PARTIE DE LA JETÉE OUEST EN ENROCHEMENTS NATURELS
sorte qu'il ne restait plus, alors, pour établir la continuité de la voie d'eau entre Port-Saïd et le Delta, qu'à construire à l'extrémité du canal d'eau douce les deux écluses destinées à racheter la différence de niveau de 6"*,60 entre son plan d'eau et celui de la rigole maritime.
Nonobstant l'abandon de l'idée d'une rigole maritime sur la moitié sud de la longueur du canal, la communication entre les deux mers par une voie d'eau continue, navigable pour les barques et les chalands, semblait ne devoir pas trop tarder à se trouver quand même réalisée par la construction de la branche du canal d'eau douce d'Ismaïlia à Suez. En effet, précisément dans ces vues, et bien que l'article !*■•, paragraphe 3, du cahier des charges de la concession, ne parlât que d'une simple branche d'irrigation et d'alimentation, la Compagnie avait décidé que la dérivation aurait les mêmes dimensions que celles données provisoirement au canal principal, c'est-à-dire une largeur de 8 mètres au plafond (au lieu pourtant des 7™, 70 du canal principal) avec une hauteur d'eau de 1™,20 à l'étiage et de i "»,95 en hautes eaux. [Les travaux de terrassements de la dérivation, commencés en novembre 1862, ont été terminés à la lin de l'année i863.]
Or, à 37 kilomètres environ avant d'arriver à Suez, le tracé de la dérivation passait tout près, — à une distance d'environ 3 kilomètres et demi — de la carrière dite de Gebel-Géneffé, qui avait été, une première fois, sommairement explorée dès le mois de juillet 1859, puis d'une manière plus complète, dans le courant de 1862, en même temps que se faisait l'étude même du tracé en question. Cette carrière présentait un front d'attaque de 3.000 mètres de longueur sur 150 mètres de hauteur et l'on y avait trouvé toutes les variétés de calcaire, depuis les plus durs jusqu'à la pierre à chaux, ainsi que de la pierre à plâtre; les conditions d'exploitation, avec la proximité du canal d'eau douce, auquel la carrière pourrait être reliée par un petit chemin de fer, semblaient d'ailleurs très favorables; on s'était enfin rendu compte que la carrière pourrait fournir des pierres d'une grande dureté en blocs de dimensions aussi considérables qu'on pourrait les transporter et les mettre en œuvre. On eut dès lors tout naturellement la pensée, qu'au lieu de la carrière plus lointaine de l'Attaka, ce serait la carrière de Gebel-Géneffé qui serait exploitée pour fournir la majeure partie des matériaux des jetées de Port-Saïd.
Mais les prévisions relatives à cette utilisation de la carrière de Gebel- Géneffé, que Ton avait espéré d'abord devoir être assez prochaine, ne se sont pas réalisées. En fait, cette carrière n'a guère fourni que les matériaux ( pierres de taille et moellons) qui ont été employés à la construction des diverses écluses de la dérivation de Suez et, en partie, à la construction des deux écluses de débouché du canal d'eau douce lui-même dans le petit canal de jonction le reliant à la rigole maritime.
C'est qu'en effet, en octobre 1863, au cours même de l'exploitation de
la carrière du Mex — qui ne cessa néanmoins que deux ans après, — et bien que l'on eût à cette date l'espérance, — qui ne s'est d'ailleurs pas réalisée par suite de retards imprévus dans la construction des écluses, — de voir s'achever à assez bref délai la rigole de service reliant Port-Saïd à la carrière de Gebel-Géneffé, la Compagnie, par des considérations qui seront développées plus loin, prit la résolution de passer un marché avec des entrepreneurs (MM. Dussaud frères), pour l'exécution des jetées de Port-Saïd en blocs artificiels.
Ces explications générales données, nous dirons, maintenant, dans quelles conditions s'est faite l'exploitation de la carrière du Mex et comment la Compagnie a été amenée à organiser un service maritime pour assurer le transport régulier des blocs d'enrochements de la carrière à Port-Saïd.