ANCIEN PROCUREUR-G
grand desideratum si l'on veut voir les deux races plus étroitement unies qu’elles ne l'ont été jusqu'ici ? Pour nous, qui parlons l'anglais de naissance, l'articulation de cette belle langue de la vieille France, si douce, si translucide, n’offrirait probablement pas les difficultés qu'éprouvent nos voisins à jargonner Our rude, harsh, northern, grunting guttural,
Which we’re obliged to hiss, and spit, and sputter
ali
langue dont l’orthographie a des allures anarchistes, dont l’orthoépie est une source de perplexités continuelles, et Ja syntaxe une variation à l'infini.
Les curieux lapsus auxquels s'expose la langue anglaise quand elle passe par une bouche française ont toujours été une source intarissable de plaisanteries ; un journal canadien en rapporte une qui mérite d’être rééditée. Un monsieur français était en train de causer avec une jeune miss anglaise qui, venait-on de lui dire, avait fait l’ascension du Mont-Blanc. Dans le cours de la conversation,
(*) En prose vulgaire : “Nos Kargarismes septentrionaux, semés d'aspérités et d’'aspirations, que nous
avons l'air de siffler, de cracher ou de mâchonner entre les dents.’
à Het
il lui dit: ‘O4! Mademoiselle, dev do tell me you climb to ze top of Mt. Blanc." — Yes, sir,” répondit la demoiselle, ‘and the magnificent view more than repaid me for all the labour.” « Ah! yes truly; but all ze same, you do one great foot" —" One great feat, Aivnsieur, fit la jeune personne en manière de correction. « Vat ! you mean you do him two time ! Bygar, zat was one more greater foot !” (+)
La race des chauvins britanniques, dignes descendants de ceux qui, à l'époque de la gloire militaire de Wellington, ne se gênaient pas de proclamer qu’un seul Anglais était de taille à battre une demi-douzaine de Français, puis à les manger ensuite au besoin, n’est pas éteinte.
Ceux-là vont encore répétant que l'Angleterrea pris le Canada à la France en bataille carrée, que le Canada appartient à l'Angleterre par droit de conquête, et que par conséquent l’anglais devrait être l'unique langue reconnue par la loi dans toute l'étendue du Dominion.
Un instant, beaux parleurs ! Etes-vous bien certains que l'Angleterre ait pris—conquis, comme vous dites —le Canada à la France ?
7 (°) Note du traducteur: Ævof, singulier de feet (pieds), est ici plaisamment mépris pour £aé (exploit).
Il est bien vrai que notre intrépide Wolfe, au moment où ses yeux se clorent pour l'éternel sommeil, entendit les cris de victoire poussés par ses troupes, par ces grands diables de Highlanders et les autres régiments qui venaient d’escalader les hauteurs et de gagner la bataille des Plaines d'Abraham ; ilest également vrai que le nom moins valeureux Montcalm y trouva aussi la mort du soldat, et que ses troupes furent défaites en dépit de toute leur bravoure. Mais on ne saurait dire que cette victoire, si brillante et si glorieuse qu'elle ait été, ait entraîné la conquête du Canada. Et la cession du Canada à l'Angleterre en vertu du traité plus haut mentionné, qu’en faites-vous ? Cession et conquête ne sont pas du tout Synonymes. Or, l'une des Conditions auxquelles le Canada fat cédé à l'Angleterre fut de laisser aux Français du Canada, entre autres privilèges, l'usage de leur langue nationale, non seulement dans les affaires ordinaires, mis aussi dans toutes les procédures judiciaires et législatives. Voudriez-vous voir la nation anglaise manquer à sa parole, répudier cette condition du traité, pousser le manque de générosité jusqu’à l'injus-
tice à l'égard du brave peuple confié à sa protection? Si pareille violation de foi jurée devait être commise, Limerick ne serait plus la seule à s'appeler ‘la ville du traité violé. ””
A entendre certaines gens parler de la dualité des langues à Québec, on serait tenté de croire les Anglais incapables de défendre leur terrain à moins de recourir à certains moyens extraordinaires, et qu’ils s’attendent à se voir, dans un prochain avenir, supplantés par les Français jusque dans la province d'Ontario elle-même. Que de disputes stériles, que de mauvais sentiments, que de gros mots, que de conflits désagréables seraient pourtant évités si les deux langues étaient enseignées dans toutes nos écoles depuis l'Atlantique jusqu'au Pacifique ! Ne serait-ce pas le meilleur moyen d'assurer longue vie et prospérité aux deux langues par tout le pays, de telle sorte que chacun püût choisir celle de ses prédilections sans craindre les empiétements de l’autre ?
Ce fut en 1867,—la date est dans toutes les mémoires—que le Canada tout entier, d’un océan à l’autre, de la Mer Arctique aux Grands Lacs, fut soudé en une vaste confédération de provinces et territoires. Parmi les hommes illus-