GRANDE-BRETAGNE
4. Le Canada est une colonie anglaise, mais nulle nation distincte et à part n'est plus libre. La mère patrie dans sa sagesse a confié aux Canadiens la gestion de leurs propres affaires. Le gouverneur du Canada, qui est en même temps gouverneur-général de l'Amérique Britannique du Nord, est nommé par la couronne, et en est le représentant dans la colonie. Il nomme un conseil exécutif qui doit posséder la confiance des deux corps législatifs, la chambre d'assemblée et le conseil législatif, qui tous deux sont élus par le peuple. Les membres du conseil législatif étaient autrefois choisis par la couronne.
Le système de son gouvernement est celui des majorités législatives, et de la responsabilité aux électeurs, à l'instar de celui de la Grande- Bretagne, et est aussi semblable à celui-ci que les circonstances le permettent. Tout sujet britannique, ayant la confiance du peuple et possédant un montant limité de bien-fonds, est éligible aux oflices publics, et peut siéger aux deux branches de la législature. Le droit de suffrage est presqu'universel, la qualification n'étant que le paiement d'un loyer annuel de 30 dollars dans les villes, et de 20 dollars dans les districts ruraux.
Rien n'empêche les étrangers, ou aubains, d'acquérir et de posséder des bien-fonds au Canada, et quand ils sont naturalisés, ce qui n'exige qu'une résidence de trois années et l'obligation de souscrire le serment d'allégeance, ils jouissent en matières électorales, ainsi qu'en toutes autres, de toutes les immunités et privilèges de sujet nés britanniques.
Le gouvernement anglais entretient une petite force militaire en Canada et les provinces voisines, pour leur protection contre l'invasion étrangère, et pour le maintien et la conservation des fortifications de Québec, Kingston et autres places en cas de guerre. Tandis donc que les relations du Canada avec la Grande-Bretagne le protègent contre toute agression du dehors, il jouit de la liberté politique la plus complète qu'un peuple puisse posséder, et exerce un contrôle absolu sur son commerce intérieur, ses lois, ses institutions municipales, ses impôts, ainsi qu'en matière de religion et d'éducation. Les relations intérieures entre le peuple et le gouvernement sont celles d'une nationalité distincte et indépendante, la mère patrie contrôlant en quelque sorte celles du dehors. Pour démontrer toutefois la libéralité avec laquelle cette dernière agit, il suffit de dire qu'il a été permis au Canada de faire ses propres arrangements avec les gouvernements étrangers en Europe et en Amérique pour le transport des malles et autres matières postales entre et sur les deux continents, lui faisant ainsi assumer le caractère d'une nation distincte même dans ses relations extérieures. Tels sont les rapports qui existent entre la Grande-Bretagne et sa colonie, rapports que tout vrai Canadien désire voir devenir une union plus intime en ce qui regarde les intérêts commerciaux des deux pays, et les sentiments de sympathie qui peuvent resserrer et rendre indissolubles les liens d'amitié qui les unissent.