LE XXIV
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ds l EXTRAIT D'UNE LETTRE CONFIDENTIELLE DE M. DOREIL
a ï AU MARÉCHAL DE BELLE-ISLE, MINISTRE DE LA GUERRE,
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etem- hi Sur la nécessilé de faire la paix comme seul moyen
MD C6E. Hi de sauver le Canada.
ressé. k.
A | À Québec, le 31 auût 1758.
sse en fe : :
pour de Il ne s’agit plus de se flatter, Monseigneur ; le Canada est
Laie je k perdu, si la paix ne se fait pas cet hiver. Les Anglois ont, RES LE dès à présent au delà de 60,000 hommes de troupes réglées OU bi ou provinciales en Amérique; nous n'en avons pas 5000 à uses leur opposer, terre et marine compris, dont il y en a près de Lepuis h 1000 répandus dans les différents postes et garnisons ; nous à n'avons jamais vu plus de 2000 Canadiens rassemblés ; Je
Rate à surplus a toujours été employé ou dans les postes des Paysos 3 d'en-haut, ou aux transports, ou à des usages également sntanit contraires aux intérêts du Rai et au bien du service. La prise Lee de l’île Royale augmente les moyens déjà trop puissants de Lien l'ennemi pour barrer l'entrée du fleuve Saint-Laurent et em- “lot pêcher tout secou:s d'Europe d'arriver, et s’en venir par mer D aus. à Québec, peut-être se rendre maître de tout le pays, l'an Sous prochain, par le haut. La prise du fort Duquesne et des batte postes voisins ; celle du fort Frontenac, à l'entrée du lac On-
tario, où est toute notre marine des lacs, Chouegen, le fort
Guillaume-Tlenry, dès à présent lui en assurent la conquête, d'autant plus facilement qu'il peut, quand il voudra, augmenter encore ses forces considérablement, Les colonies an- ï gloises sont en élat de mettre sur pied, indépendamment des ‘4
troupes, plus de 200,000 hommes ; et en faisant marcher le L
ban et l'arrière-ban du Canada, on n'en rassembleroit pas 4
10,000 en état de porter les armes, ce qui, joint aux troupes à
réglées que nous avons, formeroit un total de 14 à 15,000 M
hommes ; el pour pouvoir s'en servir à la guerre, il faudroil A
abandonner tous travaux, l'entretien des postes pour la ÿ
traite des pelleteries, la culture des terres, par conséquent à
renoncer aux récoltes, seule ressource pour ne pas mourir ë
de faim. Tel est, Monseigneur, le vrai point de vue dans É, lequel le Canada doit être considéré à présent. On a tou- 4 su | jours trop flatté le ministre de la marine, et peut-être s1 vo + osera-t-on le flatier encore. On pourra demander 10 à 12,000 Ê ga | hommes de troupes, une flotte considérable de vaisseaux de la ? guerre pour les escorter, ainsi que les vivres et munitions LE pa f nécessaires ; cela pourroit à la vérité nous mettre en état &e ei D” * nous soutenir encore quelque temps el d'éloigner notre ruine a pc Hi totale; mais le Roi ne scroit jamais dédommagé de la dé- fi ce £ pense énorme que ce nouveau secours occasionneroit ; la É le: guerre continuant, le Canada finiroit toujours par être pris L en un peu plus tard. Nous savons, à n'en pas douter, que la cour 4 ga d'Angleterre, forcée par la fureur de la nation, est résolue à # qu l'envahir à tel prix que ce soit; elle en a les moyens, elle les lo meltra en usage jusqu'à l'extrémité. tir D'ailleurs la continuation de la guerre dans cet hémisphère ol est ruineuse pour le Roi, plus encore par la mauvaise admi- M nistration et la grande avidité que par les dépenses indis- ot pensables, Il est donc de nécessité absolue, Monseigneur, de Fi ne penser qu'à faire la paix sans se rendre difficile pour les pr limites ; il seroit à souhaiter qu'on n’eût jamais pensé à les le
étendre en Acadie ni à l'établissement du fort Duquesne. Pardonnez, Monseigneur, toutes ces réflexions d'un bon citoyen, à mon zèle pour le service du Roi et à mon respectueux attachement pour vous ; je les écris autant de la part
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ent des rcher le roit pas troupes 1 15,000 faudroil pour la Iséquent s mourir ue dans n a tou- Jeut-être à 12,000 seaux de unitions \ état Ge tre ruine » la déroit; la être pris e la cour ésolue à , elle les
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de M. le marquis de Montcalm que de mon chef; et si j'élois mon maître, je partirois pour avoir l'honneur de vous en faire part de vive voix et vous instruire de mille choses très importantes qu'il seroit trop long et trop hasardeux d'écrire, Ce seroit un des services les plus essentiels que je puisse jamais rendre à l'État. La retraite de M. de Moras, que nous venons d'apprendre, et l'avènement de M. de Massiac au ministère ! peut favoriser le système de la paix. J'ai l'honneur d'être connu assez particulièrement du dernier pour me flatter de la confiance qu'il auroit en moi, si j'étois à portée de l'entretenir ; mais je me garderai bien de le faire par lettre, C'est à vous seul, Monseigneur, que je dois m'adresser ; je le fais en toute confiance, comptant assez sur vos bontés pour être persuadé que je ne serai pas compromis. J'ai eu l'honneur de vous annoncer M. Péan par ma lettre du 12 de ce mois ; regardez-le, Monseigneur, comme une des premières causes de la mauvaise administration et de la perte de ce malheureux pays. Je vous ai dit qu’il étoit riche de deux millions; je n'ai osé dire quatre, quoique d’après tout le public je le pouvois. Ses richesses ne me portent pas plus d'envie que celles de beaucoup d'autres, mais j'en gémis par amour pour les intérêts et pour le service de mon maître. Permettez-moi encore une fois, Monseigneur, de vous supplier de faire garder mes lettres dans le secret de votre cabinet ; le motif qui m'engage à vous apprendre de si tristes vérités est trop louable pour que je doive craindre d'en être l’injuste victime ; d’ailleurs ayez la bonté de faire attention que je suis obligé, autant par devoir que par zèle, de suppléer ce que M. le marquis de Montcalm ne peut vous écrire de l'armée où il n’a pas son chiffre. S'il veut me permettre de passer en France cet automne, ce seroit un grand bien; je vous en ap” prendrois davantage ; rien ne souflriroit de mon absence par les arrangements que je prendrois. Je suis, etc.
Dépôt de la guerre, vol. 3499, pièce 45. — Original chiffré.
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