NOVEMBRE
Le Gouvernement ayant décidé la construction des trois phares de Burlos, Damiette et Port-Saïd, la Compagnie s'empressa de consulter la Commission des phares de France sur les caractères qu'il conviendrait de donner aux trois feux projetés. Communication fut d'ailleurs faite à la Commission du projet Larousse de 1861 pour l'éclairage complet de tout le littoral égyptien et d'un projet émanant d'une Commission de marins de divers pays pour les caractères à donner aux trois seuls feux alors en question.
276 ÉCLAIRAGE DE LA CÔTE MÉDITERRANÉENNE d'ÉGYPTE
Nous croyons devoir reproduire textuellement la délibération et l'avis de la Commission des phares :
La Commission,
Considérant que, si les trois phares actuellement proposés sont ceux qu'il est le plus urgent d'étahlir, il y a lieu d'espérer que S. A. le Vice-Roi, voudra, s'assurant un nouveau titre à la reconnaissance des navigateurs, compléter ultérieurement cet éclairage par Tadjonction des deux phares de la pointe de Rosette et de celle de Ras-el-Bouroun, et qu'il convient de déterminer les caractères des feux à allumer aujourd'hui de telle sorte que, tout en donnant pleine satisfaction aux besoins actuels, ils ne créent pas des difficultés pour l'avenir;
Considérant, en ce qui concerne le phare de Burlos, qu'il faut éviter autant que possible l'emploi des machines de rotation sur des points d'un accès difficile, où la surveillance ne saurait être très assidue et où les réparations en cas d'avaries ne pourraient être faites dans un court délai, et qu'il convient d'autant plus ici de se conformer à cette règle que la poussière siliceuse impalpable soulevée par quelques vents du sud parait de nature à nuire à la conservation de mécanismes délicats ; qu'un phare à feu fixe est par conséquent préférable à un phare à éclipses ; mais que, s'il était isolé, il pourrait être confondu avec celui d'Alexandrie, et que, si l'on prenait le parti de le colorer en rouge, sa portée serait réduite outre mesure, en même temps que ne serait pas évitée toute chance de confusion pendant les brumes ; qu'un système plusieurs fois adopté, tant en France qu'en Angleterre, celui de deux feux, serait le plus favorable aux intérêts de la navigation qui y trouverait un caractère bien tranché ; qu'il n'est pas nécessaire que ces feux soient assez espacés pour apparaître distincts dans toutes les directions et jusqu'à la limite de leur portée, puisque les navigateurs qui suivent la côte auront, avant de les apercevoir, pris connaissance des feux voisins, et que les méprises ne sont à craindre que pour les bâtiments arrivant de la partie du nord; enfin que le phare à établir ultérieurement sur la pointe de Rosette, qui est en communication facile avec une ville où les ressources abondent, pourra sans inconvénient être à éclipses se succédant de 30 en 30 secondes, comme Ta proposé M. Larousse, avec éclats blancs ou éclats alternativement blancs et rouges ;
Considérant, en ce qui concerne le phare de Damiette, que ce point n'est pas très éloigné de Port-Saïd, et que le caractère assigné au feu tant par la Commission égyptienne que par M. Larousse paraît très convenable ;
Considérant que, si l'on établissait un phare à feu fixe à Port-Saïd, on serait obligé plus tard d'adopter un feu à éclipses pour la pointe de Ras-ei- Bouroun où l'on se trouverait en présence des mêmes dangers qu'à Burlos ; que la position d'un port vers lequel se dirigera une navigation très active et de haute importance doit être signalée par un feu éclatant et bien caractérisé ; et, qu'eu égard aux ressources locales, rien ne parait s'opposer à ce que ce phare soit éclairé à la lumière électrique qui exigera sans doute des dépenses d'entretien un peu plus élevées que l'autre, mais comportera une réduction à peu près équivalente dans les frais de premier établissement.
Émet l'avis qu'il y a lieu d'adopter les dispositions suivantes :
!• Pointe de Burlos, — Deux phares de premier ordre à feu fixe de 20 milles de portée, éloignés l'im de l'autre de 400 à 500 mètres sur une ligne parallèle au rivage ;
2* Pointe de Damiette. — Un phare de deuxième ordre à éclipses de minute en minute, de 20 milles de portée ;
3* Port-Saïd. — Un phare électrique à feu scintillant dont les éclipses se succéderont de 3 en 3 secondes, et dont la hauteur sera fixée de manière à lui Assurer une portée de 20 milles.