EN BÉTON COIGNET
La construction d'une tour de phare en béton Goignet ayant été une innovation, nous croyons qu'il ne sera pas sans intérêt de compléter les renseignements ci-dessus sur le phare de Port-Saïd, en donnant ici quelques extraits d'un rapport produit par les ingénieurs de la Compagnie, dans le courant de Tannée 1880, où ils donnaient quelques détails concernant les procédés d'exécution et faisaient connaître la manière dont s'était comportée la maçonnerie depuis la contruction.
Procédés d'exécution. — Le sable était pris sur la plage de TOuest à une profondeur de 50 à 60 centimètres au-dessous du niveau du sol afin de Tobtenir aussi pur que possible, sans mélange de vase, et il était ensuite tamisé pour ie débarrasser des débris de coquilles qu'il pouvait contenir. Ce sable était très fin, et, nonobstant toutes les précautions prises, il n'était jamais d'une pureté parfaite. Le mélange des matières était effectué par un broyeur mécanique. Le béton obtenu était élevé jusqu'à la hauteur voulue par un montecharge mû par une locomobile et il était versé entre deux cloisons en madriers maintenues à une distance invariable et permettant d'exécuter des assises de 0**,90 de hauteur sans déplacer les panneaux. Le pilonnage du béton avait lieu par couches de 20 à 25 centimètres d'épaisseur, et chaque matin, avant la reprise du travail, la surface supérieure de l'assise laissée inachevée, la veille était piquée avec soin et arrosée à l'eau douce.
Les assises de la maçonnerie ont été reliées entre elles par 34 chaînages en fer plat de 8 millimètres d'épaisseur posés horizontalement et formant un système de 6 à 14 octogones concentriques suivant la hauteur à laquelle ils étaient placés ; en outre, un grand nombre d'équerres en fer plat ont été noyées dans la maçonnerie, avec un de leurs côtés vertical et l'autre horizontal et orienté dans une direction quelconque ; enfin, les impostes des fenêtres ont été renforcées par des cornières d'une longueur moyenne de 1"',25 disposées à 10 ou 15 centimètres au-dessus des ouvertures. Les dimensions des chaînages et notamment celles des cornières formant linteaux semblent avoir été trop faibles : toutes les baies de l'édifice sont fissurées à leur milieu.
Prix de revient comparé à celui d'un phare en maçonnerie, — Le phare de Port-Saïd avec ses bâtiments annexes a été payé au constructeur 200.000 francs.
Le cube total en maçonnerie a été le suivant :
Mètres cubes
Massif de fondation 305
Socle 75
Tour octogonale 1 .210
Bâtiments annexes 350
Cube total 1 . 940
Pour un phare en maçonnerie ordinaire les éléments d'évaluation eussent été les suivants :
Le prix du mètre cube de maçonnerie de moellons durs et mortier de chaux hydraulique du Theil capable de supporter une charge permanente de 6 kilogrammes par centimètre carré était, au moment de la construction
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du phare, de 40 à 45 francs ; d*un autre côté, la plus-value accordée en France pour la construction de hautes cheminées d'usines est de 10 à 15 francs le mètre cube ; en comptant, au maximum, le double pour TÉgypte, le prix du mètre cube de la maçonnerie de la tour du phare eût été au plus de 75 francs. Mais, pour donner à Tédifice un aspect satisfaisant, il eût fallu construire les angles, cordons, corniches et encadrements en pierre de taille, et la pierre de taille dure et choisie (telle que celle de Cassis, près Marseille), yalait 250 francs le mètre cube.
Dans ces conditions, le prix de revient de la construction eût été sensiblement le même que celui du phare en béton Coignet, mais il aurait fallu ne pas être trop limité par le temps afin de pouvoir approvisionner les moellons durs et la pierre de taille qui manquent sur place.
Manière dont la maçonnerie s'est comportée depuis la construction. — Au point de vue architectural, la construclion a un ton uniforme moins satisfaisant qu'un édifice animé par les saillies et les couleurs de matériaux d'espèces différentes. De plus, les 8 arêtes de la tour octogonale ne sont pas restées vives.
La tour présente de nombreuses fissures verticales sur les 5 faces extérieures du parallélipipède octogonal comprises de Test à Touest nord-ouest eu passant par le sud. Les trois autres faces sont relativement intactes, n'accusant que des fissures peu étendues à la base du fût de la tour et dans la corniche du socle. 11 était à remarquer que les faces fissurées étaient celles qui étaient les plus exposées aux rayons du soleil (pareille observation avait été faite sur les blocs en mortier de chaux du Theil des jetées de Port-Saïd ; les blocs maçonnés ne se fissuraient pas comme les précédents). Cela pouvait s'expliquer par ce fait, qu'à Port-Saïd, pendant Tété, l'écart de température entre le jour et la nuit, s'élève jusqu'à 40* ; que même pendant le jour, on observe des différences de température de 30* entre deux thermomètres placés, l'un à l'intérieur du phare, l'autre à l'extérieur, en plein soleil. Dans ces conditions, en effet, pendant le jour, l'extérieur de la maçonnerie du phare tend beaucoup plus à se dilater que l'intérieur, et le phénomène inverse se produit pendant la nuit, mais avec une moindre intensité ; et ces différences de dilatation entre les faces intérieure et extérieure tendent à produire des ruptures suivant des plans verticaux et rayonnants. A ces actions viennent naturellement s'ajouter l'effort du vent, les ébranlements de l'air lors des coups de canon tirés par les bâtiments de guerre, et peut-être aussi de légers tassements.
La tour du phare présente, en résumé, les fissures suivantes :
Chacune des quatre faces extérieures comprises entre les directions est et ouest en passant par le sud est partagée par quatre fissures verticales ayant leur origine dans le socle de la tour et s'étendant plus ou moins haut, toutes dépassant la première fenêtre, quelques-unes la seconde ; sur la face ouest une fissure s'étend de la base au sommet de la tour. Ces fissures se retrouvent à l'intérieur, mais elles y sont moins apparentes, et se perdent souvent, sauf la fissure de la face ouest qui, comme à l'extérieur, est plus accentuée entre la première et la seconde fenêtre en partant du bas.
Il était à noter que les fissures passaient toutes par les points d'attache des boulons de support des caissons ; ces boulons suivaient les rayons du cercle circonscrit à l'octogone et passaient au milieu de tuyaux en poterie, qui sont restés prisonniers dans la maçonnerie.
Le massif de soubassement présente, de son côté, une fissure passant par le centre du phare et le milieu de la porte de l'escalier d'entrée (face est).
Enfin, en outre de ces fissures générales, toutes les baies de l'édifice sont fissurées par leur milieu, en haut et en bas. Ces fissures des baies ont été observées dès la première année qui a suivi l'achèvement du phare; elles ne paraissent pas s'être agrandies depuis lors. 11 en est de même des fissures de la balustrade et de la plate-forme de la chambre supérieure du phare.
Toutes les fissures ci-dessus mentionnées ne paraissent guère avoir , au maximum, que de un quart de millimètre à un demi-millimètre de largeur.
En ce qui est des bâtiments annexes : la face nord-est de l'annexe nord est lézardée de haut en bas par deux fissures, ayant environ trois quarts de millimètre à un millimètre de largeur ; celle de l'annexe sud (bâtiment des machines) présente une seule fissure s'étendant du sol à la corniche et ayant à peu près trois quarts de millimètre de largeur. Ces fissures, qui, du reste, ont été fermées, ne peuvent surprendre si Ton considère que les bâtiments annexes sont fondés à un niveau plus élevé que la base du phare et que ces fondations reposent partie sur le soubassement de Tédifice et partie sur le sol environnant ^ .
APPAREIL d'Éclairage
(marché passé le 5 MARS 1869 AVEC MM. SAUTTER ET C*" POUR LA FOURNITURE
DE l'appareil d'Éclairage du phare de port-saïd)
Contrairement à ce qui a eu lieu, — ainsi qu'on le verra plus loin, — pour les trois phares en fer de Rosette, Burlos etDamiette, la Compagnie a traité directement avec le constructeur chargé de la fourniture de l'appareil d'éclairage du phare de Port-Saïd.
Les principales conditions du marché passé le 5 mars 1869 avec MM. Sautter et C»« pour cette fourniture étaient les suivantes :
Art. 2. — Le feu serait scintillant à éclats de trois en trois secondes, et serait obtenu au moyen d'un appareil électrique ;
Art. 3. — La fourniture comprendrait : 2 machines magnétiques de six rouleaux chacune de la Compagnie « l'Alliance » ; 2 moteurs à vapeur de la force de 5 à 6 chevaux chacun ; une bâche en tôle de la capacité de 3 mètres cubes; une transmission de mouvement pour les machines électriques; un distributeur électrique; 3 lampes électriques système Serrin; un appareil lenticulaire composé d'une partie fixe éclairant 270°, et un tambour mobile de 18 lentilles pour produire les éclats; une armature ou support et une machine de rotation; une
1. Un nouvel examen très minutieux de Tétat des maçonneries du phare fait en août 1900 par les ingénieurs de la Compagnie les a conduits aux conclusions suivantes :
De la comparaison des fissures nouvellement relevées avec celles qui avaient été relevées en 1880, il ressortait :
Que les fentes anciennement constatées étaient restées sensiblement les mêmes ou avaient pris peu d'extension (On estimait même que les fissures extérieures pour lesquelles étaient relevées des longueurs plus grandes avaient peut-être la même importance en 1880) ;
Que, seules, les fentes passant par les fenêtres de la façade principale du phare (exposition sud-est) et de la face opposée (exposition nord-ouest) paraissaient avoir augmenté ;
Qu'en résumé, peu de changements s'étaient produits depuis 1880 et que le phare pouvait être considéré comme présentant actuellement (1900) autant de sécurité et de stabilité qu'à cette époque.
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lanterne vitrée de glaces ^ ; un garde-corps à barreaux droits entourant la plate-forme de la lanterne vitrée ; une coupole en tôle surmontée d'un paratonnerre; enfin, tous les outils et accessoires destinés au service.
Art. 8. — Les constructeurs devraient être mis en mesure par la Compagnie de commencer Tinstallation des machines deux mois au moins avant l'époque fixée pour l'allumage du phare.
Art. 9. — Les appareils devraient être prêts à entrer en service dans un délai d'un mois au plus tard après la livraison des maçonneries de la lanterne supérieure, laquelle aurait lieu vers le 1*"^ octobre.
Une réception provisoire aurait lieu lors de la mise en service.
Art. 10. — Le délai de garantie serait de deux mois après la mise en service.
Art. 13. — Le prix de la fourniture était fixé à 65.000 francs.
Tout le matériel de l'appareil arriva à Port-Saïd à la fin de septembre; mais, par suite du non achèvement de la maçonnerie de la lanterne, les constructeurs ne purent procéder de suite à l'installation défmitive de l'appareil. Sur la demande de la Compagnie, ils firent une installation provisoire qui leur permit d'allumer le feu dès le 44 novembre, c'est-à-dire trois jours avant l'ouverture du canal à la navigation, et à partir de cette date le phare ne cessa plus de fonctionner.
L'installation définitive ne fut pourtant terminée quele25janvierl870, et c'était par conséquent à partir de cette date que devait courir le délai de garantie.
La réception provisoire fut constatée par un procès-verbal du 6 mars 1870, et la réception définitive prononcée le 6 avril suivant.