‹ Le canal de Suez (volume 3)Chapitre 57 sur 141 · TRAVERSÉE DU SEUIL DU SERA PEU M · texte numérisé non relu

TRAVERSÉE DU SEUIL DU SERA PEU M

C'est dans la partie du canal comprise entre le lac Timsah et les lacs Amers, formant la traversée du seuil du Sérapéum, que le tracé de 1859 présentait le plus de sinuosités. Sur un parcours total de 12.587 mètres, le dit tracé comportait six courbes, du numéro 13 au numéro 8, ayant respectivement des rayons de 800, 1.000, 2.000, 1.600, 1.600 et 2.000 mètres. Cette portion du tracé étaitdonc une de celles qui réclamaient le plus impérieusement une amélioration. Aussi, dès la fin de 1861, avant qu'il fût encore question, dans les plans de campagne des travaux, d'entreprendre de ce côté les déblais du Canal maritime, avait-on déjà commencé à s'occuper, dans la portion de canal considérée, de l'étude de variantes du tracé de 1859.

Bien antérieurement à la date qui vient d'être indiquée, la Compagnie avait créé l'important campement de Toussoum, au sujet duquel on trouve dans le rapport du Président de la Compagnie à l'Assemblée générale des actionnaires du 15 mai 1860, les renseignements suivants :

'< Au sud du bassin de Timsah, sur un plateau élevé au « pied duquel passe le tracé du Canal maritime en débou- « chant dans le lac, sont situés le campement et les chan- « tiers de Toussoum.

» Les environs de Toussoum abondent en matériaux: « pierres, chaux, plâtres, combustibles, etc. Des conditions « aussi favorables ont fait choisir, au commencement des « travaux, cette position comme centre de communication « et d'approvisionnement, pour tous les chantiers situés <c entre Timsah, Port-Saïd, le Caire et Suez.

« Toussoum se compose de trente-trois constructions « en pisé faites dans les meilleures conditions pour hôpital, « ateliers, magasins, logements, boulangerie, étables, « forges, fours, puits, etc. »

Pendant toute la durée de la phase des premiers travaux d'installation dans l'intérieur de l'Isthme, le campement de Toussoum fut, en effet, le centre principal d'occupation des divers services de la Compagnie, chargé de pourvoir par ses ateliers, ses magasins, son service de santé, son personnel de travaux à tous les besoins des autres campements depuis El Ferdane jusqu'à Suez»

Le plan général comparatif des divers tracés (Planche XI) fait voir que ce campement, situé au droit de l'angle VIII du tracé d'exécution, à l'Ouest et tout près de ce tracé, se trouvait à 1 kilomètre environ de distance dans l'Est du tracé de la Commission interpationale avec lequel vint ensuite se confondre, sur ce point, le tracé qui fut proposé plus tard par l'Entrepreneur-régisseur et approuvé ensuite par le Conseil supérieur des travaux. C'est que, en même temps que s'étaient faites les études de ce dernier tracé, il avait fallu s'installer; et c'était avant que Ton pût prévoir les résultats définitifs des dites études qu'avait été choisi le plateau de Toussoum pour l'établissement du campement central de toute cette région de l'Isthme. Au point de vue de la santé des travailleurs, à une époque où l'on ignorait encore les conditions sanitaires qui pourraient résulter des grands mouvements de terre que Ton avait à exécuter ; au point de vue même de la sécurité du personnel, au milieu de ce désert fréquenté par des Arabes nomades, et à un moment où la Compagnie était en butte à d'ardentes hostilités, le choix d'un pareil emplacement devait paraître parfaitement justifié; mais il eut malheureusement ensuite, comme nous allons l'expliquer, une fâcheuse influence sur le choix définitif du tracé d'exécution.

Pendant que, dans les derniers mois de 1861, on se

préparait, ainsi que nous l'avons dit plus haut, à faire l'étude d'une rectification du tracé de la traversée du seuil du Sérapéum, comme le moment approchait où les travaux de creusement de cette partie du Canal pourraient être entrepris à leur tour, — et ce devait être immédiatement sur une grande échelle, — on eut à examiner en même temps la question de rétablissement du campement spécial nécessaire pour lesdits travaux. Or, dans rétablissement de tous les campements installés le long du Canal maritime pour les besoins des travaux, il a été de règle invariable, — sauf une seule exception, celle du campement de K an tara, — de placer lesdits campements sur la rive Ouest ou côté Afrique du Canal, une pareille disposition étant commandée par la nécessité d'avoir les campements en communication directe avec les centres d'approvisionnements et avec le canal d'eau douce et ses dérivations. Il va sans dire» d'ailleurs, que les campements ont toujours été rapprochés le plus possible du Canal. Le campement de Toussoum se trouvant, par rapport au tracé de 1859, et devant se trouver par rapport à tout tracé rectifié ayant la même direction générale que le tracé primitif, situé du côté Asie et à une *assez grande distance du canal, ne pouvait être avantageusement utilisé pour le but spécial indiqué ci-dessus. On fit donc un projet d'établissement d'un nouveau campement sur des bases analogues h celles d'un campement très important alors en cours de construction au seuil d'El Guisr; la nouvelle installation projetée devait occasionner une dépense d'environ 200.000 francs. C'est alors que fut proposée par les Ingénieurs et immédiatement adoptée en principe par la Compagnie, puis étudiée en détail dans le courant de 1862,. et, enfin, définitivement adoptée de fait par le piquetage sur le terrain pour exécution à la fin de ladite année, une autre solution consistante donner au tracé rectifié, à partir du lac Timsah, une direction faisant passer ce tracé tout j)rès et dans l'Est du campement de Toussoum, de manière

canal maritime : tracé 141

à permettre d'utiliser ce campement, et de réaliser ainsi une grande économie de temps, de peines et d'argent.

Telle a été la cause déterminante, unique même, du coude brusque que présente au droit de Toussoum le tracé définitif d'exécution , coude d'autant plus fâcheux au point de vue de la navigation qu'il se trouve dans une tranchée profonde. L'inconvénient de ce coude encaissé eût été beaucoup moindre si l'on avait donné à la courbe de raccordement des deux grands alignements, au lieu du rayon de 2.000 mètres jugé alors suffisant dans les terrains de faible relief, un rayon de 3.000 à 4.000 mètres. Mais ce qui eût été bien préférable encore, lors des études de la rectification, c'eût été de se résigner à sacrifier complètement le campement de Toussoum, — qui n'a été utilisé, plus tard, en réalité, que pendant une très courte période de la durée des travaux du seuil du Serapéum, — et de maintenir le nouveau tracé, au droit de ce campement, à peu près dans la même région, sinon plus h l'Ouest encore, que les tracés de 1856 et de 1859. On eût probablement reconnu alors la possibilité, en ne reculant pas, au besoin, devant un certain excédent de déblais pour donner une satisfaction plus complète aux intérêts de la navigation, d'adopter pour toute la traversée du seuil du Serapéum, un seul alignement droit partant des grandes profondeurs du lac Timsah pour aboutir à peu près au même point que le tracé actuel dans les lacs Amers. En outre de sa supériorité incontestable au point de vue de la navigation, tant à cause de l'absence de coudes qu'en raison de l'abréviation de parcours, cette solution aurait eu encore l'avantage de rapprocher beaucoup le Canal maritime du Canal d'eau douce, ce qui aurait eu pour double résultat, d'une part, de faciliter les approvisionnements généraux et l'alimentation en eau douce des chantiers pendant la durée des travaux; d'autre part, de réduire les dépenses ultérieures d'entretien, par suite de la réduction de largeur de la zone de terrain

comprise entre les deux canaux, dont la surface dénudée, balayée par les vents de Khamsin, fournit les sables voyageurs qui vont tomber dans le Canal.

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