‹ Le Canadien-français [microforme]Chapitre 29 sur 48 · QUÉBEC-OUEST · texte numérisé non relu

QUÉBEC-OUEST

l’ardeur et toute la sincérité de son cœur passionné, et parcequ'’il estime qu’une profession de foi chrétienne doit être la condition sine qu& non de son suffrage de citoyen ? Au contraire, ne serait-il pas à souhaiter pour le bien du Canada que tout son peuple fût animé du même esprit de foi, et s’inspirât de l'exemple du pieux Canadien-Français en réglant sa vie sur les préceptes du christianisme ? Si celuici aime sa race et sa religion, s’il est fier et heureux de voir son compatriote et coreligionnaire appelé aux hautes fonctions de premier ministre du Canada, cela ne l'empêche pas de Scruter et de discuter librement les questions politiques, indépendamment de tout préjugé de race et de religion, sans toutefois mettre de côté la considération religieuse, ce qui n’est que légitime ; la conséquence est qu’il envoie aux législatures, pour le représenter, les hommes qu'il croit le mieux qualifiés, sans leur demander plus que l'essentiel, sans s'inquiéter de leurs antécédents ni de leurs préférences religieus?s. Parmi ceux qui l’accusent à la légère de se laisser guider par les préjugés dans l'exercice de ses franchises électorales, bien peu se sont jamais préoccupés de savoir combien d’agnosti.

ques ou de libres-penseurs il a envoyés au Parlement. En trouverait-on une demi-douzaine? Ven a-t-il un seul ?

I1 ne se demande pas non plus si les représentants de son choix travailleront exclusivement pour l'intérêt de sa race, il élit ceux qui peuvent faire le plus pour le pays tout entier ; car il sait que, dans un système gouvernemental comme celui du Canada, s’il est vrai que chaque province a des droits particuliers qui doivent être regardés comme sacrés, il est également vrai qu'aucun groupe de population ne peut prospérer aux dépens des autres. S'il y a sur les rangs un candidat de langue française et de confession catholique, son élection ne sera pas pour cela assurée contre un adversaire connaissant très peu le français et appartenant à une autre église, mais sous tous autres rapports supérieur au premier. C’est principalement pour cela qu'aux dernières élections générales du Dominion, la province de Québec a donné une majorité écrasante au gouvernement actuel. Non parce que le gouvernement était composé de français ou de catholiques,-—ce qui n’était pas,--mais parce que les électeurs de cette province avaient la conviction que la politi-

que ministérielle était la meilleure pour le pays tout entier. Plus que cela: dans ces mêmes élections, les Canadiens-Français ont dans plus d’un cas voté contre des hommes de leur sang et de leur religion, en faveur de candidats de races et de croyances différentes. On a remarqué un fait analogue aux plus récentes élections provinciales.

Ondit souvent, sanstrop réfléchir, qu'il n'est guère possible aux Canadiens-Français de donner un vote indépendant parce qu'ils n’ont d'autre alternative que de suivre les injonctions de leurs pasteurs et directeurs spirituels. L'auteur de cet ouvrage, lui qui est d'Ontario et protestant, n’a pas la prétention d’être très au fait des relations qui existent entre le clergé catholique romain et ses ouailles à Québec ou ailleurs ; mais il est sûr d’une chose, c’est que l’objection est absolument futile et que le clergé n’exerce aucune influence indue sur les fidèles quant au choix du parti politique pour lequel ils doivent voter. Les péchés mortels sont nombreux, mais le fait de s’enrôler dans l’un ou l’autre des deux grands partis qui se disputent l'opinion au Canada ne figure certainement pas sur la liste; ce n’est pas même une faute

vénielle. Alors, qu'est-ce que le clergé a à y voir ?

Au reste, ceux qui portent cette accusation s’accrochent du coup aux deux cornes d’un dilemme très embarrassant, si l’on en juge par 1e dénouement des dernières élections générales du Dominion. Les relevés du scrutin indiquent en effet de deux choses l’une : ou le clergé s’est partagé en deux camps, ou bien ses ouaïlles se sont en grand nombre émancipées. Le fait est que, sur le vote total qui s’est donné, la somme des majorités remportées par le parti libéral, quiatriomphé, ne s’est élevée qu” à 27,873 voix ; en sorte que, si le clergé avait réellement donné des instructions uniformes sur la manière de voter, il faudrait conclure qu'une forte proportion du vote laïque s’est mutinée. Il est bon d'ajouter que le contraste entre la forte majorité parlementaire remportée par le parti libéral et le chiffre modique des majorités populaires réunies s'explique aisément, par le morcellement de ces majorités entre un grand nombre de circonscriptions électorale:

Le scrutin de 1896, si l’on veut bien s’y reporter, nous confirme encore dans la certitude morale qu’il n’y a pas de vote plus libre-

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