DE QUÉBEC, SUBSTITUT DU PROCUREUR-GÉNÉRAL A QUÉBEC
Certaines gens affectent de croire que, si les Canadiens-Français ont voté en 1896 contre le vœu de leurs aviseurs spirituels, c'est parce qu'ils savaient que la défaite de sir Charles Tupper serait le triomphe de sir Wilfrid Laurier, un homme de leur race, et qu'ils ont réitéré leur vote en 1900 afin que sir Wilfrid Laurier pât rester premier ministre. Voilà un accusé qui joue décidément de malheur. Le Premier chef contre lui est d'avoir servilement voté sous la férule cléricale, et le second d'avoir voté juste en opposition à cette même autorité religieuse! Qu'il suffise de rappeler que ses preciients votes politiques, en 1878 et à plusieurs 1eprises auparavant et depuis, ont été diamétralement opposés à ceux qu'il a donnés aux deux dernières élections générales pour les communes: et cela à une époque où le premier ministre n'était ni français ni catholique, mais écossais et protestant. En toute justice, et non par indulgence pour l'accusé, il faut bien conclure que, s’il a voté d'une certaine façon dans le temps passé, c’est qu'il croyait alors que la politique conservatrice était la meilleure pour le pays, et que, s'il vote différemment depuis un certain temps, c’est
que les temps sont changés, les conditions ne sont plus les mêmes, et que conséquemment le pays a tout à gagner à un changement d'orientation, ce qui est précisément le programime libéral. Disons en passant que cette politique nouvelle était, à peu de choses près, pratiquement la même que prêchait feu Dalton McCarthy, un homme qui passait aux yeux d’un bon nombre pour un profond politique, qui était avant tout protestant intransigeant, et qui n'aurait certes jamais pu être pris pour un instrument de la hiérarchie ecclésiastique de Québec ni du premier ministre actuel. Un autre fait qu’il ne faut pas perdre de vue, c’est que la politique de sir Wilfrid a été endossée par presque toutes les provinces du Dominion, sauf Ontario ; et certes l’on ne dira pas que ces provinces ont approuvé cette politique pour obéir aux injonctions du clergé catholique français, ni parce que le premier ministre est canadien-français et catholique.
Au point où nous en sommes, il serait peutêtre intéressant de nous demander quel aurait été le dénouement de la campagne de 1896 si feu sir John A. Macdonald, cet heureux vétéran, eût encore été à la tête de son parti. Mais
cette étude, si attrayante qu’elle soit, nous entraînerait trop loin pour le cadre nécessairement restreint de ce petit volume. Quoi qu’il en soit, nous ne saurions de même nous empêcher de présumer qu'avec sa proverbiale sagacité, cet homme d'Etat eût spontanément compris l'opportunité de faire subir à sa Politique Nationale les modifications demandées par l’évolution du commerce du pays, et qu'avec l’aide de ses ministres canadiens-français, il eût inventé quelque moyen de régler la difficulté manitobaine, de manière à satisfaire les catholiques, sans s'aliéner toutefois la confiance d’un trop grand nombre de ses partisans dans le reste du Dominion. La question des biens des Jésuites, en son temps, n'était guère moins brûlante que celle des Ecoles du Manitoba ; elle avait excité tout autant d’ire chez un certain nombre de protestants; cependant, sir John avait fini par se frayer un chemin à travers ces difficultés, par trouver le moyen de contenter les premiers intéressés sans lâcher prise, sans perdre son ascendant dans le &ouvernement du pays. Mieux que cela, la question fut enterrée pour toujours, sans laisser derrière elle de traces d’amertume,et assez creux
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