FEU L'HON, ARTHUR PAQUET
QUI FUT MEMBRE DU SÉNAT CANADIEN ET L'UN DES NOTABLES INDUSTRIELS DE QUEBEC.
refuser au service militaire, parceque la conscience du Quaker lui dit que c’est un mal? Pas un seul. Et pouraroi ? Parcequ.: protestants croient à la libeité de consci ‘ce, Aussi ne Sauraient-ils contester aux autres ce qu'ils réclament avec tant de conviction pour euxmêmes ; et par conséquent ils devraient être les derniers à blâmer les catholiques parce que, plutôt que de désobéir à ce qu'ils croient être la voix de Dieu, ils préfèrent désobéir à certaines ordonnances du pouvoir séculier.
À tout événement, il n’y a plus la moindre raison de craindre que jamais désormais, dans aucune partie de l’Empire Britannique, l’autorité établie ne cherche à forcer qui que ce soit —Chrétien, juif, mahométan ou même paien— à faire ce qui est contraire aux dictées sa Conscience,
Un trait remarquable de la vie canadiennefrançaise, qui échappe peut-être à l’attention du tou::te qui passe, mais que les Anglais résidents ne tardent pas à observer, c'est la rapide vulgarisation de la revue et surtout du journal quotidien. Il est peu de foyers si pauvres qu’un bon journal n’y arrive régulièrement : l'abonnement aux feuilles quotidiennes est chose beaucoup plus commune qu'il y a quelques années. Quoi qu’on puisse dire de la presse française de Québec, il faut lui rendre ce témoignage qu’elle est singulièrement — à vrai dire absolument -— vierge de rien qui ressemble à l'immoralité ou à l’irréligion, et que dans l’ensemble elle enseigne et instruit impartialement et intelligemment ses lecteurs sur les grandes questions courantes. Cette diffusion a eu un bon effet, très visible par une remarquable recrudescence d'intérêt pour les affaires du gouvernement de la Province et du Dominion. Quant aux affaires de paroisses et
de municipalités, de tout temps les Canadiens- Français ont soigné cette partie, et ont toute raison de les croire généralement administrées avec honnêteté, de même qu'avec toute l'économie compatible avec les besoins du service : ce jui, après tout, est l'économie la mieux entendue, On n'aurait Pas toujours pu en dire autant de l’administration des affaires de la Législature provinciale et du Parlement fédéral, C’est ce que leur ont appris les journaux, de plus en plus répandus. Ils ont renseigné le peuple sur la véritable signification de certains mots classiques, comme ‘: pots-de-vin, tours de bâton, boodlage,”” etc. Or, ces braves gens, peu rompus aux roueries du métier, ne conçoivent pas que leurs représentants à l'Assemblée Législative où à la Chambre des Communes ne puissent gérer les affaires du pays avec tout autant de probité et de soin que leurs mandataires dans les conseils municipaux ; et c’est ainsi qu’il leur est déjà arrivé à plus d’une reprise de manifester très clairement leur mauvaise humeur aux polls. N'avaient-ils pas lu dans leurs journaux que ceux qu’ils avaient envoyés à l’un ou l’autre parlement s'étaient rendus coupables d’actes de corruption ou de
malversation, à divers titres, soit par incitation ou participation, soit par approbation ou par improbation, soit par paroles ou en action, directement ou indirectement, comme disent les grimoires ? L'opération a pu se faire sans éclat, sans grand bruit ; peu ou pas du tout d’‘‘indignation mectings’’; à la surface, tout a pu paraître tranquille ; mais il est une chose certaine : c’est qu'une fois que le contribuable de Québec a devant lui !:s pièces à conviction, une fois qu’il s'est bien convaincu qu'un de ses représentants au Parleinent a abusé de sa confiance, le prévaricateur peut dire : ‘Mon affaire est faite.” A son grand chagrin, il découvre à l’élection prochaine que ses déviations de la ligne droite n’ont pas échappé aux argus de l’urne électorale. Il n'aura peut-être pas contre lui le vote canadien-français compact, mais tout de même assez pour assurer l'élection de son concurrent, pourvu, bien entendu, que celui-ci soit un honnête homme qui n’ait jamais lui-même démérité de la confiance publique, et qu’il ait tous les autres titres voulus au suffrage des électeurs.
Et c’est ce peuple qu’on accuse de se laisser influencer, dans l’exercice de ses droits politi-
M, "D. BROCHU, MAS MD:,
DE QUÉBEC