‹ Le Canadien-français [microforme]Chapitre 34 sur 48 · LIEUT-COLONEI, OSCAR €. PELLETIER, D,S · texte numérisé non relu

LIEUT-COLONEI, OSCAR €. PELLETIER, D,S

COMMANDANT DU DISTRICT DE QUÉREC, ARTILLERIE ROYALE DU CANADA, FUT BLESSÉ DANS LA CAMPAGNE DU NORD-OUEST EN 1885, ET FIT PARTIE DU PREMIER CON iENT DANS LE SUD-AFRICAIN.

Tâche humiliante, disions-nous tout à l'heuie. Il y en aurait une non moins décevante, inspirée par la situation de l'Irlande pendant de longues années: ce serait de faire par l'imagination la peinture de ce que pourrait être aujourd’hui ce pays si l'Angleterre avait traité ses habitants avec la générosité dont elle fit preuve à l'égard des Canadiens- Français lorsque le traité de Paris fut signé en 1763, C'est-à-dire si elle leur eût laissé le libre exercice de leur culte, le libre usage de leur langue et la libre pratique de leurs vieilles coutumes. Voyons, n’est-t-il pas, dans ces seules considérations, un salutaire enseignement pour ceux qui disent que la reconnaissance officielle de la langue française dans la province de Québec contribue à éloigner les deux races l'une de l'autre, et que par conséquent l'anglais seul devrait être permis ? Quoi ! s’il en était ainsi, l'union serait plus intime entre nos concitoyens canadiens-français et nous-mêmes ?

Mais bien au contraire: ce serait plutôt la rupture complète ! Eh bien, tant mieux alors, dira-t-on peut-être: vienne la crise ! si elle n'arrive pas assez vite, précipitons-la : le plus tôt le mieux ce sera, car alors nous règlerons

la question de nouveau, et une fois pour toutes, en passant un trait de plume sur tous ces f° ivis ièges spéciaux que l'Angleterre eut jadis la faiblesse de garantir au peuple français du Canada ! Non, on nedira pas cela: ce serait trop inique, trop méchant, trop contraire au point d'horneur, ou plutôt uopidiot. Si, par aventure, il y ovait dans je Canada des gens assez avilis, de paiei!!.s brutes, disons le mot, pour insinuer même la possibilité d'une telle solution du problème national, il est mieux de les prévenir tout de suite qu'il n'y a pas un honnête homme au monde qui ne reculerait devant leur proposition comme devant un objet d'horreur ! Enpressons-nous de dissiper la hideuse impression que laisse la simple mention d'une théorie aussi immorale et déshonorante, et passons à des considérations d'un autre genre.

Il est hors de doute que l’unité de langue— de cette langue superbe qui fit trembler les échos autour des murs de l’infortunée Troie lorsque les assiégeants poussaient leurs ter”‘bles cris de guerre, de la langue d’Homère et d'Hésiode, de Thucydide et d’Hérodote, de Démosthène et d’Eschine, de Sophocle et d’ Eschyle—fut l’un des plus forts liens qui retinrent

ensemble les peuples de la Grèce Antique, peupies célèbres par leur merveilleux esprit d'entreprise, par leur indomptable courage, par leur génie transcendant, par leur sublime patriotisme. Partout où ils allaient, ils restaient Hellènes dans l'âme ; partout où ils plantaient leurs tentes, le pays prenait le nom d'Hellade. Comme dit le feu professeur Freeman dans une de ses admirables esquisses historiques : ‘‘ Ainsi à vrai dire, il y eut partout des fragments de l'Hellade, et ces fragments attiques se voyaient sur le pourtour d'une grande partie de la Mer Méditerranée, partout où les voyageurs grecs avaient planté des colonies.”” Mais il ne faut pas oublier que, si ces peuples avaient une langue commune, il y avait aussi entreeux cornmunauté d'origine et de religion, de sorte qu'ils étaient formés de tribus platôt que de races distinctes, et rendaient hommage aux mêmes divinités. Supposons Pour un instant qu'ils eussent été issus de deux races différentes, dont l’une et l’autre eussent eu leur religion et leur langue à elles propres, et demandons-nous si l'imposition violente de l’une de ces langues par le plus fort au plus faible de ces deux groupes nationaux eût fait l'unité de ces peu-

ples? N’aurait-elle pas au contraire brisé la chaîne qui les unissait, ne les aurait-elle pas armés les uns contre les autres ? Différemment, supposons qu'au lieu de supprimer de force l’une des deux langues, les deux races se fussent habituées à s'exprimer dans les deux idiomes, qu’elles fussent devenues bilingues, est-ce que cet arrangement, s’il ne devait jamais former un peuple homogène, ne les aurait pas du moins unies plus étroitement que n'aurait pu le faire l'unité de langue imposée au nom de la loi ?

Ne semble-t-il pas ressortir de ce qui précède que la solution idéale du problème canadien devrait être le parler général des deux langues française et auglaise par tout le monde. On y travaille déjà, au moins ça et là dans la province de Québec, car l'anglais, tout comme le français, y est enseigné dans bien des écoles ; et, au point de vue des relations sociales et des affaires, même au point de vue essentiellement canadien, n'est-il pas désirable qu’on en dise autant des écoles de toutes les autres provinces ? Ne semble-t-il pas que l'usage commun et général des deux langues, plutôt que la suppression de l’une au profit de l’autre, est le

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