D'OTTAWA, ORATEUR DE LA CHAMBRE DES COMMUNES DU CANADA
fut peu après démasquée par un autre polémiste, supérieur au Premier, comme intelligence du moins: feu J. H. Newman, dans une lettre, restée célèbre, adressée au duc de Norfolk.
Ce serait peut-être rendre un bon service aux protestants en question, les porter dans tous les cas à plus de modération, que de leur demander, chaque fois qu'ils se fut juges de la loyauté de leurs compatriotes catholiques, de ne pas perdre de vue que feu sir John Thompson était catholique romain Jui aussi, ce qui ne l’a pas empêché de recevoir de sa souveraine plus d’honneurs qu'aucun autre Premier ministre colonial de son temps ; et cependant la bonne reine Victoria ne devait pas ignorer qu’elle avait affaire à un converti qui
vait été élevé au sein d’une des plus rigides sectes protestantes. Il en est de même, dit-on, de plus d'un des généraux anglais les mieux réussis de la Suerre sud-africaine : qui a jamais osé suspecter leur loyauté? Il en est de même d’une multitude de fusiliers irlandais enrolés dans l’armée britannique ; et Pourtant, par leur intrépidité sur les champs de bataille du veldt africain, dont ils ont rougi le sable de
leur sang, ils ont conquis, pour leur compatriotes dans l'armée, le privilège si longtemps refusé, si tardivement concédé, de pouvoir piquer le cher petit trèfle d'Irlande sur leur tunique à chaque anniversaire de leur saint patron. Le défunt marquis de Bute était catholique ; il fut trouvé assez loyal pour occuper un siège à la Chambre des Lords aux côtés des évêques anglicans et de la noblesse presbytérienne d'Ecosse. Le présent duc de Norfolk est catholique ; ce grand maréchal héréditaire d'Angleterre a donné une preuve de loyauté à sa protestante souveraine en résignant son portefeuille dans le gouvernement de Salisbury pour aller se battre contre les Boers au Transvaal. Ceux qui n’ont pas oublié leur histoire d'Angleterre savent que plus d'une longue et noble lignée de loyales familles catholiques romaines remonte, de génération en génération, au règne d’Elizabeth, lorsque lord Howard, qui était aussi un brave catholique, eut le glorieux commandement de la petite flotte de la protestante Angleterre contre l’invincible Armada de la catholique Espagne. Impossible de remonter plus haut dans l’histoire, car Dieu sait, si, avant l’époque du père d’Eliza-
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beth, il y avait en Angleterre autre chose que des catholiques Pour être loyaux ou non. Mais il il nous semble voir ce marin catholique romain, lord Howard, engagé dans une partie de quilles avec Drake, Hawkins et Frobisher, À Plymouth Hoe, près du lieu où s'élève aujourd'hui un monument à la mémoire de ces grands hommes, ce jour même de juillet 1588 où arrivait la nouvelle que la flotte espagnole était presque en vue deterre, En vrais Anglais, ils terminèrent tranquillement leur partie, puis gagnèrent leurs vaisseaux et firent mettre à la voile à la rencontre de l'ennemi, remportant bientôt pour la protestante Elizabeth l'une des plus brillantes victoires qui aient jamais illustré la marine de guerre d'Angleterre !
Tout de même, il faudra continuer à croire les Canadiens-Français incapables de loyauté parce qu’ils ont le malheur d'être de souche française, et le plus grand malheur encore d’être de dévôts catholiques ! Franchement, il est révoltant d'entendre dire, insinuer même, que la nationalité ou la religion du sujet peut être un empêchement dirimant, assez pour mettre un homme hors concours dans les grands tournois de loyauté et de dévouement au souverain
constitutionnel. Mais! la vraie déloyauté, c'est au contraire le fait de ces mauvais génies, qu'ils soient français ou anglais, catholiques ou protestants, qui font d’incendiaires appels aux passions nationales ou religieuses, afin d'allumer la discorde et de pousser les deux races l'une contre l'autre, au lieu de seconder les pacifiants efforts des bons citoyens et de travailler à écarter toutes les causes de malentendu entre les populations de Québec et d'Ontario, de manière à établir des relations plus étroites entre ces deux voisines, et à les réunir dans une cordiale coopération pour assurer le rapide développement de la nouvell: nation qui vient de se dresser dans l’ Amérique du Nord. Oui, les vrais déloyaux sont les fauteurs de discorde, et non ceux qui, en 1896, ont envoyé aux Communes une majorité assurant le choix d’un Canadien-Français catholique comme premier ministre du Canada ; non pas, empressons-nous de le dire, parce qu'il est français et catholique, mais parce qu’il n’y avait manifestement dans les rangs des Réformistes nul autre homme d'Etat aussi digne que lui d'occuper une position aussi élevée, à laquelle s'attache autant de respon-
HON, W,. A, WEIR, MPP,,