TRACÉ
Le tracé proposé pour la dernière partie du canal côtoyait au plus près la limite des bancs de roche du plateau de la Quarantaine et se trouvait déboucher dans le chenal du port de Suez par une courbe, dite courbe de sortie, d'un rayon prévu d'abord à 3.000 mètres, mais que des études ultérieures ont permis de porter à 3.200 mètres.
La largeur du canal à la ligne d'eau, dans toute l'étendue de la courbe, avait été fixée primitivement à 80 mètres, avec talus à 3 pour 1. Plus tard, en septembre 1866, à la suite de l'adoption du profil à grande largeur (de 100 mètres à la ligne d'eau) pour toutes les parties du canal où le terrain naturel se trouvait à moins de 2 mètres de hauteur au-dessus du niveau de l'eau, il fut décidé que ce profil à.
4. Des détails circonstanciés ont été donnés à ce sujet à l'occasion de la description du tracé définitif d'exécution du canal entre les lacs Amers et Suez (Voir pages 186 et suivantes).
grande largeur serait également adopté pour la courbe de sortie.
Le nouveau tracé s'écartait d'environ 1.200 mètres, dans l'Est, du tracé plus direct passant près de la Quarantaine, lequel, lui-même, comme on Ta vu précédemment, s'écartait déjà d'environ 900 mètres du tracé de la Commission internationale qui, lui, passait tout près de la ville de Suez. Il présentait par rapport au tracé direct un allongement de parcours de 484 mètres et devait entraîner à une augmentation d'environ 800.000 mètres dans le cube des terrassements, augmentation due tout à la fois à l'allongement du parcours, à la cote plus élevée des terrains traversés, enfin à la plus grande longueur de la courbe de sortie sur l'étendue de laquelle devaient en outre avoir lieu des élargissements. Mais il y avait lieu de considérer, d'une part, que ces deux graves inconvénients de l'allongement de parcours et de l'augmentation des terrassements étaient largement compensés par la certitude d'éviter les déblais rocheux; d'autre part, qu'à l'encontre du tracé direct, le tracé ainsi reporté dans l'Est n'affecterait que d'une manière insignifiante la superficie inondable des lagunes situées en arrière du port de Suez et ne modifierait ainsi que dans une faible mesure le régime des courants alternatifs des marées qui jouaient un rôle important dans le maintien du chenal.
A partir de son débouché dans le chenal de Suez, le canal, sur une longueur d'environ 1.700 mètres en ligne droite, était élargi à 150 mètres (progressivement de 100 mètres à 150 mètres sur environ les 500 premiers mètres), de manière à constituer, entre le canal proprement dit et la rade, un arrière-bassin pour la formation des trains. Cet arrière-bassin, placé, — ainsi qu'il va être expliqué — immédiatement à la suite du chenal d'accès, offrait l'avantage de permettre aux navires d'y pénétrer sans le secours de remorqueurs. En outre, par suite de la position qu'il occupait entre les deux bancs du Nord et du Sud, il se trouvait
parfaitement abrité. La solution adoptée de constituer l'arrière-bassin par un simple élargissement du canal, en même temps qu'elle était la plus économique, était donc également satisfaisante au double point de vue des facilités de mouvement des navires et des conditions d'abri.
La largeur de 150 mètres de l'arrière-bassin ou chenal intérieur comprenait HO mètres du côté Afrique et 40 mètres du côté Asie, ces dimensions étant prises à partir de Taxe prolongé du canal proprement dit. On devait d'ailleurs, en vertu de la môme décision de septembre 1866 rappelée plus haut, appliquer à la rive du côté Afrique, au lieu du talus de 3 pour 1 primitivement projeté, la forme du profil à grande largeur, en réduisant toutefois à 41 mètres, au lieu de 43 m ,25 (correspondant à un talus de 5 pour 1 sur une hauteur de 8 m ,65), la projection horizontale du talus, ou, en d'autres termes, la distance comprise entre la rive du plafond et la ligne d'eau de mer moyenne, ce qui laissait au plafond du côté Afrique une largeur franche de 69 mètres 1 .
1. Cette modification, qui avait pour résultat de diminuer la largeur de l'arrière-bassin ou chenal d'avant-port dans la demi-section côté Afrique, avait été motivée par le fait de la découverte de terrains durs sur une longueur d'environ 200 mètres à peu près, au droit du milieu du futur terre-plein destiné à former la rive Afrique même de l'arrière-bassin. Les sondages avaient en effet révélé la présence dans cette région d'une formation de graviers agglutinés par du gypse et, au-dessous, d'un banc de grès très dur. Cette dernière roche n'émergeait, à la vérité, au-dessus du plafond du canal (cote 9 mètres) que contre son arête même et sur peu de longueur et une faible hauteur; mais la formation de graviers agglutinés s'élevait jusqu'à i-,60 au-dessus du plafond, la partie la plus haute de la saillie se trouvant toutefois, heureusement, contre la rive et s'abaissant ensuite graduellement pour s'enfoncer sous le plafond à une centaine de mètres de la limite du terre-plein, soit à 20 mètres environ en deçà de l'axe prolongé du canal. Par l'adoption du profil à grande largeur dans cette partie du chenal, la saillie formée par les terrains durs au-dessus du plafond se trouvait presque entièrement recouverte. La seule objection possible contre la nouvelle disposition était l'éloignement du quai du terre-plein qu'elle entraînait pour les navires en stationnement, la distance du quai à la ligne de mouillage devant être, en effet, d'environ 41 mètres. Mais on avait considéré que si cette distance présentait réellement des inconvénients et s'il était constaté que les talus pouvaient se tenir à une inclinaison plus raide que celle qui leur aurait d'abord été donnée, il serait toujours temps de se mettre en instance auprès du Gouvernement Égyptien pour obtenir l'autorisation d'avancer la rive du terre-plein dans l'intérieur du chenal.
Quant à l'autre côté de la section du chenal, qui ne comportait pas de berge émergente, il devait rester avec la forme et les dimensions primitivement adoptées, c'est-à-dire avec une largeur au plafond de 11 mètres à partir de l'axe prolongé du canal et talus de 3 pour 1 jusqu'au niveau du terrain naturel.
Enfin, l'arrière-bassin communiquait avec la rade par un chenal d'accès prolongé jusqu'aux fonds de 9 mètres, d'une longueur de 1.700 mètres et d'une largeur croissante depuis 150 mètres jusqu'à 300 mètres. Ce chenal d'accès n'avait à traverser que des fonds agrégés solides, d'une tenue excellente, sur lesquels les houles de la mer étaient sans action et où ne se faisait aucun apport de sables voyageurs, ce qui permettait de se dispenser de jetées pour assurer le maintien de sa profondeur.