‹ Le Canadien-français [microforme]Chapitre 30 sur 48 · EX-MINISTRE DES TRAVAUX PUBLICS DU € ANADA · texte numérisé non relu

EX-MINISTRE DES TRAVAUX PUBLICS DU € ANADA

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ment donné que celui du Canadien-Français, au point de vue de l'influence cléricale, s’entend ; autrement, le résultat de ces élections, la manière dont il a été amené, resteraient enveloppés d’un mystère impénétrable, Ilest bien connu que le chef des conservateurs dans le temps, alors premier ministre, était d'opinion que la minorité catholique du Manitoba avait un très sérieux grief, du fait de la loi d'éducation passée par le gouvernement Greenway. Il est aussi notoire que cette minorité avait porté l'affaire devant les tribunaux, et que le Conseil Privé en Angleterre avait jugé que la plaignante avait de justes droits de se plaindre, que ses griefs étaient réels, et que le remède était entre les mains du Parlement fédéral. Donner effet à cette décision, accorder aux catholiques mañitobains le redressement qu’ils réclamaient, était donc partie du Programme avec lequel sir Charles Tupper se présentait devant le pays. C'était ce qu'on «ppelle la question brûlante du moment, au grand mécontentement de quelques-uns des partisans mêmes de sir Charles, qui protestaient de toutes leurs forces ; l'ex-premier ministre n’en insista pas moins à en faire un

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article de son programme. Nous savons aussi, du moins nous avons raison de croire que la hiérarchie de Québec approuvait et appuyait carrément sir Charles dans sa détermination de réparer letort. Si réellement les électeurs canadiens-français se laissent mener par le bout du nez par leur clergé, il aurait donc fallu s'attendre à voir sir Charles maintenu. Qu'est-il arrivé? C’est qu'en dépit de ce prétendu despotisme clérical, malgré que les catholiques du Manitoba, les frères mêmes des Canadiens- Français de Québec, fussent les gémissantes victimes d’une loi que sir Charles Tupper s'était engagé à biffer s’il revenait au pouvoir, c'est justement dans la province de Québec que ce renommé chef du parti trouva son Waterloo, et que son illustre rival remporta sa plus brillante victoire. Anomalie encore plus bizarre à première vue, si l’on songe que les catholiques de Québec se trouvaient à voter de concert avec l'élément orangiste d’Ontario pour défaire un premier ministre qui avait donné sa parole de porter secours aux catholiques du Manitoba ! Les motifs n'étaient assurément pas les mêmes de part et d'autre ; les Orangistes étaient bien déterminés à renverser

EXERCICE DU CEXNS ÉLECTORAL, ss

sir Charles Tupper plutôt que de voir l’Acte des Ecoles du Manitoba désavoué, tandis que les Canadiens-Français étaient également bien résolus à porter sir Wilfrid Laurier au pouvoir Parceque sa politique leur paraissait être ‘‘ pour le plus grand bien du plus grand nombre, Tout de même, dans cette mémorable campagne de 1896, la fleur-de-lys et le lys orangiste se trouvèrent réunis sur le même étendard.

Et cependant, il y a des gens qui voudraient nous faire croire que les Canadiens-Français règlent invariablement leur vote sur certains mots d'ordre supposés venir de la hiérarchie ccclésiastique !

Mais, supposé même que le clergé du Bas- Canada exerçât une très grande influence sur les laïques en matière électorale, si cette influence est légitime et n'a rien d'indû, est-ce un si grand mal? est-ce même un mal? N'est-ce pas plutôt une excellente chose ?

Assurément, le clergé canadien-français est trop bien noté pour sa piété et sa science, pour son esprit de désintéressement au service de ses ouaïlles, pour l'attention qu'il apporte à remplir ses augustes devoirs, pour son inaltérable dévouement et sa jalouse vigilance en ce

qui concerne le bien-être et le salut des âmes dont il a char pour mériter la censure s'il croit parfois devoir élever la voix et mettre ceux qui lui sont confiés en garde contre les desseins malhonnêtes d’astucieux démagogues, et s’il profite de l’occasion pour leur tracer le portrait des hommes vraimen. d.:res de leurs suffrages. Si, à l'approche des élections, d'ignares empiriques peuvent prôner leurs illusoires panacées guérissant tous les maux de l'État à la fois, ou que des coquins sans principes préparent quelques manigances corruptrices, sera-t-il interdit au clergé canadien-français—plus qu'à tout autre—de prévenir son troupeau contre les dangers qui le menacent, de lui prodiguer les plus sages avis que leur suggère la situation? On ne saurait nier que le clergé catholique de Québec ne se gêne pas d'exercer son influence dans ces circonstances comme en toute autre, et ce n’est que légitime: mais qu’il mène les électeurs au poll comme des moutons à la bergerie, qu'il les oblige à voter d'un côté plutôt que de l’autre sous peine de censure ecclésiastique ou d’autres pénalités spirituelles, on peut être sûr qu'il n'en est rien.

HON. F, E, A, EVANTUREIL, M.PP.,

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