DU 1" OCTOBRE
Les travaux de Tentreprise Coiivreux ont été naturellement commencés en conformité du premier marché en date du 1" octobre 1863 qui s'appliquait, comme on Ta vu, à la partie du canal d'environ 15 kilomètres de longueur (du point 60^,5 au point 75*", 4) comprise entre le lac Ballah et le lac Timsah, et comportait un cube de terrassements d'environ 9 millions de mètres cubes.
Nous rappellerons que, sur cette partie du canal, constituant la traversée du seuil d'El Guisr, la tranchée avait été ouverte par les contingents d'ouvriers égyptiens de manière à créer sur la rive Asie du profil la rigole maritime venant de Port-Saïd, d'une quinzaine de mètres de largeur à la ligne d'eau et de 1°*,50 à 2 mètres de profondeur et, à son extrémité, isolée du lac Timsah par un massif de terre qui avait été réservé à cet effet. Mais nous devons rappeler en même temps que, depuis l'exécution par les contingents, la largeur et la profondeur de la rigole, par suite d'éboulemonts des berges et d'apports de sable, se sont trouvées progressivement réduites au point de rendre très difficiles, parfois même, suivant les vents, momentanément impossibles, les
ENTREPRISE ALP. COUVREUX 9^
transports par chalands du matériel et des approvisionnements de l'entreprise.
Avant de faire connaître le programn^e adopté par l'entrepreneur pour Texécution des travaux, nous décrirons d'abord l'appareil sur l'emploi duquel reposait principalement ledit programme.
EXCAVATEUR COUVREUX
M. Couvreux, dans une publication postérieure à son entreprise du Canal de Suez, a donné la description suivante de l'appareil imaginé par lui (connu sous le nom d'Excavateur Couvreux) pour l'exécution des grands travaux de terrassements^.
Il explique d'abord, dans un court préambule, que les grands travaux de terrassements exécutés depuis un demi-siècle avaient fait naître la nécessité de trouver des engins capables d'en activer l'exécution et de réduire la main-d'œuvre ; que la plupart de ces travaux ne pouvaient d'ailleurs se faire à bras d'hommes; et que c'était là ce qui l'avait amené à contruire un genre de machine pouvant à la fois extraire les terres, les enlever et les charger directement en wagons.
1. C'est dans les premiers mois de l'année i859, peu après la constitution de la Compagnie, pendant les études entreprises par le directeur général des travaux, M. Mougel Bey, de projets de dragues flottantes, de dragues à sec ou excavateurs et de toiles sans fin de transport des terres, que M. Couvreux qui, dès cette époque, s'était mis en instance auprès de la Compagnie pour obtenir l'entreprise d'un lot de travaux, soumit à M. Mougel Bey les dessin» d'un type d'excavateur imaginé par lui, dans lequel la chaîne dragueuse marchait en sens inverse de son mouvement habituel, les godets se vidant par le fond au passage du tourteau supérieur.
Ce ne fut pourtant qu'en 1861 que M. Couvreux fit construire sur ses dessins et fonctionner à Lyon son premier excavateur. Il avait pris, le 5 mai 1860, un brevet pour cet appareil, dénommé par lui Excavateur porteur à Fusage des terrassements. [Plus tard, le 24 juin 1864, — c'est-à-dire six mois après son premier marché passé avec la Compagnie pour le creusement du Canal à la traversée du seuil d'El Guisr, — M. Couvreux ayant apporté certaines modifications ou additions à son ancien excavateur, dont le principe et la disposition générale étaient tombés dans le domaine public, prit un nouveau brevet pour son excavateur perfectionné. C'est naturellement ce dernier appareil qui a été employé aux travaux du canal, au cours desquels il a reçu de nouveaux perfectionnements.]
Dès la première année, le nouvel appareil fut employé avec succès par M. Couvreux à l'extraction et au chargement en wagons d'une partie du ballast du chemin de fer de Sedan à Thionville, dans les Ardennes. Au cours de ces travaux, une délégation d'ingénieurs de la Compagnie de Suez avait été chargée d'étudier le fonctionnement de l'appareil et dk voir quel parti on pourrait tirer de son emploi pour l'exécution des travaux au canal encore à leur début ; et ce fut en considération des résultats favorables de cet examen
100 CREUSEMEIST DU CANAL A LA TRAVERSÉE DU SEUIL d'eL GUISR
Cette machine, ajoute M. Couvreux, est utilisée très avantageusement toutes les fois qu*ii s'agit de creuser un canal, une tranchée de chemin de fer ou d'extraire des terres pour différents remblais, lorsqu'il s'agit de cubes considérables. L'appareil se place latéralement à la fouille de manière que d'un côté il extrait jusqu'à 5 mètres de profondeur, tandis que de l'autre il charge directement dans les wagons destinés au transport des produits.
Suit la description de l'appareil :
Description de Vexcavateur (Planche XXXVIII). — L'excavateur, entièrement métallique, présente la forme générale d'une locomotive. Il se compose d'un chariot portant un générateur et les mécanismes moteur et extracteur. Le chariot est monté sur quatre essieux munis chacun de trois roues; celle qui est à l'extrémité de l'essieu se démonte lorsqu'il s'agit de circuler sur une voie ordinaire. La voie de service de l'excavateur présente trois lignes de rails, dont deux sont à la voie de 1",50 et la troisième est à O^ïBO d'écartement; toutes trois sont placées latéralement à la fouille.
L'appareil est muni de deux machines, dont l'une, servant à l'extraction, est de la force de 20 chevaux; l'autre servant à faire circuler l'excavateur sur la voie de travail n'est que de 4 chevaux.
Le générateur est une chaudière horizontale tubulaire à flamme directe ayant une surface de chauffe de 40 mètres et timbrée à 6 et 1/2 atmosphères
Le tout est monté sur le chariot et disposé de façon à mettre en mouvement un engrenage fixé sur un arbre horizontal placé au sommet de l'appareil et muni de deux cames d'entraînement qui mettent en mouvement deux chaînes
que, plus tard, la Compagnie, ayant renoncé au mode d'exécution par voie de régie intéressée et fait appel aux entrepreneurs pour l'exécution à prix ferme de divers lots de travaux, passa avec M. Couvreux le marché du 1" octobre 1863 pour l'exécution d'un premier lot comprenant le creusement du Canal à la traversée du seuil d'El Guisr. Sept excavateurs furent effecti- Tement employés à l'exécution de ces travaux, qui furent terminés en 1868.
Plus tard, dans les importants travaux de régularisation du Danube, à Vienne, exécutés pendant les cinq années de 1870 à 1874, dont M. Couvreux avait soumissionné l'entreprise en collaboration avec MM. Castor et Hersent, cinq excavateurs contribuèrent pour une bonne part à l'avancement des terrassements considérables qui étaient à exécuter. Pendant les trois années de leur plein travail, la production journalière moyenne de chaque appareil a été la suivante :
Nombre moyen de jours de travail par an, Moyenne journalière de travail