Exactement, d'après un plan dressé en 1870, 36 ku
Profils en travers. — Il a été rappelé précédemment que le Conseil supérieur des travaux, en arrêtant le programme des travaux pour l'exécution du projet de la Commission internationale, avait été d'avis d'adopter pour le canal provisoire d'eau douce à exécuter pendant les premières années une largeur de 10 mètres seulement au plafond, au lieu de 20 mètres.
Mais, en même temps que la Compagnie se décidait à construire, en prolongement du canal de l'Ouady, un canal provisoire destiné à relier le plus promptement possible par une voie navigable le désert au centre du Delta (grand centre d'approvisionnements), elle avait reconnu qu'il n'était pas indispensable, pour satisfaire aux besoins d'alors, de donner à ce canal provisoire une largeur de 10 mètres au plafond, et cette largeur fut réduite à 7 m ,70, mieux en rapport avec la largeur même du canal de l'Ouady.
Le profil en travers type comportait donc une cunette de 7 œ ,70 de largeur au plafond, avec talus à 2 pour 1 jusqu'au terrain naturel. La hauteur d'eau dans le canal était, comme il a été dit déjà, de l m ,20 en étiage, correspondant à une largeur de 12 m ,50 à la ligne d'eau, et de l m ,95 dans les hautes eaux, correspondant à une largeur à la ligne d'eau de 15», 50.
La cunette provisoire était ouverte dans Taxe même du canal définitif et les terres étaient de suite portées à la distance convenable pour permettre l'élargissement ultérieur sur chaque rive : le pied des cavaliers de dépôt se trouvait à une distance du sommet du talus de la cunette de 7 mètres sur la rive nord et de 9 mètres sur la rive sud du canal.
Le profil type qui vient d'être décrit a dû, après la première exécution, être modifié sur un assez grand nombre de points :
Tantôt il a fallu adoucir les talus des berges, établir des banquettes au niveau des hautes eaux, créer des chemins de halage ; c'est ainsi, notamment, qu'au passage de Gassassine, où le Canal était ouvert à travers des sables très mobiles, on dut adopter finalement des talus à 4 pour 1 ; sur d'autres points, des talus à 3 pour 1 ;
Tantôt il a fallu recharger ou consolider au moyen de fascinages les digues établies à la traversée des bas-fonds ; ce qui a eu lieu notamment à la traversée des bas-fonds de Sababiars ;
Tantôt, enfin, on a eu à protéger le canal contre l'envahissement des sables du désert, chassés par le vent, au moyen de haies sèches ou d'essais de plantations, indépendamment d'essais semblables à la ligne d'eaipcontre le batillage.
Exécution des travaux. — Les travaux ont été exécutés par les contingents d'ouvriers égyptiens.
L'alimentation en eau douce de ces ouvriers était assurée de la manière suivante :
Antérieurement à la mise en train des travaux, une rigole ayant son origine au lac Maxamah avait été construite, portant l'eau douce jusqu'à Bir-abou-Ballah, d'où elle devait être menée ensuite, au moyen de conduites en poteries, jusqu'au pied des grands chantiers de terrassements du seuil d'El Guisr; en eaux basses, la rigole élait alimentée au moyen de nombreuses chadoufs installées sur le bord du lac.
C'est à cette rigole, que suivait à peu près parallèlement, à peu de distance, le tracé du canal d'eau douce, qu'allaient s'alimenter les ouvriers employés à la construction du canal 4 .
Il est à peine besoin de dire qu'à mesure qu'une section de canal était achevée, elle était mise aussitôt en eau, contribuant ainsi pour sa part à l'alimentation d'une partie du contingent employé à la section suivante.
Les terrains rencontrés sur une assez grande partie du tracé étaient très durs, la couche inférieure du sol étant une glaise mêlée de carbonate de chaux et de gravier.
Le Canal a été livré à la navigation le 23 janvier 1862 2 . Les travaux avaient commencé dans la seconde quinzaine d'avril 1861. Us avaient donc été exécutés en neuf mois; 55.893 ouvriers y avaient été employés, ayant fourni, chacun, en moyenne, une vingtaine de jours de travail.
Le cube total des terrassements, pour une longueur de 34 kB ,855 (mentionnée dans les documentsde l'époque), a été de 1.013.200 mètres cubes, correspondant à une moyenne de 29 mètres cubes par mètre courant.
Déversoir dk Néficue. — En même temps que se faisaient les études du tracé de la branche de Suez — dont il sera parlé plus loin, — ayant son origine à Néflche, au point 31 km ,875 du canal principal, et dont les travaux ont commencé dans la seconde quinzaine de novembre 1862 r on a procédé à la construction, sur le canal principal même, à une certaine distance à l'aval de l'origine de la branche dérivée, d'un déversoir destiné à décharger son trop plein, en hautes eaux, dans les lagunes voisines du lac Timsah.
Ce déversoir a été placé à l'extrémité d'un petit branchement du canal, de 80 mètres de longueur, ayant son origine au point 32 ka ,325, c'est-à-dire à une distance de 450 mètres de l'origine de la branche de Suez, et faisant avec la direction du canal un angle de 119°. A la suite
1. Dans le courant du mois d'août 1861, des escouades d'ouvriers étaient employées entre le lac Maxamah et Rhamsès. Comme, & ce moment, il n'y avait plus d'eau dans la rigole, le lac étant presque à sec, cinq puits étaient été creusés dans le lit même du canal ; mais trois de ces puits n'ayant donné que de l'eau saumâtre, une notable partie des ouvriers durent être repliés vers Maxamah.
2. Dans les derniers jours de ce même mois de janvier, M. de Lesseps a fait le voyage par eau, avec la même barque, depuis le Caire jusqu'au lac Timsah-
de l'ouvrage se trouve un canal de fuite en prolongement de l'alignement du branchement.
Le déversoir, construit en maçonnerie, comprend trois pertuis de 3 mètres chacun de largeur fermés au moyen de poutrelles. Le radier du pertuis central est à la cote 22 m ,90, c'est-à-dire à quelques centimètres seulement au-dessus du plafond du canal. Les radiers dos pertuis latéraux sont à l m ,20 plus haut. Les culées de rives sont accompagnées de murs en retour. Entln l'ouvrage est couronné d'un tablier en charpente de 18 m ,70 de longueur et de l m ,30 de largeur de voie entre les garde-corps.
Les travaux, commencés le 1 er août 4862, ont été terminés dans le courant du mois de novembre suivant.
2° BIEF D'iSMAÏLIA
On a vu précédemment que, d'après l 'avant-projet des ingénieurs du Vice-Roi en date du 20 mars 1855, le Canal d'eau douce, dit Canal de communication et d'irrigation*, était destiné à relier l'intérieur de l'Egypte au Canal maritime; et que, pour remplir ce but, le canal, après avoir, dans la dernière partie de son parcours, suivi la voie de l'Ouady, où il était maintenu constamment le plus haut possible, devait aller déboucher dans le lac Timsah par une double écluse rachetant une différence de niveau évaluée alors à 7 mètres.
Le Canal provisoire construit d'urgence par la Compagnie, de Gassassine à Ismaïlia, — auquel, plus tard, au commencement de l'année 1877, le Gouvernement égyptien substitua un canal à grande section pour être incorporé au canal définitif ayant son origine au Caire, — était destiné non seulement à amener le plus promptement possible l'eau du Nil jusqu'au centre de l'isthme, mais encore à fournir, concurremment avec la rigole maritime, une voie d'eau non interrompue, mettant en communication Port-Saïd et toute la moitié nord du Canal maritime avec le centre du Delta, et, un peu plus tard, après la construction de la dérivation de Suez, avec les chantiers de la moitié sud du Canal maritime et avec le port de Suez.
Il était donc indispensable de construire de suite, à l'extrémité du canal provisoire, le complétant ainsi, les deux écluses destinées à racheter la différence de niveau existante entre les niveaux respectifs de l'eau du canal et la rigole maritime. Ces ouvrages devaient d'ailleurs, naturellement, être construits à titre définitif.
1. On sait que l'acte de concession du 5 janvier 1856 désigna à son tour le canal d'eau douce à construire par la Compagnie comme Canal d'imgation approprié à la navigation fluviale du Nil et joignant le fleuve au Canal maritime.
Les dispositions qui furent adoptées au sujet de remplacement des deux éclusesont été basées sur les considérations suivantes :
Devait-on, comme le prévoyait l'avant-projet, adopter une double écluse ?
Si, prolongeant jusque-là le canal, on plaçait la double écluse à l'extrémité aval du plateau, près du débouché dans le lac, on aurait devant la future ville un canal à niveau très élevé, presque à hauteur du sol même de la ville, ce qui serait funeste à la salubrité. Si, au contraire, on plaçait la double écluse à l'origine même du plateau, on aurait à creuser une tranchée très profonde pour l'établissement du canal jusqu'au lac, d'où résulteraient une notable augmentation de dépense, l'existence sur le bord du canal de cavaliers de dépôt très élevés, enfin, de sérieuses difficultés d'accès pour les relations entre les barques et la ville.
On se décida donc à placer Tune des écluses à l'amont du plateau et l'autre à l'aval, créant ainsi entre les deux écluses un bief où le niveau de l'eau se trouverait à mi-hauteur entre les deux niveaux d'amont et d'aval.
Le choix de l'emplacement de l'écluse d'amont fut déterminé d'après les conditions que présentait le relief du sol :
11 fut décidé que le canal venant de Gassassine serait prolongé jusqu'au point où le terrain cessait de se trouver assez haut pour permettre l'établissement de la cunette complètement en déblai; et ce point détermina naturellement l'emplacement de l'écluse. Au delà, le terrain allait s'abaissant en pente douce pour atteindre, à peu de distance, le niveau du plateau à peu près horizontal devant servir d'assiette à la ville ; et c'était, à travers ce plateau, à sa limite du côté du lac, que devait être creusé le bief compris entre les deux écluses.
Quant à l'écluse d'aval, on s'attacha à la placer le plus près possible du lac, en choisissant d'ailleurs pour son emplacement un point qui permît de réduire autant que possible le cube des terres à enlever pour les fouilles de l'ouvrage ainsi que les déblais du Canal de jonction, — dont il sera parlé plus loin, — destiné à relier le canal d'eau douce à la rigole maritime.
Biep entre les deux écluses. — Tracé. — Le canal d'eau douce arrivant de Gassassine présentait, en avant de l'écluse d'amont du bief, un alignement droit de 720 mètres de longueur traversant un premier plateau d'une altitude un peu plus élevée que celui à travers lequel le bief devait être établi 4 . Le tracé du bief prolongea l'alignement précédent jusqu'à l'extrémité du second plateau, sur une longueur (y compris
1. La ville d'Ismaïlia s'étend vers l'ouest, le long de cet alignement, jusqu'à une distance de 400 mètres de l'écluse. Vis-à-vis les 320 mètres restants de l'alignement se trouve le village arabe.
Fécluse d'amont) d'environ 900 mètres. L'ensemble forma ainsi un grand alignement droit d'environ 1.600 mètres de longueur, tracé à peu près parallèlement à la rive du lac, et qui détermina les alignements des rues de la ville d'Ismaïlia. Le tracé, un peu avant d'arriver à l'extrémité du plateau, se courbait 1 pour aller aboutir à proximité du lac par un nouvel alignement droit, à l'extrémité duquel se trouvait l'écluse d'aval du bief*.
La longueur totale du bief entre les deux écluses était de 1.255 mètres.
Profil en travers. — La cunette du canal, dans l'étendue du bief, avait une largeur de 8 mètres au plafond (comme la branche de Suez) et des talus à 2 pour 1. Le niveau de l'eau dans le bief devait être maintenu à la cote 21 m ,50, moyenne entre la cote 24 m ,80 du niveau des hautes eaux dans le canal même et la cote 18 m ,20 du niveau de l'eau dans la rigole maritime. Le plafond était établi à l m ,95 en contre-bas, c'est-à-dire à la cote 19,55.
Écluses. — Dimensions et dispositions générales. — La cote des hautes eaux dans le canal venant de Gassassine était 24 m ,80
Celle du niveau de l'eau dans la rigole maritime 18 20
La différence de niveau à racheter était donc de 6 m ,C0
Pour racheter cette différence de niveau on a adopté deux écluses semblables ayant chacune un mur de chute de,3 m ,30 de hauteur.
Eu égard aux dimensions des barques du plus grand modèle naviguant sur le Nil, la longueur du sas fut fixée à 33 mètres 3 . On avait adopté d'abord pour ces sas une largeur de 6 mètres, jugée suffisante pour la navigation fluviale; mais, par suite de considérations qui seront développées à propos de la dérivation de Suez, cette largeur fut finalement portée à 8 m ,50.
Dans chacune des deux écluses, le buse d'amont est au niveau du plafond du canal, c'est-à-dire à l m ,95 en contre-bas du niveau des hautes eaux ; le radier de la chambre des portes d'amont est à m ,25 en
1. Eléments de la courbe : R = 221",16; A = 106' :• Développement 296 mètres.
2. La longueur totale jiu bief y compris les écluses se trouvait, en conséquence, être la suivante :
Longueur entre les écluses.. 1.255"
— de l'écluse d'amont 52 ,85
— de l'écluse d'aval.. 52 ,05
Longueur totale 1 .359",90, en nombre rond, 1 . 360 mètres.
On verra plus loin, au cours de la description du canal à grande 'section de Gassassine à Ismaîlia, construit de 1814 à 1817 par le Gouvernement égyptien, que la longueur du bief d'Ismaïlia entre les deux écluses se trouvait indiquée alors comme étant de 1.285 mètres.
3. Par suite d'une erreur de construction, le sas de l'écluse d'aval n'a que 32 B ,i 8 de longueur au lieu de 33 mètres.
contre-bas (le Canal à l'abord de l'écluse esl approfondi, en conséquence, en pente douce); le radier du sas et le buse d'aval sont au même niveau; le radier de la chambre des portes d'aval est à m ,25 en contre-bas et le radier à la suite du buse à m ,45 en contre-bas de celui-ci ; enfin le couronnement des bajoyers surmonte de m ,60 le niveau des hautes eaux.
Des précautions étaient à prendre pour se débarrasser du limon, que charrient en grande quantité les eaux dérivées directement du Nil. Ou avait à ce sujet, comme exemple, les dépôts de vase qui se produisaient derrière l'écluse de Zagazig, dans le Bahr-Moëz, et qui atteignaient des épaisseurs de plus de 1 mètre quand les portes étaient restées plus de cinq à six semaines sans être manœuvrées.
Pour atteindre le but désiré, en même temps que pour accélérer le remplissage et le vidage du sas, il a été établi dans chaque bajoyer un aqueduc latéral prenant les eaux par deux branchements placés au niveau du radier de la chambre des portes d'amont et les conduisant, soit dans le bief d'aval, soit par deux autres branchements débouchant dans la chambre des portes d'aval dans le sas même. L'aqueduc principal, à ses extrémités amont et aval, et les deux branchements débouchant dans le sas sont munis de vannes par le jeu desquelles on peut, à volonté, soit déverser l'eau du bief d'amont dans le bief d'aval, soit activer le remplissage et le vidage des sas en venant en aide aux vannes des portes, soit, enfin, produire des chasses balayant les chambres des portes et y empochant ainsi les dépôts de vase.
Le radier des écluses, le mur de chute, les bajoyers, les murs en retour et les voûtes des aqueducs sont en maçonnerie de moellons ordinaires; les parements vus des maçonneries en moellons smillés, les uns et les autres provenant de la carrière du plateau des Hyènes; enfin, les buses, les chardonnets, les chaînes d'angle, les voussoirs de tête des voûtes des aqueducs, la suite du radier et les couronnements des bajoyers en pierres de taille de la carrière de Gebel Geneffé.
A l'écluse amont, la maçonnerie de fondation a été faite avec un mortier composé de 300 kilogrammes de ciment Portland pour 4 mètre cube de sable et le surplus de la maçonnerie avec un mortier de chaux grasse du pays et de pouzzolane de Santorin. A l'écluse aval, la maçonnerie de fondation et celle des bajoyers jusqu'à l m ,20 au-dessus du niveau de la mer a été faite avec un mortier composé de 350 kilogrammes de chaux du Theil pour 1 mètre cube de sable, et le surplus des maçonneries avec un mortier de chaux du pays et de pouzzolane 1 .
i. Les travaux de maçonnerie des deux écluses avaient été donnés à l'entreprise, le 2 février 1864, et ils devaient être achevés dans un délai de six mois. Mais ils ne purent être terminés que dans la première quinzaine d'août 1865, par suite des diverses circonstances suivantes : modification de la largeur du sas décidée en cours d'exécution (en niai 1864); insuffisance des pierres
Les maçonneries des deux écluses, commencées en février 1864, n'ont été terminées que dans la première quinzaine d'août 1865. En même temps qu'elles s'achevaient, le montage des portes avait lieu, en sorte que les deux écluses se trouvèrent dès lors prêtes à fonctionner. Le montage du pont-levis n'eut lieu que quelques mois plus tard.
Portes. — Les portes des deux écluses sont en fer. Elles sont munies de vénielles et surmontées de passerelles.
Elles ont les dimensions suivantes :