‹ Le canal de Panama: explorations, comparaison des tracés étudiés, négociations, état des travauxChapitre 30 sur 74 · RESUME DES EXPLORATIONS. ÏM · texte numérisé non relu

RESUME DES EXPLORATIONS. ÏM

ot iiiiilsuiiis, M. Roclus fut imiÏBposé à diverses reprises, et cepemiant nous avons été les deux seuls Lianes à traverser en entier celte partie de l'isthme du Darien. Parmi ceux qui après nous se sont avancés le plus loin, il convient de citer SIM. Sosa. Millat et ïîarbiez, (pii furent chargés du nivellement du Caquirri.

Nous sondâmes attentivement les alentours de la bouche dTi'aba. par laquelle nous revînmes; des observations furent faites et de nombreux angles pris pour compléter l'hydrographie de Texpédition américaine.

qui, du reste, est foil lionne. C'est :'i peine si, en six ans. il y a eu quelques changements dans les atterrissements du Meuve; mais, comme je l'ai déjù dit. ils ne sont malheureusement pas favorables. Ainsi, sur l'alignement qui rejoini le plus direrteraeni les eaux profondes du golfe et la barre, les plus petits fonds sont de 1"',10 à mer haute ', soit environ O^.SO de umïns que ne l'indique le commandant l.ull. Nous conliuuAmes nos observations tout le long du rafio IVaha, qui porte aussi le nom de rio de Léon, mais qu'il ne faut pas confondre avec un

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fleuve appelé également Léon, Guacuba ou Apurimando venant de la cordillère d'Antioquia et qui débouche dans l'angle sud-est du golfe d'Uraba.

A mon retour à Paya, j'appris la mort de M. Brooks, qui avait succombé le 26 janvier, à la suite d'une morsure de chauve-souris vampire, blessure rendue fatale par l'âge de notre géologue, et par l'état d'affaiblissement dans lequel il se trouvait déjà.

Devant l'impossibilité d'exécution d'un canal à niveau dans la région que mes instructions me prescrivaient tout d'abord d*examiner, je me décidai à effectuer des recherches sur tous les points du territoire concédé paraissant présenter des probabilités de succès, et surtout dans la région étroite, mais complètement déserte et inconnue qui sépare la limite des marées dans la Tuyra et le Ghucunaque de la cèle de l'Atlantique. Dans ce but, je prescrivis à MM. Reclus et Lacharme d'exécuter une ligne de nivellement continue depuis le confluent des quebradas Aputi et Chuputi avec la Tuyra, jusqu'aux environs de Port- Gandi ou Acanti sur l'Atlantique. La direction indiquée (N. 56*, E. vrai) correspondait à une vallée très importante que j'avais pu voir du sommet, déboisé à dessein, de la colline de Tuno, près de Plnc^ana.

Pendant que MM. Reclus et Lacharme se mettaient courageusement à l'œuvre, je partis pour Yaviza, chef-lieu de la œniarca du Darieiiy située à l'extrémité d'une presqu'île formée par le Ghucunaque en face de l'embouchure du Chico ou rio de Yaviza. Cette bourgade comptait environ 1000 habitants. J'étudiai avec soin le cours du Ghucunaque, beaucoup trop négligé jusqu'alors. Ce fleuve est plus profond que la Tuyra, sa pente est plus douce; la marée y remonte à une très grande dislance. C'est en faisant l'ascension d'une colline auprès de Yaviia que j'aperçus dans le N. E. 1/4 E. un abaissement de la cordillère qui me détermina à partir de suite pour leTupisa, grand affluent de gauche du Ghucunaque, au sujet duquel, malgré mes interrogations incessantes, je ne pouvais obtenir que des renseignements trop vagues, quoique d'un ensemble très favorable. Cette rivière, remarquable par son régime calme et le peu d'élévation de ses berges, coule d'une façon générale du N. E. au S. 0. Les seuls affluents importants sont la quebrada Sucia et le rio Tiati (rive gauche) jusqu'au confluent du

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Tiijiisa el du Vihivtx (rive droite), dont je fixai la position astronomique à uiu' distance de l'Atlantique qui pouvait varier de 14 à 17 el 19 milles, suivant qn'on adoptait les longitudes des cartes espagnoles,

M. lachirmi- rnisaiil fairr l.i (rar/io mi iinur'o iLin- lu lorti,

Ugluses on américaines; l'altitude de ce point permettait encore d'espérer l'exécution d'un canal à niveau par une tranchée ouverte aussi au moins jusqu'à rette partie de la vallée du Tupisa. Je constatai qu'au sud du pic de Gandi on n'aperçoit pas de cordillère, mais bien une plaine s'élcvanl |)rof;ressivem(.'iil. laissant un col correspon-

\tn

LE C.VNAl DE PANAMA.

dant aux sources des rîosTuquesa, Tupisa el Tiali, pl à celles du Tolo et de l'Acanti sur l'autre versant.

Le 1" mars, j'allai explorer le massif du Pirri ot les célèbres mines de Cana, autrefois les plus importantes du Nouveau-Monde, dont la position a été l'objet de tant de controverses depuis quatre-vingt-dix ans. Toute incertitude doit cesser maintenant, car j'ai rapporté un canon' de 68 millimétrés de calibre, se chargeant par la culasse, fondu à Barcelone en 1744, portant sur la volée le nom de El iïero et entre les deux tourillons les armes de Castille. Je trouvai ce canon sous un fourré épais recouvrant les ruines d'un ancien fort que les Espagnols avaient construit entre le village et les mines pour contenir les révoltes des esclaves ou se défendre contre les incursions des flibustiers, guidés par les Indiens insoumis. Depuis une douzaine d'années il s'est fornu^ non loin du confluent des riosCana et Setegauti (480 mètres d'altilude). tributaires de droite de la Tuyra supérieure, un hameau d'Indiens dociles du Choco' qui pourraient rendre d'utiles services loi-squ'on exploitera les fabuleuses richesses en or, argent et platine contenues dans les quartz et les calcaires argileux des collines d'Espiritu Santo. Ces ramifications du Pirri, où le Cana prend sa source, occupent presque le centre d'un vaste plateau entouré de montagnes escarpées où l'on jouit d'une température charmante et d'un climat très sain. La reconnaissance que j'ai faite à Cana place ce point intéressant plus à l'ouest et surtout plus au nord qu'on ne le supposait. En s'y rendant on croise plusieurs fuis les rios .\ruti, Arusa, Cupé, Piedras, Paca, Tuyra, Lemon et beaucoup de quebradasdunt quelques-unes assez importantes. La louia de Paca, la plus haute de celles que rencontre le sentier, dépasse 600 mètres d'élévation; c'est sur sou versant sud que l'on trouve la Tuyra (490 mètres), en amont du grand saut de Pena-

1. Les démarches que je Ils près du juetpoUtieo du Daricri, pour rapporler en Eurape «Un pièce de coaviclion, se heurlÉrent ii des dispos ilio as législatives dont il eût Éié difficile Aa triompher, si le gouvernement de Piinaina n'avait (gracieusement tranclié la qiieslion ^a ■n'oriVaiil en son notn et au nom de la nation colombienne le canon en question, à titre d'encouragement à mes éludes dans le grand isthme américain. Cet hommage exceptionnel et spontané, rendu É la persévérance de mes efforts, a été pour moi une bien agréable récompensa et m Mero en .V acquis A m^s yeux un prix inestimable.

3. À la tète de ces quelques Indiens il ; a une TanjUle Guaimna, c'esl-à-dire noble, très respectée par les autres, ori^inain' des sources du Jurado, el liranl probublemenl sa suprématie incontestée de quelque ancienne tradition parliculiére aux Indiens Cliucoes ou Ciltiris.

^^ RÉSUMÉ DES EXPLORATIONS. 135 Iliieca, infrancliissable aux pirogues sur une disinnce fnri considérable. J'examinai les traces de nombreux travaux anciens, je reconnus el marquai plusieurs filons apriïs avoir fait une ample moisson d'échanlillons et de spécimens. Je m'assurai ensuite que l'abondance de l'eau, qui permet de tenter avec chance de succès sur ce beau plateau les cultures les plus diverses, permettrait aussi de tirer aisément parti dans l'avenir des trésors souterrains de la contrée. Contrairement à ce

Cnbinci .ie Irnvail ilc M. Itfdii^ sur ]v< Iwnls du rîo T«^cii,

qui se passe à Potosi, à Virginia-(^ity, au cerro de Pasco el, dans une moindre proportion, au Caratal {Guyane vénézuélienne), ou trouverait 1 dans la situation même des mines de l^aiia toutes les l'acililés désirables il une grande exploitation.

Que de fertilité naturelle, que d'endroits délicieux dans les gorges profondes et bien arrosées de cette région magique et si pîttoresqueuienl accidentée! La fraicbeur due à l'altiludc et aux nombreuses cascades aux eaux écumantes et cristallines y est entretenue par une feuillée impénétrable aux rayons de l'astre du jour. De cbarmants oiseaux-moucbes et des colibris mutins, véritables bijoux aériens, riva-

lisent d'éclat avec les autres productions de cette terre privilégiée : leurs ailes diaprées étincellent à la lumière; ils bourdonnent autour des fleurs odoriférantes et butinent les corolles à peine écloses qui parent et embaument des sites ravissants. Cet Éden reculé, aux entrailles encore plus riches que la surface, est destiné sous peu à être de nouveau le théâtre d'un mouvement minier aussi fécond au moins que celui dont ce district aurifère a joui il y a deux siècles.

Je courus ensuite rejoindre M. Reclus, nouveau Robinson, retenu depuis trois jours sur les bords du rio Tesca par des plaies provenant de piqûres d'insectes impitoyables, et nous continuâmes à nous deux le nivellement de précision en descendant le Tesca et en remontant le Chico jusqu'à son confluent avec le Porcona (67 mètres), où nous rencontrâmes M. Lacharme, qui avait poursuivi avec beaucoup de dévouement l'ouverture de la trouée nécessaire aux opérations géodésiques. Malgré son zèle et son énergie M. Reclus, à bout de forces, dut retourner à Pinogana pour s'y reposer, et je me chargeai de continuer le travail commencé au milieu de toutes les difficultés et les misères imaginables, augmentées encore par des pluies diluviennes, et que peuvent seuls comprendre les explorateurs ayant séjourné et fait des travaux scientifiques dans les vastes et inextricables forêts de la zone torride. Les cotes obtenues sur le Tupisa et surtout celles qui s'appliquent à son principal affluent de gauche, le Tiati, me récompensèrent, du reste, de la persévérance déployée.

Je poursuivis mon nivellement avec un personnel exténué, au milieu d'une région que nul homme n'avait encore parcourue, en cherchant à atteindre le confluent duPihiva et du Tupisa, dont j'avais six semaines auparavant déterminé la position et où j'avais expédié M. Lenoan m'attendre avec des pirogues et des vivres. Mes mozosj ayant peu de confiance dans l'habileté des blancs à se diriger dans les grands bois déserts, maugréaient de plus en plus et affirmaient que nous ne rencontrerions jamais le Tupisa. Sûr de mes calculs et malgré la diminution inquiétante de mes vivres, je tins bon, et ma trocha aboutit à 200 mètres seulement en aval du point visé et en face même des pirogues conduites à ma recheirche par Lenoan. Je fus vengé alors de toutes les hésitations qu'avaient éprouvées mes hommes. Ils eurent, à

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pavtii' de ce jour, mie confiance aveugle dans le savoir faire, la sûreté du coup d'œil et la science des officiers de marine, ainsi qu'une adniiraliou sans Ijiniies pour la pircision de letirs ordres et de leurs calculs.

Ce rendez-vous astronomique en plein occan de verdure, cette ren-

contre prévue en un poînl perdu de la mystérieuse forîït vierge, à peine entrevu dans une l'npide reconnaissance, et rejoint â grande distance à travers mille obstacles, par une voie où nul pied ne s'était jamais pose, restera toujours d'ailleurs dans mes souvenirs comme une des circonstances des plus rares, des plus curieuses et des mieux réussies de mon existence d'explorateur.

11 est très re^nellalilc i|ue. pai' suite des pluies abondantes, plus

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hâtives en 1877 que de coutume, des inondations et d'autres circonstances indépendantes de ma volonté, il ait été impossible de terminer entièrement cette année-là l'étude de cette voie intéressante et paraissant si pleine d'avenir. Mais, pendant que j'allais reconnaître le cours moyen du Chucunaque et la vallée du Tuquesa, je pus encore faire boucler et rattacher toutes mes opérations en suivant une autre direction, de manière à donner un caractère absolu de certitude aux carnets, aux cartes et aux profils rapportés. Le Tuquesa ne présente pas d'ailleurs des conditions aussi favorables que le Tupisa; son régime est plus torrentiel, ses berges plus élevées et surtout plus rocheuses.

Jusqu'au dernier moment, j'avais espéré que M. le capitaine de vaisseau Aube, alors commandant la division navale des mers du Sud, maintenant vice-amiral, avec lequel me liait une amitié de longue date, aurait pu nous envoyer chercher à Chepigana pour nous conduire sur un des points de la côte doués de communications rapides et régulières. Les circonstances ne le permirent pas sans doute, et nous revînmes à Panama sur de grandes canoas non pontées, faites d'un seul tronc d'arbre et matées en goélettes; nous touchâmes à la pointe Garachiné, dont je fixai la position astronomique, et à San-Miguel, chef-lieu de Tile del Rey, dans l'archipel des Perles, siège de pêcheries autrefois très fructueuses. Les bancs d'huîtres perlières sont maintenant presque épuisés par une exploitation trop active, et il faudra quelques années de repos pour les reconstituer. L'agriculture serait une grande source de richesse pour ces îles aux récifs madréporiqucs. Le riz surtout y vient très bien et les défrichements sont beaucoup moins coûteux que sur le continent où la végétation arborescente est bien plus tumultueuse et exubérante.

La ligne principale, ou plutôt celle par la Tuyra, le Paya et le Caquirri, que nous avions tout d'abord à examiner et sur laquelle nous fondions le plus d'espérances, avait été étudiée au moyen du tachéomètre, et contrôlée par un nivellement de précision au niveau à bulle d'air, exécuté par M. Millat. Les opérations tachcométriques furent faites par deux brigades dirigées par MM. Gerster et Barbiez.

Le double nivellement, ainsi exécuté depuis Pinogana jusqu'au Nalubquia et au Tulogua, ayant donné des résultats concordants à un

HÉSLMÉ Lies KXI'LOUA'nOiNS. 159

mélre près environ, sur une dislance de 150 kilomètres, le versant de l'Atlantique fut étudié arec le tachéomèlre seulement.

Dans les travaux entrepris depuis Pinogana par la Tuyra, la vallée de l'Apuli, la grande trocha reliant les principaux afllueiits du Chucunai)ue, le Tupisa. le Chucunaque, le chemin de Yavisa et la Tuyra Jusqu'à Pînogatia. les nivellements ont toujours été faits au niveau à bulle d'air ou d'ÉgauIt et ont été bouclés et raccordés avec une différence de 40 centimètres seulement sur un parcours de 122 kilomètres, h travers une région particulièrement difficile.

Avant de laisser le territoire des États-Unis de Colombie, j'adressai à Son Excellence le secrétaire d'État aux départements de l'inlérieur cl des relations extérieures, à Bogota, une note sur les circonstances de force majeure qui avaient empêché la commission d'achever eoraplélement ses travaux. Cette déclaration fut signée, pour plus de gara» lie, par les ingénieurs délégués colombiens.

I-.a Commission eut encore le malheur de perdre un de ses membres les plus dévoués au moment de son arrivée en Europe; trois semaines après le départ de Panama, M. Musso, qui avait admirablement supporté lt*s fatigues de l'expédition, fut pris de dysenterie et mourut le '** mai, emportant les regrets de tous ceux ipii avaient été à même d apprécier ses éuiineiites qualités.

M. l'ingénieur en chef Celler, dans le rapport spécial qu'il m'avait •^iri is à mon arrivée à Paris, concluait à l'impossibilité d'exécuter par la Tuyra et le Caquirri un canal à niveau, même avec un tunnel, par suUiî lie l'épaisseur du massif à travci-ser. Nous étant assurés, à la suite de tiorabreus jaugeages', qu'il existe sur cette ligne une quantité d'eau suffisante pour l'alimentation d'un canal à écluses, M. Celler crut ixiuvdir proposer de surélever de ôO mètres le plan du bief de par- ^'P". au moyen de 5 écluses par versant de 10 mètres chacune (rem- |'la«*»ies ensuite par 22 en tout de dimensions moins effrayantes); son ■vaot-projel, très sommaire quoique très compliqué, fut complété par trois ^ri^iids réscrvoii-s dans les vallées du Pucro, du Paya et du Punusa,

'- En «Diplorant la forimik- <li' Itai

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