‹ Le canal de Panama: explorations, comparaison des tracés étudiés, négociations, état des travauxChapitre 29 sur 74 · L. LicuKVK, ingénieur civil · texte numérisé non relu

L. LicuKVK, ingénieur civil

'. Sou, ingénieur d'Ëtnl, premier di^lépié dn goiivernemenl ruluniluen ;

L tULrani, aideHugénienr, denxième délégué du gouvcrni'iiii'til oilumbien:

f 9. VuuuB, médeciu naturaliste ;

j Les deux pralii]ue>< cnlonihiens, T. Carniiiz.*! i-l M. Hccupro, parlant r ^Vec facitili^ In lan<;ue lies Indiens Cimas, tlevaient senir fl'inter(ir^*tes *^t de chefs d'csconades du personnel indigùnc.

A cause des vents lU' nord riolenls, rq^nanl sur l'Atlantique i cette époque de t'année. el en raiwin des racilîtés tniiles spéciales pour les *^i)nitnunir3lioiL< el le^ a|»)>rovisiannemeiiU que pnWnlail Panama, je Résolus de commem-er ni» ojN^ralionK |wir U- Pacifique, el je pris dam Ce but toutes les dispositions Qnanciéres et autres rrjulues par les cirtanslanccs. Par snile de l'absence de navires de guerre pouranl noas r jusqu'à IVnin.'e du golfe de San-Miguel. le prûideol de l'Étal,

le général Aizpuru, nous y lit conduire, le 1 1 décembre, par un vapeur qu'il fréla à cet effet, et il voulut accompagner lui-môme l'expédition jusqu'au point où les études devaient commencer, pour témoigner de l'intérêt tout spécial que son pays y attachait.

Les grands navires peuvent venir mouiller jusqu'à Chepigana en passant par Boca-Grande ou Boca-Chica. Il existe, entre le golfe extérieur de San-Miguel et le havre Daricn, une troisième passe non indiquée, celle de San-Isidro; c'est-à-dire que l'île San-Carlos ou Stanley est séparée en deux* par un chenal profond, mais étroit et sinueux.

Le meilleur mouillage de ce vaste estuaire est au village de la Palma ; la tenue y est bonne, le courant de jusant, en ce point, n*atteint jamais 5 milles à l'heure, bien que la mer y marne de 7", 72 dans les grandes marées de syzygie, tandis qu'à Chepigana le courant est plus violent et les fonds moins réguliers. Le havre intérieur, profond et tranquille, formé par l'estuaire de la Tuyra, du Chucunaque, du Sabana et de leurs affluents, est défendu à son entrée par de pittoresques îlots qui ressemblent à des corbeilles de verdure surgissant du sein des flots. Il est entouré jusqu'à Chepigana de terres élevées qui contribuent encore à augmenter son indescriptible magnificence. C'est à peine si les splendides panoramas de la baie de Rio de Janeiro et du détroit de la Sonde pourraient en donner une idée. Parmi les plus importantes rivières qui se déversent dans le havre Darien, il convient de citer, outre le Sabana et le Chucunaque, le Seteganti, le Marea ou Vagrc, le Balsas ou Tucuti, et divers torrents roulant beaucoup d'eau dans la saison dos pluies.

Je laissai à Chepigana M. le lieutenant de vaisseau Reclus, chargé de compléter les études sur le régime de la Tuyra maritime, comptant venir l'aider plus tard à en terminer l'hydrographie. C'est aussi cet officier si distingué que je désignai pour me succéder dans le commandement s'il m'arrivait quelque accident.

La Tuyra est très belle jusqu'au connucnt du Chucunaque et elle

1. La (Ipiixii'inc \\o porte lo nom i\o MtMcado. Nous nous sommes tous attacliês, pendant la dum' (If nos explorations, à n'cncillir avec exaelilnde les noms gêograpliiques employés dans la conlrée, en donnanl la prélerenee à ceux d'origine indicMine, (piand par hasard il en existe deux. On évite ainsi des confusions (pii résultent infailliblement du baptême nouveau imposé par irloriole à des localités (pi'on ne peut ensuite indi(pier clairement aux habitants du i»ays, ignorants de ces changements.

RÉSUMÉ DES FX('l,onATIONS. Î39

pourrait ù\rQ iiliiîsée pour lu grande navigation dans celle pailic-là à très peu île frais. Au-dessus du Rpjil de Sanla Miiria. co tiiHgnilique cours d'eau se resserre insetisibicment, le jusnnl diminue de violonce, les rives deviennent de pins en plus |)ilt()resques et la végétation plus luxuriante encore, bien qiio les terres environnantes soient généralement 1res plaies et formées d'alluvions vaseuses, les principaux tributaires de la Tuyr.t, de|iuis le cnnllnenl du Cliiiciinaquc. soni les

rios Pirri et Uruli et les i]Ui'briidas ou ravines Maranganli, Quiperti, Molineca et Estanislao.

liC 14, l'expédition anivail au viilaj;!' de Pino<;ana, situé un peu en aval do la limite des marées, où j'établis, avec l'aide du capitaine Bixio, un dépôt de vivres et de matériel et où fut romplélé le rccrulement des ouvriers nécessaires parmi les hommes de couleur adonnés au dur. mais lucraliC mélii'r de rliercKi'ui's de eatmleliouc.

.MM. les ingénieurs Itrooks et Itaudouiu reçurent l'ordre de faire, eu amont de celte localilé. avec ra|)pareil à forer, un sondage géologique jusqu'au niveau du plafond du eaiial projeté. Les échantillons des terrains traversés, conquises d'alluviiMis el d'aigîles diversement

iW LK <]A-NAI, M. PANAMA.

coloiTcs, bonnes pourla fabricalion îles briques, furcnl snigneusera étiquelûs el conservés. Dus le 18 on exccvilail, sous la direction ï MM. Gerster, Bai'biez et Mîllat, un levé tachéomélriqnc et un nivellement de précision au niveau â bulle d'air, en suivant te cours de lu Tuyra cl de sou principal liibulaire. te Paya.

Aussitôt que les brigades furent convenablement organisées et que le difficile service des approvisionnements nécessaires à 60 hommes dans un pays tout à fait désert, fut régulièrement installé, je laissai la

resitonsabililé des canipenifiils à M. Hi\io. el jo partis en avant I une reconnaissance des deux vcrsanis entre le Paya et le Cucarica Caquirri. J'avais aussi à m'assurcr de l'accueil favorable des Indiens Cunas et à prendre des dis))Ositions pour peruietlrc l'achèvement de notre mission du cùlé de l'Atrato. Jo relevai, chemin faisant, le cours de la Tuyni. Les cartes mêmes les meilleures et les ])lus récenles fourmillaient d'erreurs. La position et le nom des afilnents étaient jusqu'alors fort mal indiqués el doiviMit élre ainsi réialdis : Chuperti, Aputi, Arusa, Yape. Bongal. Loro. Capeli, Cii|ie. I.agartos, Mai^ai

ii;

14i LE CAXAL DE PAXAMA.

la Tuyra, j'allai reconnaître les vallées du Capeti, du Pucro et é Tapalisa, pour tâcher de trouver un thalweg déprimé permettai d'éviter les collines de schistes et de grès compactes situées près c l'embouchure du Pucro. Au confluent du rio Clarita, le Capeti 42 mètres au-dessus du niveau de la mer, celui du Tapalisa avec : Pucro est à 54 mètres d'altitude, et les contreforts qui séparent a y bassins secondaires ne présentent pas de conditions favorables pour 1

, i tracé d'un canal. Les Indiens de Tapalisa m'accueillirent assez ma

surtout lorsqu'ils me virent faire des observations astronomiques i .' ' géodésiques, et je fus forcé de continuer mon chemin sur Paya, ù

itinéraire à travers une région tourmentée et inconnue ne donna qv des résultats négatifs; son principal avantage a été de rectifier h assertions inexactes de certains publicistes et de corroborer les obseï vations du commandant Selfridge, relatives à l'impraticabilité de 1 route proposée par M. de Puydt.

Le 15 janvier nous étions tous réunis à Paya, où le docteur Viguic put recueillir d'intéressantes observations sur les mœurs des Gunas.

Les nivellements furent continués sur la crête, afin de fixer le pois de partage le plus bas entre les deux océans. Deux fois on crut avoi jjj' trouvé un meilleur passage que celui que j'avais signalé au mois d

\\ décembre, mais il a été finalement constaté que le col entre le Tihul

et le Nalubquia était le plus déprimé de toute la région. La distanc i!:j qui sépare les eaux des deux vei'sants en ce point n'est que de 225 mé

très; malheureusement, l'altitude de ce passage (146 mètres au-dessu du niveau moyen des niei^s) et surtout l'épaisseur du massif à tra verser sont plus considérables qu'on ne l'avait espéré tout d'abord. |i Dès le 22 janvier nous reliâmes nos observations avec celles d(

:>:î l'expédition américaine par le rio Gué. Je me rendis ensuite ave(

: M. Reclus à Pisisi, sur l'Atlantique, en franchissant la cordillère pari

chemin des Indiens et en suivant le Tulegua jusqu'à son confluent ave< le Caquirri. Cette rivière bizarre a d'abord un régime torrentiel, puii elle coule tantôt entre des berges encaissées, bordées d'héliconias, d( bromélias, de plantes aux superbes feuilles diversicolores, où les arbreî déracinés et pourris constituent, en s'accumulant, de grandes obstructions ou palissades, tantôt entre des rives basses formées d'une vase

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rioirâlre et fétide, sous une foriit dense, étrange, serrée el cependant dépourvue de li;iiios(Mi i!Y|>i|thyl('s, nii i'llescstjhdivist';"i t'inliniel où los

■m'illeiirs passngi's n'ont (luelqnefois que 1 mètre de largeur irt 10 à là o-nlimèlres dp profondeur. Les sombres arceavix golhitiues sous iMqiirU «n |tasRC paniissont de plus eu }]lu!^ loul'ius et solennels ; quel-

ques arbres poussent au milieu de Teau; leurs troncs, qui s'élèvent d'un seul jet à la recherche de la lumière, forment de curieuses colonnades entre lesquelles l'embarcation glisse avec vitesse, portée par un courant sensible. Un silence éternel règne dans cette étrange région, habitée seulement par des myriades d'insectes. On ne peut se défendre d'éprouver un sentiment d'oppression en se trouvant ainsi lancé, sur de vagues [indications dont on suspecte beaucoup l'exactitude, vers une immensité déserte et inconnue, en suivant une rivière qui diminue à mesure qu'elle se rapproche de son embouchure et offrant des contrastes si surprenants. On s'arrête quelquefois pour couper une branche trop envahissante ou pour faire évoluer la pirogue. Il y a en effet des courbes si brusques, que l'on est obligé de hâler les extrémités de l'embarcation sur la vase pour continuer la descente du Caquirri. Au bout de quelques kilomètres, la forêt mystérieuse change brusquement d'aspect; les panganalesj sorte de lataniers, qui manquent totalement dans la première partie, remplacent d'une façon absolue les autres essences ; enfin la rivière devient tout à coup plus large, profonde de 10 mètres, et ses eaux visqueuses chargées de détritus organiques roulent avec lenteur et disparaissent littéralement sous une épaisse prairie flottante de plantes marécageuses. La vie animale renaît avec intensité, le paysage s'élargit; c'est à peine si quelques arbres isolés, revêtus d'un manteau de convolvulus, dessinent encore la berge , et Ton avance avec une extrême difficulté à travers cette curieuse et abondante végétation aquatique qui encombre le lit élargi du Caquirri en appuyant des branches fourchues sur le tapis résistant formé par renchevclrement des longues herbes flottantes. Ces changements à vue nous plongent dans la stupéfaction ; les lamenlins aux mamelles féminines, les gigantesques sauriens, les innombrables échassiers à la silhouette bizarre, nous font penser involontairement aux descriptions et aux dessins plus ou moins fantastiques des époques géologiques disparues. Nous parcourons un monde inachevé, incohérent et d'une originalité puissante.

On laisse à droite le Perancho, qui sort d'un lac ou cienaga, le seul qui soit dans ces parages, et Ton arrive enfin à la loma de Cristal, extrémité sud d'un petit contrefort. Au sommet de ce monticule, oji a

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une bonne vue générale du pays environnant, et l'on remarque fort bien qu'on est au centre de terres basses et vaseuses fréquemment inondées, mais on n'aperçoil pas les marais profonds du Cucarica dont il est fait souvent mention par les voyageurs qui n'ont jamais mis les pieds dans le pays. Les moustiques et les myriades d'abominables insectes qui n'ont cessé de nous assaillir dans la vallée du Caquirri, surtout à un de nos canipemeiils de cuisante mémoire que je baptisai

du nom de Playa de Plagas (la l'Iage du Fléau), et même dans celle de l'Atrato, sont tellement nombreux, tellement insupportables et, quelques pi-écaulious qu'on prenne, occasiunnent, par la privation continuelle du sommeil, de tels ennuis et de (elles fatigues, qu'on comprend l'insislum'e répétée du commandani Selfridge ïi luentinnner les tourments qu'ils font subir. Entre la loma de Cristal et la loma Vieja qui, elle, est complètement isolée, on a encore à franchir des tapons ou amas d'bcrbes et de branches formant des obstacles tlnttants, pour déboucher enfin dans l'Alralo, large de 500 mètres, et roulant ses eaux profondes avec nue vitesse d'un mille huil dixièmes ;i l'heure.

entre des berges très peu élevées, souvent même entièrement sul mergées et couvertes cependant d'une belle végétation sylvestn Le vent du nord, très frais dans cette saison, rendait la navigalio de ce fleuve puissant fort dangereuse pour une aussi petite pirogi que la nôtre. Dans les derniers 40 kilomètres surtout il n'y a pli trace de terre, on est obligé de faire la cuisine dans la chétive en barcation et, en cas d'accident, on ne pourrait camper et trouver u refuge que sur les arbres, à l'instar des singes innombrables qui oi établi leur domaine dans ces vastes forêts aquatiques où nul êti humain ne songe à venir troubler leurs ébats. L'hydrographie amer caiue parait fort bien faite et il n'y a à noter que des chaugemen apportés par le temps. Quoique de peu d'importance, ils sont malhei rcusemenl défavorables. Le courant a une tendance à ensabler la berf gauche. Il en est de même pour la traversée du golfe d'Uraba, dai lequel nous débouchâmes par le caùo Coquito. Ce bras, qui n'a qt 10 mètres de lai^e, est de beaucoup le plus étroit de tous ceui < l'Àtralo, mais sa barre est la plus profonde (2 mètres) et la plus &%• Gela est dû à la proximité de l'ile des Morts, qui la protège contre li vents régnants.

Pisisi ou Turbo, du nom des deux torrents entre lesquels ce villa) est situé, compte une population supérieure à celledePinogana et olTi cependant beaucoup moins de ressources. Du 27 au 29 janvier 187 je n'avais pu réussir qu'à me procurei' une pirogue et trois hommi (mozox), et encore il m'avait fallu, pour ainsi dire, acheter ceux-ci ai patrons auxquels ils devaient de l'argent'; au dernier moment, î refusèrent de partir. Il est fort heureux que nous n'ayons pas coii mcncé nos opérations du côté de l'Atlantique, où nous nous serioi trouvés sans hommes, sans vivres, sans ressources et sans moyens ( nous en procurer proniptemcnt. Plusieurs d'entre nous auraient vra semblablement péri par suite de l'insalubrité plus grande du Caquiri Malgré sa grande vigueur morale et son habitude des climats cham

1. Oh appelle concerlado» les hotnines ainsi soumis à une sorte d'esclavage? défniisé et fi adouci, reconnu par les usajces locaux. Les patrons s'arrangent de façon à lournir tout

dniit li'urs motus ont besoin, ù des pi'ix excessil's, i-e qui perpétue leurs dettes et les eni)ii>c di! l'pcouïrcr leur liberté: uiais aussitôt qu'un hniiiiue se libère direclemeni, ou obtient d' tiers une avance à cet lHl'I, les droits du patron cer^senl ipso facto.

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