‹ Le canal de Suez (volume 3)Chapitre 104 sur 141 · DIGUES ET TERRE-PLEINS. — BASSIN DE L'ARSENAL · texte numérisé non relu

DIGUES ET TERRE-PLEINS. — BASSIN DE L'ARSENAL

Le canal, dans l'étendue de la courbe de sortie, ainsi qu'il a été expliqué précédemment à propos du profil spécial dans cette courbe (Voir planche XVIl\ n'était endigué du côté Asie que jusqu'à son débouché dans la lagune, c'està-dire jusqu'au point où le sol naturel se trouvait à la cote de la laisse des hautes mers. Du côté Afrique, l'endiguement à la traversée de la lagune était arrêté à 550 mètres environ avant la tin de la courbe, ou, ce qui revient au môme, avant le débouché du canal dans le chenal de Suez. Il n'avait pas été prolongé plus loin afin d'éviter de trop rétrécir la communication entre la mer et les lagunes et de ne troubler ainsi que le moins possible dans les lagunes le régime des marées. La digue, à la traversée de la lagune, devant être construite avee les terres fournies par les dragues à long couloir, son talus intérieur (côté du canal), en raison de la mauvaise nature de ces terres, était protégé par des enrochements ; et, vu le mode môme d'exécution du massif de la digue, cette défense en enrochements consistait dans la construction, avant tous remblais, d'une petite digue établie sur le terrain naturel et ayant son couronnement au niveau des hautes eaux ordinaires; puis, au-dessus, après exécution des remblais, d'un simple perré de revêtement. Une défense semblable pour le talus extérieur (côté de la lagune) n'avait pas été jugée nécessaire parce que, grâce précisément au mode d'exécution de la digue par dragues à long couloir (de 25 mètres) les terres devaient s'épandre avec un très faible talus, formant ainsi une sorte de plage qui serait inattaquable par les courants de marées; l'extrémité seule de la digue

serait protégée par un retour, en forme de musoir, des enrochements de protection du talus intérieur.

L'arrière-bassin n'était endigué que du côté Afrique. L'end iguement était constitué par un large terre-plein établi sur le bord même du chenal de Suez, dans toute la partie de ce chenal empruntée par l'arrière-bassin, et présentant un grand alignement droit de 1.200 mètres de longueur orienté du N. E. au S. 0. Ce terre-plein devait être créé avec des terres provenant des dragages. Il était destiné à recevoir tous les établissements de la Compagnie. On admettait que ce serait le long de sa rive, où ils seraient parfaitement abrités et où ils trouveraient toutes facilités pour leurs manœuvres, leur ravitaillement, le règlement du péage, les dispositions pour le départ, etc., que stationneraient les navires pour attendre leur entrée dans le canal. On aurait en conséquence à faire sur le terre-plein tous aménagements utiles ; les ouvrages destinés à venir en aide aux navires seraient installés à son extrémité Sud. Cette extrémité se trouvait d'ailleurs établie dans des fonds suffisants pour permettre aux embarcations de la Compagnie ne calant pas plus de l m ,50 d'accoster à la rive du terre-plein faisant face à la rade.

L'arrière-bassin de 150 mètres de largeur, tel qu'il était proposé, paraissait devoir suffire largement aux premiers besoins de l'exploitation. L'avenir, à son sujet, se trouvait d'ailleurs complètement réservé, puisque, grâce à l'absence d'endiguement du côté Asie, rien n'empêcherait plus tard, au besoin, de l'élargir successivement à mesure du développement du transit.

Le grand alignement de 1 .200 mètres du terre-plein bordant l'arrière-bassin se continuait, fictivement, à partir de son extrémité N. E, sur environ 150 mètres. Au-delà, le terre-plein était prolongé vers le Nord, suivant un nouvel alignement, d'une longueur primitivement prévue de 500 mètres, épousant le mieux possible, comme le précédent,

le contour du chenal de Suez. Le projet comprenait d'ailleurs, dans la portion du banc que devait occuper cette seconde partie du terre-plein, la construction d'un petit bassin, dit darse de l'Arsenal, d'une largeur de 150 mètres et d'une longueur égale 1 , creusé à 6 mètres de profondeur, ayant son entrée, d'une largeur de 100 mètres et dirigée normalement à Tarrière-bassin, immédiatement en deçà de l'angle formé par les deux alignements dont il vient d'être parlé, destiné à remiser les remorqueurs et tout le matériel naval de la Compagnie, enfin sur lé pourtour duquel devaient être établis les ateliers de réparation, les cales de halage, etc., nécessaires pour l'entretien de ce matériel.

Les berges du terre-plein, aussi bien celle faisant face à la rade que celles longeant l'arrière-bassin, puis le chenal de Suez en amont, devaient être protégées par des défenses en enrochements construites suivant le mode décrit précédemment au sujet de la digue Afrique de la courbe de sortie.

Sur les trois côtés Sud, Ouest et Est de la darse de T Arsenal, le terrain en avant de l'endiguement serait d'abord creusé jusqu'à la côte 15 m ,50, c'est-à-dire à l m ,50 en contre-bas du niveau des plus basses mers, de manière à permettre aux embarcations calant 1 mètre de pouvoir toujours accoster, et la petite digue inférieure en enrochements des types précédents descendrait jusqu'à la risberme ainsi créée en s'appuyant sur le talus du déblai ; la crête du talus de la fouille proprement dite de la darse serait d'ailleurs placée provisoirement à une certaine dislance du pied de la défense en enrochements, en prévision du cas où ce talus prendrait une inclinaison de plus de 2 pour 1. Sur le côté Nord, destiné à être déplacé au fur et à mesure des besoins, la défense en enrochements, conformément aux types précédemment décrits,

1. On verra plus loin, qu'à la suite des opérations de la Commission de délimitation des terrains réservés à la Compagnie (en février 1866) la longueur du terre-plein Nord et celle du bassin de l'Arsenal ont été notablement augmentées.

serait simplement établie sur le terrain naturel, à une certaine distance en arrière de la crête de la fouille de la darse.

Le chenal d'accès, creusé en ligne droite en prolongement de Tarrière-bassin, et courant dès lors, comme lui, dans la direction du N. E. au S. 0.,ne devait pas être endigué. On avait bien eu, un moment, ridée de construire, en prolongement de la rive du terre-plein, pour protéger le chenal d'accès jusqu'à l'accore du banc du Sud, une jetée en enrochements, dite jetée du Nord, d'une centaine de mètres de longueur et s'avançant jusqu'aux fonds de 4 mètres. Mais, comme on pouvait espérer que le chenal, par sa direction même, se trouverait suffisamment abrité par le terre-plein du Nord contre les vents régnants du N. 0.; que, dans le cas contraire, il semblait prudent d'attendre que l'expérience permît de reconnaître la meilleure direction à donner alors à la jetée en question, l'idée de la construction d'une pareille jetée fut provisoirement réservée. L'expérience est venue finalement démontrer qu'une pareille jetée n'était pas nécessaire.

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