COMPARAISON DKS DIVERS TRACÉS
7. Facilités présentées par le nombre et l'heureuse disposition des chutes et cours d'eau pour les usages journaliers, le transport des machines, déblais, etc., ainsi que pour rutilisatiori d'une force hydraulique motrice efficace; '
8. Seuil déprimé, le seul de toute l'étendue du grand isthme américain, permettant de passer à ciel ouvert ou de hâter la perforation du tunnel jugé utile, au moyen de puits peu dispendieux; •
9. Communications et courants commerciaux déjà établis avec les principaux ports du monde ;
10. Tracé passant par des localités habitées servant depuis longtemps pour le transit entre les deux océans, réunies par un chemin de fer à proximité des travaux à entreprendre et pourvues de ressources de toutes sortes ;
H. Devis comparativement modérés, malgré les prix très élevés ayant servi de base pour les calculs ;
12. Bon marché de rentretien par suite du peu de longueur du parcours et de l'absence de travaux d'art compliqués et délicats ;
13. Rareté extrême et faible intensité des convulsions terrestres, d'où, permanence assurée du canal projeté;
14. Fertilité du sol apte à produire la presque totalité des choses nécessaires au pei*sonnel sur les chantiers à établir et spécialement propre à l'élève des races chevalines et bovines;
15. Attitude amicale des populations riveraines et de toutes les autorités du pays, calme politique relatif dont jouit l'État de Panama, et stabilité des contrats analogues consentis par le gouvernement colombien, prouvée par une expérience de plus de trente ans.
1/inconvénient le plus grave que présente ce tracé provient, ainsi qu'il a déjà été dit, des crues du Cihagres j)ondant l'hivernage, résultant du régime torrentiel de la partie supérieure de ce fleuve. . Ce désavantage, commun d'ailleurs à tous les cours d'eau utilisés par les autres routes, est loin d'être insurmontable et ne saurait contrebalancer toutes les supériorités qu'il possède sur les projets rivaux. Ces crues seront surtout gênantes pendant l'exécution des travaux, mais, s'il le faut, on déviera le Chagres dans le Pacifique aussitôt le souterrain ou la grande tranchée achevée, et l'on pourra ainsi creuser à sec
la portion du canal qui emprunte le cours de cette rivière. Le débit maximum du Chagres ne dépassera jamais 1200 mètres cubes et ne produirait pas plus de 3", 50 de surélévation du niveau de l'eau, même si on ne faisait rien pour modérer les crues en les régularisant; excepté une fois ou deux tous les vingt ans, la vitesse du courant n'ira pas au delà de trois ou quatre milles à l'heure et par conséquent la navigation ne sera presque jamais rendue impossible.
Quant aux roches doléritiques et trachytiques qui prédominent, elles pourront être facilement et rapidement perforées, leur coeffi-. cient de dureté étant par bonheur beaucoup moins élevé que celui de ténacité. Cette dernière est très grande, mais, ainsi que l'a fait observer un savant membre de Tlnstilut, M. Daubrée, directeur honoraire de l'École des Mines, avec la haute autorité qui lui appartient, c'est plutôt une bonne condition dans le cas spécial qui nous occupe. Les infiltrations ne seront pas à craindre, et cependant les roches sont fendillées sur d'assez grandes dimensions pour que l'enchevêtrement des blocs empêche la chute des fragments pierreux, ce qui aurait rendu moins nécessaire un revêtement complot en maçonnerie dans le cas où l'on se serait résolu à forer le tunnel proposé.
Les polypiers fossiles de Colon devant presque partout s'enlever à la drague, sans même les désagréger au préalable par des explosifs, revien-r draient à un prix minime. A la rigueur, le port d'entrée sur l'Allantiquo pouvait rester comme il était, mais il valait mieux construire un terreplein ou un brise-lames de huit cents à mille mètres pour protéger les navires contre la houle soulevée par les alizés. Plus de 4 millions de francs furent prévus* pour faire de la baie do Limon une des meil-
i . Les jetées de Selieiir, à rembouchure de la Meuse, en fascinage et en pierres (seuls matériaux disponibles en cette localité), ont à supporter l'assaut des g^i'os temps si fréquents de la mer du Nord ; elles ne coûtent cependant que 3^00 francs le mètre courant. La digue de Holyhead ne revient qu'à un prix fort inférieur. Le brise-lames de Colon, construit sous un ci(*l clémc'ut, avec les blocs rocheux trouvés dans les déblais mêmes du canal, fut néanmoins calculé à un prix moyen plus élevé, quoiqu'il n'y (»ût guère à prévoir que les frais de mise en place ou d'immersion. En ce qui concerne ce dernier, MM. Couvreux et Hersent proposèrent, dans le commencement des travaux, deux brise-lames d'un développement total supérieur à celui que nous avions indiqué, mais lorsque M. Reclus fut agent supérieur de la Compagnie du canal dans l'isthme, il fit adopter et connnencer un terre-plein, actuellement achevé, qui a nécessité 550 000 mètres cubes de remblai et qui a coûté, avec les nombreuses constructions et habitations qui le surmontent, environ 9 millions de francs. Cet ouvrage est appelé à rendre les plus grands services, il est terminé par un musoir qui défend l'entrée du
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loui'cs radiib du munde, digne à tous égards du l-oIussuI iiininTiueiit iiiaritime appelé à s'y développei-.
La Iranquillité constante de la cado de Panama n'exige pas la création d'abrisartificiels, mais seulement l'approfondissement d'un chenal d'entrée ; les roches à extraire sous l'eau (grés, gaizc. etc.), sans être très dures, coniporteronl cependaiil des dépenses considérables (55 fr. par uiélre cube) ; dépenses qui seraient fort accrues s'il fallait creuser un port. Four l'acililer les opérations commerciales, un devra tout au plus établir à peu de fi'ais des wharfs défendus pai" îles enrochements construits avec les débris le plus à la main, ou bien élargir intérieurement le canal vei-s rcmboucliure ilu rio (Iraude, pour permettre à un certain nombi-c de navires d'attendre leur tour ou d'accoster à quai, afiu d'elTecluei' leur<'liai-f;n[ieiil et iléhaïqiu'inent. ou de ré|i;irei- quelques avaries.
La nature des terrains superticiels de l'isthme de Païuuna propi'Cmeiit dit est très favorable à lu permanence de.s terrassements à exécuter. Là où les roches n'apparaissent pas encore, la plasticité des couches horizontales d'argiles diversement colorées, permet d'afllrnier que le lavage des terres par les pluies diluviennes sera sans conséquence pour la dégradation et l'ensablement du canal ; il en sera de rnéine avec le remous produit par les vagues soulevées par le passage des navires.
l-es belles foriHs croissant suc t-e sol l'éioiid peuvent fouiiiir les bois les plus légers comme aussi les plus denses et les plus imputrescibles (gayac, curutu, bois de fer. nispero. acajou, palissandre, etc.) ; sans èti"e abondantes, les pierres calcaires destinées à parer les constructions principales se rencontrent en quantité suffisante entre Gatun et Ahorca Lagarto; à la Campana, à Emperador, etc., la wacke de Saii- Pablo. la brèche doléritique de Bohio Soldado. les tufs trachytiques de la Uoca. présentent toutes les conditions voulues pour être avantageusement mis en œuvre; la plupart des ai-giles peuvent donner de bonnes briques, et les madrépores et coraux de la côte et de l'Atian-
ïiuil lit poini <li> VI il présenle 39 lieclar Compagnie.
maiilime, en nbrilanl un poH d'un liilomètre carrt^ liv supcrijrif, ri I <!■' terruins des mieiii disposes pour Ivi besoins du o
tique sont à inèiiie do tburnir les diverses espèces de chaux. Eniiu Ton connait dans la partie orientale de TÉtal des gisements de houille (déparlement de Pénonomé, rio de Indio, etc.), tandis que la présence du mercure et d'autres métaux encore plus précieux a été plusieurs fois signalée en divers points très rapprochés du tracé propose'.
Pour diminuer le cube des déblais, le canal projeté épouse la vallée du Chagres dans sa partie moyenne, mais il se tient à égale distance des marais dangereux de son embouchure et de ceux presque aussi mal famés de Tile de Manzanillo, où Colon a été bâti, et qui ont coûté tant d*efforts, il y a plus de trente ans, à la Compagnie du chemin de fer de Panama. GrJice à cela et à la ventilation si active de la région travei'sée, la salubrité ne laissera pas beaucoup à désirer ; la saison sèche y était vraiment exceptionnellement saine pour la zone torride. Pendant l'hivernage, la grande déclivité du versant du Pacifique permettant récoulenient des eaux de pluie, le rend préférable à celui de TAtlantique dont les pentes sont moins escarpées. Il est notoire eu eflet que, malgré une édilité fort pauvre, négligente et défectueuse, et Textrème rareté de Teau potable, la ville de Panama jouissait d*un des meilleui-s climat des tropiques. Pourvu qu'ils ne fassent pas trop d'excès, si nuisibles surtout dans les pays chauds, les blancs* et, à plus forte raison, les autres races et les sang-nièlés, pouvaient y vivre impunément de longues années*.
1. Voyez, à l*Ap|HMulice. la olassifioatioii des spêciineiis gêolosriques de l'isthnie colombien.
^. Cet état de choses aurait pu durer >i la Compagnie du canal avait pris les mesures nécessaires ^H>ur aider la ville à fairi' face aux dépenses que comportait le déTeloppement soudain de sa population. En consacrant une faible partie des sommes énormes dépensées pour le fastueux hôpital central à subventionner la ville, afin d'y entretenir une propreté méticuleuse et |K>ur y amener en abondance Teau courante, plus indispensable sous les climats é(]uatoriaux que partout ailleurs, nul doute qu'on aurait évité toute augmentation de mortalité panni le [personnel blanc si nombreux, dont Panama est devenu le quartier général. )lalheureusenient, et par une ètroitesso de vues diflicile à absoudre, non seulement la Compagnie n'a rien fait dans le stMis indiqué, mais elle a été Tadversain* acharnée des hommes d'initiative qui clierihaient à ivmédier au mal, aân dVtouffer rinfluence locale marquée devant s'attacher fon-èment à ctMix qui se faisaient les promoteurs de ces utiles travaux. Les satra|v's de Tisthme. dans un esprit autoritaire seulement par les petits côtés, ont tout fait piMir éviter de irrnndir des rivaux. Aii-^si. depuis le commencement de IVutreprise, les débuts de la sais »:i sivh»' sont m.ir.pii's .i Panama par quelques cas isolés et non épidémiqu*s d'un' s.^rte •!.' liv»vre jaune très redoutable. I.e> pers<uines atteintes sont pour ainsi dire fo:iirovei»>. mais le nombre en est heureusement fort re>treint. C't*>t de cette ran», nouvelle et terrible malaiit* q\w <ont m>rt< entre aulre< Ir^M-- m-MuliroN il» la famille de M. Diniiler et mon Stvrêtaire lVnivde>sean en jan>i»'r lî^îw.
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Le chemin de fer étant destiné à concourir eflicacement à l'exécution des travaux du canal, ce dernier doit en respecter le parcours. Pour toute autre ligne, il faudrait commencer par construire des routes et des tronçons de voies ferrées qui coûteraient autant que l'acquisition de celle de Colon à Panama. L'exécution de notre projet favori devait donc avoir pour résultat immédiat une économie de temps considérable (environ trois ans), et des facilités de toute espèce pour le succès de l'entreprise, se traduisant en somme par une épargne de beaucoup de millions sur les intérêts du vaste capital à déboui'ser.
Ces diverses et importantes considérations, jointes à celles plus primordiales encore de pouvoir passer entièrement à niveau, à ciel ouvert, ou plus économiquement avec un tunnel de 5800 mètres seulement, foré a travers des roches présentant (sauf vérification résultant des sondages géologiques) bien des conditions favorables, ont appelé la plus sérieuse attention des hommes éclairés composant le Congrès scientifique international de 1879, et les ont conduits à choisir définitivement notre tracé de canal interocéanique passant par l'isthme de Panama à proximité du chemin de fer déjà établi.
Dans la crainte que la lluctualion de niveau ne produise de forts courants dans le canal par la libre entrée des marées du Pacifique et par suite des masses d'eau qu'y jetterait le Chagres pendant les orages persistants et les pluies torrentielles de l'hivernage, il fut résolu qu'une porte d'ebbe serait au besoin établie de façon à affranchir le canal des courants de marée s'ils étaient trop violents au moment des syzygies. Quant aux crues, leur importance devait être notablement amoindrie par la suppression des étranglements naturels qui contribuent surtout à les rendre redoutables. Un aménagement approprié du Chagres supérieur et de ses tributaires les plus importants au moyen de petits barrages et de bassins de dépôt ainsi que rétablissement du grand réservoir régulateur du Chagres moyen à Gamboa construit avec les déblais de la tranchée profonde centrale par l'élévation d'un barrage de 25 mètres de retenue ayant 570 mètres de longueur et pouvant contenir un volume d'eau de plus de 500 millions de mètres cubes s'écoulant dans le canal à raison de 200 mètres à la seconde, devaient achever d'assurer le contrôle du régime
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des eaux, dont la masse serait d'ailleurs diminuée du Trinidad et du rio de Gatun, directement dérivés à la mer au moyen de coupures faciles à exécuter. Le déboisage partiel des rives combiné avec l'action des courants et l'usage de dragues de divers modèles (américaines, marines, à débarquement flottant, à long couloir, etc.), là où, par une circonstance locale quelconque, les apports se manifesteraient, nous semblaient suffire à tenir a peu de frais le canal en excellent état de propreté. Si l'on ne pouvait empêcher entièrement les crues soudaines, il était au moins certain qu'elles seraient bien diminuées par le double débouché ouvert au Ghagres, par la facilité d'écoulement que présenterait un canal a large section régulière et sans coudes brusques, parles réservoirs régulateurs dont il vient d'être parlé et par toutes autres dispositions qui seraient reconnues les plus propres dans l'avenir à obtenir le résultat cherché. Au pis aller, il aurait été très facile d'installer quelques postes télégraphiques dans la partie supérieure des principaux affluents pour prévenir le service d'exploitation du canal des crues exceptionnelles, dangereuses par la surélévation du niveau de l'eau ou simplement par leur vélocité excessive. Le cas échéant, on aurait arrêté la circulation des bâtiments une ou deux fois par an pendant quelques heures à peine, car si, contrairement aux calculs théoriques' et aux expériences à peu près analogues déjà faites, rien n'eût été amélioré au régime actuel du Ghagres, ses crues auraient
1. Cet intéressant problème hydraulique exigerait la solution d'équations différentielles fort complexes reposant sur des hypothèses non encore justifiées relativement au mouvement varié. On ne pourrait donc obtenir la vitesse du courant par des calculs directs si les obseryations déjà faites dans la branche sud du canal de Suez et rétablissement, plus que probable dans certaines conditions de marées, d'un mouvement uniforme dans le canal interocéanique n'avaient permis une détermination très approchée de ces vitesses. Dans une discussion approfondie et par l'application répétée de la formule fondamentale du mouvement varié dans un canal à pentes et à profils constants
S-So= f —dh