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s'écrouler pour la voir périr enfin, et peut-être en être l'injuste victime. Il y a deux ans qu'il ne cesse de parler de l'entreprise et de la descente que l'ennemi peut faire à Québec ; on ne veut ni rien prévoir ni rien ordonner, 1l use sa santé, ruine sa bourse, voit tout le mal, en est pénétré ; nc pouvant y remédier ni faire le bien, il demande son rappel el sert en attendant à son ordinaire. Il devra 10,000 écus au 1" janvier; son désintéressement fait la critique, excite la jalousie et attire l'inimitié. 11 a eu beaucoup de peine à calmer l'officier et le soldat francois qui enfin, après plus de trois ans de souffrances, ont éclaté. Les derniers, pendant l'action du 8, ont tenu plusieurs propos dignes d'être recueillis; en voici un entre autres: « M. de Vaudreuil a vendu le pays, mais nous ne souffrirons pas qu'il le livre; il nous a sacrifiés pour nous faire couper les oreilles ; défendons-les ! Vive le Roi et notre général! »
La paix, la paix, Monseigneur, n'importe à quel prix pour les limites ; on y gagnera même si l’on travaille bien lorsqu’elle sera conclue. Il importe que le marquis de Montcalm informe son ministre, pour le mettre en état d'instruire le Roi. Il continuera de lui rendre compte ; mais peut-être il se flatte que ses dépêches lui parviennent; les principales de l’année dernière ont éte interceptées ou arrêtées au bureau de la marine. 11 n'écrira plus au ministre de la marine que pour la forme et par pure bienséance, sans nuls détails; aussi bien ses lettres ne peuvent-elles jamais cadrer avec celles de M. de Vaudreuil. Cette interruption ou rétention de dépêches du marquis de Montcalm est cause qu'aucun officier francois susceptible de grdewes demandées n'en à recu, tandis que les officiers de la eolonie ont reçu les leurs; cela est triste et teuchant pour les troupes qui servent si bienæet qui omf fait des miracles. M. le marquis de Paulmy a eu la bonté de témoigmer son regret de n'avoir pas reçu les propositions.
Après æes détails de la part de M. le marquis de Mont-
calm, permettez, Monseigneur, que j'y ajoute de mon chef
des instances pour la paix, sans quoi ce payseci est perdu,
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Il a été soutenu par miracle jusqu'à présent, et avec rien, par la conduite, les talents et la vertu de M. le marquis de Montcalm, secondé par MM. de Lévis, de Bourlainaque, par la valeur de MM. les officiers particuliers, par la bonté du soldat françois et par la grande docilité de nous tous. Nous sommes venus défendre le pays; nous nous y ruinons la santé et la bourse ; nous n'avons éprouvé en revanche que d'indignes préférences, des injustices sans fin, des noirceurs, des pertidies ; nous avons souffert par sagesse et par l’amour du bien, de la paix; nous avons tout sacrifié par zèle pour le service du Roi et pour parvenir à une bonne harmonie ; trois ans révolus dans cette cruelle situalion lassent entin la patience ; la mesure est comblée. M, le marquis de Montcalm n’a à se reprocher que trop de bonté et de déférence. Il vous demande son rappel, Monseigneur ; je suis étonné qu'il ne l'ait pas demandé plus tôt, Je vous supplie à genoux de m'accorder le mien, que je sollicite en vain depuis longtemps. J'ai abandonné des enfants au berceau et toutes mes affaires en France ; elles périclitent depuis plus de trois ans, m'occasionnent des perles considérables el y achèvent ma ruine ici. Il esi irmpossible de vivre depuis deux ans avec le traiternent du Roi. Les 12,000 livres que j'ai font l'équivalent de 3000 en France ; jugez, Monseigneur, s’il est possible de se soutenir avec une maison montée, J'espère à cet égard tout de votre justice et de votre bonté. Je m'arrangerai dès cet hiver de manière que le service ne pourra souffrir de mon départ, et je mettrai M. le marquis de Montcalm dans le cas de vous en assurer. Si la guerre doit durer encore ou non, si l’on veut sauver ou établir le Canada solidement, que S. M. en confie le gouvernement général à M. le marquis de Montcalm ; il possède la science politique comme les talents militaires ; homme de cabinet el de détails, grand travailkur, juste, désintéressé jusqu'au scrupule, clairvoyant, actif ct n'ayant en vue que le bien; en un mot homme vertueux L universel, Je ne sais si cette place seroit de son goût, et peut-êlre me sauroit-il bien mauvais gré s’il imaginoiïil que ie hasarde cette proposition, Je ne la fais, Monseigneur, que