I. — Carrière du Mex. — Flotte de la Compagnie
Avant d'entrer dans la description des travaux des jetées, nous croyonaiRitile, en raison de l'emploi qui a été fait sur une assez grande échelle, de blocs naturels d'enrochements fournis par la carrière du Mex pour la construction d'une partie de la jetée Ouest de Port-Saïd, de donner tout d'abord quelques détails sur les travaux qu'a dû entreprendre la Compagnie en vue d'une bonne exploitation de cette carrière.
Mais, auparavant, nous ferons connaître les circonstances qui, au cours de cette exploitation, ont fait renoncer, d'abord à la carrière de l'Attaka, puis à celle de Gebel-Géneffé, sur le concours desquelles, dans les premiers temps, on avait successivement compté, pour la continuation et l'achèvement de la construction des jetées en blocs naturels.
D'après le programme d'exécution des jetées de Port-Saïd arrêté en août 1859, on devait — ainsi qu'il a été mentionné précédemment — employer d'abord à la construction des jetées les matériaux qui pourraient être apportés de la carrière du Mex; puis, par la suite, dès que les deux extrémités du canal seraient mises en communication par un premier canal de petites dimensions, on comptait surtout sur les matériaux qui seraient fournis par la carrière de l'Attaka bordant le rivage ouest du golfe de Suez.
La nécessité qui fut reconnue, dès le début des travaux, de créer promptement, par la construction d'une certaine longueur de la jetée Ouest, un abri à Port-Saïd contre les vents régnants, obligea la Compagnie, en attendant le concours ultérieur, — que l'on supposait devoir être alors presque exclusif, — de la carrière de l'Attaka, à organiser de suite une exploitation en grand de la carrière du Mex, et comme complément, un service maritime pour le transport à Port-Saïd des blocs d'enrochements fournis par la carrière.
Les deux années 1860 et 1861 furent consacrées presque exclusivement à la construction, avec les pierres fournies par la carrière même,
d'un petit port destiné à abriter les navires en chargement. Ce n'est qu'à partir de l'année 1862 que les expéditions de blocs pour Port-Saïd commencèrent à prendre de l'importance : pendant les deux premières années, la carrière n'avait expédié, en totalité, qu'environ 6.000 mètres cubes de matériaux divers (blocs d'enrochements pour la jetée Ouest, pierres de taille, moellons et chaux pour les constructions de la ville de Port-Saïd); l'importance des expéditions était alors forcément limitée, indépendamment des besoins de la construction même du petit port du Mex, par la double difQculté des chargements au Mex et des déchargements à Port-Saïd et par l'insuffisance des moyens de transport.
La carrière ne se trouva donc en exploitation régulière, au point de vue des expéditions de blocs d'enrochements pour la jetée Ouest de Port-Saïd, que dans les premiers mois de 1862, après l'achèvement du port du Mex, la constitution d'une flotte, — indépendamment des affrètements de navires du commerce, — pour le transport des blocs, enfin après l'amélioration des moyens de déchargement à Port-Saïd.
On ne tarda pas alors à se rendre compte que les blocs d'enrochements mis en œuvre revenaient à un prix notablement plus élevé que ôelui du devis. La Compagnie n'en dut pas moins continuer quand même l'exploitation de la carrière qui s'imposait impérieusement, — on ne saurait trop le rappeler, — en vue de l'abri à créer promptement à Port-Saïd.
A ce moment, l'idée d'un concours plus ou moins prochain, sur une grande échelle, de la carrière de l'Attaka pour la construction des jetées, n'avait pas encore été abandonnée. Mais, par suite de l'incertitude où l'on se trouva alors, — et qui s'est prolongée longtemps encore, — au sujet du mode de traversée des lacs Amers par le canal maritime, la Compagnie reconnut qu'il était impossible de réaliser, tout au moins à bref délai, l'idée d'une rigole maritime régnant sur toute la longueur du canal et établissant ainsi une communication entre les deux mers; que l'on devait se borner à achever, le plus promptement possible, la moitié nord de la dite rigole alors en cours de construction entre Port-Saïd et le lac Timsah, afin d'établir tout au moins une première communication par eau entre Port-Saïd et le centre de l'isthme à Ismaïlia, où, d'autre part, arrivait le canal d'eau douce, établissant de son côté la communication avec le Delta.
Le canal d'eau douce venant de Zagazigpour aboutir à Ismaïlia, commencé en avril 1861, avait été achevé en janvier 1862; la rigole maritime venant de Port-Saïd, de 15 mètres de largeur à la ligne d'eau et de 1™,50 à 2 mètres de profondeur, fut terminée, à son tour, en novembre de la même année; quelques mois plus tard, vers le milieu de l'année 1863, on avait creusé sur le bord du lac Timsah un canal de service de 2.500 mètres de longueur et de 2 mètres de profondeur reliant l'extrémité de la rigole maritime à celle du canal d'eau douce, en