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M. Reclus a calculé les divers cas h considérer : à l'époque de l'étiage du Cbagres, les courants alternatifs de flot et de jusant atteindront 1 mètre par seconde au moment des plus fortes dénivellations dans l'océan Pacifique; lors(]ue le Chagres débitera t200 mètres à la seconde, les eaux gonfleront un peu dans les deux branches du canal et la vitesse maximum du courant sera de 1",20 à la seconde; lors d'une crue, déjà assez rare, du Chagres ou des divers affluents
COHPAIUISOIS DES DIVEIIS TRACÉS. 211
conlituiû à liaissPF dans l'avenir au moins aussi rapidomont qu'elles le font aujourd'hiii et auraient conséquemment laissé le passage libre après une interruption de fort courte duriie. A la suite d'observations faites, faute de temps, beaucoup trop à la légère, par un ingénieur d'ailleui's distingué, M. Ilawkshaw. dont la situation pei"sonnrlle est grande en Angleterre, plusieurs membres du Congrès demandèrent que notre projet à niveau fût débarrassé des eaux du Chagrcs. C'est alors que je proposai, de eoncert avec M. Reclus, de régler encore plus coniplèlcment le débit de ce fleuve i)ar l'extension des procéiiés déjà employés, quoique sur une bien moindre échelle, dans des travaux semblables, c'est-à-dire par l'agrandissement du barrage à déversoir rcgulaleur entre Cruces et Matacluu, auquel j'avais déjà songé préeédemment, mais avec des proportions plus restreintes et pour lequel il existait un emplacement très favorable. Cet ouvrage pourrait avoir, sans dépasser les limites de la prudence, jusqu'à 1450 mètres do longueur en crête et 58 mètres de retenue; il permetti'ait ainsi d'emmagasiner dans la vallée supérieure du Cbagres au delà de 700 millions de mètres cubes d'eau, c'est-ii-dire davantage qu'il ne [lourrait en tomber du ciel pendant le mois le plus pluvieux observé dans la région sur les 1550 kilomètres carrés de superficie du bassin de ce fleuve en amont de Malaehiu; l'écoulement des crues dans le canal se ferait alors régulièrement au moyen de siphons renversés s'amorçant automatiquement à raison d'un débit pouvant aller sans inconvénient jusipi'à 200 mètres cubes d'eau par seconde et capable de vider aux trais quai'ts le réservoir en moins de trente joui-s, de façon à lui permettre de recevoir sans débordement les crues ordinaires ultérieures s'il s'en présentait. L'écoulcnienI, presque nul pendant la saison sèche, permettrai! de curer le réservoir et les siphons au momeni de réliage, aloi-s que le Chagres ne roule plus que 15 mètres cubes à la seconde. Cette solution, plus complète et plus rassurante encore, au point de vue des dangers présentés par les brusques changements de régime d'un lleuve tropical, que celle avec le barrage de dimension
r«çns dans W canal, donnant 600 mèlrcs euhrs h la secondr, le plus fort coursiil dans la branche Pacifique du canal au momeni des basses mers de vives eaui, Bf ili^passerail pas l'.ÎO par seconde, vitesse encore très compalible avec la sécurilé de la uavigalioa.
tït LE CANAL DE PANAMA.
presque trois fois moindre comme longueur contenant seulement dans le réservoir régulateur 500 millions de mètres cubes (solution qui serait d'ailleurs parfaitement suffisante), fut trouvée très brillante par les plus célèbres ingénieurs. MM. de Fourcy, Pascal et Ruelle, inspecteurs généraux des Ponts et Chaussées, d'autres encore, voulurent bien la qualifier publiquement de neuve et hardie, et elle fut approuvée malgré Tinsistance de quelques esprits timorés, et peu au fait des localités, qui, sans se rendre compte de l'exagération des dépenses que cela entraînait, voulaient voir creuser un nouveau lit pour le Chagres le long de la rive nord-est du canal, capable de débiter au fur et à mesure qu'elles se produiraient, sans déborder dans le canal, les plus fortes crues du fleuve supérieur et de tous ses a^luents^
Lors des études complémentaires faites en 1880 sous la présidence de M. Dirks, ingénieur en chef du Waterstaat et directeur du canal d'Amsterdam à la mer du Nord, feu l'ingénieur Dauzats, chef de service des travaux au canal de Suez, s'occupa spécialement de la question du barrage. Les sondages géologiques ayant démontré que la profondeur des alluvions du Chagres entre les cerrosBaruco et Gamboa atteint jusqu'à 28 mètres à l'endroit le plus convenable pour l'emplacement du grand barrage, il fut décidé que la maçonnerie serait écartée autant que possible et qu'on l'exécuterait au moyen des déblais de la grande tranchée située à peu de distance et simplement dévei'sés des wagons. Une étanchéité absolue n'étant nullement nécessaire pour ce barrage, un écoulement normal d'une vingtaine de mètres cubes par seconde serait sans inconvénient. Le coté d'amont recevrait la plus grande quantité des petites pierres et des débris. Une fois que l'ouvrage aurait atteint de grandes dimensions, les filtrations seraient faibles; on les diminuerait encore en portant du coté du réservoir les produits des dragages faits en aval de Matachin, et les terres argileuses des parties supérieures des coteaux enlevées avec les excavateurs travaillant en décapement. Un massif d'argile dans toute la longueur de l'ouvrage serait aussi fort utile. Cette construction tout à la
1. Olle malencontreuse idée, d'une réalisation si coûteuse, a été reprise depuis par M. Tiii- ;,'énieur en chef Dingler, mais heureusement elle n'a pas encore reçu un commencement d'exécution, bien «pu* la Compagnie ne l'ait pas ofliciellenient abandonnée.
COMPAIIAISON DES DIVKI'.S THACl-iS. 'it:.
fois digue de réservoir et cavalier des plus avantageux pour le retrousseraentdes déblais, aurait dû avoir, d'après lesingt-nicursde la maison Couvreux et Hersent, 45 mètres de hauteur apparente, 240 mètres de largeur au sommet, 960 mètres de largeur au fond de la vallée et près d'un kilomètre et demi de longueur; la hauteur maxima de l'e^u retenue dans le bassin serait alors de 58 mètres. Le barrage emploierait 18 à 20 millions do mètres cubes; les quelques millions d'excédent provenant des attaques du vereant méridional do la grande tranchée seraient déposés dans les petites vallées voisines du rio (irande. Dans l'esécution des travaux on commencerait par établir des émissaires en maçonnei'ie ayant leur radier à une dizaine de mètres audessus du fond de la vallée et pouvant, après l'achèvement des ouvrages, débiter sous pression 200 mètres cubes par seconde lorsque leurs vannes seraient levées. On pourrait aussi creuser une dépression ou forer un tunnel au nord du cerroBaruco pour y établir un large déversoir supplémentaire eu cas de crue exceptionnelle. Quand une hauteur suffisante aurait été atteinte sur les deux rives du Chagres et que les émissaires seraient terminés, on profilerait de l'époque des plus basses eaux pour barrer le fleuve de vive force, en y portant des pierres par des trains se succédant jour et nuit sans aucun intervalle.
L'Académie des sciences a approuvé ces modifications à la suite d'un rapport 1res favorable fait par M. de la Gournerie an nom d'une Commission dont il faisait partie avec MM. Dauhrée, Sainle-Claîro Deville, Lalanne, l'amiral Mouchez, le général Favé et !e baron Larrey.
Le caractère de permanence d'un te! ouvrage, une fois cunstrnit d'après les règles de l'art, est hors de discussion. Un exemple frappant et tout i-écent doit nous éclairer, du reste, sur l'importance des objections soulevées a }triori contre les tendances nouvelles, quelque simples et Ingicpies qu'elles puissent être. Le succès de ces idées est néanmoins certain, car elles possèdent une force inéluctable. Pourquoi donc s'escrimer vainement contre clles'J Que n'a-t-on pas prédit i propos du canal à niveau de la Méditerranée k ta mer Rouge? Des hommes de valeur et de savoir se sont faits les échos de dires hasardés cl sont arrivés à proposer des plans chimériques et baroques, plul(U que de se rendre à l'évidence d'une conreption juste. palrr)nilée
par des hommes d'un bon sens impeccable ou d'un génie primesautier.
Il n'y a pas de panacée univei'selle, et le mot final d'un problème, à coup sûr délicat et complexe, peut encore être amélioré ; il peut surtout être réduit de façon a se rapprocher des limites moins effrayantes indiquées dès le principe et dont rien jusqu'ici n'est venu démontrer l'insuffisance. Quelle que soit d'ailleurs la valeur des objections que l'on peut faire , elles sont bien loin d'être insurmontables; le cours même des événements et l'expérience basée sur des observations consciencieuses et précises suggéreront indubitablement des procédés nouveaux ou à peine entrevus pour vaincre les difficultés qui paraissent de prime abord insurmontables.
On use souvent sa vie à combattre d'avance des phénomènes qui ne se produiront sans doute jamais. Il vaut mieux, selon nous, se placer en face du fait accompli et appliquer ses facultés à triompher des obstacles réels. Ayons foi dans la science et l'intelligence humaines lorsqu'elles sont servies par une énergique volonté, et ne nous avouons pas vaincus avant d'avoir lutté. Les fantômes disparaissent quand on s'approche d'eux; gardons-nous donc des discussions byzantines, des solutions bâtardes ou incomplètes, et, sans vouloir pécher par excès en sens contraire, sachons oser, car la fortune sourit toujours à ceux qui osent. Le monde entier ne pourra qu'applaudir et suivre avec une confiance communicative l'impulsion donnée par ceux chez lesquels un ardent enthousiasme pour l'œuvre à accomplir n'exclut ni la réflexion, ni une sage prévoyance, ni une saine appréciation des moyens les plus opportuns à employer pour la mener à bien.
Néanmoins, afin d'éviter les dispendieux travaux à faire pour le Chagres, de diminuer considérablement les terrassements, et par suite réduire proportionnellement le chiffre des dépenses, la durée d'exécution et les dangers provenant du climat, nous présentâmes le plan dont il a déjà été parlé avec 5 écluses sur chaque versant, plus Técluse de marée près du Pacifique (il en tout) et un lac central artificiel. Ce projet économique rassura les plus timides et leur démontra victorieusement que dans tous les cas et avec tous les systèmes de canaux lo meilleur était de passer par l'isthme de Panama proprement dit. Le