‹ Le canal de Panama: explorations, comparaison des tracés étudiés, négociations, état des travauxChapitre 40 sur 74 · PH · texte numérisé non relu

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I/arlicIe 3 stipule les

TORIQUE HES ÎSÉfiOCIATlÛNS.

circonstances

garantie commune.

L'article 6 oblige les Élats-LInis et la (Iran de-Bretagne les autres États à entrer dans les mêmes engagements relativement à la garantie du canal, et les oblige aussi à traiter séparément avec les États de l'Amérique centrale pour assurer l'objet de ce traité.

L'article 4 prévoit que si la future compagnie d'exécution du canal manque à ses engagements les gouvernements des Étals-Unis et de la Grande-Bretagne seront libres d'apporter leur appui à toute autre personne ou compagnie préparée à commencer et à procéder à l'exécution du canal en question.

L'article 8 déclare « que les gouvernements des Étals-Unis et de la Grande-Bretagne, ayant non seulement désiré conclure cette convention pour atteindre un but particulier, mais aussi pour établir un principe général, s'accordent à étendre leur protection par les stipulations du traité à toute autre communication praticable, soit par canal, soit par voie ferrée, à travers l'isthme qui réunit les deux Amériques, et spécialement, si elles sont réalisables, aux communications interocéaniques par canal ou voie ferrée qu'on se propose d'établir par la route de Tehuanlepec ou celle de Panama. En accordant cependant leur commune protection à n'importe lequel des canaux ou des chemins de fer spécifiés par cet article, il est toujours entendu par les États-Unis et la Grande-Bretagne que les constructeurs ou possesseurs de ladite voie n'imposeiont pas pour son passage d'autres charges ou conditions de trafic que lesilits gouvernemenls n'approuvent comme justes et équitables, et que lesdits canaux ou chemins de fer élant ouverts aux citoyens et sujets des États-Unis et de la Grande-Bretagne sur des bases identiques seront également ouverts sous les mêmes conditions aux citoyens et sujets de tout autre État qui voudra accorder pour cet objet la protection que les Étals-Unis et la Grande-Bretagne s'engagent à conférer. •>

La conséquence immédiate de ce traité si important et si libéral fut de rendre impossible la ralificaiion de la convention Hïse-Sclva, conclue depuis peu au Nicaragua.

L'occupation d'une partie du Honduras (Belizc) par l'Angleterre amena divers échanges de notes entre les cabinets de Saint-James et

de Washington à propos de l'interpréfation exacte à donner au traité

Clavton-Buhver.

Au moment de l'agitation factice provoquée, en Angleterre surtout,

par le visionnaire CuUen, qui avait réussi à former une compagnie, non

encore pourvue de concession il est vrai, le ministre d'État Webster,

confiant dans la réussite du projet par le Nicaragua que The American

Atlantic and Pacific Ship Canal Company venait de faire sérieusement

étudier par Childs, écrivait au représentant des États-Unis à Londres :

ce Considérant que les États-Unis et la Grande-Bretagne ont consenti à protéger en commun le canal, et, par suite de leurs possessions sur

les côtes du Pacifique ainsi que pour d'autres causes, ont un intérêt similaire à sa réalisation, il semble désirable que le capital requis pour sa construction puisse être avancé par les citoyens et sujets des deux pays. Si cependant les capitalistes anglais n'étaient pas disposés à placer leurs fonds dans cette entreprise, les sommes nécessaires à sa construction pourraient aisément être obtenues aux États-Unis, pour\ii que les citoyens de ce pays fussent suffisamment certains de sa praticabilité et qu'ils crussent en retirer un profit régulier et raisonnable. Convaincu de la grande importance de cette œuvre, le gouvernement des États-Unis sera toujours disposé à en faciliter l'exécution jusqu'aux limites extrêmes de son pouvoir constitutionnel, mais il n'est pas vraisemblable toutefois que la Compagnie du canal ait jamais besoin d'une telle assistance. »

La même année 1852 Webster conclut avec le représentant britannique à Washington une convention pour le règlement des affaires de l'Amérique centrale, dans laquelle l'article 3 établit « que la limite, en mer, dos eaux neutres en dedans desquelles les navii^s marchands américains et anglais seront exempts de capture en cas de guerre entre les deux pays sera de 25 milles marins au delà de l'embouchure du canal. »

Par l'article 7, les deux gouvernements garantissent leur protection à la société dénommée Accc^aory Transit Company \ et la convention

i. detlt» sociêU'î, Inriiiôf subsidiairomont par The American Atlantic and Pacific Company pour trans|)ort(*r les passa{j[tM's el les iiiarchaiidiscs à traviTS rislhine et surtout par le Nie* ragua, fit (!<• si cxci'lhMilcs affaires, par suiti' (h* rafllnciin* toujours croissaute des chercheurs d^or, (jui se ruaicut par la voie la moins inaccessible sur les placers de la Californie, alors

conclut en ces termes : •< A moins que lesdits gouvernemenls de Nicaragua et de Cosla-Hica n'agissent promptemcnt el sans perte de temps, d'après les bases générales de cet arraiigemenl, el n'adoptent les mesures propres pour le mènera bien, les gouvernements de la Grande- Bretagne et des Étals-Unis adopteront ensemble immédiatement telles mesures qu'ils jugeront utiles pour arriver à l'entière eséoulion de la convention intervenue entre eux le 19 avril 1850 (traité Clajion- Bulwer) afin d'accomplir le projet y désigné d'une communication interocéanique par un canal de l'AlUtnliqueau Pacifique, via San-Juan et lac de Nicaragua. »

Malgré la bonne volonté exprimée de part et d'autre, les temps propices à cette vaste entreprise n'étaient pas encore venus. I.a pression que les deux grandes puissances maritimes anglo-saxonnes chercliaient à exercer tantôt sur l'une, tantôt sur l'autre républi(|uc de rAmériquc latine, pour arriver à leur faire accorder les concessions voulues, n'aboutissait pas au résultat désiré, non par mauvaise volonté de la part des États à travers lesquels on pouvait espérer faire pas.ser le canal, mais par manque de surface et de capacité technique ou financière chez les personnes ipii se hasardaient trop prématurément à demander lesdits privilèges.

La brillante réussite finale (janvier 1855) de la compagnie du chemin de fer de Panama. les efTorts qu'elle faisait pour éviter une concurrence ruineuse en exagérant à dessein les difficultés qu'elle avait eu à vaincre, surtout au point de vue climatérique, et l'insuccès de Provost et de Strain au Darien dans la vérifieatïon des raconlurs de Cullen, qui avait cependant obtenu le concours de capitalistes anglais et une concession de la Nouvelle-T.renade, dèlournèrent pour quelque temps l'attention d'un canal par l'isthme colombien proprement dit, el cela d'autant plus que le gouvernement de Bogota venait de rejeter avec indignation (18r»f!) les propositions faites par ordre du président Piercede céder aux États-Unis, moyennant finances, les droits souverains grenadins sni' une bande de terrain large de ôâ kilomètres conle-

récemm^Dt découicrls. (|uVU(- eul iiiti'ri^l ii reciikr de loul soti jMUvuir la cnnstrui-Uo» ilii canal projeté par la sociélé mère. La c^l^bro <>l sai)|;laiite eipédilion du niliii$ti<T Wallccr «{ l'aniniositê qui en résulla conlrc les imiiricains achetèt^nl de ruiner celte il<Tniérc.

nant le chemin de fer de Panama, ainsi que la possession de plusieurs îles à ses deux extrémités. On se rejeta donc sur le Nicaragua, et les États-. Unis essayèrent en 1857 de conclure avec cette république le traité connu sous le nom de Cass-Yrissari, d'après celui de ses signataires. Ce. traité stipulait encore « la protection des États-Unis et leur garantie de neutralité à tous projets de canaux interocéaniques, ainsi queTobligation d'employer leur influence vis-à-vis des autres puissances pour les induire à protéger aussi et à garantir ladite neutralité ». Mais ce qui en empêcha la ratification, ce fut son désaccord avec les termes du traité Clayton-Bulwer. En effet l'un des articles autorisait « les navires de guerre et les munitions des États-Unis à passer le canal en franchise », et, par un autre article, « le Nicaragua consentait, en cas d'insuffisance quelconque de ses propres forces pour assurer la sécurité des personnes et des propriétés passant par le canal, à ce que le gouvernement des États-Unis pût, après avis donné au gouvernement de Nicaragua ou à son ministre à Washington, employer dans ce seul but de sécurité du transit telles forces jugées utiles; lorsque les besoins cesseraient, lesdites forces devaient être retirées. »

La même année 1857, après l'insuccès des négociations entamées entre lord Clarendon et le ministre américain Dallas pour commenter le traité Clayton-Buhver, lord Napier écrivit au ministre d'État Cass, à propos des désordres qui venaient de se produire sur la ligne de chemin de fer de Panama et qui donnaient lieu à des réclamations de la part de sujets anglais et américains :

« J'ai reçu pour instruction de m^assurer si le gouvernement des États-Unis est disposé à agréer une garantie générale de la part des puissances intéressées au passage de l'isthme, par laquelle la ^neutralité de la route de Panama et son entière liberté seraient assurées. J'apprends par M. de Sartiges (ministre de France à Washington) que l'opportunité d'une telle mesure lui avait été suggérée l'automne dernier par le secrétaire d'État, M. Marcy, et fut le sujet d'une note au gouvernement impérial de France. » Lord Napier insista de nouveau eu août 1857 vis-à-vis du ministre Cass et, faisant allusion au traité de 1846 entre les États-Unis et la Nouvelle-Grenade (Colombie), par lequel les Etats-Unis garantissaient la neutralité et l'intégralité

HISTORIQUE DKS NÉGOCIATIONS. 23S

Irrrildrialr de In Nouvelle-Tire nade. indiquait que ce Iraitt- devail ^Ire adopté corniuc basi; d'un nouvel arrange m eut commun, parce que l'adhésion de TAnglelerre ou des autres grandes puissances niarilimes à une telle garantie établirait uu plus haut degré de confiance et rendrait plus aisée toute intervention dans l'isthme qui pourrait ftre nécessitée par les événements. «

Cependant les Élats-Unis, de plus en plus confiants dans leurs forces et leur accroissement de population, grisés par le rapide développement de la Californie cl des autres États sur le versant du Pacifique, semblaient s'éloigner davantage chaque jour du point de vue large et libéral qui animait Clayton. L'esprit d'exclusivisme américain, connu sous le nom de doctrine Monroë, si étranger à cette aflaire de vole commerciale, commençait à percer déjà dans les conseils du gouvernement de Washington ; aussi le ministre Cass répliqua-t-il à lord Napier :

« Parle traité conclu avec la Nouvelle-Grenade le 12 décembre 18i(i. auquel Votre Seigneurie s'est référé, ce gouvernement a garanti pour vingt ans la neutralité de l'isthme et aussi les droits de souveraineté et de propriété de la Nouvelle-tJrenade. Des mesures semblables de la part de l'Angleterre et de la France donneraient une sécurité encore plus grande au transit et seraient dès lors accueillies favorablement par lesÉtals-Cnis; mais tonte participation du gouvernement dans une telle mesure est rendue inutile par les arrangements allégués et qui restent eu pleine vigueur. 11 serait de plus incompatible avec la politique traditionnelle du pays d'entrer dans une alliance commune avec d'autres puissatices, ainsi que le propose la note de Votre Seigneurie. 1^ Président appiécie très bien cependant le profond intérêt qui doit être ressenti par toutes les nations commerciales non seulement au sujet de !a roule de Panama, mais aussi à l'ouverture de tout passage il travers l'isthme par lequel l'union des deux Océans pourrait être praliquement effectuée. Les progrés accomplis dans les grands travaux ont ouvert une nouvelle ère dans les relations du globe, et nous sommes seulement au commencement de leurs résultats. 11 est important qu'ils puissent être délivrés de tout danger d'interruption soit par les gouvernements à travers le territoire desquels ils passent, soit paries opérations hostiles d'autres pays en élal de guerre. Le PrésidcTLt espère

que par le consentement général des puissances maritimes toutes ces difficultés pourront être prévenues, et que les routes interocéaniques avec leurs ports d'approche pourront être à l'abri de toute interruption pour le grand but qui les aura fait établir. »

En 1858 Félix Belly ayant obtenu, avec l'appui et les encouragements de Napoléon ni, une double concession du Nicaragua et du Costa-Rica pour la construction d'un canal maritime et ayant réussi à faire conclure dans ce but, entre les deux républiques limitrophes du fleuve San-Juan, un accord connu sous le nom de convention de Rivas ou de Mora-Martinez, le ministre d'État Cass envoya une note à lord Napier visant la récente mission, au Centre-Amérique, de sir William Gore Ouseley*, pour proposer l'abrogation du traité Glayton-Bulwer, à moins que le canal ne fût construit par une compagnie américaine (les droits de celle fondée en 1849 étaient devenus caducs). Plus tard cependant, lorsqu'il vit sa proposition énergiquemenf repoussée, Cass écrivit en se radoucissant subitement « que les États-Unis désiraient surtout le bonheur des peuples de l'Amérique centrale ainsi que la sécurité et la neutralité des routes interocéaniques qui pourraient la traverser. Ceci étant également le désir de la Grande-Bretagne, de la France et de tout le monde commercial si les principes et la politique du traité Clayton-Buhver étaient convenablement appliqués », Cass reconnaissait c< que cet objectif serait atteint. »

Ces belles assurances n'empêchèrent pas cependant le gouvernement de Washington de tâcher de trouver des conditions meilleures qu'au Nicaragua en appuyant les laborieuses recherches que venaient de faire entreprendre M. Kelley de New-York du côté de l'Atrato. Une mission officielle fut confiée dans cet ordre d'idées aux lieutenants Craven et Mitchler. Cette expédition n'ayant pas confirmé les espérances données par les ingénieurs de M. Kelley et les projets visionnaires de Belly ayant abouti à un misérable échec, la question du canal s'assoupit pour quelques années au point de vue politique.

Le sénateur français Ferdinand Barrol profita de celte accalmie pour

\ . Ce diplomate avait été chargé, par le cabinet de Sainl-Jamea, d'assurer à l'Angleterre la possession de Greytown ou San-Juan del Norte, par extension des prétendus droits acquis par la couronne sur la côte des Mosquitos.

demander et obtenir en 1860, à Bogota, une concession pour un canal interocéanique qui demeura d'ailleurs sans effet par suite du nonpayement du cautionnement exigé.

A la même époque, à la suite des traités conclus par la Grande-Bretagne avec le Guatemala, le Honduras et le Nicaragua réglant les différends pendants et, entre autres, faisant cesser le protectorat anglais sur la côte des Mosquitos, les États-Unis se déclarèrent entièrement satisfaits, ainsi que le constata sans ambages le Président Buchanan dans son message au Congrès le 5 décembre 1860. Le traité Clayton- Bulwer,qui avait déjà subi tant d'attaques acerbes à Washington, basées sur l'attitude du gouvernement britannique vis-à-vis de l'Amérique centrale, se trouva donc pour ainsi dire revivifié et rétabli dans toute son intégrité primitive.

En 1862 le ministre colombien à Washington requit les États-Unis, conformément au traité de 1846, de défendre la Colombie contre les attaques révolutionnaires de l'ex-président Mosquera.

Le cabinet de Washington, occupé avec la guerre de sécession et subissant l'influence qu'exerçait alors partout la France impériale, donna des instructions aux représentants américains à Paris et à Londres pour consulter' les gouvernements français et anglais sur les points suivants :

« 1"* Si l'adhésion à la demande colombienne recevrait l'assentiment des gouvernements français et anglais;

« 2"* Quelles devraient être la force et l'étendue de l'aide à accorder à la Confédération colombienne;

« 5"* Si les gouvernements de France et d'Angleterre voulaient s'unir aux États-Unis pour garantir la sécurité du transit et l'autorité de la Confédération colombienne sur l'isthme, ou l'un de ses deux objectifs seulement, ainsi que la forme et la manière qu'on devrait adopter pour mener à bien le susdit arrangement. »

L'éminent ministre d'État Seward, auquel est dû principalement l'échec de la sécession tentée sous la présidence d'Abraham Lincoln, ajoutait : « J'ai à peine besoin de dire que le gouvernement des États- Unis est non moins anxieux d'éviter toute action indépendante ou hâtive en cette matière qui semblerait indiquer le désir d'avantages

l,R CANAL HE PANAMA.

csclusirs 011 spéciaux que les gouvernements français et anglais peuveiil l'ùlre (II! voir les États-Unis s'abstenir d'une telle intervention. >•

Les deux cabinets consultés répliquèrent, un peu légèrement peulélre, qu'ils ne croyaient aucune inlervcnlion nécessaire, et l'on perdit une occasion excellente d'établir un concert des principales puissances maritimes sur un point délicat. Rien ne fut fait d'ailleurs isolément par les Ëtals-Unis. Ceux-ci reconnurentmême, en 1865, que leur garantie ne s'appliquait pas aux troubles intérieurs si le transit n'était pas interrompu'.

Un an après, le gouvernement de Washinglon fut encore prié d'inlervenir pour s'opposer au transport, par l'Espagne, de ses troupes et munitions de guerre à travers l'isthme de Panama, dans le but de poursuivre la guerre dans laquelle elle était engagée avec le Pému. Quoique la nécessité d'agir ne se fit pas sentir. l'oHoï-n^ général de la nation, auquel son opinion fut demandée officiellement, émitl'avisquc sous la garantie du traité de iSAQ une telle intervention pourrait devenir obligatoire. Il n'est guère douteux du reste que, malgré son ardent américanisme, le ministre Seward n'eût, en cas de besoin, redemandé encore une fois l'appui de la France et de r.\ngleterre ou leur adhésion à une sorte de quadruple alliance sur les bases du traité de Bogota de 18i(î, mais la cessation de la guerre et, par conséquent, des motifs de plainte de la part de la Colombie rendirent inutile l'intervention éventuelle à laquelle on avait fait appel.

En 1867, les États-Unis, qui déjà s'étaient assurés au Honduras dos avantages importants, en prévision de la construction du chemin de fer alore projeté, conclurent le traité Ûickinson-Ajon, encore en vigueur avec le Nicaragua, par lequel ils garantissent la neutralité ainsi que le libre et pacifique usage des routes de transit à travers le Nicaragua. Les États-Unis s'engagèrent aussi à employer leur influence Tis-â-vis des autres nations pour les induiie a garantir une telle neutralité et

1 . Ce cas s'est prâsenlé au printemps de 13S5, lors de la rébellion qui vienl de mellre en p^ril le gouTcrnement du prësidenl Ntiflez. Le'> Ëlals-Unis ne <te sont décidés à intervenir aiîlitaii'ement en Taisant débarquer leurs marins el leurs Iroupes pour occuper Colon-Aspinwall et Panama qu'au moment ou l'extension de la guerre ciTile menaçait la liberté de la circulation h travers l'isthme. Ils ont gardé une sincte neutralité enli-e tes partis en lutte, el ont retiré correctement leurs Torces au^jsiirit que les Irains ont pu rrprc[idre sans dangfr leur marche ordinaire.

IIISTOllIQUE UES NEGOCIATIONS.

protection, el se rëservèrenl le droit. « en prévenant le j;uiivci'nemnil ou les autorités du Nicaragua, de transporter des troupes et munitions de guerre, sur leurs propres navires ou autrement, à l'un ou à l'aulre des libres ports d'entrée du canal, avec autorisation de les envoyer de l'un à l'autre, sans obstacle de la part dudit gouvernement et sans avoir à supporter aucuns frais ou péages pour lesdits transports, dans l'un ou l'autre sens, pourvu que ces troupes et munitions de guerre ne soient pas destinées à être employées contre les Étals de rAniériquc centrale amis du Nicaragua. »

La France et l'Angleterre ne tardèrent pas à signer des traités analogues avec le Nicaragua, qui accorda la même année une concession h Michel Chevalier pour l'ouverture d'un canal entre les deux mers. Malheureusement le Costa-liica, presque brouillé avec le Nicaragua pour une question de limites, n'était plus disposé, comme du temps de Belly, à s'en tenir à la convention de Rivas pour le règlement de sa participation au canal. Il eut dû donner son consentement formel à Michel Chevalier ou une concession spéciale pour la constiiiclion des ouvrages qui devaient se l'aire sur son territoire. Ce fut là une des raisons qui empêchèrent cette grande entreprise d'occuper comme elle aurait pu le faire l'attention publique. Avec la pei-sonnalitéde Michel Chevalier, la sympathie indéniable de Napoléon III pour ce projet, la réussite technique, déjà [iresque assurée aloi's, ducanal de Suez, l'abondance de l'argent et les nouvelles tendances économiques, on aurait pu espérer le succès si la double concession eût élé bien en règle et si le public eût été bien certain que le grand isthme américain ne présentait pas de solution meilleure. Tel n'était pas le cas, aussi celte concession devint caduque comme les autres, sans même qu'aucun effort important vînt rendi'e plus tangible sa réalisation prochaine.

Les regai-ds des États-Unis, à la suite de la remarquable compilation de l'amiral Davis, qui semblait favoralile aux roules par le Darien, se lourtièrent de nouveau vei's la Colombie. L'ingénieur Totten avait obtenu à Bogota une prolongation du privilège du chemin de fer de Colon-Aspinwall à Panama, ainsi qu'une clause autorisant celui-ci à s'entendre à l'amiable avec la compagnie qui voudrait construire un canal sur le lerriloire situé â l'esl et au noi'd de la ligne qui joint

le cap Tiburon à la pointe Garachiné, ou sinon à percevoir d'elle une indemnité à fixer par arbitres et à partager entre le gouvernement et le chemin de fer*.

Après deux ans de pourparlers auxquels fut mêlé le jurisconsulte si retors Caleb Cushing, le ministre d'État Seward proposa au gouvernement colombien un traité pour définir clairement les relations des deux pays au sujet du canal. Cette négociation n'aboutit point, à cause du rejet, par la Colombie, de divers articles proposés par Seward, stipulant que les troupes et munitions de guerre des pays autres que la Colombie et les États-Unis auraient besoin, pour passer le canal, du consentement des deux hautes parties contractantes. Le canal devait aussi être neutre en cas de guerre dans laquelle la Colombie ou les États-Unis ne seraient pas impliqués. Le rejet de ces propositions amena une correspondance officielle fort intéressante entre Seward et le représentant du cabinet de Washington à Bogota, dans laquelle Seward essaya de rétorquer les théories libérales de la Colombie et chercha à prouver que les belligérants seraient amenés à des actes

i. L*interprétatioii de cette clause a donné lieu, depuis 1882, à diverses réclamations du gouvernement colombien qui ne sont pas encore réglées. Par suite de l'insertion du premier paragraphe de Tarticle 3 de mon acte de concession de 1878 et de Taccord que j'ai été assez heureux pour établir Tannée suivante avec le chemin de fer, j*ai pu légalement tourner la scabreuse diiliculté que cela créait au canal et lui éviter des déboursés considérables. Le terrain sur lequel j'avais réussi à me placer m'aurait permis ensuite de composer à bon compte avec la Colombie, qui se trouvait avoir contre elle la lettre même des conventions consenties. Malheureusement l'administration de la compagnie de Panama, héritière de nos droits, n'a pas été assez prévoyante pour clore d'une façon prompte et définitive toute discussion avec le cabinet de Bogota, en cherchant une base de transaction et en faisant au besoin de légers sacrifices pour assurer complètement l'avenir. Elle semble, au contraire, avoir pris à làcbc d'exaspérer le gouvernement locnl par une attitude hautaine; aussi la question s'est envenimée, et ce dernier a accentué et beaucoup exagéré ses demandes. Il a rendu le chemin de fer responsable de la non-exécution du contrat de 1867 et va le traduire, avec menace de caducité, devant la cour suprême fédérale. Les actions du chemin de fer étant devenues la propriété de la compagnie du canal, c'est en somme celle-ci qui est exposée à payer les frais de son aveugle insouciance, si le haut tribunal colombien ne sait pas faire abstraction de sa nationalité et des besoins pressants du trésor public pour mettre la stricte justice, dans toute sa rigueur légale, au-dessus de ce qui, dans une question aussi complexe, peut paraître conforme à l'esprit des concessions octroyées. — Il y a des réclamations qu'il est préférable de ne pas laisser soulever, et, quelle que soit la confiance inspirée par le caractère élevé des hommes éminents composant la cour suprême de Bogota, il aurait mieux valu pour la compagnie du canal faire agréer au pouvoir exécutif fédéral une sorte de transaction amiable d'autant moins onéreuse qu'elle eût été faite il y a plus de temps. — L'absence de prévision d'un conseil d'administration presque toujours peu ou mal renseigné, et dont aucun membre ne comiatt Bogota ni les rouages qui s'y meuviuit, est vraiment fiagrante et peut entraîner à des démêlés s'aggravant avec chaque jour qui s'écoule sans amener d'arrangement.

IIISTOniQUE DKS ^ÉGO(:IATIONS. 3r>9

d'hostililé contre le canal, actes que le gouvernement colombien ne serait peut-être pas en état de prévenir. 11 tâcha aussi d'effrayer la Colombie avec la perspective d'une ingérence européenne dans le but de changer les institutions républicaines régissant le pays. Tout gonflé encore du succès inespéré de ses remontrances à propos de l'intervention française au Mexique, succès dû en majeure parlie à l'acrimonie de l'opposilion parlementaire au Corps législatif de Paris, il ajouta emphatiquement « que les Étals-Unis ne pourraient permettre dans un tel cas à un ennemi public du contincnl américain l'usage et les avantages d'un travail exécuté par deux nations du nouveau monde, même si ces deux nations étaient assez aveugles dans le principe pour laisser de tels avantages ouverts aux ennemis de l'une ou de l'autre. «

Seward insista en outre sur l'impossibilité où se trouverait le gouvernement des Élats-Unis, vis-à-vis de l'opinion publique du pays, d'adopter la contre-proposition si large des ministres colombiens permettant, même à des ennemis, de faire usage, à leur préjudice, d'un ouvrage construit par des Américains.

Les États-Unis, de plus en plus désireux de s'assurer une position exceptionnelle dans la question du canal, renouvelèrent leurs efforts l'année suivante vis-à-vis du cabinet de Bogota. Une nouvelle convention interdisait à tout autre qu'à un Américain de construire ou posséder le canal, et stipulait que les États-Unis auraient le droit d'user en temps de paix de celte voie pour le passage de leurs troupes et munitions de guerre; en outre l'entrée du canal serait rigoureusement prohibée aux troupes, vaisseaux et munitions de guerre des nations belligérantes. I,e Sénat ne ratilia pas ce traité.

Les États-Unis se décidèrent ahu-s à offrir certains avantages pécuniaires el autres au cabinet de Bogota, et ils conclurent en 1870 une convention qui, en retour de l'engagement de construire, garantir el défendre le canal à leurs frais, leur assurait de grands privilèges dont voici la teneur : « Les États-Unis garantissent au gouvernement colombien que le canal et ses dépendances seront libres el exempts de tout acte hostile de la part des autres nations ou puissances étrangères, et dans ce but les États-Unis de l'Amérique du Nord se déclarèrent alliés des Étas-Unis de Colombie pour l'aider à repousser toute

attaque ou invasion sur les propriétés, droits et privilèges cî-dessùs garantis, étant bien entendu que toutes les dépenses auxquelles les États-Unis pourraient être entraînés seraient à leur seule charge et étant convenu aussi que la Colombie défendra ledit canal et ses dépendances comme partie intégrante de son territoire dans les limites de ses forces. Les deux hautes parties contractantes se réservent à elles-mêmes le droit de faire passer en tous temps leurs navires de guerre, troupes et munitions a travers le canal en franchise de tous péages et libres de toutes charges ou impositions, tandis que ledit canal sera clos au pavillon de toute nation qui pourrait être en guerre avec Tune ou l'autre des parties contractantes. Toutefois il sera permis aux navires des nations en paix avec les deux parties contractantes de transiter par le canal, ainsi qu'aux troupes en armes de la Colombie expédiées par ordre de leurs autorités constitutionnelles; aucune autre troupe armée ne pourra passer par le canal. Sauf les exceptions mentionnées ci-dessus, le canal sera ouvert indistinctement à toutes les nations pour l'usage de toutes sortes de transactions légales. »

L'article 6 établissait que : « Aussitôt que le canal et ses dépendances seront construits, l'inspection, possession, direction et gouvernement d'iceux appartiendront aux États-Unis d'Amérique et seront exercés par ce gouvernement; celui des États-Unis de Colombie ayant le pouvoir, après la ratification de cette convention, d'avoir une commission permanente d'agents ayant le droit d'inspecter les opération^ respectives, de s'assurer du tonnage des vaisseaux, d'examiner les comptes et de faire son rapport au gouvernement des États-Unis de Colombie, sans cependant intervenir dans la surintendance, le gouvernement, l'entretien, la direction et l'administration du canal. »

Ce projet de traité si peu d'accord avec les stipulations de la convention Clayton-Bulwcr était en somme, moins favorable militairement parlant aux États-Unis que celui consenti en 1867 par le Nicaragua ; cependant le noble esprit de patriotique indépendance qui anime les Colombiens le lit fièrement rejeter par le congrès de Bogota. Hurlbut, le représentant des États-Unis d'Amérique en Colombie, eut beau s'évertuer, il n'en obtint pas la ratification et attribua à tort son échec à l'influence adverse des puissances européennes. Les États-Unis, mécon*

IIISTURIOIF. IIKS NÉGUClATIllNS.

Iftils de leurs diverses tentatives infructueuses

pour

aboutir ;

planter leur iirépondérance au moyen «l'une entente avantageuse ]iour eux, laissèrent vacante plusieurs années leur légation en Colombie, et se bornèrent a entretenir un consul dans la capilute de celle iiilrai-

lablc républi<pie. cr ipii fut par la suite une cti'rnnstanre favorable pour mes négocialiuus avec le cabinet de Bogota.

Dans l'intervalle, les diverses expéditions ordonnées par les États- Unis nu Tebiiaiitepec, au Nicaragua el au Darien furent eonlinuéus néanmoins avec persévérance. Le capitaine de vaisseau Schuleldl avait, pour ain«ti dire, mission de réussir à tout prix au Mesirpic. A cause de sa position ^éu}j:ra|ihique, un canal uinritiiue an Tebuaiitepec aurai!

i,K (;A>AL liK l'ANAMi.

ët<j |iarlirulièreiiuMit l'fivunililc aux îiiltirùls aiiiéiiL-iiiiis. Di'vsiit l'îiiipossihilil*" praliciuf île ccIIl' siolulioii, el avec l'i-sjjoir iin'oti iiourrissail encore H Wasliiiigtijn fii lS7l) d'aincner la Culombie â iiii HiTUiiftomoiil avantageux, les prfoi'ts du coiiiniuiidaiil SelIVifJge au llaiii'U (ui-fiil d'abord vivement encouragés. 11 n'en lut plus de même (piand les négociations entamées par le niiuisli-e ilurlliut eurent déliniliveineul éehoué, el-le Nicaragua retlevinl d'aulanl plus à la mode que, au pitinl de vue spécial d'un canal â écluses, le coniniaTidaiil l.uil sut Caire ressortir rimpiirtain'e du réservoir inépuisaMe foinié pai' le yraiid lac du Nicaragua, et (pi'uu sujet américain. Heuri Meigtfs, reiitrepreiienr si connu du hardi, mais ruineux eheuiiu de 1er de la Oi-uya, au Pérou, venait d'obtenir en 187*2 du Gosla-ltica un contrat de concession puur un canal, contrai qu'on se flallait alors de voir sanctionner par IcNica* ragua, ce qui aurait laissé cette grande entreprise entre des maitis amêl'icaînes, avec la protection d'un li'aité aussi avantageux i(ne possible.

Je profilai de ces tergiversa lions politiques, qui n'avaient amenù d'autre résultat pratique (|u'une fatigue et une incrédulilé générales, pour donner des iuslruclions précises et détaillées(lts7D) à M. Anlhuiiie deGog(u-za, niaiidataire de mou tiean-frère le général Etienne Tûrr, afin d'obleuirdu gonvernenient ciilontbieii un coniralqui nous assurât. en cas de succès des explorations que je nie proposais de l'aire l'auiiée suivante au Darien méridional, à mou retour d'une cnurle. nniis înévilable campagne dans les mers île Chine, les l'ésullats linaïu'iers. dus à notre esprit d'initiative. M. A. de Gogorza léussit à l'aire agréer notre demande au mois de mal IH7U. et heureusement cela n'attira pas trap l'attention du cabinet de Washington, qui se serait cru peut-èlre oblige à nous contrecarrer el surtout à tuuis empocher de changer, comme je le fis plus tard, lors de ma mission à Itogota, le contrat parliel de 187fi eu une loi de concession générale el définitive peur rnuveitiire d'un canal interocéanique à travers le territoire colombieu.

En 1877. le ministre d'KtatFisb, impressionné par les conclusions en faveur du tracé par le Nicaragua, de la Commission supérieure chargée par le président Grant de résumer les récents travaux américains dans l'isthme, et croyant peu sans doute au succès des études que

je dirigeais alors dans les lorèls inextricables du Darien, adressa une

(IISÏUIUOIK IlES iVfcr.OCIATl'lNS. 2«

unie (îirciilniro ;uix représentants des Étals-Unis, romi;iiil couiiite des ni'^ocialions entanu'es avec le Nicaragua pour la sigiialiiic d'un nou-

veau traité relatif au canal inlcM-ucéatiiqiie. M. Fish, tâcliant ilc se confornier aux slipulaliuns du traité Glaytun-Buhver et faisant preuve de vm-s plus liliciales. au moins en appan'tice. que ses prrdécesseurs

2i6 I-E <:A>AL de panama.

immédiats, voulait obtenir l'adhésion et la coopération des autres puis* sances maritimes pour garantir la neutralité de l'ouvrage dont la concession était à obtenir du Nicaragua. M. Fish proposait aussi « que chaque puissance adhérant à cette convention avant le commencement des travaux et ne s'en dégageant pas, puisse avoir en tout temps, soit en paix, soit en guerre, le droit de transit à travers ledit canal, lorsqu'il serait construit, et le bénéfice de la neutralité des eaux à ses aboutissants pour tous les navires, y compris leur chargement, autorisés à faire flotter le pavillon de.cette nation, et cela dans des conditions, termes et bases identiques sous tous les rapports pour toutes les puissances. Chacun des gouvernements qui consentiraient a ces stipulations et garanties en adhérant ;i la convention aurait le pouvoir d'ériger et d'entretenir des chantiers et des docks pour réparer et approvisionnersesnaviresauxportsxlé chaque extrémité du canal ainsi que d'entretenir dans les limites desdits docks et chantiei*s une force de police suffisante pour protéger les propriétés y contenues, et n'excédant pas cependant ce qui était alors requis dans ce but ». Les États- Unis devaient s'engager définitivement dans ces stipulations et garanties aussitôt « que trois ou plus des principales puissances maritimes européennes auxquelles ces propositions seraient faites auraient consenti à y accéder et seraient entrées dans lesdites stipulations et garanties ». Par suile des exigences du Nicaragua, celte négociation n'aboutit pas.

L'année suivante, je passai avec le gouvernement de l'Union, à Bogota, la convention' qui devait enfin servir de base réelle à la plus grande entreprise des temps modernes. Quelques détails ne paraîtront, sans doulie, pas déplacés à ce sujet.

A la fin de février 1S78 j'avais mené à bien, ainsi que cela a été relaté dans la deuxième partie de cet ouvrage, les dernières explorations complémentaires à l'isthme deSan-Blas,au Tiati (Darien méridional) et aux environs de Panama. Je laissai M. Reclus, dans cette dernière localité, avec MM. Sosa, Lacharme et Pouydesseau, achever les études que j'avais recommandées, et pour éviter les délais fastidieux et si nuisibles

1. Voyez m extenso, à l'Appendice, le contrat W y se-Salgar portant concession dn privilège ur rouvertnre d'un canal interocéanique à travers le territoire colombien.

pour

MISTOHIOIE PES NÈfiOCIATlONS.

;*i nH'SfirojpIsfpii.' présenle pai' Irop souvent la navigation ilii rîoMagdalena dans la saison sèche, je résolus de gagner de suîle le pori de Buenaveiilura. sur le Pacîlique. accompagné seuleineni de M. Vei^ liriiggl»', el dp me renilrP de là par lerre jusqu'à la capilale des filats- Unis de Colombie, où j'avais à traiter avee le gouvernenieni fédéral de rolilciilinii .î<'ninli\r i!i' l;i concession du canal inlerocéanitjue.

iiilc du l'auilii|ue nu (.aiit-u. — (>iiiil aiii' la l)a)(uii. eiili'« JuiiUa et Niraiijn. GraTiire pilriitc ilc la rplnlioii <te H. EiloiMnl Andr« (Tour du Moiijt).

Parcourant ainsi à cheval en onze jours les 80(1 kilomètres environ de mutes détestables qui séparent llogotii du Pacitique, je traversai successivemenl trois coixlilléies avec leurs raniitications et conlretorls. les défilés sauvages du Dagua. l'immense el riche vallée du Cauca. le col élevé et pourtant si boisé du Quindio, ainsi que le prodigieux niassiC glacé qui le domine, la superbe l'orét de gigantesques

348 r-E C.X^kL DE PANAMA,

palmiers il cire du Toctiecilo, lelhahveg brùlanl du Magdiilenn. t-i t'iiliii les hauls plateaux et les fjorges abruptes qui déroiident liogoLa. Grâce â son altitude (26oÛ mètres), celte ville si curieuse de la zone torride jouit d'un éternel printemps. Au milieu de la lielle savane qui l'eiitouiï serpente le rin Funza <m Bogota, avant que. rival du Niagara el (lu Zamhèse, il se précipite eu catiiiactes écunwiules par la l'aille si prorondc et si pittoresque du Tequeiidama. Indépendammenl des merveilleuses perspectives qu'il m'a été donné de contempler, je n'ai eu qu'à me féliciter, du reste, d'avoir choisi celte route, car les gros bagages que j'avais expédiés par Barauquilla el le Magdalena mirent près de trois mois à faire la moitié du chemin; je les retrouvai :'t Naré en descendant ce Ileuve aussi lai-ge que peu profond lors de mon retour à l'Atlantique.

La seconde partie surtout de ce splendide. mais pénible voyage, perpendiculaire à la direction générale des plus belles vallées des Andes équatoriales, fut accomplie avec une rapidité qui plongea dntis l'a stupéfaction les habitants de la capitale, fort accouiuniés cependant aux longues chevauchées. Malgré l'état abominable des sentiers, je ne mis que quatre jours et demi de Cartago à Bogota, par Ibagué, Guataqui et la Mesa ; îl est vi'ai que je restai en selle jusqu'à vingt-deux heures par jour'. Je parvins ainsi à arriver à temps encore pour

1 . Parli pnr mer de l'anama pour Bueuavenlura dans la nuit du SÔ fSïrii-r, nvoc M. Vwbnigghe, j'étais le SS au malin à la limite ordinaire de \» Davigation, sur le rio llagiia, au filliiff deCordova, où nous nousprocurâmesav<<cdirfîcull6de insuvaises mules, qui nous luenèrent.i Urand renfoi'l d'éperons, à travers la cordillère occidentale et «n suivant ta roule da Pacintp». iiu Caiica à la ville de Palmira par Juntas, IVaranjo, les gorges alpestres et sï encaissées do Bitaco el du Uagua, xébrées d'estafilades rougeilrcs, le plateau de Ciinarones el la paste ér. Itulalô. Nousdeseendimesen changeant de montures le brùlanl, mais Tertilu ttialwiïg du raiica. jinr Biign, Monte-Morillo, Sarial, Vidoria, Saragoxa el Carlago. Du celte ville, si graciMisenirnl liaigni^e par les eaux rapides du rio Caucn, nous nous rendîmes de l'autre cAlé de la gniudi> cordillt're centrale (en employant tour h tour les moyens de locomotion les plus divers, mules, bœufs de selle, porteurs indiens) k la vaste, basse et malsaine valli''e du Magdalena, par la dépre^ion du rio de la Vieja, les hauteurs escarpée» de Satenlo, et en franchissant le beitrcol duQuindia(31SS mètres), puis les gorges vraiment merveilleuses du Tocliecilo, repaire de nombreui jaguars oii, malgré l'altitude (S&OO mètres), la végétation est très toulTne ; c'est U qu'on aperçoit les plus grands spécimens de palmiers & cire {Cavxylon andicola] au stipe droit, relier, blanc el élevé, dominé par un superi» panache verdoyant, qui se détachent, géants dif la forêt, fort au-dessus d'elle, bien que leur pied parte souvent du fond d'un large torrenl ani ondes glsciVs, claires et écornantes. On arrive ensuite à la ville d'Ibagué par la ferme de San- Juan, tout entourée de tourbières et de prairies tremblantes. I.'inslincl de nos b^le'^ nou<: préserva siiutent il'HCcidenls sérii'Ui dans celle rour<«- folle. p:ir des clit-nnns aflivui •jiii noii^

IIISTOHIQVK riES NÉGOriATIONS. 2M

Irailer avec radmiiiistration du présidenl l'aini, qui, fori au courant des efforis dèplojés par nous, se mniilrail disposé a discuter les imporlanles niodîBcalinits pt exlcnsiuiis que j'avais à demander au

l'tiji-nl iii('(iiiiiii«. liarrr*! <)■■ riiTidriêtvi cl A'aliaohadtllai l.>iirli- ili- liuurri-li-li 't'arinli* ilurrir forint par \i^ pdils dc^ lii*Kli*(u). surtout tnni|ii(- ta loiif^icur tir r^«pi> nmi^ ror^il 1 marrfirr k la niiil rlow. ^oii« iiûiiir^ hi-iir<-uwn)inil mw, jimcurrr, à ltu;{u<'. riMtrnnant un prii l'Ini'., Ar forI Ixim rhf vtiit aii-c Ir^urls niiiiï Tvpartiinf^. apr» Irah hi-urn dr rrpni, à nrnf hpiim du M>ir. la nuit éUit fellemcnt noirr qnr im i\\tln hcurrs du nutin il ralliil nous tn^xn ; il pleatiail k leru*, nuis r«U n« nuun rnr|>^ha pas df dormir nue Xtfwrr putdaiit qtMDMclw^ ni», dont la bride |iasui( «ous nos bra», broulâienl un |m^ 'l'herbr. lu priit jiKir. nou* rv> monllmn ra wll« : len uitdi. nou« airivloi» sur l>^ burd» du Naicdatma. I»p- «n cr point dpSOO in^trrs, i|n'il fallut, inalgi^ 1m caiiuan*, fairr rrancbir à b nage k tua rfarinn. pour ■miM- à Guatufai, nû nou» pdmcs uoib procurer du tant (war uo^ bMnL, du m H dr la liindesAch^e poumons, qnidrpuis pluiifurs jour» nriiTîun* gwrrqiK d'aJ^ (fariac ikinat* ^tk- «I «ucr^). dp tonom (purée dr nuis ri de lait). dppn»»fatc*»BiwJe gro«iitra)lJp bo l>>llf* comptM^t d'iiD m^laii^ de cacao, de miii concaité «t d« dMim*. A^ria awr ■■vU

fOiîlr.Tt de concession du 20 mai 1876, accordé sous l'empire de la

Ifii 55 de la incnie iiiinée du Congrès colombien.

Le 15 mars je rerais mes pouvoirs, qui fureni trouvés en due Ibrme, â M. le général EustorjioSalgar, minisire de riiilérieni' el des relations esiérieures et ancien président de la républi(|ue; le li, il nie [iréscjita il S, E. le président Parra. Après avoir expliqué et fait agréer l'ensemble du plan poursuivi, nous convînmes de la marche générale à adopler. J'obtins qu'il seiail dressé un nouveau conirat, <|u'on soumettrait cnsuile à l'approbalion du Cnngrés pmii' lui donner ibrce de

ppiidniil uni' i[iinrntil3ine de kiioiiiL'tr<>s cuiiorc, nous (Imcs h»\\<- en plHii boiii, par une nuit sans lune, [ii-ès d'un pic escarpé, Vallode Copo, pour nous étendre jusqu'à l'nulie sur lu tenv humide el inalhpureii9i'inent n^tnpIJe de parasites [garrapata; coloradillat, etc.). Xans arrivâmes à la Hesa le lendeniain un peu après midi, el comme, outre l'inlérèl inunc^ntir ipie J'avais i terminer vite mon voyage. J'avais Tait lepari.qnc je tenais beaucoup à i^^tner, par amour-pn»prp, d'arriver Cf m^me jour!) Bogota, encore distant de 70 kiluinëlres. nous reparûmes, en laissant, rnnime Inujonrs, noire guide el noire mute de bagages â plusieurs heures eu arriûrE, mais après avoir ùil manger tins chevnux elles avoir bien frictionnes avec de l'aguardtente (ean-de-vie). A la suite d'un bon temps de trot, les quatre jambes de mon cheval se raidissent, il tilnbe comme s'il était ivre. Ce sont des crampes violentes, mais ipii lui donnent une ap|iarence des plus ^n'ilesques, produites parles trop brusques cbangem(;Dts d'altilnde. On peut y remédier en l'aspergeant avec de l'eau très fralcbe. Il y a lieureu sente ni k rAU un ruisseau d'eau cristalline venant de la cordillère ; j'y iraine ma monture, que ce bain glacial réconforte encore plus que son cavalier, et nous repartons. La dernière et profondi^ ravine qui nous sépare de la haute et grande savane de Bogota est splendide ; ses pands arbres se profllenl neUemenl dans une alniosphére d'une limpidité toute' spéciale atii localités élevées, et ses cascades renvoient avec éclat les reflets argentins d'une lune naissante. J'espérais trouver une voiture à l'extrémité de la vaste plaine où commencent les liants plateaux, berceau de l'antique empire des Chibchas, mais ni k Vnrro-Blanco, ni nu l'encal, ni an gros villige de Cuatru-Esquinas il n'y a de véhicules. L'heure qui s'avance el des bmils de révotuliuti ont déji fait clore hermétiquement toutes les poi'les, impossible d'obtenir même un renseignement ; il nous faut faire quelques kilomètres A pied et presque au Jugé, n travers llmmense, sombre, froide et marécageuse savane, en traînant péniblement nos clievaux pour leur donner un repos un peu illusoire, puis nous repartons eu soutenant l'allure de nos pauvres béles par des prodiges de volonté eiacerliée el un roulement continu de talons, Bogota semble recider devant nous. Eurm, .'i la lueur de magniliques éclairs, nous apercevons la ville, où nous faisons notre entrée h minuit moins sept minutes. Notre pari était gagné, mais nus tribulations n'étaient pas t1nie<i, et il nous fallut encore errer plus de deux heures pour tmuver un refuge même temporaire. Aucim liAtel ne veut nous ouvrir, soit qu'Us soient pleins par suite de la réunion du Congés, soit que notre mine piteuse nous fasse du tort. Il est de fait que les clievaui erUnuqués el presque fourbus qui nous suivent d'un pas récalcitrant (ils viennent de marcher pendant quarante-quatre heures depuis cinquante-trois heures que nous les avons pris), nos haillons, mon casque indien bosselé, mon grand ponrAo maculé, mou pantatou déchiré et l'uniqui- mais ^gantesque éperon qui me reste résonnant bruyamment sur le pavé doivent nous donner l'aspect de dangereux bandits. Les (er«no« (gardiens de nuit) négligent cependant de nous arrêter, et c'est même â l'Intervenlion obligeante de l'un d'eui, que nous prenions d'abord pour un malfaiteur et auquel je parlais la main sur la crosse de mon revolver, tant sa mine était {rr«fi\ que nous diltors enlin de Irouvi-r un abri provisoire pour la niiii.

i>:,4 LK CANAL DK PA.VAMA.

iiri contrat en cspaj^nol, et, tous les jours suivants, j'en discutai luiif^'uement les clauses avec lui et quelquefois aussi avec le ministre des linances, l\. Quijano Wallis, et ses collègues, les autres membres du cabinet.

Le président Parra et le {^a^néral Salgar, avec une ampleur de vues bien rare, admirent la plupart des propositions nouvelles que je ibrnmlai. C<mvaincus des heureuses conséquences qu'auraient, pour le développement de leur |)ays, la construction et ronverture d*une grande voie de communication maritime interocéanique, ils s*appH- (|uèrent à aplanir les obstacles suscités à diverses reprises par des économist(»s sans portée, trop préoccupés de réaliser des bénéGces immédiats au prolit malentendu du Trésor fédéral mis à sec par Tinsnrrection, à périodicité sensiblcmenl décennale, qui venait d*ensan glanter le pays. I/es|)rit libéral de ces deux hommes d'Ëtat avait également accueilli avec laveur la neutralité absolue et illimitée du canal en tout temps et en toutes circonstances; mais, en présence des termes de la constitution colombienne, un peu étroits et surannés sur ce point spécial <le droit international, ils nrengagùrent, dans rintérét même de ma mission, à ne pas insister, afin de ne pas nie heurter à des diflicullés politiques interminables prés du Congrès.

Instruit par Texpérience relative au canal de Suez des inconvénients présentés par le mot tonm dont le sens vrai est si élastique et dans la pensée surtout d'éviter tout ce qui pourrait être sujet à interprétation future, j'obtins de ne prendre pour base du jaugeage des navires que des mesures mathématiquement exactes, dédnissant tout en chitTres aussi clairement que |)0ssil)le. La réunion, non sans risques, d'une conférence dans le genre de celb» ([ui eut lieu à Constantinoplc, en IS74, pour n»viser ra|)pIicalion des tarifs du canal égyptien, se trouvai! ainsi heureusement évitée dans l'avenir. Il ne saurait, en effet, y avoir de contestations sur le nonibnî de mètres cubes contenus dans le parallélépipède (|ui circonscrit la carène immergée du hàtiment. Les trois dimensions inineipales servant à rétablissement des tarifs stipulés pourront être obtenues on quelqu(*s minutes à peine, si le moindre désacccu'd venait |)ar iinpossihh; à se manifester.

(;'e.;l ici le lieu de faire refnar(|uer (pie le nouveau système de jau-

MISTdUIQIIC DKS NEGOCIATIONS. 'i:.7

geage que je préconisais futporlt'àlaconiiaissatice de la plupart desininistrcs et fhart(és d'aflairos i-Wrangers, et spécialement de MM. O'I^eary et Beiidix Knppel. représentants de la (iraiide-Bretagne et des Étals- Unis, l-e paragraphe G de l'article H du contrat original rassura bien vite le gouvenieraent et les personnages qu'il avait consultés sur les conséquences probalilcs du susdit système; ce paragraphe limitait les bénéfices futurs de la compagnie d'exécution et d'exploitation et l'obligeait à un abaissement du tarif proportionnel à l'excédetil des produits. Plus tard, cl à mon insu, cette stipulation fui supprimée par l'initiative même de la Chambre des représentants, qui s'occupa plus particulièrement de la partie fiscale de l'entreprise et considéra que la seule restriction légitime aux bénéfices possibles, dans les limites concédées, consistait dans l'obligation certaine où serait la compagnie d'exploitation d'appliquer îles Ijiril's rendant le transit par le canal économique et avantageux pour tous les navires et le commerce universel.

Pour être à même de proliler des coiulilions favorables offei'les |iar les vallées du llayano on du Cliagres, et em|»ècher que les ca|iitHlistes, habituellement .si déliants, ne trouvent un prétexte d'alisleutîon dans les avantages particuliers dont jouit la compagnie du chemin de fer de Panama, la concession privilégiée fut élendue à tout le tenifoire colombien, et le gouvernement consentit à doubler le nombre d'hectares de terre qui forment pour ainsi dire sa garantie; il y ajouta les mines que les 500 000 hectares ainsi concédés pourraient conlenir et divei-sos autres dispositions ou exemptions éminemment favorables. Finalenienl, le 20 mars, le général Salgar et moi nous signâmes cet imporlant document. Le nouveau contrat. |dus complet, plus précis surtout et plus libéral que celui dont nous étions déjà en possession depuis bientôt deux ans, est à coup srtr beaucoup plus avanbigeux: il lut approuvé le 2ô par le Président et envoyé [lar lui an Congrès avec un message explicatif. Quelques jouriiaux et plusieurs des hommes les plus éclairés de Bogota, en tête desquels il n'est ()ue juste de mentionner MM. Enrique (Portés, Diego Snnrez, Miguel Samper et Carlos Uolguin, doniiêi'cnt aussi des éclaîn^'issements d'aulanl plus niilcs que. le l-elard fatal ilc mes bagages urempéchait de faire répandre cl con-

titU. IIK l'AMHI. 17

naître, comme je l'eusse souhaité, dans le public intelligent, les plans, les rapports et tous les nombreux travaux déjà accomplis au prix de sacrifices constants et multiples.

L'appui sympathique de la grande majorité des Colombiens instruits ne fit pas défaut, du reste, à l'œuvre grandiose du canal interocéanique, ni à celui qui était chargé d'en négocier la concession ; et je considère comme un devoir de témoigner ici ma gratitude aux aimables et spirituels Bogotains pour l'accueil empressé, courtois et vraiment flatteur fait à ma personne et à mes efforts par un peuple qui gagne singulièrement à être vu de près.

L'inauguration de la nouvelle administration présidentielle du général Trujillo, qui eut lieu le 1" avril, au milieu d'un grand enthousiasme, fut bientôt suivie de malaise et d'appréhensions. Quoique promptement dissipés, ces troubles passagers retardèrent de quelques jours la discussion du contrat. Il avait d'abord été soumis au Sénat, et, suivant la loi colombienne, il dut subir trois débats et passer à trois commissions, composées d'ailleurs des hommes les plus considérables de la république, parmi lesquels il suffira de citer MM. Murillo, Galindo, Gomez, Sanchez, Colunje, Aizpuru, Ardila, etc., vétérans de la politique, du barreau et des lettres, et ayant occupé les premières magistratures du pays.

Le Sénat discuta lentement et avec une bienveillante attention les vingt-six articles du contrat, et entre autres il modifia ceux relatifs à la neutralité d'une façon plus libérale pour l'avenir, tout en garantissant certains avantages à peu près honorifiques à la Colombie. Une clause relative à la formation d'un tribunal arbitral, pour juger les différends qui s'élèveraient, fut aussi rejetée comme inconstitutionnelle ; c'est à la cour suprême fédérale qu'il appartiendra d'en connaître. Au milieu d'avril, la loi passa du Sénat à la Chambre des représentants. Divers incidents en refardèrent un peu la discussion. Certains articles, à la suite du rapport de trois nouvelles commissions et de trois autres débats, furent changés; un paragraphe fut ajouté à l'article 1^' pour atténuer, au point de vue colombien, les conséquences des longs délais demandés. J'insistai pour avoir ces délais, parce qu'ils étaient indispensables, à mes yeux, dans une entreprise aussi colossale.

HlSTORIQrE DES NEGOCIATIONS. 259

el parce que avisé sommairement du gi-and incendie qui vouait il'avoir lieu à Panama, je pouvais croire les documents relatifs à nos derniers travaux brûlés, endommagés ou même perdus, ce qui aurait nécessité des explorations ultérieures. La possibilité seule d'accidents analogues servit à faire comprendre combien les prévisions du contrat étaient raisonnables et prudentes.

La part dans les produits afférente au gouvernement fut augmenlêe par les députés d'une manière très onéreuse; ils repoussèrent aussi la modification du Sénat sur la neutralité. Il fallut donner en espagnol de longues explications par la presse localeel faire une propagande active en faveur de ma manière de voir. La loi revint encore à la Chambre haute, à laquelle j'adressai un assez long mémoire. Los sénateurs ramenèrent la participation du gouvernement à des proportions plus équitables, insistèrent sur la rédaction qu'ils avaient proposée pour les articles S el 6 relatifs à la neutralité du canal et apportèrent, sur ma demande, quelques améliorations et éclaircissements aux termes d'autres changements introduits par les députés. Les articles 5 et 6 précités sont aussi libéraux que possible. Les navires de couimerce pourront passer en loul temps el une restriction n'est faite que pour les navires de guerre des nations belligérantes; encore cette exception sera écartée pour les pays qui auront garanti par traité la neutralilé du canal et la souveraineté de la Colombie sur la partie de l'isthme à travers laquelle il sera creusé. Déjà, en 1846, les États-lînis de l'.^mérique du Nord se sont assuré cet avantage, et leur exemple {malgré le mauvais vouloir du cabinet de Washington) ne devrait pas larder à être imité par les autres puissances maritimes, soucieuses de leurs intérêts et voulant obtenir les avantages promis à la nation la plus favorisée. D'après le contrat de 1878, lo canal est dès maintenant considéré comme une voie essentiellement înternalionalc, mais il acquerrait par les susdils traités, pour tous et toujours, uti Ici caractère d'absolue neutralité, qu'au cas. d'ailleurs assez improbable, où une ualion serait en lutte déclarée même avec la Colombie, elle pourrait encore y faire transiter ses troupes et bùlinients de guerre, à condilion, bien entendu, de s'abstenir d'actes d'hostilité à proximilé du détroit arlificicl ouvert au bénélice de l'huinariilé liiut entière. On ne saurait ima-

260 LK CANAL DE PAiNAMA.

giner rien de plus large et s'accordant mieux avec les principes modernes, qui tendent fatalement à prévaloir depuis le percement de risthme de Suez.

Le 15 mai, la loi fut renvoyée aux représentants, qui, cette fois, l'approuvèrent complètement. Les originaux authentiques et définitifs furent libellés sans délai; le 17, ils furent signés en séance publique par les présidents et secrétaires du Sénat et de la Chambre et transmis à M. F.-J. ZalduaS successeur du général Salgar au ministère de l'intérieur et des relations extérieures. Le lendemain, le président de rUnion S. E. le général Trujillo sanctionnait, en conseil des ministres, « la loi 28 de 1878, qui approuve le contrat pour l'ouverture d'un canal interocéanique à travers le territoire colombien », et M. Zaldua la contresignait en y apposant le sceau national. Le même jour, j'adressai au gouvernement une déclaration formelle portant acceptation des modifications imposées par le Congrès.

Grâce à l'extrême obligeance de l'excellent chargé d'affaires de France en Colombie, M. C. Troplong, qui voulut bien faire légaliser en mon absence, par les principales légations ou consulats, l'exemplaire authentique de la loi qui m'était destiné et qui s'offrit de me transmettre en Europe, en temps utile, les documents originaux ainsi que les numéros du Journal Officiel de Bogota dans lequel on devait les insérer, je pus songer à un départ immédiat. Cependant, par suite des péripéties du voyage et en dépit d'efforts peu ordinaires, nous nWrivàmes à Honda, le 21 au matin, ([u'après le départ du mauvais vapeur de rivière qui fait le service du Magdalena, la grande et capricieuse artère par laquelle l'intérieur de la Colombie communique parfois avec le reste du globe*.

Les nombreux échouages de ce bateau permirent à la petite pirogue que je louai incontinent de l'atteindre enfin, par une chasse ininter-

1. Élu (l«^|)iiis pivsidcMil {\o la irpubliciue cl mort «mi fonction \o 21 dt'wnibre iSS"!.

'i. (liioso (liftirilc à iinai^incr, j'eus autant d»' ix'in»' à (juitlcr la capitale que jVii avais eu pour y arrixM'. Kn clTcl. nial;,Tê l'activitc dcployce, le courrier était parti quand je inc* mis eu marche h' 10 mai 1878 en suivant mi chemin dêloncê par des averses diluviennes; rêta|H^ dut (Hvv prolon^re, conlr»' la coutume, lùen an drlà de Facativâ; l'obscurité et la jiluie devinrent si intenses, qn«' M. Vrrbrn^iihe ne pouvait m'apercevoir à moins de deux mètres de distance, et c'est miracle cpu' nos chrvaux, au moins, ne soient pa^i restés enfouis dans quelques-uns des épouvantables bouibiers (pie \un\< tra\rrsàmes à tâtons et au hasard. Le pont de Villeta avai

IIISTOIUQLIE DES NÉGOCIATIU.NS. 363

ruiiipuc lie vingl-huit heures sous un soleil tonéllanl '; et après une semaine (le navigation fluviale assez monotone, fort leiilc cl absolument privtiede confortable, j'arrivai àBurranquilla.doûjeme rendis de nouveau à Panama avec M. Verbrugghe, puis a San-Juan liel Norle ou (îreytown, dans l'inlent ion, ainsi que cela a déjà été dit. de traverser tout le Nicaragua en inspectant la ligne du canal projeté pour établir des points de comparaison avec les études que j'avais déjà terminées en Colombie. De retour III Europe jjiir San-Francisco et New-York, où je conquis

«Je iiouibreu:( adhérents à mes projets, je m'assurai par de longs et minutieux calculs en collabiiratiiin avec M. Reclus de la supériorité îneontestabic du Iracé entre la baie de Colon et la rade de Panama. Je ^préparai un rajiport détaillé sur les opérations efTectuées sous mon

•lé i-rnporlé : en pascaiil sur ses rt'sles branlants, au milieu d'une nuil Jes plu.t sombras el fiuiHant i|ue la tenipfle rugissait, ma monlure faillit p^rir pn^cjpK^ dans le ^ufTir béani sous nos pas. ^rti à grand'pt'ini' <li^ te danger, je dt^passal Uuaduas «ann m'arrAjrr rt peu aprrs je eonlfraiiiai h la bUe, mais atee une admiralioii siiie^re, l'aspecl ^n-andiiise de la Tallée Mi nHilpnl les Dois abcmdnnis du Magdalena. Ot inmiftise et venloyant panorama le déployait iite une magnificence hors ligne des sommi-ts de l'oJio del Trigo el de X'allo del Sargenio (MOOmi'-tres) jusqu'aux pics neigeux cl l'Ioigtii's du Huii el du Tuliina {M6 iiiélre-i).

I. Oite poursuite obslinée, qui nous Torçs Ji abandonner la majeure partie de nuire minco bagage, fut un martyre sans tr^vt> lû i-epos; nous n'avions pu, faute de lemps, nous proeurer. eoinnie provisions.; ipie qnilqm-s liimlelles de choi'olal el do farine de moi' que nou* d#Uyime>i dans hi laMin-di- inniiau- qui -!■ iiimjme le Magilalena, •■! .iirtiinl nnii' n'4iinri< ni

commandement dans l'isthme américain, un tableau comparatif trè$ minutieux des tracés à la rigueur possibles, relevés avec précision, et j'établis un devis complet de celui par Panama auquel j'accordai la préférence sur tous les autres. Toutefois, avant que de donner le boa à tirer pour ces différents ouvrages et de rendre publiques les conclusions auxquelles j'arrivais, je me rendis dès le commencement de 1879 à New-York et à Washington pour y négocier l'achat éventuel du chemiii de fer de Panama par la Société concessionaire du canal interocéanique dont j'étais le délégué et solliciter officieusement l'adhésion du gouvernement des États-Unis au Congrès international convoqué, un peu sur mes instances répétées, par la Société de géographie de Paris pour étudier les divers tracésde canaux interocéaniques et choisir, s'il y avait lieu, le meilleur d'entre eux, afin d'en recommander l'adoption et la prompte exécution au monde financier, maritime et commercial.

Le succès de ma double mission fut complet. J'obtins des membres du comité de direction et des plus gros actionnaires du chemin de fer de Panama, dont le siège est à New-York, un contrat conditionnel des plus avantageux S en les effrayant sur les conséquences que pourrait avoir

abri ni parapluie contre i*incandescence insupportable des rayons solaires réfléchis à quelques centimètres de distance par les eaux chaudes et miroitantes du large fleuve. Il faut ajouter à cela les tourments occasionnés par des hordes de moustiques et Tincommodité des positions que nous iïunes contraints de garder pour éviter de faire chavirer notre microscopique embarcation. La première partie de la descente entre Honda et Conejo est pittoresque, on y compte de nombreux rapides; mais, plus bas, tout en restant très boisée, la vallée s'élargit par trop, et les rives deviennent trop plates. \}i\e fois que nous eûmes rejoint le vapeur à Nare, nous entrâmes dans la région des cienagax ou laf^imes et des cahos ou canaux naturels qui s'anastomosent tous entre eux en entourant des archipels sans fin, de grandes iles désertes et d'ilôts à fleur d'eau ornés d'une végétation aussi intense que peu connue. A partir du confluent du Cauca, ces lagunes et ces canaux deviennent surtout innombrables, et tout le pays prend un caractère franchement marécageux. La plupart des escales se font là où les bûcherons riverains ont établi les dépôts du bois qui sert de combustible et qu'on embarque avec une nonchalance et une lenteur désespérantes pendant que l'immobilité du bateau empoche la circulation du petit courant d'air respirable produit par la marche. Ces arrêts, combinés avec la chaleur que dégagent les foyers du sleamboat maladroitement agencés, font souvent monter le thermomètre à 45 degrés. Sauf Puerto-Berrio, où commencera le chemin de fer de MedeUin, construit par M. Cisneros, Sau-Pablo, Paturia, jusqu'auprès desquels, pour être vraiment efficace, devrait descendre le grand chemin de fer central de Bogota, Puerto— Nacional, Moinpos, Magangué et Calamar, où aboutit le canal du Dique reliant Cartagène au Magdalena, il n'y a pas de centre de population de quelque importance dans toute l'étendue de l'énorme et malsaine plaine d'alluvion qui sépare les cordillères centrale et occidentale et au milieu de laquelle serpentent et s'étalent paresseusement les eaux boueuses et souvent peu profondes du grand fliMive colombien.

1, Voyez à 'Appendice, page 585,

HISTORIQUR DES NEGOOIATIOSS. 267

pour eux la coiislniolion il'iiii canal entre les deux ocûans ;nitre part que siir la zone privilégiée qui avoisiue Panama. Les résultats de mon expédition au Darien méridional et les avantages du tracé par Acanti- Tolo, un peu grossis par le mystère dont je m'enveloppais par principe, les décidèrent à accepter mes propositions à condition que je soutiendrais de tous mes efforts la ligne de Panama devant le tlongrès qui atlail s'assembler. Ces hommes pratiques comprirent de suile qu'il y avait intérêt pour eux à marcher d'accord avec moi qui tenais en main tous les fils de celle affaire si compliquée, car ou le canal ne se ferait pas. et alors leur chemin de fer continuerait ses grasses receltes, ou il se ferait près du territoire sur lequel ils avaient acquis des droits en 1867, ce qui leur assurait pendant quelques années une recruilescence de bénéfices, sans compter le gain résultant de l'arrangement que je leur offrais. Le Si février 1879, M. T. \\. Park, président de la Société, M. C. Francklyn, M. Ogden, etc., en leur double qualité d'adminis- Irateurs et de principaux intéressés de la Compagnie du chemin de fer du Panama, signèrent la convention par laquelle ils s'engageaient à me remettre la majorité au moins des actions de leur sociélé contre le double d'obligations 6 pour 100 remboursables en cinquante ans. D'après la loi américaine, il suffisait en effet d'avoir la majorité pour disposer entièrement de la Compagnie. Du reste l'accès de la minorité à celle convention était réservé pendant un laps de temps suffisant. Par le fait, chaque action de 100 dollars (500 francs) valant, au coure du jour. 40 dollai"s de prime et rapportant 16 dollars d'inlérèt, se trouvait ainsi vendue pour deux oblijîalions du même prix nominal à revenu fixe consolidé, mais un peu inférieur à celui du dernier exercice; cela capitalisait les actions à un taux encore très rémunérateur pour les possesseurs, el cependant cette combinaison assurément ingénieuse, que d'habiles financiers qualifièrent de fort brillante lorsqu'elle fui révélée, avait l'extrême avantage de ne pas être une charge j)our les débuis de la Compagnie du canal, car pendant les dix années qui devaient s'écouler, selon toutes probabilités, avant l'achèvement du percement de l'isthme, le rendement du chemin de fer, sans compter la plus-value annuelle et les augmentations considérables de trafic résultant des nouveaux Iravaux à entreprendre, le rendement, dis-je.

dépasserait de 2 millions de francs au moins par an les intérêts et l'amortissement à servir sur les 70 millions de francs en obligations nominales ainsi créées*.

J'avais employé à Washington la semaine qui avait précédé la conclusion de cette délicate mission (dans laquelle je n'eus d'autre auxiliaire que M. J. de Sabla). Bien qu'en très bons termes depuis longtemps déjà avec le ministre de France M. Outrey, je me fis présenter au président Hayes et au ministre de la marine Thompson par l'amiral Ammen, avec lequel notre commune carrière et mes recherches dans l'isthme m'avaient mis en rapports suivis; je leur rappelai l'invitation faite par l'amiral de la Roncièrc le Noury et par M. de Les- 3eps, au nom de la Société de géographie de France, au gouvernement des États-Unis, pour qu'il se fasse représenter au Congrès relatif au canal interocéanique qui allait se réunir à Paris. Le président Hayes et M. Thompson, peu au courant de la situation que je m'étais faite en Colombie et d'ailleurs sans défiance à cause du vernis international que j'avais toujours su donner à mes expéditions, et de la personnalité bien américaine de l'amiral Ammen, sous les auspices duquel je me plaçais, accueillirent favorablement ma demande. Il me restait toutefois à triompher des mauvaises dispositions du ministre d'État Evarts, que l'affaire regardait plus particulièrement. J'eus avec lui une entrevue laborieuse dans laquelle je l'assurai ne poursuivre que des résultats scientifiques et économiques et non un but politique. M. Evarts, croyant toujours voir la main du gouvernement français dans la réalisation projetée de cette grande idée et ne voulant pas admettre, par suite de ma parenté avec la famille impériale, que j'avais plutôt à lutter contre son indifférence ou son mauvais vouloir, s'obstinait à refuser son consentement à l'envoi de deux commissaires au Congrès de Paris. Je me levai alors et l'assurai d'un ton ferme « qu'au fond je me souciais peu de la participation du gouvernement

1. Ainsi que cola a (Hé dit dans la note do la pa^M^ 202, la Compagnie du canal a perdu deux ans plus tard un(^ trentaine de millions de francs pour mettre à exécution, en se pas. sant de mon concours, la combinaison que j'avais réussi à faire agréer par la Compagnie du :ihemin do for. L'étroitesse do vues, les procédés mesquins et le manque de plan d'ensemble du Conseil d'administration de Paris ont donne lieu en outre aux difficultés auxquelles il est fait allusion dans la note de la page 258 et qui aboutissent actuellement h des réclamations de plus en plus pressantes (\o la part du gouv(M'nement colombien.

des Étals-Unis aux travaux du Congrès; sans elle, celui-ci ne s'en réunirait pas moins; la question du canal y serait discutée; un tracé y serait choisi, et l'un de ceux que je proposais avait d'autant plus de chances d'être adopté que j'aurais moins de contradicteurs. Si la bonne solution d'un problème agitant le monde depuis tantôt quatre siècles n'importait pas plus directement aux États-Unis qu'aux autres puissances, comme je l'avais supposé, et si le cabinet de Washington n'avait pas d'intérêt à défendre tel projet plutôt que tel autre, à faire connaître ses préférences, ses désirs et les études exécutées d'après ses ordres, le Congrès n'en serait que plus libre dans ses appréciations. « J'affirmai en outre au ministre d'État « qu'une fois le choix fait par le Congrès avec une autorité indiscutable, l'affaire étant tout à fait mûre et prête à entrer dans le domaine de la pratique, je prendrais immédiatement toutes les mesures pour la constitution de la compagnie d'exécution; le capital serait vite trouvé, l'excavation commencée, et que nous verrions bien alors si les États-Unis, après s'être publiquement désintéressés de la question, oseraient venir tirer des coups de fusil en territoire neutre aux paisibles travailleurs internationaux en train d'ouvrir, sous la protection formelle des lois souveraines locales, une voie maritime exclusivement commerciale au bénéfice de l'humanité entière ». M. Evarts, loin de se fâcher de ma sortie un peu trop vive peut-être, mais que je savais être dans le goût américain, adoucit son langage, se rendit à mes arguments et promit d'envoyer officiellement deux délégués pour participer aux travaux du Congrès et y faire connaître les vues des États-Unis sur cette importante matière.

Après cette éclatante réussite de ma double mission pendant laquelle j'avais montré aux Yankees que j'étais, au besoin, capable comme eux d'exécuter un bluffa hardi pour la réussite de l'œuvre à laquelle je me consacrais avec tant d'ardeur, je retournai à Paris mettre la der-

1 Terme familier du poker, jeu national américain, qui siprnifîe à peu près en imposer, en faire accroire. — C'est sans doute à Faudace déployée que je dus plus tard, dans ce pays qui aime Fesprit d'initiative, de très nombreuses et durables sympathies, mais aussi Tanimosité de certains personnages, furieux de s'être trompés sur mon compte. L'amiral Ammen entre autres ne m'a jamais pardonné non seulement de n'avoir pas consenti à devenir un instrument entre ses mains et celles de son ami feu le général Grant, mais bien au contraire d'avoir su me servir de leur influence pour écarter en partie l'hostilité des pohticiens américains, qui dans le principe surtout aurait pu être si nuisible à Tentreprise que je poursuivais.

nière main à mon rapport, le signer et obtenir Tapprobation motiTée d'ingénieurs et d'entrepreneurs tels que MM. Dirks, Dauzats, Couvreux, etc., pour les prix unitaires que j'avais adoptés dans le calcul de mon devis d'ensemble pour le projet de canal entre la baie de Colon et la rade de Panama.

Le Congrès international se réunit a Paris le 15 mai 1879. Le Yice-

amiral, sénateur, baron de laRoncièrc le Noury, président de la Société de géographie, se contentant de la présidence d'honneur, céda le fauteuil ordinaire, après le discours d'ouverture, à M. Ferdinand de Lesseps. Les amiraux Amnien et Likatchoff, les colonels Stokes et Coêllo, le commandeur Negri, furent nommés vice-présidents. M. Daubrée, inspecteur général des mines, M. Levasseur, membre de l'Institut, M. Appleton, membre de la Chambre de commerce de New-York, M. le docteur Broch, ex-ministre de la marine en Norwège, et M. Ceresole, ancien président de la Confédération helvétique, furent nommés présidents des cinq commissions technique, de statistique, économique, de navigation et des voies et moyens. La commission technique, de beaucoup la plus importante, avait pour vice-présidents M. Dirks, ingénieur en chef du Waterstaat de Hollande, et M. Kleilz, inspecteur général des ponts et chaussées; elle comptait dans son sein des ingénieurs de la plus haute compétence, tels que MM. de Fourcy et Pascal, inspecteurs généraux des ponts et chaussées, Conrad, ingénieur en chef du Waterstaat, sir John Hawkshaw, de Maere-Limnander, William Huber, de Lépinay, Gioia, Iluyssen, inspecteur général des mines d'Allemagne, Sosa, Ruelle, Dauzats, Simonin, Menocal, Voisin-Bey, le commandant Selfridge, etc., ainsi que de grands entrepreneurs, comme MM. Lavalley, Favre, Couvrcux, etc....

Les discussions durèrent quinze jours. Les quelques partisans du Nicaragua, encouragés par M. Blanchet, qui venait de revenir de ce pays avec une promesse éventuelle de concession, luttèrent avec énergie pour repousser le tracé par Panama, que je soutenais avec M. Reclus. Le tunnel d'une des variantes, qui n'avait après tout qu'un but d'économie, dans le cas où les roches auraient présenté trop de compacité, exerça un peu à la légère peut-être la verve de nos adversaires'. Malgré

I. Un des sccrélairos de la Commission, membre du Congrès bien qu*inléressé pécunaire-

HISTORIQUE DES NEGOCIATIONS. 'i7t

tous les soins que j'avais pris de réduire, pour ainsi dire, à un môme dénominateur les divers projets de canaux et la compélence particulière que me donnait mon élude minutieuse de tout l'isthme américain et les comparaisons impartiales que j'avais pu faire sur le terrain de tous les (racés vraiment dignes d'examen, il fallut perdre bien du temps pour couler bas une multitude de propositions chimériques, informes ou incomplètes, que les relèvements précis exécutés par les expéditions américaines ou par celles sous mon commandement auraient dû faire écarter complètement d'une discussion sérieuse.

Pour aboutir à un résultat pralique, il fallut former deux subdivisions de la commission technique, l'une ayant pour objet d'étudier les prix proposés et les moyens d'exécution projetés, l'autre devant examiner les détails des projets au point de vue exclusif de l'art de l'ingénieur. Nonobstant une grande tendance à exagérer les prix d'ensemble ainsi que les intérêts intercalaires et à exiger des travaux supplémentaires ou des réserves spéciales, tous les prix unitaires qui avaient servi de bases à mes calculs furent finalement adoptés. La seconde sousconimission, satisfaite aussi des idées neuves et hardies que je proposai, d'accord avec M. Reclus, pour combattre les crues du Ghagres, l'objection capitale qui nous était faite, se montra unanimement favorable à notre tracé de Panama. C'est en effet cette partie de l'isthme américain qui comportait le tunnel le pins court pour un canal à niveau. C'est dans la même région que l'on pouvail exécuter le canal à écluses, de beaucoup le plus économique et le meilleur, ainsi que cela resuUait du plan que nous présentâmes en collaboration avec M. de Lépinay; c'est enfin seulement entre Colon et Panama qu'il était possible, au moyen d'une dépense supplémentaire relativement peu élevée, de construire un canal à niveau, entièrement à ciel ouvert et par conséquent sans obstacles d'aucune sorte. Voici les conclusions des cinq commissions qui furent chargées par

nwnl au succûs de l'nilri'prisi.' rivale, el diaryi'; île 1» publii^aliun dt-s compilas rrndiis du Cnngr«, s'arrontr^a de Façon à reproduire in eztento li-iirs attaques, Undis rjue, pir dt^pit, il nie ivfosail casuite riiiserlioii des arguttieiils emploji^s pour noire détenu-. Quand je proleslai, on me répondit i\uc, puisque tues projets avaient Iriomphf . il valait mieux Tenarr les jaii sur l'irrégularité de ces procédés, el on consenlil il graad'peîuc j> laisser adjoindre i l'aiiiteie un CXpOM^ d'eUMinble ii\i\ pnr M Iteelus.

le Congrès d'étudier la question du percement de l'isthme américain au point de vue des revenus et de la possibilité d'exécution :

Première commission {statistique). — « Cinq millions un quart de tonnes représentent vraisemblablement le mouvement commercial des deux océans et deux millions de tonnes celui entre l'Europe et l'extrême Orient à l'époque de l'ouverture probable du canal interocéanique, soit en tout près d'un tonnage net de sept millions et demi pour le mouvement commercial total destiné à fournir des revenus au canal. »

Deuxième commission {économiqiie) . — ce L'avenir nous réserve plus d'une heureuse surprise, et bornons-nous à rappeler pour à présent l'économie considérable de temps que la navigation réalisera par le canal maritime américain. Quels que soient les avantages que l'Amérique espagnole retirera du Bosphore que les hommes ouvriront, les États-Unis de l'Amérique du Nord seront, dans tous les cas, les premiers à bénéficier de ce canal. Déjà ils étonnent le monde par le développement formidable de leur commerce extérieur; ils l'étonneront bien plus encore quand le canal interocéanique sera percé. »

Troisième commission (navigation). — « La commission estime que le canal à écluses ne doit être accepté que si l'impossibilité d'un canal à niveau est démontrée, et elle ajoute que le canal à tunnel ne doit être adopté que si, par l'accumulation dos difficultés techniques ou l'exagération des dépenses, l'impossibilité d'un canal sans tunnel est rendue évidente. »

Quatrième commission {technique). — ce La commission technique, se plaçant au point de vue pour lequel elle a été instituée, est d'avis que le canal interocéanique devra être dirigé de la baie de Limon à la rade de Panama, et elle recommande spécialement l'établissement d'un canal maritime à niveau dans celte direction. )>

Cinquième commission {voies et moyens). — « Se gardant d'escompter l'avenir, et ne supputant que d'après les conditions de l'agriculture, du commerce et de la navigation pouvant constituer actuellement la masse du tonnage transitant entre les deux océans, la commission a jugé pouvoir accepter le chiffre de six millions de tonnes comme expression du jaugeage des navires qui passeraient dès cette année

HISTORIQUE DES 1SEGOCIAT10;\S. 273

(1879) par le canal, s'il était ouvert à la navigation. Pour la question des frais, nous avons considéré comme probable un cliiffre approximatif de 600 millions de francs à dépenser en unu période moyenne de huit années, sans compter les intérêts intercalaires. Après déduction des Irais d'exploitation el du service d'intérêt obligatoire, il resterait donc encore un excédent disponible pour distribuer un beau dividende ans actionnaires de cette grande entreprise. "

Le 29 mai 1879, le Congrès international réuni en séance pléniére, après avoir reçu communication des rapports complets des commissions, votait par li voix contre S la résolution suivante :

« Le Congrès estime que le percement d'un canal interocéanique à niveau constant, si désirable dans l'intérêt du commerce el de la navigation, est possible; et que ce canal maritime, pour répondre aux facilités indispensables d'accès et d'utilisation que doit offrir avant tout un passage de ce genre, devra être dirigé de la baie de Limon à la rade de Panama. >■

A la suite de l'écrasant succès des plans dont j'étais le principal promoteur, M. Ferdinand de Lcsseps. qui jusqu'alors n'avait pris aucune part à nos dépenses cl à nos travaux, s'offrit à acheter à notre Société civile du canal interocéanique la concession définitive que j'avais obtenue du gouvernement colombien, les différentes études qui avaient été faites sous ma direction et le contrat que j'avais passé avec la Compagnie du cliemin de fer de Panama. Le 5 juillet nous signâmes avec hii. en notre qualité de membres du comité de direction de la Société concessionnaire, un contrat conditionnel par lequel nous lui cédions la moitié des délais accordes par le gouvernement colombien pour ia conslilutioii de la Compagnie d'exécution, moyennant le payement, après le succès de rémission seulement, de 5 millions de francs en numéraire el de lOOOO actions de la Compagnie à lomier. Trop confiants dans le bonheur et dans la générosité de caractère de celui qui avait déjà réussi pour Suez, nous ne primes aucune espi^cc de précautions pour nous garantir, en cas d'insuccès, au moins de nos frais d'étude, etc. (environ un million), el surtout pour sauvegai-der nos droits moraux à la création de celle œuvre gigantesque, contre raccapareinciit des envieux du lendemain. En ee qui me con-

cerne, j'eus le tort de mei contenter de la parole formelle de MM. de Lesseps père et fils au sujet du poste de Directeur général des travaux dans l'isthme, dont les conditions débattues et acceptées de part et d'autre furent cependant méconnues par eux plus tard. Il en fut de même des sages avis des principaux membres de notre société qui seuls possédaient l'expérience de cette affaire. M. F. de Lesseps crut assurer le succès par une série de conférences dans toute la France faites sans préparation suffisante et portant sur des sujets pour la plupart étrangers au canal américain. Le principal argument de M. de Lesseps consistait à dissimuler les travaux accomplis et les difficultés à vaincre, qu'il connaissait mal, et à affirmer que, ayant mené à bien l'entreprise de Suez, il réussirait aussi celle de Panama. Quand on lui objectait son âge, il répondait en citant ses nombreux enfants et en exhibant sa petite fille qui l'accompagnait dans toutes ses tournées. Aussi, malgré son incontestable activité, l'émission de 800000 actions, lancée inconsidérément les 6 et 7 août 1879, aboutit à un échec des plus graves.

Vers la fin de la même année, M. de Lesseps, s'apercevant enfin que s'il connaissait bien les hommes et les choses d'Orient, il ne connaissait nullement les Américains ni l'isthme à percer, se décida à former une commission pour faire inspecter à nouveau notre tracé et à se rendre aux États-Unis, dont il n'avait pas d'abord suffisamment respecté les susceptibilités. La presse américaine, à laquelle aucune communication n'avait été faite, effrayée par le chauvinisme au moins inutile déployé par l'entourage de M. de Lesseps, commençait à être fort hostile et entonnait presque unanimement, à propos du canal, des dithyrambes sur la doctrine Monroê, la suprématie des États-Unis, l'obligation pour eux de contrôler le canal et la nécessité de leur adhésion pour rendre valable ma concession. Ces prétentions singulières demandaient à être combattues de près, ainsi que je le répétais sans relâche.

Les résultats de l'inspection sur le terrain de la commission que j'accompagnai dans l'isthme furent très favorables. L'adhésion au projet que je soutenais des deux ingénieurs américains Totlen et Wright et d'un homme aussi expérimenté que M. Dirks, les beaux travaux géologiques de M. Boutan, les profils complémentaires en travers ajoutés

à ceux(jiii' nous avions Tournis, l'esprit pratique de M. Dauzats, confirnièrenl avec échit l'ensemble de nos précédents travaux.

Aux Étals-Unis, M. de Lesseps lui personnellement très bien accueilli; sa physionomie agréablenieTit souriante, sa verte vieillesse, tes succès du canal de Suez dus aulaiil à sa persévérance admirable et à son insoucianle audace (ju'au vigoureux appui qu'il reçut des Khédives d'Égjpte et de Napoléon III, enlin les intérêts commerciaux qui militaient en faveurdu percement de l'isthme américain, le rcndiivnt fort sympathique. Les polilicieiis toutefois avaient bien soin de distinguer l'homme du nouveau projet de canal qu'il patronnait depuis si peu do lenips; ils ne cachaient pas leur mauvais vouloir et tâchaient d'exciter le gouvernement, sous préteste de doctrine Monroë, à s'opposer oClicielleinent à la constitution d'une compagnie d'exécution européenne. Déférant à cette pression, le président llayes envoya un message au Congrès, le 8 mars 1880 {pendant que M. de Lesseps se trouvait à Washington), affirmant que le canal interocéanique devait être sous le contrôle américain exclusif, que des négociations allaient être poursuivies pour écarter, s'il en existait, les engagements en sens contraire avec d'autres puissances, et que les fltats-Unis suffisaient k protéger leurs propres intérêts dans l'isthme et ceux des étrangers y risquant leurs capitaux. Le Président ajoutait que s'il fallait maintenirdes droitsd'une importance aussi spéciale, toule autre puissance agirait de même, et il terminait enfin en assurant « que non seulement la proleelion unique des Ktats-Hnis en pareille matière était compatible avec les intérêts permanents du commerce et de la civilisation, mais encore très capable de les promouvoir dans le sens le plus lai^e ». Il n'est pas douteux môme que si le cabinet de Washington eût cru plus sérieusemenl à la réalisation du plan financier, encore très vague alors, de H. de Lesseps, il ne l'eût entravé par quelque note impérative contre laquelle le gcnivernemcnt de la llépublique franv-aise tout au moins, avec son apathie et l'indifTérence incroyable qu'il manifeste pour les questions extérieures, vis-à-vis des puissances importantes, n'eût certainement pas protesté, et qui aurait en pour effet d'entraver la réunion lies capitaux nécessaires à l'enlrepHse. Il est bon, avant de continuer l'Iiisloriquc des luttes diplomutitjues

de ces dernières années, de se rendre un compte exact de cette fameuse doctrine Monroê qui en réalité n'avait rien à voir avec le percement de risthme tel que je l'avais conçu.

On a attribué l'invention de la doctrine qui porte le nom de Monroë à Canning, à Jefferson et à Adams. Celui-ci paraît avoir été le premier à affirmer dans sa correspondance politique avec Middleton en 1822 que les Américains devaient seuls avoir la direction des affaires du Nouveau Monde. Ce qu'il y a de certain, c'est que les suggestions faites dans l'été de 1823 par Canning à Rush, alors ministre américain à Londres, et portées par ce dernier à la connaissance du département d'État à Washington, appelèrent officiellement l'attention sur la question insidieusement posée à Rush par Canning', qui se montrait fort effrayé des prétentions attribuées principalement à la France sur les anciennes colonies espagnoles d'Amérique. « Est-il possible que les grands intérêts politiques et commerciaux qui reposent sur les destinées du nouveau continent puissent être traités et réglés en Europe sans la coopérai tion ou même la connaissance des États-Unis? » Cette question de Canning contient le germe de la doctrine Monroë. Quand les dépêches de Rush furent reçues à Washington, le Président en envoya copie à Jefferson et à Madison. Ces deux vétérans de l'Indépendance soutinrent la politique d'action d'accord avec la Grande-Bretagne et en opposition avec les desseins d'intervention projetés par la Sainte- Alliance pour restituer à l'Espagne ses colonies révoltées ou pour faire, en cas de besoin, reprendre la Louisiane à la France' Adams, en sa qua-

i. Outre la restitution par la force à l'Espagne et au Portugal de leurs principales colonies révoltées, il était question, en i 8i3, d'une sorte de partage des vastes territoires latins du Nouveau Monde au profit de la Sainte-Alliance. La Russie devait s*emparer delà Californie, du Pérou et du Chili, la France devait saisir le Mexique ou tout au moins y établir, ainsi qu'à Buenos- Ayres, un gouvernement monarchique sous un prince de la maison de Bourbon. C'est la crainte d'un sort semblable qui poussa alors les cinq États fédérés de TAmérique centrale à demander par un vote unanime de ses représentants à être admis dans l'Union américaine. Une ambassade de huit des plus notables habitants de ces républiques naissantes vint à Washington dans ce but. L'oflre fut repoussée, mais les États-Unis réparèrent en partie quelques mois plus tard, et à l'insligalion de l'Angleterre, la pusillanimité dont ils venaient de faire preuve en étendant officiollement leur proteclion morale sur toutes les régions du Nouveau Monde qui avaient proclamé lonr indépendance. Si la proposition du Centre-Amérique eût été acceptée alors, il est possible (pie le canal américain eût été plus tôt ouvert à la navigation et que les Étals-Unis fussent, de fait maintenant, les seuls délenteurs de ce que la sagacité de Patterson appelait prophétiquement « la clef des mers )).

2. Le ministre des affaires étrangères Hyde de Neuville menaçait presque pubhquement le

lfiSTOR[()LIE DES NÉGOCIATIONS, 277

lilL- de itiitiisire d'État cliargi? par consétjuentdes relations extérieures, eul à dêlerminer la forme politique à donner à cetle action et sur quels [irincipes il fallait baser les déclarations officielles y relatives. Calhoua, qui faisait aussi partie du cabinet Monroe, assure qu'Adatns fui l'auteur des déclarations connues maintenant sous le nom du président qui en endossa la responsabilité devant l'histoire, sans y changer un mot, en l'introduisant dans son message au Congrès du 2 décembre 1825.

En visant la controverse pour lu frontière du Nord-Ouest et l'arrangeraenl proposé avec la Grande-Bretagne et la Russie, le message du président Monroë s'exprime ainsi : » Dans les discussions auxquelles ces affaires ont donné naissance et à propos des arrangements qui peuvent les lerniiner, l'occasion a été jugée propice pour affirmer comme un principe, dans lequel les droits et intérêts des États-Unis se trouvent impliqués, que le continent américain, par la condition libre et indépendante qu'il a su atïquérir et maintenir, ne doit plus être dorénavant considéré comme susceptible de colonisation future par aucune puissance européenne '. » Cela signifiait clairement qu'aucune (les nombreuses réclamations territoriales faites alors par diverses nations d'Europe ne serait tolérée et que la solution de ces questions devait être fournie pur les États libres et indépendants déjà établis en Amérique.

Dans une autre partie de son message, en parlant des habitants de l'Espagne et du Portugal et de leurs efforts pour améliorer leur condition, efforts frustrés par l'intervention de la Sainte-Alliance, Monroë dit : « Nous n'avons jamais pris aucune part dans les guerres des puissances européennes les concernant seules, et notre politique ne comporte pas de le faire. C'est seulement si nos droits étaient menacés que nous nous en ressentirions et que nous ferions des préparatifs pour notre défense. Nous sommes nécessairement plus directement intéressés dans les mouvements qui agi lent cet hémisphère, el cela pour

repr^sfiiUiiit auiéricaiità Psris, Gailaliii, de ro|ir<.>ndre la Lnuisiane si les ÉUU-l'iiis nu faisaient pas droit aux rAclamalloiis de nos iialiuiiaui suukvées giar rinti-r|iri'Uliun di^ l'article 8 du tnil4 dei-essinii de 1803.

i. Ce paragraphe du message de Monroè fui visé et approuvé encore en 1845 dans le rneasag« du président Polk.en limil.int tmilrfnis son application A r4inérii|ue du IVord seulctntnl.

des raisons évidentes pour tout observateur éclairé et impartial. Le système politique des puissances alliées est essentiellement différent, à ce sujet, de celui de TAmérique. Cette différence provient de celle qui existe dans leurs gouvernements respectifs. Cependant la nation tout entière est dévouée à la défense du régime obtenu par de si grandes pertes de sang et d'argent, mûri par la sagesse de nos meilleurs citoyens et sous lequel nous avons joui d'une félicité sans exemple. C'est dès lors un devoir, imposé par la loyauté et par les relations amicales existant entre les États-Unis et ces puissances, de déclarer que nous considérerions toute tentative de leur part pour étendre leur système à n'importe quelle portion de cet hémisphère comme dangereux pour notre paix et notre sécurité. Nous ne sommes pas intervenus avec les colonies ou dépendances déjà existantes des puissances européennes et nous n'interviendrons pas. Mais, pour les gouvernements qui ont déclaré et maintenu leur indépendance, indépendance que nous avons reconnue en nous basant sur d'importantes considérations et de justes principes, nous ne pourrons regarder toute interposition de n'importe quelle puissance européenne dans le but de les opprimer ou de contrôler d'aucune autre façon leurs destinées que comme la manifestation d'une disposition peu amicale envers les États-Unis. Pendant la guerre entre ces nouveaux gouvernements et l'Espagne, nous déclarâmes notre neutralité en même temps que nous les reconnûmes. Nous continuerons à adhérer à cette politique, pourvu qu'aucun changement ne survienne qui, dans l'opinion des autorités compétentes de notre gouvernement, puisse motiver un changement correspondant de la part des États-Unis paraissant indispensable à leur sécurité, w

En parlant de l'intervention de la Sainte-Alliance dans les affaires intérieures d'Espagne, Monroë confirma une fois de plus, en ce qui regarde les affaires d'Europe seulement, la politique de non-intervention recommandée par Washington dans son adresse d'adieu, et il ajoutait : ce Mais en ce qui concerne ce continent les circonstances sont éminemment et diamétralement différentes. 11 est impossible que les puissances alliées puissent étendre leur système politique à aucune portion des deux Amériques sans compromettre notre paix et notre félicité, et personne ne pourra croire que nos frères du Sud, laissés à eux-mêmes,

IIISTOIIIQIJE DES NÉGOCIATIONS. 279

adopleronl un tel Kvstème de leur propre niouvemenl. Il est tionc également impossible que nous puissions admettre une telle intervenlion, sous quelque forme que ce soit, avec indifférence. >■

Cette déclaration, quelque importante qu'elle soit pour la politique générale des États-Unis, n'a jamais été consacrée par le Congrès '. Ce n'est donc ù proprement parler que l'énoncé d'une opinion du pouvoir exécutif, que le comensus tacite ou explicite des Américains du Nord, depuis plus de soixante ans, a, îlestvrai.presquc élevé à la hauteur d'un principe, mais qui n'aurait d'application possible à la question du canal interocéanique que si une puissance européenne entreprenait sa construclioTi en se faisant accorder des privilèges particuliers par la nation dominant l'isthme à percer. Or c'est loin d'être le cjs, puisque l'article 18 de ma concession déclare expressément que. « cette entreprise ayant un caractère essentiellement international el économique, il est entendu qu'elle doit demeurer absolument étrangère à toute ingérence politique ». En outre l'article 21 est ainsi conçu : " Les concessionnaires ou ceux qui, dans l'avenir, succéderont à leurs droits, pourront les transmettre à d'autres capitalislesou sociétés linanciêres; mais i7 leur est absohimmt inlcrdil de les céder mi de les hypothéquer à aucune nation ou gouvernement étranger. "

Lors même que la doctrine Monroë eût été applicable sanscontcstation, elle est souvent restée sans effet pratique. Ainsi, par exemple, en 18P5 l'Espagne fut invitée à reprenilie possession de son ancienne colonie de Saint-Domingue dans la partie orientale de l'île d'Hayti (aujoui-d'hui république Dominicaine), el les Etats-lînis ne protestèrent même pas.

Eu 1867 l'Angleterre incorpora les possessions hétérogènes du nord de l'Amérique qui avaient rompu leui"s principaux liens avec la Couronne en 1765, et les médiatixa sous le nom de Dominion nf Canada ; seule la Chambre des représentants à Washington essaya bien une pro- Icslation inspirée sans doute par l'esprit de la doctrine Monroë, mais le Sénat ne l'appuya pas, et l'Angleterre n'en tint aucun compte. Il n'est pas jusqu'à l'acquisition toute récente (1877) de l'île Saint-Barthélémy

I. Iv iiiPKsage du président Honroé fui accueilli avtT joie en Aiifflelerrô par les vibigt turtoiil, grands partisans des jeunes nalionalilés <|ni InUaienl encore rians le Nouveau Nonde pour secouer le joug de l'Espagne. Lord Droiigham ri sir James Mackininsh se flreat panica- Uèrenwnl remarquer par leur enlhousiasme. tandis que Canning, qui avail scicmmeni, par

par la France, qui ne puisse être envisagée comme une violation des principes affirmés par Monroë; cependant aucune observation n'a été faite à ce sujet par le cabinet de Washington. L'expédition du Mexique même ne donna lieu que tardivement (avril 1864) à une déclaration de la Chambre des représentants contre la reconnaissance officielle d'une monarchie quelconque érigée sur les ruines d'une république et sous les auspices de n'importe quelle puissance européenne.

Il serait puéril néanmoins de contester la complète adhésion des Yankees à la doctrine Monroë. Le ministre Cass a pu dire avec raison : « Ce grand principe ne tire pas sa force de son origine ou de son auteur, il repose sur un fondement plus certain, sur le cordial assentiment du peuple américain, et il est destiné à être le trait marquant de sa politique. »

Quelques esprits exagérés aux États-Unis vont beaucoup plus loin encore et se déclarent prêts à annexer n'importe quelle portion du Nouveau Monde, mais heureusement ce sont là des exceptions plus que contre-balancées par les dangers de dislocation déjà très apparents qui se manifestent forcément dans un pays aussi vaste que l'Union américaine. Il est heureux néanmoins que, en ce qui concerne le canal, l'application de la doctrine Monroé n'ait pas de raison d'être, ainsi que cela a été reconnu par beaucoup de bons esprits exclusivement américains, et il y a lieu de se féliciter des sages garanties données à cet effet dans mon traité de concession. En répandant la connaissance de ces stipulations parmi les habitants des États-Unis on a pu réussir à calmer un peu leur irritation. L'avenir leur prouvera encore plus que l'affaire du canal de Panama ne cache aucun mystère gouvernemental, aucun plan d'accaparement européen*.

peur de voir la France profiter de la faiblesse de TEspagne, beaucoup contribué à réclosion des principes politiques connus depuis sous le nom de doctrine Monroé, déclara, lorsque ses appréhensions furent dissipées, ne pas vouloir adhérer à la théorie mise en avant par les États- Unis fermant les territoires inoccupés d'Amérique à tout essai de colonisation future de la part des puissances européennes.

i. La non- intervention des navires de guerre français présents sur les rades de Panama et de Colon, au moment des troubles si graves de la lin de mars 1885, semble avoir produit une détente dans ce sens et démontré aux Étals-Unis que la France ne cherche pas à prendre pied militairement en Colombie. La sédition déplorable qui mit en danger et fit même péricliter de nombreux intérêts particuliers français dans l'isthme paraissait appeler naturelle-

HISTORiyHE DES NÉGOCIATIONS. S81

Dans l'inlcrvalle de temps (écoulé pendant que la commission dont il a élé parlé se rendait à Panama et à Washington, l'entourage du priisident Hayes essaya de pousser le pays à s'emparer de deux points de l'isthme colombien pour y créer des stations navales. On choisit le golfe Dulce sur le Pacillque et la baie de Chiriqui sur l'Atlantique, sous préteste que le citoyen américain Thomson avait en il y a vingt-cinq ans une concession de terrains dans ces localités. La Ternieté du gouvernement colombien fit échouer cette tentative, qui n'était guère qu'un job' basé sur des droits incomplets et un contrat devenu caduc.

Malgré, l'accueil favorable fait à Nf. de Lesseps, il iallait s'attendre A voir les délais que nous lui avions accordés se passer sans résultats. Déjà je posais des jalons pour constituer une société d'exécution avec l'aide de grands capitalistes américains de mes amis, quand l'accroissement inopiné des recettes du canal de Suez vint donner une vive impulsion aux actions de cette compagnie. Le trafic augmentant constamment, la hausse justjliée d'ailleurs qui en résulta vint enflammer l'enthousiasme de tous les financiers français et étrangers. Aussi en décembre 1880 la nouvelle émission tentée par M. de Lesseps, d'accord cette fois avec la haute banque et avec la presse, réussit-elle enfin.

Vers la même époque, M. l'ingénieur Mcnocal obtenait du Nicaragua une concession pour un canal interocéanique, qui avait besoin pour devenir réalisable d'une garantie d'intérêts des États-Unis, et M. le capitaine Eads, reprenant l'idée de M. l'ingénieur Sedillot d'un grand chemin de fer pour le transport des navires d'une mei- à l'autre, obtenait aussi une concession du Mexique pour l'essai de son bizarre projet à travers l'isthme de Tehuantepec. Malgré l'habileté bien connue du capitaine lîads, pour faire manœuvrer à sa guise les politiciens et les faiseurs qui encombrent le Congrès de Washington, il ne put obtenir, pas plus que M. Menocal, la garantie d'intérêts des États-Unis qu'ils sollicitaient tons deu.<£ comme complément indispensable des contrats accordés par le Mexique et le Nicaragua.

ment sur eui une protection irmée au moins provisoirn, mais l'aniiral aini^ricain fut Ik muI i Taire ili>bari|iii!r ses marins ri sfs soliints pour assurer, eonformémeot aux traita», la lilwrli! du Iransit et sauvr^ardrr qutlqtirs propriétés américain(>!i. ,

i. Spi-culalioii ni'riusr.

L'élonnement du cabinet américain fut grand lorsqu'on apprit le succès de la souscription pour le canal de Panama et l'inauguration des travaux préliminaires dans l'isthme sous la direction de M. Reclus, aussi le ministre d'État Evarts chercha-t-il à apaiser l'excitation de l'opinion publique. Forcé d'abandonner l'affaire des stations de Chiriqui, qui ne reposait que sur des contrats déjà périmés et qui en tous cas seraient devenus caducs ipso facto par l'immixtion du gouvernement, il chercha à conclure une convention avec le ministre colombien à Washington, le général Santo Domingo Vila', pour expliquer certains points du traité de 1846. M. Evarts proposa tout d'abord un projet de protocole des plus étranges. Par l'article l*' les deux gouvernements auraient convenu : « Que toutes les concevions et privilèges octroyés ou à octroyer par les États-Unis de Colombie dans le but d'assurer la construction d'un canal interocéanique à travers l'isthme de Panama soient et seront sujets aux droits acquis par les États-Unis d'Amérique en vertu de la garantie donnée par eux en l'article 35 du traité du 12 décembre 1846, garantie qu'il sera peut-être nécessaire de rendre effective en accomplissement des obligations auxquelles ce traité soumet les États-Unis d'Amérique ; et qu'aucune concession ou modification d'une telle concession ne peut ni pourra se faire sans leur consentement. Et, conformément à cette disposition, toute concession semblable j octroyée ou à octroyer, recevra l'approbation desdils États-Unis d'Amérique avant que V oeuvre autorisée par une telle concession soit entreprise ou commencée. »

Par l'article 2 M. Evarts demandait les mêmes privilèges pour les deux gouvernements ainsi que le renoncement par la Colombie, lorsque le canal deviendrait sa propriété, à tout péage excédant le strict nécessaire.

L'article 3 permettait aux États-Unis d'établir et d'occuper toutes les fortifications jugées utiles à l'entrée du canal.

Ainsi qu'il appert de l'article l"' ci-dessus, le gouvernement américain se résolvait enfin à rendre patente sa prétention de reviser la concession que la Colombie m'avait faite. Je me trouvais alors fort

\. Nommé ensuite ministre à Paris, puis commandant en chef de l'armée de TAllantique pendant la récente révolution et devenu aujourd'hui président de l'État de Panama.

IIISTORiQUE DES NÉGOCIATIONS. 283

heureusemenl à New-York, et dans les entrevues que j'eus rivec le général Santo Domingo Vila nous nous rendîmes comple combien cette prétention exorhiliirilc était atlciitii luire aux droits de souveraineté de la nation qu'il représentait. Aussi adressa-l-il le 10 février 1881 la note inédite suivante au ministre d'État Evarts à Washington :

« Le ministre de Colombie soussigné a lu et étudié avec tout l'inlérct que l'affaire comporte les bases que Votre Excellence lui a remises hier pour la discussion du projet d'amplification du traité de 1846 actuellement en vigueur entre la Colombie et les Élats-linis d'Amérique, bases proposées après que V. E. avait pris connaissance du projet conlidentiel que le soussigné a remis entre les mains de V. E. avant son récent départ pour New-York'.

« Comme la franchise et la loyauté dans les relations extérieures sont les guides invariables du gouvernement que représente le soussigné, il considère de son devoir de suivre ce même chemin et. par suite, il émet ses opinions sans réserve d'aucun genre.

« Quand le ministre soussigné se permit de présenter à V. E-, conlidentiellcment et en forme de projet de traité, les idées du gouvernement de Colombie pour l'amplification de celui de 1846 déjà cilé, il se référa uniquement, ainsi que le contenu dudit projet le démontre, à la manière par laquelle les États-lluis d'Amérique devaient contribuer, en leur qualité d'alliés de la Colombie, à l'accomplissement des engagements contractés par ledit traité; car le soussigné n'imagina même pas que le sage gouvernement américain tenterait de discuter sur le droit qu'a la Colombie, comme nation indépendante et souveraine, de passer une convention de h nature de celle conclue avec M. Lucien N. B. Wyse pour l'excavation d'un canal interocéanique à travers le territoire qui lui appartient.

« Bien que les considérants du projet présenté par V. E. s'appuient précisément sur les engagements contractés par le gouvernement des Élats-l'nis d'Amérique dans l'article 35 du traité de 1846 déjà mentionné, engageme)tU ayant pour objet de garantir la touveraineté de la

!. Li^ général Siiiilo Diimingo Vîla, s'iiispiraiil clii projet de (iroloc oie et des notrs 1ai»»*csaui uYi)ivi-s df In li'fïJilinii de Colomliir * Wasliingloii par son pré<l(k;i'ssi'iir le dwtcur Justo *ro. smirii», nvail rnrniiili- uni' eicdknlc ihli>i'p]'éla(io(i l'orniili^mi-iilairc ih- l'ortide 35 du Irailé

Colombie sur Nsthme de Panama^ Tarticle 1" du projet formulé par V. E. blesse directement^ d'après le soussigné, cette même souveraineté qu'il s'agit de garantir^ quand on propose à la Colombie de consentir à ce que pour octroyer une permission semblable à celle concédée à M. Lucien N. B. Wyse il lui faille le consentement et l'approbation d'une puissance étrangère. Et plus encore si, comme dans le cas présent, cette proposition se rapporte à un privilège déjà concédé au sujet duquel toutes les formalités ont été observées et ayant passé par toute la filière qu'exigent les institutions et les lois spéciales de la Colombie, après quoi la foi de la nation est restée solennellement engagée.

« Déjà le ministre soussigné a eu l'occasion de manifester à V. E. que le gouvernement colombien adhère sans réserve à la lettre précise et à l'esprit de la doctrine Monroé; mais // ne trouve pas que dans le cas présentj elle puisse être appliquée sans s'éloigner de l'idée fraternelle qui constitue l'essence même de cette doctrine.

« Si donc V. E. considérait comme indispensable l'idée consacrée par l'article 1*' de son projet pour commencer à discuter l'amplification du traité de 1846, le ministre colombien soussigné se verrait dans la pénible obligation d'annoncer à Y. E. que, sans nouvelles instructions de son gouvernement, il ne pourrait en aucune façon accepter cette idée même comme simple base de discussion.

« Général Santo Domingo Vila. »

La précision énergique de cette belle réponse amena M. Evarts à une plus juste appréciation de la situation, et, après différents pourparlers, il envoya le 15 février à New-York, avec de pleins pouvoirs, l'habile diplomate W. Trescott courir après le général Santo Domingo Yila, qui allait s'embarquer le 18 pour aller à Bogota prendre possession de son siège au Sénat.

Ces deux négociateurs signèrent enfin le 17 février au soir un protocole dont voici les dispositions : L'article l*"' reconnaît que par l'article 55 du traité de 1846, en vigueur entre la Colombie et les États- Unis d'Amérique, toute communication interocéanique à travers l'isthme de Panama sera aussi libre pour le gouvernement et les citoyens des Etals-Unis que pour le gouvernement et les citoyens de la Colombie,

à IVxCL'iJlion toutefois du cas de guerre entre les deux nations. Par l'article 2, on déflare que l'accord des deux nations est nécessaire pour ériger des ouvrnges de délense transitoires ou permanents ainsi que pour désigner les localités appropriées pour servir de stations navales, de dépôts de charbons et de chantiers. Ces questions feroiil l'objet de conventions ultérieures, mais il est déjà expressément convenu qu'aucune force militaiie n'appartenant pas aux armées colombiennes ne pourra stationner sur le territoire de l'istlime laiil que ne se présentera pas le péril prévu par r;irlicli' 3ii du ti'aité de 1846.

L'article 3 accepte le concours du gouvernement américain pour la lixation des tarifs uniquement dans le cas où la Colombie serait ellemême en droit d'intervenir dans les règlements édictés ou à édirter parla compagnie en possession du privilège'.

L'article A dit : « Considérant que les États-Unis de Colombie et les États-Unis d'Amérique sont les seules nations qui jusqu'à prêtent se soient engagées par traité à garantir la neutralité du transit par l'isthme de Panama, et que les États-Unis d'Amérique se sont en sus engagés, par traité, à gai'anlir la souveraineté des États-Unis de Colombie sur le territoire dudit isthme de Panama, le canal, en principe, ne sera pas considéré comme libre, en paix ou en guerre, pour la marine de guerre et les transports militaires qui n'appartiendront pas aux États-Unis de Colombie ou aux États-Unis d'Amérique. Cependant les deux hautes parties contractantes s'accordent à déclarer que ledit canal sera libre pour le pacifiiine usage de la marine de guerre de toutes les nations qui se soumettront aux règlements que les parties contractantes pourront édicterd'un commun accord. »

Cette partie du protocole laissait aux autres puissances maritimes la possibilité de concourir aussi à garantir par traité la neutralité de la voie interocéanique et ta souveraineté de la Colombie sur le territoire

1. Par ccltr conili'sr'.'nduacc purcTnciit tlii^oi'ii)iii', puisquo li ruiict^sioii q\w j'ai abli'nup ^rl« d'ores et di^Jà, pI {ifndaDt loulr sa diinlr, riiiltrvftiliun du finuu'rnniu-nl cnlomlticn daus la llialion des tarirs, le gi-Dëral Hianto Domingo Viin arrachait iniplicitrtncnt la rccoanaUsmcti de oolre Coiniiagnie au gouveri)emenl armoricain. Le succès couronne toiûonri les cfturts persistants. H. TrescuU, malgré son liabilelé bien connue, ne pouvait lutter avec dn tiommM dont !<- canal tnlrroi-i'aniciiic t^lail la conslunti' préoccupation iiilellectuelle.

qu'elle traverse. Elle excitait même les puissances à accélérer la conclusion de ces traités au moyen des prérogatives accordées aux États- Unis comme la seule nation qui, jmqu'à présent, avait offert à la Colombie la garantie précitée, fondement des prérogatives concédées. Cet article visait donc à assurer à la Colombie une garantie colleclîve de la part de toutes les puissances maritimes comme la seule qui pût satisfaire les besoins du commerce universel et éviter les conflits qu'une garantie isolée maintiendrait suspendus comme une autre épée de Damoclès, non seulement sur la souveraineté de la Colombie, mais aussi sur tout le monde commercial.

Le départ du général Santo Domingo Vila eut lieu quelques heures après la signature de ce protocole, et pendant les deux jours que je

passai encore à New-York avant de me rendre à Panama je fus assailli par une nuée de reporters encore plus nombreux que d'habitude. On venait m'interroger toute la journée et même plusieurs fois par nuit sur le contenu du protocole et sur l'impression que j'en ressentais. Une indiscrétion commise à Washington avait fait connaître l'issue de cette négociation avant le moment choisi par M. Evarts pour la révéler au Congrès et apaiser ainsi les ultra-américanistes. Aussi n'hésitai-je pas à manifester mon contentement de voir réglé, d'une façon honorable pour les deux nations, le différend qui pendait depuis longtemps. Le Sénat colombien cependant, par excès de fierté, ne fut pas du même avis et ne ratifia pas le protocole du 17 février, malgré les efforts du général Santo Domingo Vila, qui demandait avec raison si le désistement des États-Unis de leur prétention de reviser le contrat Salgar-Wyse* ne valait pas la concession hypothétique qu'il leur avait faite pour le cas où mon privilège serait devenu caduc et où la Colombie aurait récupéré les droits limités par le contrat existant.

Cependant le président Garfield avait succédé à M. Hayes et M. Evarts avait été remplacé par M. Blaine au ministère d'État. Ce dernier envoya des instructions le 24 juin 1881 à M. Lovvell, le représentant des États- Unis à Londres, au sujet des objections à faire aux propositions encore

\ . CN'st le nom donne habituellement à la concession que j'ai obtenue d'après les signatures qui se trouvent au bas du document, la mienne et celle du ministre avec lequel j'ai débattu les clauses du privilège.

vagues de garantie collective de la neutralité du canal projeté à travers l'isthme de Panama par les puissances européennes. Bien que repoussant formellement toute ingérence et action commune des puissances et en cherchant à amener l'Angleterre à l'abrogation partielle du traité de 1850, M. Blaine y déclare : « Que le Président doit à sa franchise [d'être encore plus explicite au sujet du canal et qu'il veut exposer les vues du gouvernement des États-Unis avec quelques détails, afin qu'il ne subsiste aucune incertitude sur l'intégrité de nos intentions ou la netteté de nos vues. Les Élals-Unis ri ont ni le désir ni l'intention d'intervenir dans aucune entreprùe commerciale dans laquelle les citoyens ou les sujets d'une puissance étrangère jugent convenable de s'engager sous un privilège légal.

« Le fait que les actions et les privilèges du canal de Panama ou du chemin de fer de Panama se trouvent entre les mains de capitalistes européens, soit en totalité, soit en partie, n'est pas plus un sujel de plainte de la part des États-Unis que la circonstance que les actions de beaucoup de grandes lignes de chemin de fer sont entre les mains d'étrangers. Une telle possession, avec les droits y afférents, est, aux États-Unis, amplement garantie par les lois du pays et, dans l'isthme, doublement assurée par les lois locales de Colombie et par la garantie des États-Unis.

« Les États-Unis ne cherchent pas non plus, en temps de paix, à avoir aucun privilège exclusif pour les navires américains, en ce qui touche la priorité du passage ou les droits de transit à travers le canal interocéanique, pas plus qu'ils n'ont cherché de semblables privilèges pour des marchandises américaines transitant sur le chemin de fer de Panama, qui est sous le contrôle exclusif d'une compagnie américaine.

« L'étendue des privilèges des citoyens et des navires américains réglée par le traité de 1846, est égale à celle des citoyens et des navires colombiens » ; et il ajoutait que « notre plus vif désir serait de voir le commerce pacifique du monde traité de la même manière juste, libérale et rationnelle. »

Lord Granville répondit seulement le 10 novembre, en prenant pour prétexte de son retard l'attentat du 2 juillet, terminé tragiquement le 19 septembre par la mort du président Garfield et en se bornant à

rappeler que la position de la Grande-Bretagne et des États-Unis relativement au canal projeté se trouvait déterminée par le traité Clayton- Bulwer. Lord Granville ajoutait que le gouvernement de la reine comptait d'une façon absolue sur l'observation de tous les engagements de ce traité.

Le 19 novembre, M. Blaine, qui n'avait pas encore été remercié par le nouveau président M. Arthur et semblait chercher à pousser son pays dans quelques complications extérieures avec le Chili, ainsi que cela a été révélé plus tard, ou qui désirait tout au moins préparer son élection présidentielle en se créant une popularité malsaine par un ton arrogant vis-à-vis de l'Europe et un américanisme outré, fit communiquer à lord Granville une diatribe contre le traité Clayton-Bulwer en le qualifiant de brandon de discorde. Il demanda l'annulation de tous les articles interdisant aux États-Unis de fortifier le canal et d'en prendre le contrôle politique d'accord avec la Colombie, sous prétexte que la puissance navale anglaise était bien plus considérable que celle des États-Unis. L'égalité dans laquelle on devait se trouver par suite du traité se trouvait rompue, et il concluait en affirmant qu'il n'avait du reste aucune intention hostile envers les républiques hispano-américaines et en déclarant qu'il consentait à laisser une convention des grandes puissances intéressées délimiter la distance des deux extrémités du canal, à laquelle, en temps de guerre, des prises pourraient être valablement faites par des belligérants.

Le 29 novembre, M. Blaine revint à la charge et fit insister auprès de lord Granville sur l'appréciation défavorable qu'avait donnée le président Buchanan et le général Cass, ministre d'Étal en 1857, lorsqu'on vit que le traité Clayton-Bulwer ne parvenait pas à régler les différends qui s'étaient élevés à propos de l'occupation par les Anglais de quelques points de la côte des Mosquitos (Amérique centrale). M. Blaine, refaisant à sa manière l'histoire des négociations entamées jadis, rappelait la mission de sir William Ouseley, le refus de soumettre la question d'interprétation du traité à l'arbitrage d'une puissance européenne, la proposition d'abrogation contenue dans le message du Président Buchanan, qui ne fut décliné en principe ni par lord Clarendon ni par son successeur au Foreigti^Office lord Malmesbury, le refus du

IIISTORI(,lUF, liKS NfiGOt^lATfUNS.

gi5nûral Cass de consentir alors à celte abrofialion pour ne pas laisser l(!s mains trop libres à sirWilliani Ouseley dans l'Aïuéiiqne centrale, et enfin il maniresia dans une forme inusitée le désir d'eu arriver tout au moins à une niodificalion du traité Clajton-Buhver dont le texte lui semblait obscur et vexatoire pour les deux parties.

Lord Granville eut beau jeu, avec sa vieille expérience diploniatitiue liabiluée aux usages reçns et ans tiiurnurcs des chancelleries, pour répondi'e le 7 janvier 1S82 ans principes nouveaux cl insolites de droit public mis en avant par M. Blaine. Il repoussa assez dédaigneuseiiiciit toute idée de discussion du traité de 1850 et il établit à nouveau le droit des autres puissances maritimes à participer aux règlements L-oni|)léTnei]lairi's d'intérêt général qui poni'raicnl être édictés en faveur d'une lenvre émineniment ÎLiternationale.

l,ord Granville rappela an cabinet de Wasbinglon que la grande étendue d'un pays ne donne pas le dr()it à son ginivernement d'occuper au moyen de fortiiications un territoire en dehoi-s de ses frontières, bjrs même qu'il s'agit d'une puissance voisine et située sur le même ciinlinent. et il suggéra aus États-Unis de reprendre la proposition faite en IS77, par lesecrélaired'fitatKisb au ministre de Nicaragua Cardcnas, de convoquer à leur convenance les diverses puissances maritimes, alin de s'entendre à ce sujet, pourvu, bien entemlu, (pie le traité Claytonliuhver servit toujours de base à la susdite entente complémentaire, car, si le gouverncmentde S. M. llritannique était très désireux de voir toutes les nations jouir paisiblement du canal, il ne pouvait admettre qu'une seule d'entre elles chercbdt à acquérir sur ledit passage un contrôle prédominant.

Lord Granville répondit en outre point par point, le li janvier 1882. à la seconde note de M. Blaine, en rétorquant ses éliicubrations au niojen des documents mêmes cités par M. Blaine, mais que celui-ci uvaii tronqués pour les besoins de sa cause avec une mauvaise foi évidente. Kn résumant son argumentation, lord Granville établit :

• 1° Que les différends qui s'étaient élevés entre les deux gouvememenls relativement au traité et qui occasionnèrent, i^ une certaine époque, une irritation considérable. Iieureusemeiit depuis Ionglem)>â disparue, ne ciinreinéreiil jamais les |triiicipes généraux ;'i observer

CMUL DE rtKAM4. 19

relativement aux voies de communication à travers l'isthme, mais eurent leur origine dans une stipulation que M. Blaine propose encore de maintenir. En effet, ce dernier voudrait voir rester en pleine vigueur chaque article du traité dans lequel la Grande-Bretagne et les États- Unis conviennent de ne faire aucune acquisition de territoire dans l'Amérique centrale, pendant qu'il désire effacer les parties du même traité qui interdisent aux États-Unis de fortifier le canal et d'en détenir le contrôle politique conjointement avec le pays dans lequel il est situé ;

« 2° Que les déclarations du gouvernement des État-Unis durant la controverse furent distinctement en désaccord avec toute proposition du genre de celle indiquée par M. Blaine. Les États-Unis rejetaient toute idée d'obtenir sur le canal un contrôle exclusif ou une préférence quelconque. Leur seul objectif était que la Grande-Bretagne se considérât comme obligée par le traité à abandonner ses positions sur la terre ferme ou les îles adjacentes qui, dans leur opinion, étaient calculées en vue de lui donner les moyens d'un tel contrôle. Les États- Unis ne cherchaient pas non plus à limiter l'application des principes établis dans le traité de façon à en exclure le territoire de la Colombie ou du Mexique ainsi que le suggère maintenant M. Blaine, et ils n'alléguaient nullement l'incompatibilité de cette application à la convention de 1846 entre les États-Unis et la Nouvelle-Grenade. Au contraire, ils étaient prêts à donner à ces principes leur pleine extension;

« 5° Qu'à l'époque où le gouvernement britannique avait été induit par la longue durée de la controverse à examiner la possibilité de l'abrogation du traité, il consentit seulement à ce faire, à la condition de revenir au statu quo ante sa conclusion en 1850. Cette solution possible alors, bien que, ainsi que le gouvernement des États-Unis le fit justement remarquer, pleine de danger pour les bonnes relations entre les deux pays, était maintenant rendue impossible par les événements subséquents;

« 4° Qu'une meilleure et plus conciliante conclusion, qui pour vingt ans est restée indiscutée, fut obtenue par l'action volontaire et indépendante (le la Grande-Bretagne. En effet les points en discussion furent pratiquement concédés par elle, et la controverse se termina

inSTORIQïiE DES NECOClATlUMS. 2»1

il'tine niiiiiièrc qui fut dtclan'-e honorable et amicale par le présidoiit Uuchanan et aboutit à un arrangemeut final, entièrement satisfaisant pour le gouvernement des Etals-Unis. »

Cette réponse de lord ilranville fut jugée par les Américains euxmêmes comme écrasante pour M. Blaine. (Cependant le nouveau secrétaire d'État, M. Frelinghuysen, choisi par le président Arthur, euvor.i le 8 mai 1S82 une longue note à M. Lowell, ministre des États-Unis il Londres, pour être communiquée au cabinet de Saint-James. Celle note repoussait la suggestion faite par lord Granville an cabinet de Washington pour que celui-ci prenne l'initiative d'une convocation des puissances maritimcs.'jafin de s'entendre au sujet d'un priileclornt commun du canal interocéanique basé sur le traité Clajion-lîiihver.

m. l'relinghujsen, revenant avec une modération relative sur l'esprit de la doctrine Monroë' et sur l'application du traité de 1850. selon lui, spéciale à l'entreprise du canal par le Nicaragua, alors projetée sous les auspices d'une compagnie américaine, considérait les États-Unis comme suffisamment dégagés de l'obligation d'accoiiler leur protection, conjoinlement avec la Grande-Brelagnc, ii l'entreprise en cours d'exécution, et réservait exclusivement leur patronage pour telle communication interocéanique dans laquelle leurs citoyens pourraient s'intéresser à l'avenir. Le secrétaire d'État constata avec soin que, malgré les commotions diverses qui ont agité le monde depuis trente ans, l'isthme de Panama a joui d'une grande tranquillité sous la seule garantie accordée suivant le traité de 1846 par les États-Unis à la Nouvelle-Grenade. Il refusait donc de faire aux puissances l'invitalion suggérée par lord Granville et déclarait que les Êtals-linis verraient avec déplaisir tout essai d'action politique concerlée dans ce sens par une autre puissance. t)'ordre du Président, M. Frelinghuysen convenait que les stipulations relatives aux engagements réciproques pour l'élablissement d'un port libre à chaque cxirémilé du fiilur canal reslaioni ou pleini^ vigULMir. e1 il manitestait !e désir de

1. La mile nie ifiti' In ilocirine Miinrnè soil aussi inhos|iilnli6re qu'on \e tlil ipiriiiuefois en asuiiriint que les nalions curo|M^ennrs ne doivenl pas garder de possessions dans le Nouresu Kondc ri qu'un gouvorncment rt'|iublkain seul jwut y Alro loléré. Los Etats-Unis furent, d*iprè«l^secri-lajn.> d'Ëtal, lei pretriiers :*i ivcouiuiilrc, dans le passif, l'a ni oriti^ inij>ériale de non Pedro au Br^tid cl d'IIiirliiiti' an yU-\i.fnt:

définir par un arrangement la distance de chaque extrémité de canal où les captures pourraient être faites en temps de guerre par un belligérant, faisant ainsi revivre l'article 2 du traité Clayton-Bulwer. « Il y avait lieu d'espérer d'ailleurs que longtemps avant que le sujet acquière une importance pratique, toute divergence dans les vues des deux gouvernements aurait disparu, et que la Grande-Bretagne s'apercevrait que ses intérêts en cette matière sont identiques à ceux des États- Unis et ne peuvent être servis que par une politique conciliante et pacifique. »

Le 21 juillet 1882, le comité des affaires étrangères de la Chambre des représentants de Washington, gagné par quelques personnalités influentes intéressées, émit par l'organe de son rapporteur, M. Kasson, un avis favorable à l'incorporation de la Société pour le canal maritime du Nicaragua. Moyennant la garantie de trois pour cent sur 75 millions de dollars, le gouvernement des États-Unis aurait eu le contrôle de la ligne, et, contrairement aux traités, le droit exclusif d'y faire transiter en franchise ses navires, troupes et munitions de guerre ainsi que le privilège d'occuper, d'exploiter le canal et d'en prendre possession en cas de besoin national, moyennant le payement aux actionnaires de cinq pour cent sur le capital engagé. Le Comité ajouta que les circonstances financières et autres étaient éminemment favorables pour la construction d'un canal interocéanique sous les auspices américaines, et il fit remarquer au Congrès que si celui-ci ne lui accordait pas son appui, c'était se désintéresser à tout jamais des entreprises rivales que pouvaient patronner d'autres puissances. La minorité du Comité protesta néanmoins contre toute approbation de la proposition par le Congrès jusqu'à complet arrangement des difficultés diplomatiques pendantes, résultant de traités non abrogés, et contre toute substitution des finances fédérales à une œuvre particulière ; la Chambre se rangea sans hésiter à l'avis de la minorité en repoussant le bill d'incorporation.

Le 50 décembre 1882, lord Granville chargea M. West, ministre de S. M. Britannique à Washington, de remettre copie au secrétaire d'Étal, M. Frelinghuysen, de sa réponse à la note du 8 mai de ce dernier au sujet de raiTaiigenieiil relatif au Irailé Clayton-Bulwer. Lord

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firaiiville ailiiit'ltait bien que les sepi premiers articles se nipportuieiil à pe qu'on appelait alors le canal de Nicaragua, mais il LHablissaït l'esislence d'une incertitude au sujet de la route et il afiirniail à nonveau que l'article S constituait une véritable convention, l'oronnaissant que toutes les stipulations antérieures ayant trait au canal maritime particulier (par la voie de Nicaragua) alors en projet, devraient être appliquées à tout autre canal qui serait percé plus tard. 11 citait des traités passés entre les États-Unis et quelques-uns des États de l'Amérique centrale, depuis le traité Claylon-Bulwer en harmonie avec le « principe général » y sti|iulé et interdisant, par suite, aux l^tats-l'nis, de nier la siguilicatioii et l'effet de l'article S, tel que le comprenait le gouvernement britannique. Lord Cranville fit en outre remarque)' que la cause d'abrogation basée sur les empiétements au Centre-Amérique, interdits par le traité et rei>rocbés l'i l'Angleterre, n'avaient pas de valeur, car le Honduras britannique (Belize) était déjà alors une ])osscssion ou colonie anglaise, par conquête sur l'Espagne à la suite d'une résistance Iieureuse de la pari des colons suivie d'abandon. La plupart des conquêtes britanniques faites sur l'Espagne lui furent rendues, sauf les établissements du Honduras et des îles Falkland, qui continuèrent à exister sur le même pied que toutes les autres possessions de la Couronne. Enfin lord Granville refusa positivement de répondre à la partie de la note américaine relative à la doctrine Monroë.

M. Frelinghuysen adressa le 5 mai i885 de nouvelles instructions au représentant du cabinet de Washington à Londres pour likber de réfuter les arguments de la note précédente. I^ secrétaire d'f^tat américain s'évertua à prouver qu'aucune des voies de communication interocéaniques n'ayant été ouvertes « alors » (1850). l'objet de la convention Claylon-Bulwer n'existait plus. Ascsyeux.le " principe général "del'article 8, devant étreétabli par de nouvelles clauses non discutées, « n'est donc simplement qu'une déclaration de l'intenlion qu'avaient, il y a plus de trente ans, deux nations, d'entreprendre, à une époque future, la négociation d'un traité sur un objet partieuUei'. Pour y arriver, il faut que de nouveaux traités soient passés par les États-Unis et l'Angleterre entre eux et avec chacun des États du Centre-Amérique, où un canal

peut être percé, traités définissant en détail les stipulations nécessaires à l'exécution des principes généraux.

ce Pour arriver à la signification que lord Granville cherche à donner à l'article 8, il faut ne pas tenir comple de ses termes très clairs, et il faut oublier que cet article s'applique aussi bien au chemin de fer de Panama qu'à tout autre moyen de transit à travers l'isthme, et qu'en acceptant, depuis de nombreuses années, le protectorat unique des États-Unis sur ce chemin de fer, la Grande-Bretagne a, de fait, admis le bien fondé de la position que prétend garder le Président aujourd'hui. »

M. Frelinghuysen s'étend longuement en outre sur les infractions au traité reprochées à l'Angleterre sur le sol du Honduras, en faisant remarquer que les déclarations du plénipotentiaire anglais y relatives ajoutées après la conclusion du traité Clayton-Buhver n'avaient jamais été acceptées par le Président; comme la date de la conquête de Belize n'est pas indiquée dans la note du cabinet de Saint-James, il suppose que l'incident auquel elle fait allusion se rapporte à ce qu'un vaisseau de la marine royale et les colons ont repoussé en 1798 une tentative de l'Espagne pour prendre possession du Honduras. Comme les colons britanniques occupaient ce territoire d'après les concessions faites par l'Espagne, le fait d'une résistance heureuse d'un tenancier contre une tentative de le déposséder par la force, ne lui paraît pas changer son droit, même à la suite d'abandon, en un droit de possession légitime et régulier*.

1 . S'il était permis de plaisanter en pareille matière, on pourrait citer, à l'appui de cette dernière partie du raisonnement de M. Frelinghuysen, le petit poème humoristique suivant, dans lequel un barde britannique, fort au courant de la façon dont son pays acquiert des « droits nationaux » sur des territoires étrangers, fait un tableau aussi heureux que sarcaslique des procédés mis en œuvre souvent par la a foi publique » de TAngleterre :

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