
Monseigneur, la situation de la colonie est des plus critiques si la paix ne vient au secours. Les Anglois réunissent avec les troupes de leurs colonies mieux de 50,000 hommes; nonobstant l’entreprise de Louisbourg, ils en ont eu 30,000 qui ont agi celte campagne vis-à-vis le Canada. Qu'opposer à cela? Huit bataillons qui font 3200 hommes ; le resle, troupes de la colonie, dont 1200 seulement en campagne, le surplus à Québec, Montréal, la Belle-Rivière ?, Pays-d’en-haut, et les Canadiens. Il n’y en a eu cette année en Campagne, soit ici ou à la Belle-Rivière, qu'environ 1200.
1 M. de Massiac.
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J'appelle en campagne ceux qui l'ont faite entière. On a prêté 2400 Canadiens depuis le 13 juillet, qu'on n’en avoit plus besoin, jusqu'au 12 août, qu'on les a redemandés pour la récolle. Pourroit-on tirer meilleur parti des Canadiens ? je le crois ; cependant on n’en pourra jamais tenir toute la campagne au delà de 3000 sans ruiner le pays. Au reste ces peuples, comme les sauvages, ne sont propres qu'à des courses et ne savent ce que c’est que de rester cinq mois en campagne. Les sauvages, bons pour des courses ; il ne faut pas compter sur eux pour Île fonds d’une armée. Avec si peu de forces, comment garder sans miracle, depuis la Belle-Rivière jusqu'au lac Saint-Sacrement, et s'occuper de la descente à Québec, chose possible? Qui écrira le contraire de ce que j'avance trompera le Roi; quelque peu agréable que cela soit, je dois l'écrire comme citoyen. Ce n'es’ 12: découragement de ma part ni de celle des troupes, résolus de nous ensevelir sous les ruines de la colonie. Il faudroit 1500 hommes de recrues de la bonne espéce.... avec des vivres pour nourrir ces troupes pendant un an. En proposant le seul moyen pour parer aux forces immenses des Anglois, je ne crains que trop qu'il ne soit pas possible à la France d'envoyer ce secours, vu la supériorité de la marine angloise: mais les Anglois mettent sur pied trop de forces dans ce continent, pour croire que les nôtres y résistent et attendre une continuation de miracles qui sauve la colonie de trois attaques. J'apprends, dans le moment, qu'ils ont pénétré à Frontenac; je le craignois depuis longtemps. La colonie sera coupée en deux. Je suis, etc.
Dépôt de la guerre, vol. 3498, pièce 183. — Duplicata chiffré.
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LETTRE SECRÈTE DE M. DOREIL AU MARÉCHAL DE BELLE-ISLE, MINISTRE DE LA GUERRE,
Sur La situation de la colonie et les abus qui la perdent.
A Québec, le 31 juillet 1758.
Monseigneur, voici nne lettre encore plus importante que celles que je viens d’avoir l'honneur de vous écrire en date des 28 et 30 de ce mois; j'y joindrois une relation détaillée des opérations de cette campagne, et principalement de la glorieuse journée du 8, si je n’élois certain que M. le marquis de Montcalm a l'honneur de vous en envoyer une qui ne laisse rien à désirer. Mais ce que ce général ne dit pas par modestie, je ne dois pas le taire. Tout ce qu'il a fait depuis qu'il est en Amérique, pour ainsi parler, sans forces et sans moyens, est admirable, et même incroyable dans toutes ses circonstances à qui ne les a pas vues de près. Ce qu'il vient de faire en sauvant le Canada, au moment qu'il éloit le plus en danger est si fort au-dessus de tout éloge, que je me borne à deux articles qui m'ont frappé d'admiration. M. le marquis de Montcalm, écrivant le 6 à M. le marquis de Vaudreuil pour lui exposer le danger de sa situation et lui réitérer ses instances pour qu'il lui envoyât du renfort, avoit cependant le ton du vainqueur; il lui disoit : « J'espère beaucoup de la volonté et de la valeur des troupes francoises. Je vois que ces gens-là marchent avec précaution et (âätonnent: s'ils me donnent le temps de gagner la position que j'ai choisie sur les hauteurs de Carillon, 7e les battrai! » etc. Et dans sa lettre où il informe ce gouverneur général de son étonnante victoire, après avoir fait
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l'éloge de presque tous les officiers en particulier, il a la modestie de dire de lui: « Pour moi, je n'ai que le mérite de m'être trouvé le général de troupes aussi valeureuses. » Que cela est beau, Monseigneur ! Qui croiroit néanmoins qu’un tel chef sert avec tant de désagrément, qu'il est forcé de demander son rappel? Ayant laissé son chiffre à Montréal, il ne peut, Monseigneur, avoir l'honneur de vous écrire comme il le désireroit, et il me charge d'y suppléer. Je me sers pour y satisfaire du chiffre qui me fut remis à mon départ par M. le conte d'Argenson, dont le double est au bureau de M. Fumeron; je m'en sers aussi avec M. de Crémille. Voici ce dont il me charge de vous rendre compte". La négligence, la lenteur, l'ignorance et l’opiniâtreté ont pensé perdre la colonie sans ressource; il a fallu pour la sauver un miracle et la valeur surnaturelle des troupes francoises. Après un si grand événement, il* ne peut chercher à s’excuser que sur le manque de vivres. Le premier envoi de Bordeaux, d'environ 10,000 quarts de farine, étoit cependant arrivé à Québec le 19 mai, et il y en avoit quantité au fort de Chambly et à celui de Saint-Jean avant la fin de juin. M. de Vaudreuil n'est pas pardonnable d’avoir retenu inutilement à Montréal les troupes de la colonie et les milices et sauvages, puisque le chevalier de Lévis arriva le 8 juillet au matin à Chiboutou, précédé le 7 au soir des 400 hommes d'élite des troupes françoises de son détachement; au moins les 400 hommes de troupes de la colonie, et les 800 auprès des Canadiens qui avoient la même destination, ainsi que les sauvages assemblés à Montréal, pouvoient bien faire la même diligence pour joindre le marquis de Montcalm, s'ils en avoient eu l'ordre. Celte grande preuve est assez forte pour n’en pas donner d’autres, Les
sauvages mêmes se sont plaints, et quelques-uns de la colonie ont murmuré de perdre leur temps à Montréal et à des séjours affectés qu’on leur a fait faire à la prairie de la Mag-
1 Tout ce qui suit est chiffré dams la dépêche. * M. de Vaudreuil.
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deleine, à Saint-Jean et ailleurs. Depuis la bataille, M. de Vaudreuil envoie trop de Canadiens (ils n’ont commencé d'urriver que le 13), et cela pour écrire au ministre de la marine que le marquis de Montcalm n’a pas su profiter de sa victoire. Comme si l'on pouvoit aller en étourdi avec environ 6000 hommes, dont 2000 de milices, suivre un ennemi qui a encore 14 à 15,000 hommes retranchés dans un seul Camp et dix jours devant lui.
On peut se persuader qu’il en est capable, puisqu'il a bien osé écrire l’année dernière que le marquis de Montcalm, après la prise du fort Guillaume-Henry, auroit pu entreprendre le siège du fort Lydius ou Édouard, où l'ennemi en avoit 6 à 7000, et où il pouvoit dans deux fois vingt-quatre heures en faire passer le double d'Orange, tandis que M. le marquis de Montcalm, qui avoit 6000 hommes au plus, étoit obligé sur ce nombre de renvoyer les Canadiens pour la récolte, que tous les sauvages des Pays-d'en-haut étoient partis, et qu'il y avoit un portage de 6 lieues à faire pour arriver sur l'objet, sans chevaux ni voitures. C'est une noirceur qui n’a pas d'exemple, après laquelle on doit s'attendre à de beaucoup plus grandes perfidies.
Le fort de Carillon ne vaut rien à tous égards, et il coûte au Roi autant que Brisach. C’est un ignorant qui l'a fait, parent de M. de Vaudreuil, auquel on a voulu faire faire fortune, et il l’a faite. Voyez à ce sujet le mémoire de M. de Pontleroy que j'ai chiffré. L'ineptie, l'intrigue, le mensonge, l’avidité, perdront dans peu cette colonie, qui coûte si cher au Roi. Si elle échappe cette année, ce qui n’est pas encore cerlain, l'ennemi pouvant revenir avec de plus grandes forces et plus de précautions, il est absolument nécessaire de faire la paix cet hiver, Monseigneur, ou elle sera aux Anglois l’année prochaine. Quelque chose que M, de Vaudreuil puisse écrire, et faire écrire ou dire, il est de la plus grande importance de changer toute l'administration aussitôt la paix faite; si elle devoit tarder à se faire, changer dès à présent le gouvernement, sans quoi le marquis de Moutcalm aura soutenu cette machine toujours prête à