‹ Le Canadien-français [microforme]Chapitre 28 sur 48 · PROFESSEUR AGRÉC ‘UNIVERSITÉ LAVAL, FONDATEUR LE L'HOPITAL GRONDIN · texte numérisé non relu

PROFESSEUR AGRÉC ‘UNIVERSITÉ LAVAL, FONDATEUR LE L'HOPITAL GRONDIN

ques, par des préjugés nationaux oureligieux ? Comme de raison, il a l'orgueil de sa race, et avec raison ; il est tout juste que, cœferis pari. Gus, il donne la préférence aux hommes de son sang. Là-dessus, les Anglais, les Irlandais, les Ecossais de ce Pays devraient être les derniers à lui jeter la Pierre, attendu qu'ils en font eux-mêmes tout autant, Il est ñer d’appartenir à une race qui a donné au monde une si brillante phalange d'hommes et de femmes illustres, qui a peuplé le firmament de la Science, des Arts, des Lettres et de l'Eglise d’une si belle constellation, qui a donné raissance à l’aventureux Bougainville, à l'incomparable Bouguereau, au profond et versatile Châteaubriand, à l'éloquent et pieux Fénelon, à l’inimitable épistolière Madame de Sévigné, à la célèbre Madame de Staël, auteur de De l'Allemagne, st à tant d’autres de vénérée mémoire. Eh bien! quoi ! n'y a-t-il pas des gens qui prennent en pitié quiconque n’est pas prêt à reconnaître que les Anglais sont de toutes façons le plus beau peuple que la terre ait porté, le peuple le plus brave, le plus noble, le plus fin, le plus instruit, le plus inventif, le plus intègre, et même, d’après la tocade

anglo-israëlite, l’une des plus vieilles races du monde préhistorique ?

Sans doute, l’histoire des derniers siècles donne raison à l'Anglais de s'enorgueillir de sa lignée. Il a raison d’être fier des merveilleux progrès qu’il a faits dans les arts de la paix non moins qu’en ceux de la guerre, fier de ce que son pays a opéré dans presque toutes les contrées sur lesquels s'étend son pacifique empire, fler de ce que fait encore aujourd'hui l'Angleterre pour le relèvement des peuples qui hier étaient plongés dans les plus épaisses ténèbres morales, que n'avait pu percer un seul rayon de la glorieuse lumière éternellement projetée de la Croix du Calvaire | Pourquoi donc qui que ce soit d’entre nous jetterait-il la pierre au Canadien-Français, pourquoi suspecterions-nous sa loyauté à la Grande-Bretagne, parce qu'il s'enorgueillit de descendre d’une nation qui ne fut pas toujours l’inférieure émule de l'Angleterre dans l'œuvre civilisatrice du monde ; d’une nation qui, il y a quelque trois cent cinquante ans, chassait les Anglais hors de Calais, leur dernier pied à terre dans le pays qui vit les batailles d’Azincourt et de Poitiers, et où le Prince Noir avait gagné

ses éperons à Crécy en 1347, de sorte que désormais nul monarque d'Angleterre ne pût s’intituler à bon droit comme autrefois: ‘‘ roi de Grinde-Bretagne, de France et d'Irlande ’’ ? Oui, les Canadiens-Français sont fiers de leur race, et ce serait une honte qu'ils ne le fussent point. Mais ce légitime orgueil de race ne les aveugle pas sur les fautes de ceux de leurs compatriotes qui aspirent aux honneurs parlementaires ; et s’ils préfèrent en thèse générale voter Pour un homme de leur langue et de leur sang, cela ne les empêche jamais, dans la pratique, de déposer leurs bulletins en faveur d'un Anglais, d'un Irlandais ou d’un Ecossais, s’il est honnête, plutôt que d’un Canadien-Français Sur la vertu duquel ils ont des doutes.

Mais, étant concédé que ceci soit vrai au point de vue national, les choses se passentelles de même au point de vue de la religion ? Si ces électeurs se laissaient indûment influencer par des considérations d'ordre religieux, Comment pourrait-on dire qu’ils exercent leur droit politique avec indépendance, et qu’ils choisissent leurs mandataires selon leurs mérites? Il ne manque pas de gens, —et les Canadiens- Français sont à coup sûr du

nombre,—qui ont la naïveté de croire que la croyance au christianisme est l’une des conditions indispensables à exiger de tout homme qui se présente pour siéger dans les chambres législatives d'un pays soi-disant chrétien ; car, disent-ils, comment des chrétiens peuvent-ils croire que leurs représentants légifèreront ou pourront légiférer pour le plus grand bien du pays s'ils ne croient tout d'abord à la révélation de la volonté divine, qu’on appelle communément la religion chrétienne ? De fait, pour un Canadien-Français, la religion est la première et suprême affaire, celle qui doit primertoute autre. Et pourquoi en serait-il autrement ? Cette foi qu'il professe est la même qui a traversé dix-neuf siècles, qui a subi l'épreuve des plus rudes assauts, des plus barbares persécutions, de la part des Juifs, des païens, des infidèles ; elle a exalté l’homme sur des sommets incomparablement plus élevés que les autels où se pavanaient nos ancêtres païens ; elle a opéré des prodiges partout où ses doctrines ont été accueillies avec sincérité, partout où l'on s'est loyalement efforcé d’obéir à ses commandements. Notre héros est-il donc à blâmer parcequ'il tient à son credo avec toute

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