III.STUHIIJI K DES NEi;iM^I.VTIÛ\S
veniemenUUi Onlrc-Ainérique accordait à Aaron l'alnior le ilroil do rniistruirc un canal pour les navires des plus grandes dinionsions. Malgrû l'aide de l'iiigénieur de Wilt Clinton, Palnicr ne parait pas s'être bien rendu compte de l'iinporlauce de l'œuvre à entreprendre, cai' il demanda seulement "25000000 de Crânes pour son exécution entière, sans parvenir du reste à les obtenir. Après la chute de ce projet et sur l'initiative du roi Guillaume des Pavs-Ras, le Nicaragua accorda à une compagnie formée en Uollande en 1850 un privilège pour l'excavation d'un canal à travers son territoire; mais si les événements politiques en Eu l'ope contribuèrent à rendre stériles les efforts de ce monarque éclairé, ils furent loin de passer inaperçus aux ycuv du cabinet de Washington. Le 3 mars 1855 le Sénat des États-Unis adopta une résolution requérant respectueusement le Président de t considérer l'opportunité d'ouvrir des négociations avec d'autres nations el particulièrement avec les gouvernements du Cen Ire-Amérique cl de la Nouvello-Greiiadc. dans le butdeprotégerefficacemenl.par des traités et des slipulalions convenables, les individus ou compagnies qui pourraient entreprendre d'ouvrir une coniniunication entre les océans Atlantique et Pacifique parlaconslruclion d'un canal maritime à Iravei-s l'isthme qui relie l'Amérique du Nord à relie du Sud. et en assurant pour toujours, par ces stipulations, le droit libre et égal de naviguer dans ce canal à toutes les nations, moyennant le payement de tels raisonnables péages qui pourraient èlre établis, pour compenser les capitalistes des sommes engagées dans une telle entreprise, afin d'arriver à compléter cette grande œuvre. »
Le Présiilenl iakson nomma aussitôt Itiddle agent spécial du gouvernement, avec ordre de se rendre au Nicaragua, d'examiner la route |M)ur un canal ou un chemin de fer et de se procurer à la capitale du l^nlrc-.^iérique tous les documents relatifs à cet objet. liiddle devait ensuite s'en<]uérir de ce qui concernait la route de Panama. Désobéissant à ses instructions sous prétexte de la difûculté des communications, Uiddle se rendit d'abord à Panama, puis à Bogota, où il entama des négoclaliinis dans lesquelles il parait avoir eu de grands intérêts personnels, el.en 1857, il obtint de la Nouvelle-Grenade la concession
d'une roule macadamisée à travers l'isthme de Panama, concession
^^Mpi ne tarda pas à devouii' cadnqm'.Eii 185(>.;iprès le rap|)0rl de Merser,
222 i.E CANAl I)K l'ANAHA.
une résoliilion du Congrès des Étals-Unis analogue à la lu-écédenlc ne fui suivie d'aucune aelion de la pai-t du gouvernement; mais, ainsi que nous l'avons vu, le ercoir français de Sabla se fil bientôl adjuger, à Bogola, une concession pour un chemin de fer; il fit même renouveler sou privilège en 1847, mais ne put réaliser ses projets, qui avaient cependant assez éveillé l'altenlion en France d'abord et aux États-Unis ensuite pour provoquer de la part de la première puissance l'envoi de la mission donnée à Napoléon Garella en 18i3, et pour amener la seconde à proposer avec la Nouvelle-Grenade (aujourd'hui Colombie) l'important Irailé signé à Dogola en 184fi et ratifié en 1848. Ce traité, d'une durée de vingt ans, loujoure l'enouvelable deplanu sauf dénonciation signifiée nu an à l'avance par l'une ou l'autre des parties contractantes, stipule que les produits, marchandises ou objets manufacturés des États-Unis auront un libre transita travers l'islhme sans avoir à supporter d'autres charges que celles exigées des citoyens colombiens eux-mêmes, et en revanche les États-Unis garantissent positivement et effic^icement à la Nouvelle-lîrenade (Culoinbie) la ]iarfailc neutralité de l'isthme, de façon que le libre transit de l'une à l'autre mer ne puisse Jamais être interrompu ou embarrassé tout le temps que le traité existera. Comme conséquence, les États-Unis garantissent aussi de la même manière les droits de propriété el de souveraineté que la Nouvelle-Grenade a et possède sur ledit territoire isthniique'.
Ouoique ce traité n'assure aux États-Unis aucuns droits spéciaux en temps de guerre, ni même aucuns droits particuliers auxquels ne puissent participer d'autres nations, il n'en a pas moins une impoi^ lance considérable par suite surtout de la teneur des articles 5 et 6 de la concession que j'ai obtenue en 1878 et qui régit la matière. Les autres puissances maritimes ayant négligé jusqu'à présent d'en conclure un pareil, il est probable que l'influence croissante des Élats- Unisetleur susceptibilitéjalouseen fait de politique américaine susciteraient, dans les circonstances actuelles, des obstacles, de jour en jour plus difficiles à vaincre, à la signature d'un traité analogue, nonobstant l'iutérèt qu'aurait le gouvernement colouibien à se garantir contre les
1, Vu suii itiiportai
n extenso à rApjjijiiiiice.
HISTORIQUE DES NÉGOClATlOxNS. 225
attaques des États-Unis sur l'isthme de Panama, comme il se trouve protégé par ceux-ci contre les attaques éventuelles, et d'ailleurs plus improbables, des autres puissances.
Sur ces entrefaites, et malgré l'insuccès de l'emprunt pour un canal que l'intelligent et brave général Morazan avait essayé en Europe sur la foi des travaux de Bailey, le Nicaragua, devenu indépendant à la suite de la rupture de la fédération du Centre-Amérique, se rendant compte du développement énorme du commerce maritime, accorda une concession à une compagnie belge par l'intermédiaire du ministre Castellon, qui, plus tard, eut mission avec Marcolela de pressentir à ce sujet le gouvernement de Louis-Philippe; Guizot leur permit de s'entendre avec le prince Louis-Napoléon Bonaparte, alors prisonnier à Ham, pour l'ouverture d'une voie de communication maritime à laquelle le prince paraissait vouloir se consacrer s'il avait été relâché.
Le Nicaragua montra son désir de le placer à la tête de l'entreprise en lui accordant en 1846 une concession pour l'exécution du « canal Napoléon de Nicaragua ». Peu après, mon cousin s'évada de la prison de Ham et publia à Londres un appel aux financiei's; mais la révolution de Février détourna son attention, et son élection à la présidence de la République française, puis la fondation du second Empire, firent du tort au projet de percement précité.
D'ailleurs les études relatives au canal en question étaient aussi insuffisantes que les capitaux qu'on voulait y consacrer, dépendant la somme paraissait énorme, et il a fallu la révolution économique de ces trente dernières années pour rendre possible cette colossale entreprise sans le secours des gouvernements. Les choses étaient toutefois assez avancées pour que Squier essayât, mais en vain, de faire céder aux États-Unis par le Honduras l'ile du Tigre, dans le magnifique golfe de Fonseca, et que l'Angleterre cherchât à obtenir une situation privilégiée sur la côte des Mosquitos (Amérique centrale). L'indignation suscitée aux États-Unis par ces intrigues contribua beaucoup à amener la signature du traité Clayton-Bulver, dont il sera bientôt longuement parlé.
En 1848 le gouvernement de Bogota octroya aux Américains, à Aspinwall, Stephens, Chausey, etc., la concession dH chemin de fer à travers l'isthme de Panama, qui aurait peut-être abouti à un échec si
22i 1,1-; CA.WI, [iV. l'ANAMA.
l'acquisilion de la Californie par les Étals-Unis t'I son développeiiienl inattendu à la suite de la découverte de l'or n'avaient amené une recrudescence d'émigration et permis d'achever les travaux de la ligne ouverte seulement en partie de 1SÔ2 à lSo^. C'est ce contrat, modifie d'un commun accord en IS67, qui sert encore de base a la Horissanto compagnie qui relie actuellement Colon-Aspinwall à Panama.
Un an après (184il) fut formée à New-York par les soins des Bro«*ns, Vanderbilt, Wliite, etc., The American Atlantic nnd l'ad/ir Company, à laquelle le Nicaragua accorda une concession en règle; aussi, en juin de cette mt^nie année, le ministre des Étals-Unis llisc conclut avec le Nicaragua une convention par laquelle cette république donnait « le droit exclusif aux États-Unis ou à ses citoyens de construire un canal ou une route d'un océan à l'autre, avec la faculté de fortiiier ces ouvrages, de les armer, occuper, défendre et protéger dans l'intérêt de la pais et de la neutralité ». Cette convention, qui ne fut pas ratiliée, interdisait le passage aux navires et à la contrebande de guerre appartenant aus pays en hostilités ouvertes avec les Étals-Unis ou le Nicaragua, et autorisait oïclusivement le transit sans péage des navires de guerre, troupes et munitions des Étals-Unis, à condition que ceux-ci protégeraient militairement le Nicaragua contre toute attaque extérieure.
En septembre de la même année (18'19), Clayton, ministre d'État du cabinet de Washington, fit demander des explications à loi'dPalmerstoii sur les agissements de l'Angleterre au Centre-Amérique et particulièrement sur la côte des Mosquitos. En même temps. Clayton fit assurer lord Palmerston, avec une grande hauteur de vues et un esprit vraiment large et libéral, que « les États-Unis, comme l'une des principales puissances commerciales du monde, l'une des plus voisines des localités où l'on se proposait d'établir la communication interocéanique et comme possesseurs en outre d'un vaste territoire sur les côtes occidentales d'Amérique, avaient un profond et spécial intérêt dans le libre et tranquille passage, en commun avec les autres puissances, de tout canal ou voie quelconque qui pourrait être établi d'une mer à l'autre; que dans ce but un traité allait être conclu avec le Nicaragua pour assurer le transit du commerce des États-Unis par cette route (qui semblait alors la plus réalisable) surdes bases ouvertes aux autres nations:
que d'ailleurs les États-Unis ne cherchaient pas de privilèges exclusifs ou de préférences d'aucunes sortes relativement à la communication proposée; que leur sincère désir, si elle était trouvée praticable, serait de la voir consacrée à l'usage commun de tous les peuples de la façon
la plus libérale et sur le pied pour tous d'une parfaite égalité, en s'as-
surant à l'avance, par des stipulations nécessaires, contre toutes exactions oppressives ou injustes des Etats à travers le territoire desquels il faudrait passer ou des individus ou compagnies qui seraient autorisés à la construire; que les États-Unis ne voulaient pas, même s'ils le pouvaient, obtenir aucun droit exclusif ou privilège sur cette grande roule du monde qui appartenait naturellement à toute l'humanité, car ils savaient que cette possession ou n'importe quel privilège les exposerait infailliblement à des jalousies et à des controverses qui les rendraient plus coûteux qu'avantageux; mais que, s'ils ne prétendaient à aucuns privilèges spéciaux pour eux-mêmes, ils ne consentiraient jamais à voir une si importante voie de communication tomber sous le con- It'ôle exclusif de n'importe quelle autre grande puissance commerciale. » Un mois plus tard, Claylon, en envoyant à lord Palmerslon copie de '^ convention que Hise venait de faire agréer au Nicaragua, lui fit dire P*ir le représentant des États-Unis à Londres que « si le gouvernement ^**itannique rejetait ses ouvertures et refusait de coopérer avec les Etats-Unis au projet généreux et philanthropique de rendre la communication interocéanique par la vallée du San-Juan libre pour toutes les notions sur des bases identiques, ils se croiraient justifiés à protéger '^Urs intérêts indépendamment de l'aide, de l'opposition ou même de ^"ï^ostilité de l'Angleterre ». Clayton ajoutait dans sa dépêche « que la Convention passée avec le Nicaragua avait été conclue par Hise sans ÏK>uvoirs ou instructions du gouvernement de Washington; que ^^ Président n'avait pas eu au préalable connaissance de son exis- *^nce et qu'il n'était pas disposé à la ratifier si Ton pouvait arriver ^Vec le gouvernement britannique à un arrangement qui permit de ï^lacer les intérêts des États-Unis sur des bases justes et satisfaisantes, '^^nsle cas où cesefforts avorteraient, le Président n'hésiterait d'ailleurs ï^^s à soumettre la susdite convention ou tout autre traité qui pour- ^^It être conclu à l'approbation du Sénat des États-Unis. »
CASAL DE riSUIA. 15
De cette lutte si intéressante et si élevée entre les chancelleries des États-Unis et de la Grande-Bretagne résulta la célèbre convention d'avril 1850, connue sous le nom de traité Clayton-Bulwer, qui fait réloge de la clairvoyance remarquable de la diplomatie anglaise. Cet acte, si habilement prévoyant, forme, avec le traité de Bogota de 1846 et mon contrat de concession, signé dans la même capitale en 1878, la base essentielle et solide des stipulations en vigueur pour rétablissement des droits réciproques de la Colombie, des États-Unis, des puissances maritimes et de la Compagnie concessionnaire *. C'est sur ces documents que se sont exercés et s'exerceront encore les argumentations des diplomates, des politiciens, des jurisconsultes et des économistes s'occupant de la question du canal interocéanique.
Le traité Clayton-Buhver déclare, dans son article 1*% « que ni le gouvernement des États-Unis ni celui de la Grande-Bretagne n'obtiendra ou ne gardera pour lui-même aucun contrôle exclusif sur ledit canal ; que l'un et l'autre gouvernement consentent à ne jamais ériger ou maintenir aucune fortification commandant ledit canal ou son voisinage, ainsi qu'à ne jamais occuper, fortifier, coloniser, assumer ou exercer aucune domination sur le Nicaragua, le Costa-Rica, la côte des Mosquitos ou aucune autre partie de TAmérique centrale, ni à faire usage d'aucune protection ou d'aucune alliance dans ce but, non plus qu'à faire usage d'aucune intimité, connexion, influence que l'une ou l'autre puissance peut avoir avec n'importe quel État ou gouvernement à travers le territoire duquel ledit canal pourrait passer, dans le dessein d'acquérir ou de retenir directement ou indirectement pour ses propres citoyens ou sujets aucuns droits ou avantages relativement au commerce ou à la navigation à travers ledit canal qui ne puisse être offert dans les mêmes termes et sur les mêmes bases aux citoyens et sujets de l'autre puissance. »
L'article 2 protège de la capture en temps de guerre les navires marchands de Tun ou l'autre des deux pays contractants dans ou près le canal projefé.
1. Vu rimpoi taure excoptiouuelle de ces dois documnnls, ils sont donnés in extenso à
l'Appeudico (voyez pnge> 5i! ot suivantes).
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