‹ Le canal de Panama: explorations, comparaison des tracés étudiés, négociations, état des travauxChapitre 43 sur 74 · I. Vovr/p. -JSI · texte numérisé non relu

I. Vovr/p. -JSI

M* LE CANAL DK l'ANAMA.

plus délicate. M. Reclus partit en janvier I8SI, avant même la dêclaration de constitution définitive de la Conipapiiie, avec un nombnniv personnel pour procéder aux déboisements, aux études finales et jiuï inslallalinns préliminaires. La position de l'Agent supérieur n'était pas suffisamment bien définie vis-à-vis de l'espèce de régie des travaux acceptée à titre d'essai par MM. Convreus et Hersent, les entrepreneurs bien connus. Cependant, grâce à sa connaissance parfaite du problème à résoudre, à ses aptitudes intelletluclles si multiples, et malgré le mauvais vouloir caché de l'administration centrale, M.lteclussut mener à bien sa tâclie spéciale avec sa science et son énergie accoutumées. C'est à lui i^u'on doit la création du nouveau terre-plein' à l'enlrée noi"d du canal, ainsi que celle de l'hApiLil central élevé à (lanc de coteau sur le cerro de Ancon , prés de Panama, les deux œuvres qui, en dépit de leur prix élevé, font incontestablement le plus d'honneur à la Compagnie. Ayant donné sa démission en juin ISS'i, M. llerUls fut remplacé d'abord par M. Verbrugghc, qui lit preuve de beaucoup d'habileté pendant son înlérim, puis ensuite par M. Richier, ca[iilaine de vaisseau, sous l'administration duquel commencèrent les premières entreprises pour le creuscmcnl du canal proprement dil. Par suite d'une dose, peut-être exagérée, d'insouciance sceptique et nonobstant l'extrême finesse de son esprit si observateur, le commandant Richier laissa diminuer sa situation au profit du service des travaux. Au milieu de 1885, M.Dingler, ingénieur en chef des ponis et chaussées, fut nommé Directeur, et il réussit au bout de quelques mois, en gardant M.Dcmarteau comme adjoint, à faire supprimer l'Agence supérieure. Le cou- IriJle déjà trop négligé devint tout à fait insuffisant, el aujourd'hui, après plus de quatre ans et demi que l'affaire est commencée, il y a lieu de chercher une autre combinaison pour assurer la bonne marche des travaux, sous peine de voir péricliter celle œuvre gigantesque. Kn elfet, la nomination de M. l'ingénieur Ilutin comme sous-<lirectcur d'abord, puis connue ingénieur en chef, n'est pas suffisante, malgré

1, Bien que l'on ait diiTché â nrcaparer li' m^rili; de ceUe idéo, l'ouvrage l'ji qtirstjon «i mile pour l'inslallalion des dilTêrents sei-vices de la Compagnie et |>our la prali^clion du port $tir rAtlantiqiie ?$t réclleniRnl dû à mon dbtiniçiié colli^gue pI eicellcnL collaborateur. Aussi. est-ce seulement faire acte de justice que de l'appeler Terre-plein Iteclus.

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Voici, du reste (octobre 1885), où en sont actuclhmieiit les choses : Un a enlevé de Ki k 17 millions de mètres cubes, malheureusemciil il n'y en a guère que 12 dans le canal proprement dit, car il faut compter environ 5 millions de mètres cubes de terrassements elTeclués pour la préparation de campements princiei's, l'installation d'écuries immenses sans but pratique el d'un luxe très exagéré, la création d'ambulances tout le long de la ligne, celle de coûteux hôpitaux aux deux extrémités, ainsi que pour l'établissement de fermes mineuses et de jardins entretenus à grands frais attenant aux maisons de ville el de campagne du directeur ou de son état-major. L'ouverture de routes, dont trois au moins (celle de Panama à CorrozaI et celles autour du Ganiboa) ne servant iju'à faciliter les promenades û cheval ou en équipage d'employés souvent oisifs, el enfin les mouvements de terrain exigés par le tracé des embranchements du chemin de fer de la Boca, du terre-plein de Colon, etc., sont également compris dans le chiffre à défalquer du cube utile total.

L'ne série d'entrepreneurs de différentes nationalités ont soumissionné les travaux d'împortjince très variable à effeoluer sur la plus grande partie du parcours du canal.

I^s dragages du versant de l'Atlantique, juscju'â concurrence de 'iO millions de mètres cubes, ont été adjugés à 1 fr. 50 c. seulement le mètre à une société des l\lats-lh)is, ce qui abaisse noiablemeni le prix moyen cube du restant. U est à regretter toutefois que le contrat, mal rédigé, ait rendu par trop onéreux les chômages inévitables. Ile vastes chantiers ont été établis aux buttes roclieusos de Monkey-llill et du Mindi pour déi'aser le terrain que doivent excaver de petites dragues à déversoir de 60 chevaux et surtout les grandes dragues américaines de MM. Iluerne et Slaven. On a installé aussi, el à un prix très modique (moins de 7 fr. le mètre cube, y compris les frais d'épuisement), des chantiers à sec pour l'enlèvement sous l'eau de petits massifs rocheux qu'on a isolés au moyen de batardeaux insubmci^ fiihles. En revanche, dans les contrats passés pour la préparation et l'eiéculion accessoire des dérivations praticables, ainsi que dans celui

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accordé à MM. Artigue et Sondei'egger pour le lot compris entre Bohio- Soldado et Buenavista, les intérêts de la Compagnie ne paraissent pas avoir été bien sauvegardés. A Tabernilla et à San Pablo, les entrepreneurs doivent descendre jusqu'à la cote — 9; ils ont déjà enlevé les roches isolées et la partie supérieure des contreforts de la dernière localité pour préparer le travail d'excavateurs alimentant des transporteurs. Les entreprises Percepied et Thirion ont commencé leurs attaques sur plusieurs points à la fois, des deux côtés de Gorgona. M. Bona, au chantier de Bas-Matachin, a fait d'intéressantes expériences avec des mines de grande dimension ; il a désagrégé d'un seul coup environ 35 000 mètres cubes de roches par la conflagration simultanée de 4000 kilogrammes d'explosifs variés. M. Muracciole a fait sauter un peu trop au hasard une bonne partie du cerro de la Corrosita, près de Bas-Obispo; il a réussi, fort heureusement pour lui, à se débarrasser à bon compte d'une portion de ses autres déblais en les faisant entraîner dans le rio Obispo par une conduite d'eau prise dans un réservoir formé par la construction d'un petit barrage rudimentaire à las Cascadas, à toucher la grande chute de cette rivière. Pendant la saison sèche, les terres entraînées défigurent un peu le paysage autrefois si pittoresque, remplissent les cavités naturelles, colmatent les interstices existant entre les blocs de rochers et menacent de combler tout le lit de TObispo, mais la moindre petite crue de la saison des pluies suffit pour les charrier à l'Atlantique en compagnie des déblais jetés dans le Chagres par plusieurs entrepreneurs qui y ont installé leurs décharges. Quand on atteindra des cotes plus basses, cela deviendra moins facile et les travaux exécutés en aval forceront sans aucun doute à changer le procédé si commode dont on se sert.

Les chantiers de beaucoup les mieux organisés sont ceux de l'entreprise dirigée par MM. Jacquemin, Montvenoux et Éberhard, à Emperador. Ces chantiers, qui s'étendent sur 5 kilomètres depuis les petites chutes de TObispo jusqu'à la Gulebra, font le plus grand honneur à l'intelligence expérimentée de M. l'ingénieur Jacquemin, qui s'est particulièrement occui)é de leur installation et qui a présenté un plan d'ensemble excellent pour la bonne utilisation technique et écono-

COMPTE HENDU llH I.KTAT DES TRAVAI \. SU

mique des forces à employer et des méthodes à suivre loiil le long de In grande plaine d'Emperndor et dfîs cerros Lapîta, de Lirio, etc. On ne saurait en dire autant des chanliei-s de la Culebra entre les mains, depuis le commencement de 1885. d'entrepreneurs anglo-hollandais. I* dc'soiYlre qui a toujours régné dans cette importante section n'est pas encore réparé, et le cube mensuel extrait dans cette partie si élevée du massif central (la largeur extrême entre les deux emprises du sommet atteint avec les profils actuels 252 mètres) est loin encore d'être en rapport avec l'immense quantité qui reste à enlever.

Sur le versant du Pacifique, on est en général moins avance; cependant MM. Sosa et Musso ont exécuté les dérivations du rio (irande, les" attaques des chantiers de Paraiso sont en activité ainsi que celles dirigées par M. Carcenac à Pedro Miguel; maison n'a fait que des préparatifs à Corrozai, et la société franco-américaine, qui avait pris les dragages à elTectuer du coté du tirand Océan, n'a pas rempli ses obligations et va être remplacée par une entreprise mieux outillée. Enfin, outre des travaux accessoires répandus le long de celle partie du tracé, on a organisé de vastes chantiei-s et des ateliers importants à la Boca, près de l'estuaire du rio (Irande, à rentrée sud du canal, dircctemenl reliés à Panama par un embranchement de chemin de fer construit par M. Marolle, et qui passe au pied du mon! Ancon, sur les flancs duquel se trouve le bel hôpital central créé par M. Rex^lus.

Le matériel, choisi avec peu de soin et surtout sans plan d'ensemble, est cependant considérable. On compte dans l'isthme, outre le matériel de traction afférent au chemin de fer, SOO wagons de trans|Mjrl, 150 locnniolivcs de divers genres, 4400 wagons de terraKsemenl à bascule pouvant contenir de 4 à 6 mètres cubes, 60 grues de chargement, autant de treuils et plus de 800 engins de levage divei-s. 6000 wagonnets Decauville d'une capacité de 12 mètre cube et le nombre correspondant de kilomètres de voie, de courbes, etc., (100 kilomètres de rails simples ordinaires, un nombre incalculable de traverses et de maisons de bois démontables, 20 dragues marines. 1*2 dragues américaines à long couloir, dont i de grand<^ dimension, 10 drague» à déversoir, 4 dragues à débnrquemenl.s flottants, .*tO cla|>ets rni lialeaui porteurs de déblais, dont 1.") à vapeur. 100 chalands. .'»0 reinonpieurs

et canots a vapeur, 200 locomobiles, 500 pompes d^épuisement et d'aliinenlatiou, 80 excavateurs des divers systèmes Couvreux, Evrard, Gabert, Osgood, etc., un certain nombre de transporteurs déposés à Tabernilla qu'on n'a pas encore montés, bien qu'on ait installé près de Colon, de Panama et surtout entre Gorgona et Matachin de fort beaux ateliers, qui pourraient rendre de grands services si des formalités étroitement tracassières ne rendaient toute réparation demandée tellement longue el dispendieuse, que les entrepreneurs préfèrent presque tous avoir recours à leurs moyens restreints et à leurs petits ateliers personnels provisoires et incomplets.

Sauf les excavateurs à chaîne continue (modèles Couvreux ou Evrard) et les porteurs Decauville, qui fonctionnent bien, on a eu beaucoup de déboires et d'ennuis. Les dragues américaines, malgré un papillonnage fort ingénieux, sont trop faibles d'échantillon, leurs pompes ne sont pas assez puissantes, et l'entraînemenl des terres dans les longs couloirs se fail mal. Les rails, à mon avis, sont trop lourds, trop élevés el n'ont peut-être pas les patins assez larges. 11 en résulte des difficultés pour le ripage de la voie, des lorsions et par suite des déraillements fréquents dans les trains qui vont à la décharge, dont le régalagc devient aussi moins régulier. Dans la saison pluvieuse, alors que le terrain est détrempé, un matériel lourd comme celui des grands wagons (trop hauts d'ailleurs pour être facilement chargés) et surtout des nouveaux excavateurs de grande dimension récemment expédiés, présente de nombreux inconvénients, et il n'est pas douteux qu'une direction expérimentée ou plus libre vis-à-vis des pei-sonnes chargées de fournir le matériel eût du, dès le principe, choisir des rails plus légers, mieux adaptés au service exigé, particulièrement pendant riiivernage, correspondant à des wagons et à des instruments plus maniabh^s. OLi est si vrai, que beaucoup d'entrepreneurs, même parmi les plus capables et les plus consciencieux, se font tirer l'oreille pour organiser leurs chantiers au gros matériel, ils prolongent tant qu'ils peuveiil leurs attaques avec les Decauville, et cependant il est impossible de songer que, avec des wagonnets bons tout au plus pour des petites taches ne dépassant pas une centaine de mille mètres cubes, on pouria cnMiser les X8 millions de mètres qui restent, au

COMPTR RKNDU DE I/ÉTAT DES TRAVAUX.

miiiiiiuii». pour achever le canal avec les ilimensions détiiiiliveiiienl adoptf^es', et ce en admettant qu'on renonce aux folles et inutiles conceptions imagint5es en dernier Heu pour la dérivation du cours moyen du Cliagres et pour la création d'un immense port intérieur, près du Corrozal, là où il y a encore maiulenant des buttes dépassant 45 mètres de hauteur.

La question des mesures ;*i pieudre pour melli'P les clianliei-s d'abord, puis le canal à l'abi'i des crues el des iimndalions dangereuses de l'hivernage, celle du barrage du Chagres, qui lui est connexe et comporte des détails d'eséculion si intéressants, n'oni pas progressé depuis trois ans, quoiqu'elles fussent bien plus urgentes que beaucoup d'autres. On sera vraisemblablement amené à s'en tenir aux propositions fondamentales que nous fîmes au Congrès inlernational de 1879, qui nie valurent ainsi qu'à M. Reclus les applaudissements unanimes et les compliments des ingénieurs les plus illustres des deux mondes, ]u-o|iositioiis qui se résument ainsi : petits barrages modérateurs successifs dans la vallée du Chagres supérieur el de ses principaux affluents, grand barrage régulateur des crues, formé avec les déblais rapprochés provenant du massif central de 25 mètre.>i au plus de retenue entre les ceiros Baruco el Santa Cruz débitiint dans le canal jusqu'à 200 mètres cubes à la seconde en temps d'inondalion; dérivation des rios Trinidad cl Gatun dans la vallée du Chagres inférieur; élargissement de la section nUMiillée du canal à ses deux extrémités pour faciliter l'écouleraenl des crues; enfin suppre»sion de tous les étranglements (cause principale de la surélévation

1. I..1 vai'ialioii <lu cliifl'ri' lutal li'' iiu-tivs i;u1h-s i\ l'it^avirr cnI ce ijui a le plus exercé la Ti'rve caustiqut-, mais uti Tort i^iioranlt; ou de lûcn iiiauvaisf Toi de ijueli|ui.-!> a<l versa iit^s acharnés du canal par l'isthme de l'auaiiia. Il est radie de coiupreiidiv L-epeiiilaul (|u'& luesunque la largeur s'accroU, que les courbes s'adoucissent, qu'un adopli> des pentes moins raides, Ir cii1n> doit aui;menler. Ilevatil même le Congvi^ de 1870, il lut pri's<tiili' plusieurs dc>U Tiriaiit avec 1rs conditions à adopter. En dentier tieu el saur quelques Iri^ Ingéras modifications du Irici^, d'ailleurs jieu heureuses, ou i[uelques traïaui suppltoieotaires eiagéréa on inulUes, on <i*en esl leim aux plans primilira, mais te protil axrandi dM secUons types du canal et la nature H«llemenl moins rocheuse du terrain qui a fait beaucoup évaser \es berf«s, ont conduit petit n \ivtil ii l'adoption d'un cliinVe de mètres cubes bien pins ^Jevê qut* relui que nous avions iloanê. il n'v a l.i rît-n i)iie de li'ès iiiirnial et point n'est beMiin [MHir l'expliquer d'aller cIiitcIut, ciiniiiii- ii'l:i il i-li' fnil. i\n hilerprélali«n» saut-Tenue? un Kraluitement injurieitst"..

nie Li: CANAL DE PANAMA.

(lu niv(»au do Teau) au-dessus deMalachin, près de Mamci, entre les contreforts abrupts descendant de Monte Vistoso et les collines aux parois à pic plongeant on fiice dans le Chagres, à BarbacoasS etc.

L'aménagement des eaux aux alentours des chantiers, dont on s'est encore peu préoccupé, est cependant Tort important et contribuera du reste à la diminution de la violence des courants dans le canal; on v trouvera aussi l'avantage d'éviter l'accumulation des eaux pluviales si nuisibles au point de vue hygiénique et qui, dans le massif central surtout, pourraient produire des infiltrations dangereuses, si l'on continuait à n'y prendre garde, et à no pas drainer méthodiquement les décharges. Jusqu'à présent, on ne peut prévoir de glissement de terres sérieux qu'en un seul point, prés du rio Grande supérieur et de la déviation projetée du chemin de for; mais, en d'autres localités, il y a des argiles délitescentes qu'il faut, par un écoulement et un drainage intelligents des eaux do la surface, mettre à l'abri de ces redoutables infiltrations et des conséquences ruineuses qu'elles entraînent.

Depuis que le pays est ontioromont déboisé sur les deux bords du canal, on peut mieux se rendre compte do la quantité innombrable de petites dépressions, dont la plupart sont plus heureusement situées que nous ne pouvions même l'espérer pour faciliter les décharges. A l'époque do nos études, nous n'avions pu guère que pressentir l'emplacement de beaucoup d'endroits bien disposés pour le dépôt des déblais sous le riche et épais manteau de forets qui recouvrait le pays. Ces facilités relatives des décharges sont, avec la diminution dans le nombre et la dureté des roches prévues, dos conditions éminemment favo-

4. En calculaiil la vitesse d'écoulement des plus fortes crues enregistrées en amont des étranglements pfécité,s au moyen du périmètre mouillé exaclement relevé en chaque localité et en se servant de la formule U = 56,86 011 — 0,07'2, on arrive à une moyenne de 0*,80, correspondant à un débit de 105^2 mètres cubes à la seronde. Pour 0,0005 de pente superficielle des molécules li(piides et d'après la fornmle applicable aux rivières encaissées,

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