‹ Le Canadien-français [microforme]Chapitre 37 sur 48 · ANCIENNE RESIDENCE DE $. A. K. LE DIX · texte numérisé non relu

ANCIENNE RESIDENCE DE $. A. K. LE DIX

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Pour ceux qui connaissent très peu la pro-

vince de Québec, le Canadien-Frauçais est Je

type de la joviale insouciance, ne ‘faisant rien

autrement que son grand grand-père il y a cent

ans, voyant placidement arriver il’avenir, con-

vaincu que ses Sarçons n'auront rien à changer

à la monotonie de ses méthodes de travail ;

c'est un être absolument dénué de tout ce qui

s’appelle esprit d’entreprise et esprit public,

une sorte de fossile en un mot qui ne se Jais-

sera pas aisément gagner par la fièvre du

modernisme, Ces braves gens vont donc tres-

Sauter, croiront Presque à une mystification

€n apprenant qu'il n’y a pas dans tout le | Canada de population qui s'occupe plus de

l'éducation des enfants que ces mêmes Cana-

diens-Français, Sans doute, le fait n’a rien de

Surprenant chez les gens qu’on appeile ‘‘ de la

haute ” ; il est cependant également vrai, | mutalis mufandis, du plus humble ‘ habitant ” { à la tête d'une famille. À cet égard, celui-ci nous rappelle un peu le paysan du temps passé

dans certaines régions de l'Irlande, lequel tenait tellement à ne pas laisser ses enfants grandir sans au moins quelque rudiment d’instruction, qu’il les envoyait à l’école, qui en été se tenait à l’ombre d’une haie faute d’un meilleur abri, tandi: qu’en hiver les études se faisaient dans quelque vieille grange en démence où la pluie suintait à travers le chaume, et où les pauvres écoliers réchauffaient leurs pieds sans souliers autour d’un feu alimenté par la tourbe dont chacun avait apporté sa provision le matin en venant de la maison. Et quels sacrifices les bons parents s’imposaient de bon cœur, à quelles privations ils se soumettaient sans murmurer pour payer le collège de celui de leurs enfants qui promettait plus que la moyenne, dans l'espoir de le voir un jour ‘‘ porter la robe,’ c’est-à-dire célébrer la messe après son admission à la prêtrise! On en a vu beaucoup, de ces fils de pauvres paysans devenir d’éminents dignitaires de l'Eglise, et briller dans leurs hattes positions.

Eh bien, l'habitant de Québec paraît tenir à l'éducation de sa famille tout autant que le paysan d'Irlande. A-t-il assez souffert luimême de n’avoir pas eu, dans sa jeunesse,

l'avantage de s'instruire ? Aussi est-il bien résolu d’épargner ce malheur à ses enfants.

L'amour qu’il leur porte—et chez lui le sentiment paternel est très développé, tous ceux qui le voient de près à son foyer peuvent l’attester —lui inspire le Courage de se refuser bien des petites satisfactions, le nécessaire même, Pourvu que ses enfants puissent affronter la vie dans de meilleures conditions que celles qui ont marqué son propre début, Il a la ferme conviction que, pour mettre ses enfants sur un pied d'égalité avec ceux des autres nationalités dans la marche en avant du pays, il faut qu’ils reçoivent une éducation au moins égale à la leur. Rien d'étonnant, donc, que la jeunesse franco-canadienne ne soit nullement en arrière des autres, comme le prouvent à l'évidence les relevés des examens du service civil et d'autres statistiques ; pour la même raison, il ne faut pas s'étonner du remarquable développement des aptitudes commerciales —activité, esprit de méthode, prudence, probité—qui se manifestent chez elle, et qui en font une sérieuse rivale de ses voisins de langue anglaise, si bien qu’elle promet de fournir avant longtemps au

pays son notable contingent de princes du commerce.

I1 ne faut pas perdre de vue, non plus, que ce louable mouvement éducationnel a été, est encore encouragé de toutes manières par ceux qui occupent les positions d'influeuce dans l'Eglise et dans l'Etat. De fait, comme on pouvait l'espérer, l'impulsion initiale est partie d'en haut, et l’on ne saurait trop féliciter la hiérarchie ecclésiastique de même que le gouvernement civil de ce qui a déjà été accompli en matière d'instruction publique. La province de Québec est aujourd’hui dotée d'un admirable système d'écoles publiques ou communes, où Ontario elle-même trouverait plus d’une bonne chose à apprendre pour son profit ; et franchement Québec n’a pas la moindre raison de craindre la comparaison entre son système scolaire à tous les degrés, depuis l’école primaire jusqu’à l’université, et les écoles correspondantes d'aucune autre province du Dominion. Ce n’est pas à dire que les Canadiens- Français se targuent d’avoir atteint la perfection ; ils ne cessent, au contraire, de répéter qu'il y a encore de la place pour les perfectionnements, et vivent dans l'espérance

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Photo. par Livernois, Quéhec

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Photo. par Livernois, Québec,

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