LI-: OA.NAl. IIK l'AWMA
taie à Bogota (jui sera [■elat(''e plus loin', je laissai le CdiiimaïKleiiiont de l'cspcditioii à M. Hecliis avec des instructions lui rficoininaiidaiil spécialement l'étude de la valliîe du rio Grande pour aboutir à Celle du Chagres el à la baie de Limon. Je remis aussi une carte assez délailléc contenant le tracé (jui me semblait le meilleur, tel que j'avais pu l'indiquer à la suite d'opérations soninuiires, en chargeant M. Reclus, qui conniiissait déjà fort bien le jtuys, de le discuter et de l'améliorer au besoin. C'est grâce à tous les efl'orts partiels qui avaient
» du Uertiai'djnu.
précédé et dont nous n'avions pas eiu devoir parler à part, afin de ne pas interrompre l'ordre logique et le compte rendu de mis autres travaux, que nous pûmes procéder avec une rapidilé apparente bien faite pour exercer la verve d'adversaires passioimés. Ces injustes critiques n'ont aucune raison d'être, et tous ceux qui se sont astreints à supputer le temps employé à nos études, à difîérentes époques et par diverses pei-sonues, ont pu se convaincre que nous u'aviotis certes pas opéré à la légère, élant doimée surtout la grande habitude du terrain déjà acquise cl les facilités de toutes sortes (pii nous
liÉSUMÊ DES EXPLORATIONS. OO
ont été données dans une région relativement civilisée el qui nous paraissait d'autant plus commode à examiner géodésiqucment que nous venions du désert et des forêts vierges du Darien ou de San-Blas. Aidé principalement par nos excellents amis et zélés collaborateurs les ingénieurs Sosa el Lacharmc, M. Reclus commença par niveler les thalwegs du Kernardino, de l'Aguacale et du Gaïmito'. Ce dernier
Grande chute du rio Obispo, anuit le»
rio fut relevé plus loin que la Cliorrera jusqu'au delà du bel entonnoir basaltique où il précipite en mugissant ses eaux écumantcs. Il con-
I. CVsl entre lecoiifluenl Jcccslrois rivièrfs qu'on peut voir itn curieux Jajfarlero ou repoiro d« crocodiles; sur une plaiie He sables vasards el dans un élargissement du Abuvc od le courant s'alTaiblil beaucoup, il cxistu toujours une siuguliêre réunion de soiianle à cent de ces giganlesques alligators qu'on pourrait prendre pour <ui amas désordonné de troncs d'ariirea déracinés apportés par une crue. Le vacarme produit par les détonations et les ii^nres dont les indigènes accablent les caïmans les arrachent à grand'peino h leur lélliai^ie et les faîl se glisser aonchalamnieiil i l'eau ; les rugosités de leur é|iiiic dorsale el leur museau dilTorme éiner^iil seuls à la surtac« du rjo. La pirogue où l'on se trouve est bietitAI si eiitounl-e pv ces puissants, innis ssseï craintifs sauriens, ipie souvent on est obligé de co;;ner dessus à coups d'aviron pour les efTrayer. L'accumula lion de tant de monstres, ilout un seul pourrait taire cliavirer la frêle embarcation, dans un espace si restreint, est un s|>ectacle des plus frappants et (|u'on [jout eepeudaul retrouver, dans ces régions peu habitées, à l'estuaire de certains (wlils fleuves i Ulai*éi', et entre autres à l'eniLouchuro du l'erreipieté.
! .' tinua les opérations en remontant le Copé et le Congo jusqu'à la col
Il de 60 mètres, c'est-à-dire jusqu'au point où un tunnel deviendra
;■ I économique; comme il rencontra assez vite la susdite cote et que pj
conséquent aucune variante ne pourrait de là rejoindre la vallée d Chagres sans un souterrain d'une dizaine de kilomètres, la Commii sion se rapprocha de Panama, en se rabattant sans délai sur la vallc du Rio Grande dont la direction générale m'avait paru de prime aboi 1 1 bien autrement avantageuse. Elle avait eu le temps cependant de fain
;■ . avec un personnel bien restreint, outre tous les levers tachéométriqui
et les nivellements voulus en long et en travers, plus de 120 kilom< très de reconnaissances à la boussole et au baromètre, rendant u J ] compte très net de la topographie locale environnante.
Par suite des facilités de transport qu'offre le chemin de fer et d<
cotes exactement repérées fournies par le profil en long de cet ouvrage
MM. Reclus, Sosa, etc., purent se contenter, entre Colon et Panami
de nombreux profils en travers, d'autant plus multipliés que le trac
l du canal s'éloignait davantage de la voie ferrée. Quelques profils e
long partiels furent aussi relevés, surtout dans la vallée du Rio Grand ainsi qu'entre la grande et les petites chutes de l'Obispo et on effectu divers jaugeages du Chagres. Les points où le canal pourrait croise le chemin de fer furent déterminés avec précision. Au moyen d'u pont tournant àSan-Pablo et d'un pont fixe vers le kilomètre 55, à un J altitude suffisante pour permettre le passage des navires à haut
mâture, le tracé de ce dernier ne serait pas modifié. Enfin M. Reclw d'après mes recommandations, étudia une variante intéressante d débouché du canal dans le Pacilique entre le cerro d'Ancon et celi de Gavilan ou Sosa. C'est sur ces données, appuyées du reste par ton les travaux précédenis, dont nous étions bien pénétrés, et après de calculs minutieux et répétés exécutés en Europe, que nous préseï lames en première ligne, au Congrès international d'étude pour 1 canal interocéanique tenu à Paris en mai 1879, un projet à niveau d labaiedeLinion,àroml)oucliure du Rio Grande, dans la rade de Panama qui fut adopté par cette savante assemblée à une immense majoriU A la fin de cette même année 1879, je me rendis encore à Panam av(T M. Verl)ru}Zf»lio, en même temps que MM. de Lesseps, Dirks, Tottei
UKSUHÉ PES EXI'LOUATIONS. Boulan, Dauzals, Wright, Sosa, Ortega, Coïivrcux, Blauphcl, Marolle, Wiener, Bionne, etc., pour donner dos indicalions sur le terrain à quelques-uns des ingénieurs chargés des études complémentaires relatives surloul au grand barrage de Gamboa, entre Cruces et Malachin, destiné à régulariser le débit du Chagres. Après avoir reçu des preuves éclatantes de la reconnaissance des Colombiens pour les travaux accomplis sous mes ordres et pour la façon dont les projets les intéressant avaient été soutenus', jeprolitai de mou nouveau séjour dans l'isthme pour revoir le cours du Chagres, dont le bas avait pu subir quelque» légères variations à la suite de grandes crues; la plus formidalde qui ait jamais été enregistrée venait justement d'avoir lieu un mois à peine avant notre arrivée. La partie supérieure de ce fleuve, quoique en dehors de la ligne du canal projeté, n'avait pas été relevée depuis les Espagnols, bien que l.loyd, Hnpkins et le commandant Lull l'aient croisée en quelques points en 1829. 1846 et 1870. Le coure inférieur du Cliagres n'avait pas subi d'alléralions appré- ^jMiles. Dans le haut, depuis Matachin jusqu'aux confluents du Chilibre ^^Hki Gatuncillo. deux rivières des plus pittoresques, il n'y avait pas
^^^T Le SO janvier 18811, l'Assemblée législative de rÊlal snuveroiji de raiianu ci|HWIia mie loi p»r laitiii'llc, apW's nvnir reconnu l'itnporlance el l'heureux rfeiillal ilo me» IriiTuiit el D/gDcJstions ail siijel 'In canal inleroeOa nique, die ordonnait i|ur mon (wrlrail serait ext^ciité ïui frais de l'£tat el )ilacê dans le grand salon du palais du gouvernemenl, avee l'inscription MUTanle : ■ L'Assemblée législative de l'ËIat souveraîa de Panama h l'illustre ingénieur L. X B. Wjse. f Six semaines apK-s, le 19 mars 1880, la Cliamhre des députés de Ih^la me TQlaîl, h l'unanimilé, des remerciemenls otTIciels el des Télicilalions.
A dlTerses époques ensuite, les corps constitués et les groujvs il'hebilants onl tenu A me donner des preuTco non t^ivoques de leur rrconnaissanc^. An mois d'avril 1881, le Siinat de Bogola approuvait une résolulion m'accordanl, avec la p-ando naturalisation, le lilre de cjlojen culuuiluej). eûinin^ récompense nationale exceptionnelle et jusqu'ici sans précédent. Le 17 novrmbre ISX.'S, l'ussernbléc législative de Panama recommanda, par une loi spéciale, i rnstime el à ta gratîluili' publiques, les noms, qu'eJle qualifia d'illustres et de très mérilanU, de IM. Luciim-Napiiléun Bonaparte Wjse, A. Reclus, L. Verlirugghe. V. J. Sosa. et ceux (tes principaux collabora leurs de la grande otuvrc du l'union des deux océans. Enfin, le S8 janlier 1886, un spkndidi- banque! par souscription élail donn^ en mon honneur à Panama, Mus le patronage des principales autorités et des personnages les plus considérables du pays, |MHir me. rvmercier encore du bien Tail à la Colombie en général et à risllime eu parliculirr par mes laborieuses recherches el mon énergique persévérance diplomatique.
Je n'ai pas besoin de dire combien ces lémoignages si (lalleurs el si nmllipliés des per- •DRtiPs qui avaient pu apprécier (fentii une pallie dômes cITorIs m'ont louclié et rempli d'une hnnorabic HrrU^. Ces manifestations autorisées, contrasiant atec le rôle eflacé A dessein que Il compagnie du canal m'a systématiquement attribué, oui été pour moi une bien douce e de mes travaux, et je suis heureux do pouvoir remercier ici du plus profond de mon ceux qui ont conirjhiié à me donner ces preuves de leur satislaclion patriotique.
104 LK i:A.\AI, ItE PANAMA.
nonpIiisdegranrIestiifTt'rences. LacartediicoramandanlLull esl même cxrellt'iile jusqu'au point où il voulait l'aire son b;irrafi;e et preiuirr l'eau nécessaire à faliinetilation de son canal avec vingt-cintj écluses; en amont lesiiireclions ne soni pas ordinairement trop mauvaises, mais les dimensions sont fort exagérées, de sorle que le village de San-Juan, jiar exemple, sur le:5 bords du l'equeîii. doit rire reporté à 1» kilomètres dans le sud-ouesl de l'emplacement que lui assigne la carte du clicmin de fer de ilarrisson. C'est par ce village, entouré de plantureux pflturages, que passe la vieille route pavée construite il y a trois siècles par les Espagt!ols, de l'orto-Bello à l'anama. La partie nord n'e.st plus transitable maintenant, même à pied, à moins de s'ouvrir un cliemin dans la foi'èt avec le macttete; mais on peut encore aller tie San-Juan à Panama. Depuis l'établissement du chemin de fer, la plupart des routes de l'isthme ayant une direction à pou près parallèle à cette voie sont abandonnées, et par suite tout à fait envahies |)ar la puissante végélation Iropicalesi follement désordonnée, mais sisplendideet luxuriante. La source du Chaf,n-esest toujours restée inconnue, même des chasseurs imJiens ou ijes batteurs d'estrade de la cordillère islhmiipic. Je puisafdrmer maintenant que le Chagres sort vers 81°ôO'. de longitude occidentale, du liane sud-ouest d'un pic dominant élevé, assez rapproché de la côte nord. Il décrit donc un énorme détour avant de se jeter dans la mer des Antilles. Cette même monla^^ne, d'où j'ai acquis la certitude que découle le Chagres, donne aussi naissance, au sud, au l'aeora. el. au sud-est. au Manmni, ti'ibutaires du llajano que j'ai relevés en 18G8 cl iS77, pour étudier le tracé île San-Rlas à Chepillo. Il est probable, en outre, que le Mandinga prend également sa source sur le versant nord de ce curieux point de partage; mais ceci demande confirmation. Après avoir redescendu tout le Chagres jusqu'à son embouchui-e, sans constater de différences sensibles avec les |irécédenls relevés, je me rendis à la Corgona et de là au cerro Grande que je Tis déboiser en partie. Eu grimpant sur un arbre élevé, je pus voir à la fois les deux océans et les ileux vailées du Itio (Jrande et ilu Chagres, cette dernière surtout se montrait dans toute son étendue. Celte vue magnifique du pays tourmenté et dillicile à travers lequel le canal passera dans l'avenir, que j'ai été le premiei' et jusqu'à présent le seul à conlem-
RKSLIMÉ DES E\PLOHATI().\S. 105
pler, iiic perniii de faire d'uUIes obsei-vatiuns topographiques et de prendre de nnnibroux relèvements de Inule l'étrange, superbe el si jiarliciilièremenl intéressante cnnlrée étalée à mes pieds'.
Depuis 1881. les tiavaux préparatoires entrepris par la Compagnie du canal à Panama n'oni amené aucnno découverte saillante ; In topographie el la minéralogie du pays y ont gagné en |)récisiun de détail, grâce surtout aux études définitives oidonnées par M. Reclus, contrô-
lées par M. Sosa et exécutées par MM. Marolle. Jacfjuemin. Montvenonx. Fillaud. Kberhard. Canelle et autres ingénieurs de mérite.
1,'istlime de San-ltlas n'a que 50 kilomètres de l'eniboucliure du Ncrcalegua à celte du Ifayano. six de moins (pje celui île l'anania pmpreiiH-nt dil. e[ encore TeHliLiire du Itayano est assez [indinid et navigable
1, C'est sans <ii>u(t? i'i lauso ili- o-ltc asueiisioii, si tieureiisi-meiil li-niiiiiéi.', nue (|uelqiies personnes s¥iTipnlliii|iii's <iiil projiosi^ dr ilonnpr mon nom nu eevro (Wande dont l'ë|pvalii>u Pt lit sîliHliim ri-nlralf m'avaicnl permis d'ombrosscr d'nii wiit coup iru-îl les flols aiuri's "lo 1'Alt,intii|iii' cl rlu l'.iriiliiiii-, si'pan's pour quHque (emps encon- pnr In vcric, mai» rutnipuse barrii'»' i~lhiiiii|iii'. i!'!-! là un spetlacle nnique au monde, absolument inoutilinblr, l't qiri
vous m(iiii|jrii*.> hr^r Il de la peine qu'on s't'sl donni>>! pI des rali(j[3Ules insomnies n^sut-
tant iiii'tihilil'riii'iii lUs insu tiprl alites animalcules dont on se rt-mplit chaque fois qu'on eriin[H' rl;ins li-s arhrrs lii' la l'itriM MiTin-,
i,K i:anai, of. panama.
pour réduire à 42 kilomi'tros au plus la coupure nécessaire pour faire rejoindre les deux océans. C'esl la parlie la plus étroîle de loul le grand isthme américain, intillicureuseinonL ce n'est point le passa^je le moins élevé. Les grandes espérances qu'il avait fait concevoir pour l'exécution d'un canal à niveau se heurtent ici aux montagnes, qui ne laissent entre leurs pics que des cols d'une altitude supérieure à 300 mètres, interposant entre les deux mers un massif d'une quinzaine de kilomètres d'épaisseur.
Il y a seulement une quarantaine d'années que celle intéressanle région, d'ailleurs si difficile el liantée par des Indiens insoumis, a commencé à être explorée.
Wheelwright. en 1857, se rendit superliciellemenl compte sur les lieux des principaux obstacles opposés par la nature à la réunion des deux mei-s. IIo|ikins et ITurtado remontèrent le Bayano en 18iO, mais j'ai été le premier à en dresser la carte exacte. Oliphant reconnut également d'une façon sommaire le côté du Pacifique ainsi que Morilz Wagner, qui, en 18liO, à l'instigation du docteur Kratocliwill, possesseur alors d'une belle sucrerie sur les bords du Bayano maritime, fit une esquisse géologique des environs de Chepo. En lHfi4, M. F. Kelley, qui, avec une initiative éclairée, avait déjà si généreusement consacré une partie de sa fortune à patronner diverses exploitations dans le Choeo, envoya Mar-Dougal avec MM. Sweet el Bude faire des opérations précises depuis l'embouchure du Bayano, en passant par la vallée du Mamoni, pour se diriger vers l'Atlantique. Leurs nivellements étaient déjà parvenus jusqu'en vue du golfe de San-Blas quand les hostilités des Indiens les forcèrent à les interrompre.
Quatre ans plus tai'd {1S()8), étant commandant en second du JLamotlie-Piptel, qui faisait alors partie de la division navale française des mers du Sud et avait été détaché en mission pendant quelques mois dans le golfe de Panama, je fis une reconnaissance du Bayano jusqu'aux villages indiens en amoni du confluent du (^afiaza. Parvenn ainsi plus loin qu'aucini homme blanc, je conclus à l'impossibilité de canaliser le Bayano supérieur, dont le cours reste d'ailleurs presque parallèle i'i la côte.
En 1870, l'expédition du commandant Selfridge, ac
iccomplie au ^
KÉSllMÉ uns EXPLUll.VÏIONS. 10»
milieu de circonstances almospliiiriques détestables, commençait ses travaux du eôlé de l'Atlantique. Avec le concours de MM. l,uU. Sullivan, llubbard cl autres marins distingués, l'hydrogiaiilne de la cùle nord était rectiliée, la position des charmants et nombreux îlots du golfe de San-Dlas était bien fixée, et le conimaudant Selfridge Caisail niveler la vallée du Nercalegua jusqu'au San-José, prés du mlto ou cascade de Madrono, sur le versant sud, où il reliait ses opérations avec celles de Mac-Dougal. D'autres relevés par les vallées dti Mandingaoudu Cirti ne donnaient pas de résultats favorables. Un doute subsista néan-
moins sur la longueur du soutei'rain nécessaire par cette ligne. Ce l'nl pour le résoudre qu'en 1S77 je me rendis de nouveau dans l'istiime de San-Blas avec MM. Reclus, Sosa, Verbrugglie, Pouydcsseau. etc....
Le 6 décembre, la "Commission partait pour remonter le lÎJiyano et son tributaire de droite, le Mainoni. l'emlant ipic. près de la Capttana, un (ixailla limite et l'aniplitudedcsniarées dans celte ileriiière rivière, je me procurais, au village dcCliopo, avec l'aide obligeantcdcM. Ferez, un ermite lettré qui y a fixé sa résidence, les hommes et tes pirogues indispensables. Nous commencions sans aucun retard un lever lachéométrique et un nivellement de précision au niveau d'Kgault, que nous devions poursuivre jusqu'à ce que toute incertitude eût cessé sur le point d'origine du souterrain du côté du Pacifiijne, reliant ainsi nos nliservations avec celles effectuées par l'espédilion américaine en
110 LK CANAL DR l'ANAMA.
1870, en prenant pour base les observations aslrononiiques directes
et précises faites récemment sur les côtes des deux oféans.
La vallée du Mamoni est large ; sa direction générale parallèle aux méridiens est excellente; les rapides apparaissent dès que la marée ne se fait plus sentir, et les nombreuses plages bordant le rio facilitent les études et permettraient de se débarrasser à un prix modique des déblais à extraire.
Le 12, je laissai le commandement à M. le lieutenant de vaisseau fieclus, avec des instructions pour poursuivre les opérations, et je retournai par terre à Cliepo, d'où je voulais remonter le Bayano, ainsi que je l'avais fail en 1868, et examiner ensuite le rio Icantî ou Aguas Claras, par lequel les Indiens des deux versants communiquent assez facilemeni entre eux. Le moment était propice, car le cacique de Pirrea, que j'avais connu aulrefois, élaitbien disposé pour la Commission dont il me savait le chef. 11 fallait proliter sans retard de cette circonstance véritablement exceptionnelle.
Je relevai avec soin le Bayano depuis la limite des marées. Ce joli lleuvc est généralement encaissé entre des bei'ges assez élevées, composées le plus souvent de calcaires et de strates de grès durs, presque toujours inclinés au sud-ouest. Son cours supérieur est tortueux et suit la direction des côtes ; il ne pourrait par suite, dans celle partie, être utilisé |iour un canal. L'Icanli, tributaire de droite du haut Bayano, a sa source près d'un col relativement bas, qui donne naissance de l'autre cété au rioA2ncar et à plusieurs petits fleuves. C'est un bon passîige pour y pratiquer un chemin ; les eaux navigables aux pirogues sont rapprochées, mais il ne présente pas de conditions avantageuses pour l'excavation d'une grande voie maritime.
Je revins à Chepoà marches forcées pour aller rejoindre l'expédition par terre au <ielà du grand coude du Mamoni, en amont du salto de Chararé, pittoresque et imposant obstacle que les pirogues devaient avoir mis longtemps à surmonter. MM. Reclus et Verbrugghe arrivèrent à Chcpo en même temps que moi. Les chutes sont absolument infranchissables aux embarcations, et comme la saison sèche n'était pas encore établie, il y avait une telle masse d'eau dans le Mamoni, qu'il était presque impossible de remonter celte rivière à pied.
liKSlME UKS LXl'LuUAilO?iS.
M. Reclus ayant, du reslc, nivelé jusqu'au delà du }iuinl où le tunnel devait commencer, ne voulut pas perdre lieaucou|) de temps presque infructueusement; il avait expédié MM. Sosa et Pouydesseau à la Capitaua, alin d'achever les observations au marégraplie, et, après avoir fait
u salti) du Mcmaui en amuiil du riu CUanirv.
marquer un repère bien visible, il s'étail dirigé surChcpo, pour me rencontrer, prendre mes ordres et obtenir de mes nouvelles. Je le nhargeal imnu'diatenient de faire la planimétrie et le nivellement du rio Terrable. autre afllueiit de driiîte du lïajano, ilunt l'embnuchui'e est située à la limite des marées du l'jteidqne, au point où elles sont le plus rapprochées (le l'Atlantique. Moins de <"0 kilomètres séparent cet
océan du point en question! Quant à moi, je repartis tout de suite avec M. Verbrugghe pour franchir la chaîne de hautes collines parallèle à la cordillère centrale de San Blas et arriver ainsi par le cerro de la Cruz et le Paraguito à la qwbrada* de Gaspar Sabana, qui se trouve en amont des chutes de Chararé dont il vient d'être parlé.
Quoique ayant déjà tous les éléments strictement nécessaires pour trancher les doutes existants, je voulais tenter encore un effort pour relier complètement nos observations à celles faites en 1870.
De Gaspar Sabana jusqu'au delà du rio Indio, le Mamoni n'est qu'une succession de rapides formidables. En amont du salto de Madrono, près duquel débouchent le Caracol ou San-Cristobal, le Madrono et le San-José, ses eaux bien diminuées de volume sont aussi moins furieuses. C'est au confluent de ce dernier rio que s'arrêtèrent les opérations du commandant Selfridge. Il nous fallut lutter énergiquement pour refouler le courant, qui souvent nous venait jusqu'aux épaules; toutefois l'étude de la rivière entre Gaspar Sabana et le pied du salto de Chararé fut encore plus pénible. Un seul des noirs qui étaient avec nous consentit à nous suivre. Comme il était impossible d'emporter des vivres, il fallait réussir à tout prix et dans un court délai. Nous parvînmes enfin à notre but : le cours du Mamoni fut complété; et, chose plus extraordinaire, nous ne nous ressentîmes pas trop des fatigues excessives subies et du bain de plusieurs jours que nous avions pris par suite de la masse d'eau exceptionnelle encore débitée par la rivière. Sauf l'erreur sur les distances^ provenant de la situation moins précise alors du point de départ, la carte publiée d'après
i. Le mol quebrada veut dire oxaclcmenl ravin; il est improprement usité, dans rAmérique espagnole, dans le sens de torrent ou ruisseau. L'expression correcte serait riachuelo ou raudal. La tixité de l'idiome castillan est telle, que c'est à peine si Ton trouverait une vingtaine d'exemples analogues à citer. Les conquistadores ont im|)osé leur langue à tout un contîn(;nt,sans variations appréciables autres qu'une très légère moditication dans la prononciation, d'autant plus accentuée qu'on s'éloigne davantage de la source, c'est-à-dire de la mère patrie. C'est au Chili où, par conséquent, l'accent est le moins pur; mais il est loin d*ètre aussi fort que celui de n(»s colonies par rapport au français. Contrairement à ce qui se passe pour l'italien (à HutMios-Ayres, celui-ci se perd à la seconde génération), l'espagnol doit sans doute au génie arab4> (pii l'a pénétré un caractère de permanence tout à fait remarquable. Les israélites chassés d'Espagne il y a près de quatre siècles et réfugiés en Orient, parlent encore entre eux le castillan. J'ai rencontré des Juifs, à Conslantinople, qui avaient conservé précieusement, outre la clef de leur ancienne maison de Grenade, la langue parlée par leurs aieux.
RÉSUMÉ IlKS EXPLORATIONS.