CHAPITRE VIII CONCLUSION
L'auteur répète ce qu’il a dit en commençant : il n’a pas reçu mission de parler pour les Canadiens-Français, il n’est chargé par personne de plaider leur cause. Tout simplement, ayant vu le jour et grandi dans la province d’'Ontario, où il séjourne encore un certain temps tous les ans depuis qu'il a planté sa tente à Québec, il n’a pu s'empêcher d'être témoin des faussetés sans nombre à l’aide desquelles on empoisonne l'esprit des braves gens d’Ontario sur le compte des Canadiens-Franais en général. Ilsait que plus on laissera ces calomnies sans réponse, plus elles gagneront de terrain; que plus elles s’enracineront, plus elles trouveront de complaisantes mauvaises langues pour les répéter; que plus elles seront répétées, plus dangereuses seront les conséquences. Il n’a que trop de raison de croire que certaines gens, pour d’inavouables motifs, prennent un malicieux plaisir à magnifier des causes de discorde p' rement imaginai-
res entre les deux races. Il voit en tout cela un sérieux danger pour les deux provinces adjacentes, sinon pour tout le Dominion. C’est Parce qu’il est à portée de voir toutes ces choses qu’ila pris la détermination de tenter quelqu’effort pour aider les citoyens de sa province natale, aussi bien que tous ceux qui lui feront l'honneur de le lire, À mieux comprendre le Canadien-Français qu’ils ne l'ont fait jusqu'ici, persuadé que mieux ils le comprendront, plus ils estimeront ses vertus, plus même ils respecteront ses petites manies instinctives. Il est aisé de voir que l’auteur n’a pas eu l'ambition de tirer de son sujet la matière d'une œuvre de haute philosophie ou de science transcendante. Il ne se prétend pas de taille à affronter pareille tâche. Tout au plus s’est-il appliqué à écrire de manière à ce qu'aucun lecteur impartial ne pût l’accuser se faire l'avocat de l’un ou l’autre des deux grands partis politiques dont l'existence semble indispensable au bon fonctionnement du gouvernement de ce pays. Il a simplement voulu tenter un honnête et sincère effort pour montrer à ses lecteurs, dans une monographie sans prétention écrite au fil de la plume, le Canadien-Français tel
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qu’il la connu lui-même dans un commerce de tous les jours, pendant la majeure partie de plus de dix années, tant sous le présent Bouvernement que sous celui qui l'a précedé.
Les allusions historiques qui émaillent ces Pages n’ont rien de rigoureusement scientifique ; l’auteur n’a pas ravagé les archives fédérales ou provinciales pour y trouver l'éclaircissement de quelque point en dispute. Non, ils’est borné aux faits incontestés, tels qu'établis par la plupart des livres qui traitent de l'histoire du Canada, sans même remonter aux causes, sans en prétendre déchiffrer les motifs déterminants.
Mais ce qu'il a écrit, il l'a fait con amore. Il a précidemment expliqué en termes généraux l’objet capital de son livre. L’'impr:ssion générale qui doit se dégager de ces pages, c’est que l’auteur a surtout eu en vue de dissiper dans l'esprit de cert-ines gens cette fausse notion, que les Canadiens-Français ne sont pas sincères dans leur loyauté aux institutions et au lien britanniques ; et, comme déduction implicite, de signaler à ces esprits faussés un danger qui est fort possible : c’est qu’à force de discréditer leur loyauté, de suspecter et
d’amoindrir les marques de leur profond attachement pour le régime britannique et les témoignages multiples de leur admiration pour la constitution anglaise, à force de les accabler d’accusations qui pèchent autant contre la justice que contre la charité et la dignité, on risque précisément de tuer chez les Canadiens- Français cet esprit de loyauté qui demande plutôt à être cultivé, Car quelle fidélité, quelle amitié peuvent tenir jusqu'au bout contre la suspicic” et la calomnie à jet continu?
Oui, le Canadien-Français mérite la plénitude de notre confiance, non seulement pour l'amour de la patrie qui l'anime, non seulement parce qu’il est content du régime actuel, mais aussi À cause de son inébranlable attachement au lien britannique et de son inaltérable dévouement à la Couronne. Peut-être ne se sent-il pas attiré vers le nouveau roi par les mêmes sentiments d'amour qu’il éprouvait à l’égard de sa vénérée mère, le modèle des reines, des fidèles épouses, des sages et pacifiques souveraines, des mères chrétiennes, — Ja bien-aimée Victoria, aujourd’hui partie pour un monde meilleur! Mais qui d’entre nous n’a
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