AVANT-PROJET LIN A NT BEY ET MOUGEL BEY
l'Expédition Française, sous la direction de M. Lepère, avait fait ressortir une surélévation du niveau de la mer Rouge, à haute mer, h Suez, de 9 m ,91 par rapport au niveau de la Méditerranée, à basse mer, à Peluse. Un pareil résultat, bien que conforme à la tradition et paraissant pouvoir être expliqué par des considérations géologiques, n'avait pourtant pas été accepté sans protestations 1 . Plus tard, des voyageurs étaient venus sur les lieux pour le vérifier. Dans une enquête devant le Comité du Parlement anglais, en 1834, le capitaine Chesney avait déclaré que le niveau des deux mers était parfaitement le même; en 1841, d'autres officiers anglais, en opérant avec le baromètre, et, ensuite, par le procédé d'ébullition de l'eau, n'avaient pu découvrir aucune différence sensible entre les niveaux des deux mers. Une grande incertitude régnait dans les esprits à ce sujet, lorsque, en 1847, la Société d'études à la tête de laquelle se trouvaient MM. les Ingénieurs Negrelli, Robert Slephenson et Talabot fit exécuter un travail complet de nivellement par M. Bourdaloue, ayant sous sa direction des opérateurs français très exercés et munis d'excellents instruments, et auquel S. A. le Vice-Roi avait prêté le concours d'une brigade d'ingénieurs égyptiens et d'un nombreux personnel placés sous les ordres de Linant Bey. Dans son rapport, publié en 1847, M. Talabot était entré dans tous les détails des opérations de nivellement et de vérification ainsi exécutées, et il s'était efTorcé d'en justifier les résultats qui se traduisaient, en définitive, par une très faible différence de niveau entre les deux mers. Ces résultats étaient tellement contraires à ceux obtenus par Lepère que,
1. Lorsque le résultat du nivellement de Lepère fut connu de l'Europe savante, au commencement du xix* siècle, il n'y eut que quelques esprits supérieurs, en très petit nombre, qui le révoquèrent en doute. Parmi les protestations, on peut citer celles de Laplace et Fourier. Ces illustres savants, en vertu de considérations purement théoriques sur l'équilibre des eaux à la surface du globe, n'acceptèrent pas la possibilité de l'énorme différence de niveau signalée.
sur les inslances des savants français, le Consul général de France en Egypte sollicita et obtint du Vice-Roi qu'une nouvelle vérification fût faite par les soins de Linant Bey- Cette vérification eut lieu en 1853, et elle confirma l'exactitude des opérations de 1847 puisque la différence de niveau entre les repères des deux points extrêmes de la ligne fut retrouvée la môme à m , 18 près.
On ne pouvait donc hésiter sur le choix à faire entre les nivellements de 1799 et ceux de 1847 et 1853. Ces derniers,, en effet, avaient été faits dans les conditions les plus favorables et se vérifiaient, tandis qu'au contraire le nivellement de 1799 avait été exécuté au milieu des vicissitudes et des dangers de la guerre, dans un pays ennemi et sous un climat auquel les ingénieurs n'étaient pas habitués. M. Lepère avait, d'ailleurs, émis lui-môme des doutes sur les résultais de son nivellement, puisque, dans son mémoire, il s'exprimait, à leur sujet, ainsi qu'il suit :
« Pressés par le temps, inquiétés par les démonstrations « hostiles des tribus arabes, obligés de suspendre à plu- « sieurs reprises l'opération, forcés d'exécuter au niveau « d'eau, une grande partie des nivellements, mis, enfin,. « dans l'impossibilité de faire aucune vérification, il n'y a « rien d'étonnant à ce que les ingénieurs habiles qui fai- « saient ces opérations dans des circonstances si exception- « nelles soient arrivés à des résultats incertains. »
Les auteurs de l'avant-projet ont donc adopté les nivellements de 1847 et de 1853.
TRACÉ DU CANAL MARITIME (PLANCHES III, X BT Xi)
La configuration de l'Isthme commandait la direction générale du tracé à suivre pour l'assiette du Canal. En effet r entre le fond du golfe de Suez et le golfe de Péluse, dont la distance en ligne directe, du Sud au Nord, est d'environ