‹ Le Canadien-français [microforme]Chapitre 36 sur 48 · POÈTE LAURÉAT GREFFIER DU CONSEIL LÉGISLATIF DE QUÉBEC · texte numérisé non relu

POÈTE LAURÉAT GREFFIER DU CONSEIL LÉGISLATIF DE QUÉBEC

G. A. VANDRY,

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tres par lesquels fut consommé ce grand œuvre politique — tous également animés d'un vif amour pour leur pays, tous convaincus que sa prospérité valait tous les sacrifices, jusqu'à celui de la vie même, puisque l’un deux périt sous le fer criminel d’un assassin pour n'avoir pas voulu être déloyal à l'Empire ; —parmi ces hommes, disons-nous, figuraient sir John A. Macdonald, le chef idéal des conservateurs anglais ; son honoré et estimé collègue sir George E, Cartier, le chef idéal des conservateurs français: l'honorable George Brown, le stoïque réformiste écossais ; Thomas d'Arcy McGee, patriote irlandais, poète, orateur et historien, et tant d’autres dont les noms décorent les pages de notre histoire. Ces hommes suspendirent leurs armes de combat pour l'occasion, ils oublièrent leur antagonisme de la veille, et s'unirent cordialement pour édifier de concert l'œuvre qui devait assurer la grandeur et la gloire de leur pays. Eh bien, dans ces heures décisives où les Pères de la Confédération, Français comme Anglais, délibéraient sur les meilleurs moyens d'assurer l'avenir, la sécurité et le progrès de ce Dominion qui allait naître de leurs mains, et à cette

fin réglaient la lettre et l'esprit de leur législation sur le dessein bien arrêté d'obtenir la sympathique et loyale coopération des deux grands groupes nationaux dont doit dépendre à jamais le bien-être de ce pays ; dans ces moments où ils jetaient les fondations d'un imposant édifice national et mettaient tous leurs soins à les faire larges et profondes, afin que, lorsque le temps serait venu, le Canada pût prendre sa place—et non la dernière—parmi les nations de la terre, et qu'il eût alors tout ce qu'il lui faudrait pour faire sa part dans le gr. 1d œuvre de la régénération mondiale, dans le constant essor universel vers les hauteurs éthérées ; alors, demandons-nous, s'est-il trouvé un seul de ces sages et de ces patriotes qui ait même songé qu'il fût nécessaire, ou même désirable, de dépouiller ie peuple du Bas-Canada du privilège officiel accordé à sa langue ? Pas un seul. Combien d’entre eux ont-ils vu une menace pour l'intégrité du Canada, ou une cause de retard pour l’union de ces populations hétérogènes, dans la perpétuation du système qui reconnaissait légalement et constitutionnellement le français comme langue officielle dans la province de Québec? Pas un

seul, que nous sachions. Sommes-nous donc plus fins renards que Macdonald? plus chevaleresques que Cartier ? plus prudents que Brown? meilleurs patriotes que McGee? La vérité est que ces chefs et ceux qui les secondaient savaient parfaitement, au contraire, que le danger serait précisément dans l'imposition d'une langue unique ; ils savaient que le seul moyen de parer au danger était de reconnaître deux langues officielles—l'une pour Québec, l'autre hors de Québec,—et c'est ainsi que l'une et l'autre sont aujourd'hui égales devant la loi,

Non, trop de sagesse logeait dans ces têtes, Pour qu’elles songeassent À tenter l'impossible, c'est-à-dire à entreprendre de fusionner deux races distinctes pour en faire un peuple homogène. Il faut plutôt croire que les auteurs de la Confédération ont eu la prescience d'une époque où, les deux langues étant devenues familières à tous les Canadiens, on assisterait à un spectacle unique dans l'histoire du monde, celui d’un peuple s'exprimant indifféremment dans les deux langues dominantes de la civilisation, plus étroitement uni que ne le furent jamais deux races, et Par conséquent mieux

armé pour la lutte. I1s semblent aussi avoir espéré, non sans raison du reste, qu'un jour viendrait où ce Canada qu'ils ont tant aimé ferait l'orgueil du pays de saint Denis et de saint George, du pays de saint André et de saint Patrice : où il deviendrait même l’émule de ces chères mères-patries, etoffrirait au monde entier l'exemple d’une nation remarquable par sa droiture, par ses lumières, par sa supériorité intellectuelle, par son esprit d'abnégation et de philanthropie, élevant toutes ces vertus à des hauteurs jusque-là inconnues.

Mais rappelons-nous avant tout que ces illustres fondateurs n'ont pas un instant songé qu'il fût nécessaire, pour réaliser leur grandiose rêve national, d'abolir l'usage de la langue française. C'est le contraire qu'ils ont voulu.

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