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PROFILS D'EXÉCUTION

Profils-types de 1863. — Le profil de 58 mètres de largeur à la ligne d'eau arrêté par le Conseil supérieur des travaux et complété plus tard, quant aux détails relatifs aux banquettes el aux cavaliers de dépôt des terres, ainsi qu'il sera expliqué ci-après, a servi pendant longtemps de type unique pour l'exécution des travaux. Ce profil devait, dans la pensée du- Conseil, être appliqué sur toute la longueur du canal; aussi pendant le cours des six premières années des travaux, de 1860 à 1865, sur tous les points du parcours du canal où l'on a mis successivement la main à l'œuvre, savoir : a la traversée du lac Menzaleh et des lacs Ballah, au seuil d'El Guisr, au seuil du Sérapéum (vis-à-vis de Toussoum), enfin, au seuil de Chalouf, les tranchées ont-elles d'abord été invariablement ouvertes et les banquettes formées sur les largeurs et aux distances prévues par les indications dudit profil.

Le Conseil supérieur des travaux, en arrêtant le profil de 58 mètres de largeur à la ligne d'eau comme profil définitif d'exécution, n'avait donné aucune indication spéciale, — s'en référant sans doute implicitement à ce sujet aux profils-types de la Commission internationale qui étaient eux-mêmes incomplets sous ce rapport, — concernant les talus au-dessus de l'eau dans les différentes hypothèses de déblai ou de remblai, la forme des banquettes dans les cas de remblai, enfin, les distances auxquelles il faudrait porter

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les terres déposées en cavaliers. Ces diverses questions furent, en conséquence, l'objet de propositions successives de la part des Ingénieurs, suivies de décisions de la Compagnie.

Nous allons rendre compte, par ordre de date, de ces décisions.

Ainsi que nous le disions plus haut, parmi les résolutions à prendre au sujet du nouveau profil, il y avait celle concernant les distances auxquelles devraient être déposées en cavaliers les terres provenant des déblais ; en d'aulres termes, on avait à résoudre la question de savoir si, malgré la réduction delà largeur de la cunette du canal, il convenait ou non, au point de vue de l'avenir, de déposer les terres à la même distance de Taxe que dans les profils à grande largeur de la Commission international*!. Or, voici quelles étaient à ce sujet, au moment où se posa la question (au commencement de 1862), les idées de la Compagnie :

Les travaux s'exécutaient alors en vertu d'un traité de régie intéressée du 29 février 1860, confirmant et complétant un traité provisoire du 14 février de Tannée précédente. D'après ce traité, les travaux devaient être exécutés conformément au projet de la Commission internationale avec les modifications qui y avaient été introduites (en novembre 1858) ! par le Conseil supérieur des travaux. Enfin, l'un des articles dudit traité contenait la stipulation suivante : « Art. H. — Les terres provenant « des déblais devront toujours être déposées aux points les « plus rapprochés des fouilles, suivant le profil normal ; « mais d'autres emplacements pourront être déterminés par « le Directeur des travaux ; seulement, en cas de transports

1. Le traité du 29 février 1860, bien que postérieur à la décision du Conseil supérieur des travaux du mois d'août 1859 portant réduction de la largeur du canal à 58 mètres, n'a pourtant pas fait mention de cette décision, parce que, en ce qui concerne la spécification des travaux à exécuter, il n'a fait que reproduire les dispositions du traité provisoire antérieur du 14 février 1859.

« exceptionnels qui ne seraient pas indispensables pour « l'établissement des canaux, mais qui seraient ordonnés « et exécutés dans l'intérêt particulier de la Compagnie, « il en sera fait état supplémentaire. » En vertu de cet article, il paraissait impossible à la Compagnie d'exiger du Régisseur intéressé qu'il portât les déblais au delà des distances correspondantes à la largeur qu'il serait chargé d'exécuter d'après le nouveau profil-type adopté. Si, en effet, la Compagnie entendait profiter de la latitude qu'elle s'était réservée de limiter les travaux, il fallait que cette limitation eût lieu avec toutes ses conséquences, et sans aucune réserve au préjudice du Régisseur. La résolution, si elle était prise, de transporter immédiatement les terres de déblai à. la distance correspondante aux profils primitifs, obligerait donc à faire état supplémentaire des excédents de transport, et il s'agissait dès lors de savoir s'il y avait lieu pour la Compagnie de s'imposer le surcroît de dépense qui en serait la conséquence. A l'encontre d'une pareille résolution on faisait valoir les considérations suivantes : lorsqu'on avait décidé que le canal maritime ne serait fait d'abord que sur une largeur de 58 mètres, largeur considérée comme devant être parfaitement suffisante pour une durée assez longue de l'exploitation, tout le monde avait été d'accord pour reconnaître que si, un jour, par suite d'un grand développement du transit, il devenait nécessaire d'élargir le canal, on conserverait très probablement néanmoins la largeur de 58 mètres dans les seuils d'El Guisr et du Sérapéum; que, dès lors, et eu égard à ce que l'élargissement dans les lacs ne serait toujours qu'un travail de peu d'importance relative, à. quelque distance qu'eussent été primitivement déposés les déblais, il n'y avait pas à se préoccuper, dans l'établissement du canal primitif, des nécessités plus ou moins problématiques d'un futur élargissement. On faisait ressortir encore combien il serait contraire aux intérêts réels des actionnaires de grever le

présent d'un grand surcroît de dépense en vue d'un intérêt éloigné et fort incertain : il suffirait, en effet, que le canal primitif restât tel quel pendant une quinzaine d'années pour que le capital qu'on aurait employé d'abord en vue d'un futur élargissement acquît une valeur double; pendant trente ans, une valeur quadruple. Il valait beaucoup mieux assurément laissera chaque temps son œuvre. Si, d'ailleurs, il devenait nécessaire quelque jour d'élargir le canal, c'est que le mouvement maritime aurait pris un grand développement, et les bénéfices que réaliserait alors la Compagnie ne laisseraient naître aucun regret de la nécessité où l'on se trouverait d'une dépense éventuelle de quelques millions en plus pour la reprise des déblais. En conséquence de toutes ces considérations, il n'y avait aucun doute dans la pensée de la Compagnie sur la manière dont devait être interprétée la résolution précédemment prise de ne faire provisoirement le canal que sur une largeur de 58 mètres. Conformément h l'article 11 du traité de régie intéressée, les terres devaient être déposées aux points les plus rapprochés des fouilles, suivant les types de profils en travers adoptés par la Commission internationale : pour la traversée des seuils, d'après la nature du terrain, cette interprétation n'était susceptible d aucune exception; pour la traversée des lacs, où la forme du profil devait avoir une grande influence sur la réussite du travail lui-même, la faculté était naturellement laissée aux Ingénieurs de proposer dans les profils approuvés telles modifications qu'ils jugeraient indispensables, sauf à débattre ensuite, s'il y avait lieu, avec le Régisseur, les conditions d'exécution des travaux suivant les nouveaux profils.

Il fut donc définitivement admis que, dans l'exécution du nouveau profil de 58 mètres de largeur à la ligne d'eau, les terres que l'on aurait à porter en cavaliers seraient déposées à 4 mètres de distance de la crête des talus des tranchées, de manière à ménager le chemin de halage de 4 mètres de

largeur prévu par le profil de Tavant-projet et tacitement conservé plus tard dans les nouveaux profils du projet de la Commission internationale. '

Pour les autres détails du nouveau profil, la Compagnie, en janvier 1862, adopta les dispositions suivantes : en ce qui concernait la cunette proprement dite du canal, il n'y avait rien à changer aux dispositions arrêtées par le Conseil supérieur des travaux; dans les tranchées au-dessus de la ligne d'eau et jusqu'à la rencontre du terrain naturel, il était admis, en principe, que les talus seraient, comme dans la partie inférieure, réglés à 2 mètres de base pour l mètre de hauteur, et que Ton établirait sur chaque rive une banquette ou redan de 2 mètres de largeur à 3 ou 4 mètres audessus de la ligne d'eau; enfin, il devait demeurer bien entendu que, quelle que fût la nature du terrain, l'inclinaison des talus de la cunette resteraient invariablement fixés à 2 de base pour 1 de hauteur, mais que, au-dessus de la ligne d'eau, cette inclinaison pourrait être modifiée partout où l'expérience aurait donné la conviction qu'un talus plus raide pouvait être obtenu et maintenu définitivement malgré l'action de la chaleur et des vents.

Les dispositions qui viennent d'être décrites ne s'appliquaient qu'à la partie du canal comprise entre la Méditerranée et les lacs Amers. La Compagnie n'avait pas pensé qu'il fût possible d'affirmer, en l'état des choses, que la largeur de profil de 58 mètres serait suffisante pour la partie du canal comprise entre les lacs Amers et la mer Rouge. Il y avait lieu de considérer, en effet, que dans cette seconde partie du canal, il ne suffisait pas d'ouvrir un passage facile pour le croisement de deux navires du plus fort tonnage; qu'il fallait encore, d'une part, assurer l'alimentation des lacs de manière à y avoir toujours une profondeur d'eau minimum de 8 mètres, d'autre part, régler la section du canal de telle sorte qu'à tout état de la marée l'écoulement des eaux pût avoir lieu sans produire une vitesse nuisible, soit pour

la conservation des berges, soit pour la circulation des navires. De nouvelles éludes du profil devaient donc être faites à ce point de vue par les Ingénieurs pour la partie du canal comprise entre les lacs Amers et la mer Rouge.

Les travaux de creusement, qui, pendant les premières années, ne s'étendirent pas au-delà de la partie du canal comprise entre la Méditerranée et les lacs Amers, furent naturellement exécutés partout conformément au profil-type précédemment décrit.

En novembre 1863, les Ingénieurs soumirent à l'approbation définitive de la Compagnie les divers profils-types qu'ils proposaient d'adopter pour toute la longueur du Canal :

Ces profils-types formaient deux séries, savoir :

Une première série concernant la partie du canal comprise entre la Méditerranée et les lacs Amers. Pour cette portion du canal, les profils reproduisaient les dispositions •déjà arrêtées au commencement de 1862, avec une seule modification consistant à donner à la banquette ménagée dans les talus des grandes tranchées une largeur de 3 mètres (Profil n° 1) au lieu de celle de 2 mètres qui était trop promptement encombrée. La largeur de ladite banquette, ajoutée au marche-pied de 4 mètres réservé au sommet des talus des tranchées, formait une largeur totale de 7 mètres égale à la largeur qui avait dû être adoptée pour la banquette unique dans les portions du Canal où Ton devait se servir de grues à déblais 1 (Profils n 0i 2 et 3);

Une autre série concernant la partie du canal comprise entre les lacs Amers et la mer Rouge : dans cette portion du canal, les dispositions projetées pour les profils étaient basées sur cette double considération, à savoir : que, tout

1. Cette largeur de 7 mètres était indispensable pour recevoir les plateformes mobiles en charpente sur lesquelles devaient reposer et cheminer le long du canal les grues destinées à décharger les caisses à déblais. Ce n'est qu'après des essais peu satisfaisants que ces grues ont été remplacées par d'autres appareils pour le transport et la décharge des terres de dragages.

en n'établissant d'abord le canal que sur une largeur de 58 mètres, par raison d'économie, il importait pourtant de se réserver la possibilité de l'élargir plus tard à 80 mètres sans avoir à reprendre les terres déjà déposées; et que, dans cet ordre d'idées, il y avait avantage à faire immédiatement le talus définitif sur Tune des rives du canal, par exemple sur la rive Afrique, de manière h n'avoir plus tard à élargir que d'un seul côté, rive Asie, puisque l'on évitait ainsi un double travail de d ressèment de talus et que l'on pourrait de suite défendre au moyen d'enrochements le talus ayant un caractère définitif. En outre, on avait dû tenir compte, dans la détermination de la position de la banquette destinée à recevoir le pied des enrochements, aussi bien que de celle destinée au halage, des variations de niveau de la ligne d'eau résultant des mouvements des marées de la mer Rouge.

Les nouveaux profils-types proposés paraissaient aux Ingénieurs devoir satisfaire parfaitement à toutes les conditions du présent, sans engager en rien l'avenir. Ils furent approuvés par la Compagnie, le 2 décembre 1863, sous réserve d'une seule modificatiou concernant les profils de la deuxième série et basée sur ce motif que l'existence constatée de bancs de sel gemme au fond des puits de sondage pratiqués entre les lacs Amers et Suez faisait craindre la possibilité d'éboulements sur les bords du canal; pour diminuer les chances de ces éboulements et, surtout, pour diminuer l'importance de leurs conséquences, la Compagnie avait jugé utile, sur la rive définitive côté Egypte, d'éloigner le pied des cavaliers de la crête de la berge, et elle avait adopté une distance de 10 mètres.

Les profils-types de la Planche XVII figurent les dispositions définitivement approuvées par la Compagnie.

Avant cette approbation définitive, le profil-type n° 1 de la première série avait déjà été annexé à un marché passé le l or octobre 1863 (marché Couvreux) pour l'exécution des travaux de creusement du canal à la traversée du seuil

d'El Guisr, sur une longueur de 15 kilomètres. Après leur approbation, les profils-types de 1863 servirent naturellement debase aux nouveaux marchés qui furent successivement passés pour l'exécution à l'entreprise de la totalité des travaux de déblais. C'est ainsi que les profils numéros 2 et 3 de la première série furent annexés à un marché passé le 13 janvier 1864 (marché William Aiton) pour l'exécution des travaux de dragages entre la Méditerranée et le seuil d'El Guisr; qu'un peu plus tard, les profils-types des deux séries furent annexés à un marché passé le 26 mars 1864 (marché Borel Lavalley et C ie ), pour l'exécution des travaux de terrassements et de dragages entre le seuil d'El Guisr et la mer Rouge; enfin, que les profils-types de la première série furent annexés, y compris un profil exceptionnel dont il sera parlé ci-dessous, à un marché passé le 12 décembre de la même année 1864 (second marché Borel, Lavalley et C ,e ) en remplacement du marché du 13 janvier précédent (marché William Aiton, résilié) pour l'exécution des travaux entre la Méditerranée et le seuil d'El Guisr.

Pour ne rien omettre de ce qui concerne les profils-types de 1863, nous ferons remarquer que les divers marchés d'exécution cités ci-dessus contenaient une disposition commune d'après laquelle il était stipulé :

Qu'à part les terres nécessaires pour la constitution des banquettes sur les portions du canal où le terrain naturel se trouvait en contre-bas desdites banquettes, tous les autres produits des dragages pourraient être déposés de telle manière et sur tels points que l'entrepreneur jugerait convenables, ou transportés à la mer; que, toutefois, à la traversée du lac Menzaleh, à la traversée des autres lacs, et dans les lagunes de Suez, les terres ne pourraient être déposées en cavaliers au-delà des banquettes, et cela aux risques de l'entrepreneur, que sur les portions du canal où le sous-sol présenterait assez de résistance pour ne pas faire redouter les conséquences d'une pareille surcharge ; enfin, que sur les points du canal où le creusement progressif ferait reconnaître que le sous-sol présentait peu de résistance, les dépôts ne pourraient avoir lieu au-delà de la banquette normale qu'en les arasant au niveau de ladite banquette, ou en les reportant à la distance

■minimum qui serait fixée par le Directeur général des travaux. Ce n'était qu'en adoptant cette dernière disposition et à la condition que les talus des fouilles auraient été taillés suivant l'inclinaison prescrite, -que l'entrepreneur cesserait d'être responsable des écoulements qui viendraient à se produire dans les berges.

Nous verrons un peu plus loin que, sur toutes les portions de canal auxquelles s'appliquaient les stipulations ci-dessus, on a finalement adopté de nouveaux profils dans lesquels les banquettes se trouvaient notablement reculées par rapport à la cunette proprement dite du canal ; et nous mentionnerons -de suite à ce sujet que, par suite de l'adoption des nouveaux profils, il a été possible de mettre en dépôt sur les berges la totalité des terres de déblais sans occasionner sur aucun point des éboulements comme ceux que Ton redoutait -et qui auraient fort bien pu se produire, en pareil cas, avec les premiers profils.

Profils a grande largeur de 1866. — L'adoption des profils À grande largeur dont il va être parlé maintenant ayant -occasionné une très notable augmentation des dépenses de premier établissement, nous traiterons la question avec quelque détail.

Lors de la rédaction du marché du 12 décembre 1864, destiné à remplacer le marché résilié du 13 janvier précédent, pour l'exécution des travaux de terrassements et de dragages entre la Méditerranée et le seuil d'El Guisr, on -se trouvait, par suite de Taché vement de nouveaux sondages entrepris dans toute l'étendue de cette portion de -canal, mieux renseigné sur la nature des terrains à traverser qu'on ne Tétait à Tépoque où avaient été arrêtés les profilstypes de 1863 1 . Le profil géologique dressé à Taide des nouveaux sondages avait montré, d'une part, que, dans

1. Les nouveaux sondages dont il est ici question n'ont été terminés que le 10 décembre 1863; et, ainsi qu'on l'a vu ci-dessus (page 231), les profils-types -avaient été soumis le mois précédent, par les Ingénieurs, a l'approbation de la Compagnie. Ce sont ces profils-types qui avaient seuls servi de base aux pourparlers qui avaient précédé la passation du marché du 13 janvier 1864.

toute la partie du canal, d'une longueur de 10 kilomètres, «'étendant du point 10 km ,5 au point 20 km ,5, on rencontrait un terrain absolument vaseux (vase sableuse très fluide) sur toute la profondeur de 8 mètres à creuser; d'autre part, que, dans la partie du canal à la suite du point 20 km ,5 au point 38 km ,5, soit sur une longueur de 18 kilomètres, le terrain à traverser se composait d'une couche d'argile reposant sur une couche de vase argileuse très facilement pénétrable à la sonde, Tune et l'autre divisant par moitiés à peu près égales la profondeur totale de 8 mètres.

En raison des légitimes appréhensions que faisait naître la mauvaise nature du terrain dans l'étendue des deux parties du canal dont il vient d'être parlé, on adopta donc, au moment de la passation du nouveau marché, un profil exceptionnel devant s'appliquer immédiatement à la première partie de 10 kilomètres de longueur (s'étendant de 10 km ,5 à 20 km 5), et pouvant, éventuellement, s'appliquer aussi à la partie suivante de 18 kilomètres (de 20 km ,5 à 38 km ,5).

Dans ce profil (planche XVII), la largeur au plafond restait fixée à 22 mètres; mais, d'une part, les talus de la dunette étaient dressés à 3 de base pour 1 de hauteur jusqu'à leur rencontre avec une ligne horizontale destinée à former risberme à 1 mètre en contre-bas de la ligne d'eau ; et, d'autre part, le talus de la berge sur chaque rive ne commençait qu'à une distance de 16 mètres comptée sur la ligne de risberme à partir du sommet du talus de la cunette, celte distance de 16 mètres ayant été déterminée de manière que, sur les points mêmes où le talus de la cunette viendrait à prendre l'inclinaison limite de 5 de base pour 1 de hauteur, il restât encore au pied du talus de la berge la petite banquette de 2 mètres de largeur prévue par le profil normal pour servir d'assiette aux enrochements de protection dudit talus. Par suite de ces dispositions, la largeur à la ligne d'eau •dans le profil exceptionnel se trouvait être de 100 mètres.

Pour ce qui concernait le mode et les conditions d'exécution du profil exceptionnel, la question fut réglée dans le marché sus-mcntionné du 12 décembre 1864 par les stipulations suivantes 1 :

Pour la portion du canal comprise entre les poteaux kilométriques 40 k ,5 et 20 k ,5 (où devait s'appliquer immédiatement le profil exceptionnel), les produits des dragages devraient être en totalité portés à la mer, à l'exception de la quantité de terre indispensable pour la confection de la nouvelle banquette de l'Est, et au besoin, pour le renforcement de la banquette de l'Ouest, sans que la quantité nécessaire pour ce dernier travail pût dépasser 50 mètres cubes par mètre courant 2 . Au cas où les talus de la cunette du canal ne se tiendraient pas naturellement à l'inclinaison prévue, l'Entrepreneur serait tenu de faire, au même prix du mètre cube et sans prolongation de délai d'exécution T les dragages supplémentaires indispensables pour arriver à la stabilité des talus, au besoin jusqu'à l'inclinaison limite de 5 de base pour 1 de hauteur, et cela, pourvu que la Compagnie eût décidé celte question avant le 1 er janvier 1866, et que, de son côté, l'Entrepreneur eût conduit ses travaux de manière à permettre à la Compagnie de faire en temps utile les expériences nécessaires.

Pour la portion du canal comprise entre les poteaux kilométriques 20>,5 et 38 k ,5, avant d'entamer en grand les dragages suivant le profil normal, l'Entrepreneur creuserait de suite le canal à profondeur sur quelques points en se tenant le plus près possible de la limite Est du plafond, et en rejetant toutes les terres derrière la banquette de rive Est, avec confection d'un cavalier, le tout en vue de permettre aux Ingénieurs d'étudier la manière dont se comporteraient les talus du canal avec ou sans surcharge de terre derrière les banquettes. Ces dragages d'expérimentation auraient principalement lieu au droit des poteaux kilométriques numéros 24, 27, 30 et. 33. Au cas où les faits que constateraient les expérimentations feraient reconnaître la nécessité de modifier le profil du canal en donnant simplement à la cunette des talus plus doux, l'Entrepreneur serait tenu défaire le cube supplémentaire qui en résulterait, au prix même de sa soumission ; mais si.

i. Paragraphes 5' et 6* de l'article 9 traitant du mode d'exécution des travaux.

2. À la date où fut passé le marché, des déblais avaient été faits déjà et les banquettes commencées sur chaque rive, dans la portion de canal considérée, d'après le profil de r>8 mètres de largeur à la ligne d'eau. Le nouveau marché stipula que l'élargissement prévu par le profil exceptionnel serait obtenu en totalité en reculant le plafond du canal vers l'Est, la banquette de rive Ouest ne subissant, quant à elle, aucun déplacement.

indépendamment de l'augmentation de largeur et de cube résultant de l'adoucissement des talus, il était reconnu que les produits des dragages ne pouvaient être déposés en cavaliers derrière les banquettes, et qu'il fallait, ou bien les étendre à de grandes distances par voie de wagonnage, ou bien les conduire à la mer, en un mot, recourir à des moyens d'exécution autres que ceux employés dans les parties suffisamment résistantes du même lot d'entreprise et entraînant un surcroît de dépense, l'Entrepreneur aurait droit à un supplément de prix qui serait arrêté de concert entre lui et le Directeur général des travaux. En aucun cas il ne pourrait prétendre à une prolongation de délai d'exécution pourvu que le nécessaire eût été fait, ainsi qu'il était expliqué précédemment, pour que la question fût décidée avant le l or janvier 1866.

Au commencement de Tannée 1866, les Entrepreneurs signataires des deux marchés des 26 mars et 12 décembre 1864 embrassant l'exécution de toute la longueur du canal, sauf le seuil d'El Guisr, proposèrent de modifier le profil normal de 58 mètres de largeur à la ligne d'eau dans toutes les parties où le terrain n'était pas à plus de 2 mètres audessus du niveau de la mer, en appliquant auxdites parties du canal le profil à grande largeur déjà arrêté pour la portion comprise entre les points kilométriques 10 km ,5 et 20 kni ,5, avec ces deux modifications, pourtant, d'une part, que les risbermes bordant latéralement la cunette proprement dite du canal seraient établies à l m ,75 sous l'eau, au lieu de 1 mètre ; d'autre part, qu'à partir desdites risbermes jusqu'à 1 mètre au-dessus du niveau de l'eau, le talus de la berge serait dressé à son inclinaison de 5 pour 1, continuant ainsi le talus fictif extrême de la cunette. La largeur à la ligne d'eau se trouvait être ainsi de 102 mètres, au lieu de la largeur de 100 mètres du profil du 12 décembre 1864. Il était entendu d'ailleurs que, dans l'exécution, on conserverait partout où ce serait possible, pour les talus de la cunette, l'inclinaison de 2 pour l 1 .

i. Dans le profil exceptionnel annexé au marché du 12 décembre 1864, on avait admis que la risberme serait située, comme la petite banquette du profil normal, à 1 mètre seulement au-dessous de la ligne d'eau ; mais il y

Les Entrepreneurs rappelaient d'abord, à l'appui de leurs propositions, que diverses circonstances les avaient empêchés jusqu'alors de faire les dragages d'expérimentation prescrits par le marché entre les points 20 km ,5 et 38 km ,5, savoir : la perte de temps résultant de l'épidémie de choléra de Tannée précédente; l'impossibilité d'amener, par un chenal étroit et sans profondeur, jusqu'aux points à sonder, de grandes dragues capables de creuser à 8 mètres de profondeur; enfin la lenteur du creusement, dans un terrain très difficile, d'un chenal d'accès suffisant. Tout leur faisait craindre que les essais prescrits ne pussent être faits avant huit ou dix mois. Ces essais, d'ailleurs, quelque nombreux et rapprochés qu'on les fit, donneraient-ils jamais la certitude, dans un terrain où la sonde pénétrait si facilement, que l'on pourrait partout creuser et maintenir entre les berges écartées de 60 mètres à la ligne d'eau, un canal ayant 22 mètres de largeur au plafond avec une profondeur de 8 mètres? Les Entrepreneurs pensaient donc qu'il serait sage de décider immédiatement que, sur cette partie au moins du canal, on adopterait le profil à grande largeur avec la réserve mentionnée plus haut. Ils n'hésitaient pas, du reste, à engager instamment la Compagnie à appliquer d'une manière générale ce profil sur tous les points de la longueur du canal où le terrain n'était pas à plus de 2 mètres au-dessus du niveau de la mer, en faisant remarquer qu'il résultait de leurs moyens d'exécution que c'était précisément dans ces parties seulement qu'il y aurait des cavaliers de dépôt sur les deux rives. D'après les Entrepreneurs, l'augmentation de dépense devant résulter du

avait impossibilité pratique de faire, à la drague, du déblai dans 1 mètre de profondeur d'eau. La nouvelle profondeur de i m ,~l5 assignée à la risberme était donc commandée par les nécessités de l'exécution. Quant à l'inclinaison de 5 pour l pour le talus de la berge, elle se justifiait par cette considération qu'il était impossible de défendre ce talus immédiatement, c'est-à-dire au fur et à mesure des premiers déblais le long de la rive, par une ligne d'enrochements.

nouveau profil serait faible, peut-être nulle; les avantages, considérables. Les principaux de ces avantages devaient être : 1° la certitude absolue de pouvoir donner partout et maintenir sans danger pour les berges les dimensions minima de 22 mètres de largeur au plafond et de 8 mètres de profondeur; 2° la suppression de toute préoccupation au sujet de la tenue des berges : la grande largeur du plan d'eau, en effet, et le talus de 1/5 sur 10 mètres de largeur r dont moitié au-dessus et l'autre moitié au-dessous de la ligne d'eau, atténueraient considérablement l'effet du batillage; en outre, la corrosion des berges ne compromettrait plus la largeur au plafond et n'aurait pour résultat que d'adoucir le talus aux environs de la ligne deau et de l'amener progressivement à une limite d'inclinaison où l'effet des lames deviendrait nul. Les Entrepreneurs évaluaient d'ailleurs ainsi qu'il suit le prix auquel ces avantages pourraient être acquis à la Compagnie.

Les excédents de déblais qu'entraînerait l'exécution du nouveau profil seraient les suivants :

Sur les 10 premiers kilomètres en partant de Port- Saïd, les déblais iraient probablement à la mer ; on ne changerait donc le profil alors existant que si la nature du terrain l'exigeait ; donc pas d'excé- Mètres cubes dent de déblai »

Entre les points 20 k ,5 et 60 k ,5 de la portion nord du canal : 40 kilomètres à 75 mètres cubes par mètre courant 3.000.000

Au sud du seuil du Sérapéum, entre les points 94* et 9^ k 125.000

Entre le seuil de Chalouf et la Quarantaine : 14 kilomètres à 100 mètres cubes par mètre courant . . . 1.400.000

Surcroît de déblai pour tout le canal, environ 4.525.000

D'où résulterait une augmentation de dépense d'environ iû millions de francs. En essayant de conserver le profil actuel — faisaient encore remarquer les Entrepreneurs — la Compagnie serait-elle sûre de faire l'économie de cette

somme? N'était-il pas à craindre, au contraire, que les terrains ne pussent pas supporter partout les talus prévus et qu'il fallût alors revenir au profil large et subir ainsi les dépenses de reculement des berges déjà faites et des déblais déjà déposés, et cela au détriment de la rapidité d'exécution?

Au sujet de cette proposition des Entrepreneurs, les Ingénieurs présentèrent les observations suivantes :

Pour la portion du canal comprise entre les points 20 km ,5 à 38 kn, ,5, en considération des circonstances signalées qui avaient jusqu'alors empêché et qui devaient retarder longtemps encore les dragages d'expérimentation dans ladite portion de canal, vu la nature incertaine du sous-sol, eu égard, enfin, à ce fait que les Entrepreneurs mettaient un grand nombre de dragues en ligne le long de la rive Asie pour creuser de ce côté un chenal navigable dont la prompte exécution était d'un intérêt capital pour la Compagnie, on ne devait pas, suivant eux, hésiter à reporter la banquette de la rive Asie, ainsi que le proposaient les Entrepreneurs, à une distance suffisante pour parer à toutes les éventualités de l'avenir; cette modification de profil produirait une augmentation de déblai d'environ 60 mètres cubes par mètre courant, soit, pour une longueur de 18 kilomètres, une augmentation totale de 1.080.000 mètres cubes.

Pour les autres portions de canal mentionnées dans la proposition des Entrepreneurs, il y avait lieu de faire remarquer, savoir : au sujetde la portion comprise entre les points 38 km ,5 et 60 kn ,5, que, d'après le profil des sondages, le sous-sol était de sable, et que, par conséquent, on ne devait avoir aucune inquiétude touchant le maintien des berges ; au sujet de la portion comprise entre les points 94 et 97 kilomètres également, que, d'après le profil des sondages, le sous-sol était une argile compacte qui devait de même inspirer une complète sécurité pour l'avenir; enfin, au sujet de la portion de canal comprise entre le seuil de Chalouf et la

Quarantaine (où les nouveaux sondages n'étaient pas encore terminés), qu'à supposer même que Ton eût des doutes sur la résistance du terrain du sous-sol — et il n'y avait pour cela aucun motif — l'examen des profils-types adoptés pour toute la partie de canal s'étendant des lacs Amers à la mer Rouge montrait que le dépôt des cavaliers ou l'établissement des banquettes sur la rive Asie avait lieu à une distance qui réservait d'une manière suffisante les éventualités de l'avenir. Pour ces trois portions de canal, il n'y avait donc nul motif d'apporter aux profils-types adoptés une modification devant se traduire par un excédent de déblai de plus de 3 millions de mètres cubes, c'est-à-dire par un notable excédent de dépense et par un retard dans l'époque de l'achèvement des travaux, alors que la Compagnie avait tant d'intérêt à ouvrir le plus tôt possible le canal à la grande navigation et à réduire au strict minimum ses dépenses de premier établissement.

La Compagnie, en ce qui était de la partie du canal comprise entre les points 20 km ,5 et 38 km ,5, s'en rapportant à la connaissance personnelle qu'avaient les Ingénieurs de la nature du terrain à traverser et du matériel dont disposait l'Entreprise 1 , adopta définitivement, vu l'urgence,

1. Parmi le matériel commandé par les Entrepreneurs (en augmentation de celui qui leur avait été cédé par la Compagnie) pour l'exécution de la totalité des travaux compris dans leurs deux lots de dragages, se trouvaient, à l'époque où se discutait la question d'élargissement du profil, les appareils suivants, savoir :

i" 16 grandes dragues commandées à la Société des Forges et Chantiers de la Méditerranée, de dimensions notablement supérieures à celles de 38 autres grandes dragues, dont 20 cédées par la Compagnie (indépendamment de 18 petites dragues) et 18 commandées à la maison Gouin. Dans les 16 dragues des Forges et Chantiers, la hauteur du tourteau supérieur de l'élinde au-dessus du niveau de l'eau était de ll m ,50, 3 mètres de plus environ que dans les autres grandes dragues. Ces dragues avaient été commandées aux dales suivantes : 6 dans le courant de décembre 186i ; 10 dans le courant de juin 1865 ;

2* 4 couloirs pour les grandes dragues des Forges et Chantiers, commandés & la même Société en octobre 1865. « Ces appareils étaient destinés à conduire les matières draguées, mélangées d'eau, à 50 mètres de distance de l'axe des dragues. Ils reposaient, chacun, sur un chaland placé à 18 mètres de l'axe de la drague et se prolongeaient en porte-à-faux à 32 mètres plus loin. Les couloirs existants dans les dragues devaient être remplacés par d'autres,

iv # 16

(février 1866) la proposition de reporter de suite la banquette de la rive Asie à la distance correspondante au profil à grande largeur. Pour les autres parties de canal signalées par les Entrepreneurs comme renfermant des terrains douteux, la Compagnie n'adopta que provisoirement les conclusions des Ingénieurs, en signalant à ceux-ci Futilité de faire dans lesdites portions de canal des observations sur la manière dont se maintiendraient les berges sous l'eau.

La décision qui précède ayant été portée à la connaissance des Entrepreneurs, ceux-ci insistèrent très vivement pour la faire rapporter, considérant, disaient-ils, comme funeste aux intérêts de la Compagnie que Ton n'adoptât pas immédiatement, ainsi qu'ils l'avaient proposé, et sur toutes les parties de canal par eux indiquées, la distance de banquettes correspondante aux profils à grande largeur.

Dans un nouveau rapport sur la question (mai 1866), les Ingénieurs, après avoir fait remarquer que les dragages d'expérimentation prescrits par la Compagnie en divers

disposés de manière à correspondre avec le grand couloir qui pouvait être appliqué d'un côté ou de l'autre de la drague. Chaque couloir proprement dit se composait donc de deux couloirs fixes et d'un grand couloir de 48 mètres de long. Le chaland support avait 22 mètres de long, 9 mètres de large et l-,20 de creux ; son côté opposé à la drague était circulaire. » Les 4 couloirs avec leurs chalands devaient, d'après le marché de commande, être terminés aux ateliers dans un délai de trois mois (c'est-à-dire pour le l* r février 1866) et être expédiés ensuite à Port-Saïd par bateaux à vapeur pour être livrés au plus tard par les constructeurs un mois après leur arrivée sur les chantiers. Les expéditions n'ont eu lieu, en réalité, que successivement, dans le courant de chacun des mois d'avril, mai et juin 1866.

La plus grande hauteur donnée aux 16 grandes dragues de la Société des Forges et Chantiers de la Méditerranée avait probablement été adoptée par les Entrepreneurs dans le but seulement — tout au moins au moment de la commande — de permettre d'adapter à ces dragues des couloirs semblables à ceux de 20 à 25 mètres de longueur employés jusqu'alors avec les autres dragues, mais plus longs et déchargeant à une plus grande hauteur de manière à augmenter, dans la plus large mesure possible, le cube des terres de dragages déchargées directement sur berge, ce mode d'exécution des déblais devant être certainement beaucoup plus économique que ne pourrait l'être le mode d'exécution consistant à desservir les dragues par des élévateurs. Il est possible, pourtant, que, dès la date de la première commande des dragues en question, les Entrepreneurs avaient déjà conçu l'idée, dont ils n'ont été en mesure de poursuivre un commencement de réalisation que trois mois plus tard, de substituer aux couloirs entièrement en porte-à-faux employés jus-

points du canal continuaient à être matériellement impossibles, puisqu'il y avait impossibilité absolue de conduire de grandes dragues sur les points en question, que même sur les 10 premiers kilomètres du canal il n'avait pas encore été possible d'organiser un mode complet d'exécution qui permît de descendre les dragages jusqu'à la profondeur de 8 mètres, exposaient, ainsi qu'il suit, les motifs invoqués par les Entrepreneurs à l'appui de leur persistante opinion : D'après l'expérience déjà acquise au Canal de Suez aussi bien que d'après ce qui se passait, à leur connaissance, dans tous les canaux, les Entrepreneurs posaient en fait, que, sur aucune partie du Canal maritime, même là où les sondages annonçaient les meilleures natures de terrain, les talus ne se maintiendraient à une inclinaison de 2 de base pour 1 de hauteur ; qu'à supposer même que cette inclinaison fût obtenue sur quelques points, le comblement inévitable, par toutes les matières remuées par les eaux, de l'angle formé par le talus et le plafond, ferait que l'on n'aurait plus une largeur franche de 22 mètres avec une profondeur

qu'alors, des couloirs beaucoup plus longs, soutenus en un certain point de leur longueur par des chalands ; et que c'était surtout par prévision, c'està-dire pour faciliter plus tard la réalisation de cette idée, qu'ils avaient, dès le début, augmenté la hauteur d'un certain nombre de dragues.

Quant aux 4 grands couloirs, commandés beaucoup plus tard que les 16 grandes dragues, ils étaient évidemment destinés à l'exécution du profil à grande largeur prévu par le marché du 12 décembre 1864 pour la portion du canal comprise entre les points 10 k ,5 et 20 k ,5. Les couloirs, ne déversant les terres qu'à 50 mètres exactement de la drague, ne pouvaient, il est vrai, permettre l'exécution complète du profil, que moyennant le remaniement d'une partie des terres versées par le couloir ; mais il s'agissait sans doute d'un premier essai destiné à mettre sur la voie d'une solution définitive de l'intéressant problème du déversement direct sur berge de la totalité des terres de dragages du profil à grande largeur dans l'étendue de la portion de canal de 10 kilomètres de longueur prévue au marché.

En dehors des appréciations ci-dessus, les Ingénieurs pensaient, d ailleurs, que l'initiative même prise par les Entrepreneurs dans la proposition d'adop ter le profil à grande largeur sur une notable partie de la longueur du canal était une preuve, d'une part, que leur matériel était conçu de manière à satisfaire ou à pouvoir être facilement approprié à l'exécution de ce nouveau profil; d'autre part, que lesdits Entrepreneurs étaient prêts, sans prétendre à des indemnités pour modification de profil ni à des prolongations de délai pour transformation de matériel, à reculer ou établir les banquettes à la distance correspondante à la largeur notablement plus grande du nouveau profil.

de 8 mètres ; que le sous-sol était d'une nature trop variable pour permettre de compter sur une tenue uniforme des talus ; que si Ton pouvait espérer que les talus se maintiendraient dans la plus grande partie de la longueur du canal avec une inclinaison de 3 pour 1, et même, exceptionnellement, sur une inclinaison plus raide, on devait craindre en même temps que des éboulements ne se produisissent sur beaucoup de points, soit pendant, soit même après la construction du canal, ce qui aurait les plus graves conséquences avec des banquettes trop rapprochées ; qu'en vue de ces éventualités, la Compagnie ne devait pas hésiter àfairela dépense supplémentaire de quelques millions de francs qu'entraînerait rétablissement de banquettes h la distance correspondante à l'inclinaison limite de talus de 5 de base pour 1 de hauteur ; que cette solution était la seule, en effet, qui garantît d'une manière complète la parfaite exécution et conservation du canal, c'est-à-dire l'établissement et le maintien d'une cunette de 8 mètres de profondeur avec une largeur franche de 22 mètres au plafond ; qu'elle devait permettre d'ailleurs, en compensation de la plus grande dépense première, de réaliser plus tard de très importantes économies lorsqu'on en viendrait h élargir le canal — ainsi que le besoin s'en ferait sentir très promptement — puisque, sur toutes les portions de canal où les talus se tiendraient sur une inclinaison de 2 à 3 de base pour 1 de hauteur, on pourrait obtenir un élargissement de 20 à 30 mètres sans avoir à faire le remaniement des banquettes. En soumettant de nouveau l'opinion des Entrepreneurs à l'examen de la Compagnie, les Ingénieurs faisaient remarquer qu'il leur était impossible de l'accompagner d'aucun document positif susceptible de la justifier; en sorte que la question, dans les termes où elle continuait de rester posée, était, sinon une simple affaire d'appréciation personnelle, bien plutôt une question économique qu'une question technique à examiner.

Dans le même rapport, les Ingénieurs présentaient d'ailleurs, de leur côté, les observations et formulaient les propositions suivantes :

La Commission Internationale — ainsi qu'ils le rappelaient — avait admis que, moyennant la précaution de protéger les talus à la ligne d'eau par une défense en enrochements, lesdits talus se maintiendraient jusqu'au fond du canal avec une inclinaison de 2 de base pour 1 de hauteur. A la vérité, lorsqu'on avait ouvert une première rigole à travers les lacs Menzaleh et Ballah, quelques doutes avaient été exprimés touchant la possibilité du maintien de ladite inclinaison, et la proposition avait été faite d'adopter des talus à 3 de base pour 1 de hauteur; mais, en l'absence de faits concluants qui n'avaient pu être produits, il avait été décidé qu'il n'y avait nul motif de revenir sur le profil primitivement adopté. Ainsi donc, on avait admis jusqu'alors, que, tout au moins dans les terrains ordinaires, et à la condition de défendre les talus à la ligne d'eau, ceux-ci se tiendraient à l'inclinaison de 2 pour 1. Si, maintenant, l'expérience avait amené à reconnaître qu'il était prudent de ne pas compter d'une manière absolue sur le maintien des talus à l'inclinaison primitivement prévue de 2 de base pour 1 de hauteur, on n'avait pourtant pas à redouter que cette inclinaison s'étendît jamais, dans les terrains non vaseux, à 5 pour 1; de telle sorte que l'on satisferait à toutes les conditions d'une sage prudence, en même temps que d'une économie indispensable dans les dépenses de première construction, en établissant les banquettes à une distance correspondante à la prévision de talus définitifs inclinés à 3 de base pour 1 de hauteur. Ils faisaient remarquer, d'ailleurs, que cette distance devait être quelque peu augmentée en raison des considérations suivantes: si l'on admettait que les talus de la cuvette du canal pussent s'adoucir naturellement jusqu'à atteindre l'inclinaison limite de 3 pour 1, on avait évidemment à tenir compte, dans la largeur à donner

au plafond 1 , du comblement qui se produit toujours dans l'angle formé parle talus et la ligne horizontale dudit plafond; or, on savait, par l'exemple de ce qui se passait dans les canaux de la Hollande ayant une grande analogie avec le Canal maritime, que le comblement en question avait une épaisseur de 40 à 50 centimètres mesurée dans l'angle et s'étendait en moyenne de 2 à 3 mètres ; on serait donc sûr d'avoir un plafond d'une largeur toujours franche de 22mètres en augmentant cette largeur de 3 mètres de chaque côté, en exécution. Enfin, disaient encore les Ingénieurs, la position exacte et la forme de la banquette devaient être déterminées en tenant un juste compte des conditions mêmes d'exécution : ainsi, il avait été reconnu, d'un commun accord avec les Entrepreneurs, d'une part, qu'il y avait impossibilité pratique d'exécuter la banquette de 2 mètres de largeur à 1 mètre en contre-bas du niveau de l'eau prévue au profil normal ; d'autre part, qu'il était également impossible de défendre immédiatement, c'est-à-dire au fur et à mesure des premiers déblais, par une ligne d'enrochements, le talus de la cuvette du canal à la hauteur du niveau de l'eau. Il était évidemment de nécessité impérieuse d'adopter une forme de profil qui pût être exécutée avec les moyens dont disposaient les Entrepreneurs, et qui fût telle que les berges, malgré l'absence d'enrochements, n'eussent pas à redouter de trop grandes dégradations par l'action du clapotis et des lames de remous. On obtenait ce résultat en substituant à la banquette sous

1. Conformément à l'opinion formulée par le Conseil supérieur des travaux en 1859, on admettait alors, comme on a admis pendant toute la durée des travaux, que la largeur de 22 mètres au plafond serait suffisante pour permettre pratiquement le croisement des navires dans le canal. Mais au moins fallait-il, dans cet ordre d'idées, que Ton fût assuré d'avoir ladite largeur toujours bien franche avec la profondeur de 8 mètres : c'est là ce qui explique le petit élargissement au plafond proposé par les Ingénieurs dans l'étude du nouveau profil. Depuis lors, dès l'ouverture du canal à la grande navigation, on a reconnu qu'il ne pouvait être exploité pratiquement que comme canal à une voie. Dans ces conditions d'exploitation, il est devenu de toute évidence que le petit comblement des angles de la ruvette n'avait plus, à beaucoup près, les inconvénients que l'on redoutait à bon droit précédemment.

l'eau du profil primitif un talus à 5 pour 1 s'étendant depuis 1 mètre au-dessous jusqu'à 1 mètre au-dessus du niveau de Feau, ladite inclinaison de 5 pour 1 étant celle qui se produisait naturellement dans la partie du talus de la cuvette soumises aux dégradations par les eaux. En conséquence de toutes ces considérations, les Ingénieurs proposaient un profil mixte, ayant une largeur totale de 80 mètres seulement à la ligne d'eau et dans lequel le pied du talus des banquettes devait se trouver à 45 mètres de Taxe du canal (Planche XVII) ! .

Les Ingénieurs faisaient remarquer, d'ailleurs, que, dans l'exécution de ce profil, la seule innovation serait de déposer les terres de déblai à la nou/elle distance indiquée, mais que Ton devrait se contenter d'abord de creuser la cuvette avec une largeur de 22 mètres au plafond et avec tels talus que prendraient naturellement les terres pendant le dragage.

Par l'adoption de ce profil mixte, l'augmentation de cube par rapport au projet primitif, en supposant le terrain naturel au niveau de la mer, ne serait que de 27 mètres cubes par mètre courant, tandis qu'avec le profil à grande largeur proposé par les Entrepreneurs, cette augmentation devait être de 65 mètres cubes 2 . Or, en dehors des 28 kilomètres pour lesquels il avait été déjà décidé qu'on exécuterait le

1. Sur la proposition des Ingénieurs, motivée par la mauvaise nature des terrains traversés, ce profil de 80 mètres de largeur à la ligne d'eau avait été déjà, en novembre 1865, approuvé par la Compagnie pour la courbe de débouché du canal dans les lagunes de la rade de Suez (courbe de 3.200 mètres de rayon et d'un développement de 2.318 mètres). Provisoirement, cette portion de canal ne devait d'ailleurs être endiguée que du seul côté Afrique, la construction d'une digue sur l'autre rive restant subordonnée aux éventualités de l'exécution.

Plus tard, après l'adoption par la Compagnie, en juillet 1866, du profil à grande largeur « pour toutes les parties du canal où le terrain se trouvait à moins de 2 mètres de hauteur au-dessus du niveau de l'eau », les Ingénieurs proposèrent naturellement d'appliquer ledit profil, au lieu de celui de 80 mètres de largeur précédemment adopté, à la courbe de sortie de Suez qui se trouvait dans les conditions indiquées, et cette proposition fut sanctionnée par la Compagnie.

2. Ces chiffres d'augmentation de cube par mètre courant de canal ne représentaient que le cube correspondant à la partie horizontale de la risberme : d'après le calcul exact des profils les augmentations étaient, en

profil à grande largeur, le nouveau profil devait s'appliquer aux longueurs de canal suivantes :

Kilomètres

,,..„,„., I Du point k ,8 à 10 k ,5 9.700

Dans le lot de Port-Sa.d. j Du point ^ à ^ &(m

l Du seuil du Sérapéum aux

. . A , \ lacs Amers 3.000

Dans le lot de Suez < ~ .. . n . . e .

j Du seuil de Chalouf au port

( de Suez 14.000

Longueur totale * 48.700

Les augmentations de cubes seraient donc approximativement : Mètres cubes

Avec l'adoption du profil à grande largeur 3. J 65.000

— — mixte. 1.315.000

Différence 1.850.000

Et les augmentations de dépense : Francs

Avec l'adoption du profil à grande largeur 6.731.000

— — mixte 2.796.000

Différence 3.935.000

Tous ces chiffres d'augmentation étaient des minimum puisqu'ils se rapportaient à l'hypothèse où le terrain, danstoutes les portions de canal auxquelles devait s'appliquer le nouveau profil, se trouverait à la hauteur même du niveau moyen de la mer, tandis qu'il était, en réalité, à 1 mètre environ en moyenne au-dessus de ce niveau 2 .

En résumé, les Ingénieurs concluaient de la manière

réalité, respectivement de 32", 30 et de 70",80 par mètre courant. On reconnatt de suite que la différence d'un profil à l'autre est très sensiblement la même avec les uns et avec les autres chiffres.

1. On aurait dû comprendre, dans rénumération des portions du canal auxquelles devait s'appliquer le nouveau profil à grande largeur, la portion comprise entre le lac Timsah et Toussoum, d'une longueur d'environ 4 kilomètres.

2. Pour avoir les augmentations totales de cubes et de dépenses par rapport aux évaluations primitives du Conseil supérieur des travaux (profil de 58 mètres de largeur à la ligne d'eau dans toute la longueur du canal), on devait augmenter tous les chiffres indiqués ci-dessus d'environ moitié, à raison deà 28 kilomètres de canal sur l'étendue desquels il avait été décidé déjà que l'on renoncerait au profil à petite largeur.

CAJVAL MARITIME l PROFILS EN TRAVERS 24fr~

suivante : ils étaient d'avis que l'on ne devait pas persister à vouloir maintenir^ — excepté à la traversée des seuils — le profil normal primitif qui supposait que les talus sous l'eau se maintiendraient invariablement à l'inclinaison de 2 de base pour 1 de hauteur, et qu'il y avait lieu d'opter définitivement, soit pour le profil mixte, soit pour le profil à grande largeur. Le profil mixte leur paraissait oiïrir toutes les conditions de sécurité désirables au double point de vue de la bonne exécution des travaux et de la mise en exploitation du canal; le profil à grande largeur devait entraîner à des augmentations notablement plus grandes de cube et de dépense, mais, en compensation, il offrirait les avantages incontestables de donner un surcroit de sécurité quant à l'exécution et au maintien en bon état du canal, et de permettre de procéder ultérieurement d'une manière rapide et économique à un travail d'élargissement. La solutioa à intervenir dépendait uniquement de l'ordre d'idées dans lequel se placerait la Compagnie. Si l'on voulait arriver le plusrapidement et le plus économiquement possible à l'ouverture et à la mise en exploitation du canal maritime; si l'on voulait laisser à l'avenir le soin et toute la charge des améliorations successives et des travaux d'élargissement que le développement du transit pourrait rendre nécessaires, on devait donner la préférence au profil mixte. Si, au contraire, on ne redoutait pas de subir un certain relard dans la date de l'ouverture du canal et une augmentation supplémentaire de dépense d'environ 4 millions de francs 1 , en vue d'avoir à l'avance plus que la certitude d'une exécution à l'abri de toutes circonstances imprévues, et de préparer les choses de manière à permettre un élargissement futur

1. Ainsi qu'on l'a fait remarquer déjà à la note précédente, ce chiffre, qui était un minimum pour les 48 kilomètres de canal auquel il s'appliquait, devait être augmenté d'environ moitié pour tenir compte des 28 kilomètres sur lesquels on avait déjà adopté le profil à grande largeur et où il aurait pu suffire également de réaliser le profil mixte.

rapide et économique, il n'y avait pas à hésiter à adopter le profil à grand largeur. Enfin, les Ingénieurs se croyaient autorisés à annoncer — ce qui pouvait faciliter la décision de la Compagnie — que les Entrepreneurs ne demandaient aucune augmentation de prix à raison de la modification du profil, leur matériel étant conçu de manière à satisfaire également bien à l'exécution des divers profils, et qu'ils donnaient d'avance la presque assurance que l'augmentation de cube résultant du profil à grande largeur n'occasionnerait qu'un retard peu important dans la date de l'achèvement des travaux.

En dernière analyse, et après une série de conférences dans lesquelles les Entrepreneurs firent connaître à la Compagnie, en les accompagnant de toutes explications utiles, les conditions auquelles ils se chargeraient de l'exécution du profil à grande largeur sur toutes les portions du Canal précédemment indiquées, la Compagnie adopta finalement leurs propositions.

Et, en conséquence, un nouveau marché dit Deuxième acte additionnel fut arrêté d'un commun accord entre le Directeur général des travaux et les Entrepreneurs pour bien préciser, conformément à toutes les stipulations convenues, la forme et les conditions d'exécution du nouveau profil. Ce nouveau marché reçut l'approbation définitive de la Compagnie le 4 décembre 1866. Les types du profil à grande largeur qui y ont été annexés sont figurés Planche XVII 1 .

Nous ferons connaître ici, sous une forme aussi résumée que possible, parmi les conditions de ce nouveau marché,

1. Le nouveau marché, indépendamment de ce qui concernait le nouveau profil, était destiné, en même temps, à réunir dans un seul et même acte certaines modifications déjà consenties en fait par la Compagnie à différents articles des anciens marchés, notamment â ceux concernant l'importance des avances et prêts d'argent sur matériel et approvisionnements et à ceux concernant le mode de remboursement de ces avances.

Nous ferons connaître plus loin, au chapitre traitant de l'exécution des travaux de terrassement et dragages, les principales conditions du nouveau marché.

celles uniquement relatives à la substitution, sur une notable partie de la longueur du canal, du profil à grande largeur au profil-type des premiers marchés.

Le supplément de cube calculé à nouveau, était définitivement évalué à 9.000.(XX) de mètres cubes. Ce chiffre, toutefois, n'était qu'approximatif, et il devait résulter, en dernière analyse, de l'exécution définitive des travaux conformément aux projets et suivant les profils adoptés. Comme de nouveaux prix devaient être appliqués aux cubes supplémentaires dans chacune des grandes portions de canal spécifiées par les précédents marchés, on convenait d'adopter h forfait, comme point de départ de l'évaluation desdits cubes supplémentaires, certains chiffres représentant les cubes qui seraient résultés de l'application des profils-types annexés aux marchés primitifs et qui se trouvaient former ensemble un cube total de 50.240.000 mètres cubes.

Le profil à grande largeur définitivement adopté ne différait que par quelques dispositions de détail du nouveau profiltype qui avait fait l'objet des discussions. Ainsi, la largeur du canal à la ligne d'eau avait été fixée définitivement à 100 mètres au lieu de 102 mètres. En outre, de môme que le profil primitif avait donné lieu à différents types annexés aux premiers marchés, on avait arrêté deux types principaux de profil à grande largeur, savoir : l'un s'appliquant, d'une part, à la partie du canal comprise entre la rive sud du bassin de Port-Saïd et le kilomètre 60,5, avec déplacement de l'axe du canal de 20 mètres vers le côté Asie (en raison de la présence de la conduite d'eau d'alimentation de Port-Saïd dans la berge Afrique), d'autre part, à la partie du canal comprise entre le kilomètre 60,5 et les grands fonds des lacs Amers, aux approches du kilomètre 100, sur tous les points où la hauteur moyenne du terrain naturel était comprise entre les cotes 20 m ,20 et 16 m ,i5 (la cote du niveau moyen de la Méditerranée étant 18 m ,20), et môme au-dessous de cette dernière cote, suivant l'appréciation du

Directeur général des travaux, là où les procédés d'exécution permettraient de former, avec des déblais pris dans le profil, des berges d'une largeur et d'une solidité suffisantes; l'autre type s'appliquant à la partie du canal comprise entre les lacs Amers et la mer Rouge — où Ton avait à tenir compte des variations du niveau de l'eau résultant des marées — sur tous les points où la hauteur moyenne du terrain ne dépassait pas la cote 20,50 (la cote des plus hautes eaux de la mer Rouge étant 20 m ,00). La profondeur des risbermes et leur mode de raccordement avec les berges présentaient dans l'un et dans l'autre type certaines différences qui n'étaient motivées que par les différents modes prévus d'exécution. Enfin, on avait projeté pour la banquette de halage et le cavalier de dépôt des formes différentes destinées à tenir compte de la tenue plus ou moins bonne des terres de remblai et du degré présumé de résistance du sous-sol. IL était d'ailleurs stipulé que, sur tous les points du canal où le terrain naturel serait à une cote inférieure à 16 m ,45, tels que les procédés d'exécution ne permettraient pas de former, avec des déblais pris dans le profil, des berges suffisantes, le chenal ne serait pas endigué et que le profil serait déterminé par un plafond de 22 mètres de largeur et par la tenue naturelle du terrain dragué, les talus étant faits toutefois, en tant que de besoin, à 2 de base au minimum pour 1 de hauteur.

Parmi les prescriptions relatives au mode d'exécution des travaux se trouvaient les dispositions suivantes : les talus de la cuvette proprement dite du canal seraient ceux qui .résulteraient de la tenue naturelle du terrain dragué à la profondeur fixée, sans que toutefois l'inclinaison desdits talus pût être moindre de 2 de base pour 1 de hauteur; pour l'exécution des risbermes par voie de dragage, les Entrepreneurs auraient le droit de faire mordre les godets des dragues dans les rives en s'écartant de Taxe, lorsque ce serait indispensable, un peu plus loin que le pied du talus

à 5 pour 1 de la berge, pourvu que le point formant la crête <lu talus définitif stable après éboulement ne dépassât jamais le sommet ou le point dudit talus situé à 50 mètres de distance de Taxe; pour l'exécution de la cuvette du canal, les Entrepreneurs pourraient draguer par tel nombre •de passes et par telles épaisseurs de couches qui leur con: viendraient, à la condition de limiter le papillonnage pour toutes les couches, sauf la dernière, depuis le minimum de largeur de 22 mètres jusqu'à des largeurs telles que les talus naturels produits par les dragages successifs restassent toujours en dedans des lignes de talus tirées des points extrêmes de la largeur du plafond avec la limite d'inclinaison que l'expérience ferait préjuger pour la pente naturelle définitive des talus selon la nature des terrains, la décision à ce sujet étant réservée, dans chaque cas, au Directeur général des travaux sur la demande des Entrepreneurs ; dans les terrains qui seraient pour cela suffisamment résistants, les talus des fouilles faites par voie de dragage, au lieu d'avoir une inclinaison continue, pourraient être disposés suivant la ligne brisée résultant des sillons de dragages : en pareil cas, le maximum de profondeur et de hauteur des sillons serait déterminé d'un commun accord avec le Directeur général des travaux, et la forme du talus se définirait au moyen des lignes passant par la demi-profondeur moyenne des sillons 1 ; il en serait de môme pour le plafond de la cuvette qui présenterait généralement une surface sillonnée : le plan passant par la demi-profondeur moyenne des sillons devrait être à la cote môme du fond du canal indiquée sur les profils, et la saillie tolérée des arêtes des sillons au-dessus de cette cote ne devrait pas dépasser 10 centimètres.

Les Entrepreneurs devant se trouver dans l'obligation,

1. Ces dispositions relatives à la forme des talus des fouilles se trouvaient -déjà dans les marchés antérieurs.

pour donner aux profils les formes prescrites, de remanier un certain cube de terre de déblai existant déjà sur les bords du canal ou qui y seraient déposées ultérieurement par les dragues, ils seraient indemnisés de ce travail de remaniement par une allocation fixée à forfait à 12 francs par mètre courant de canal, partout où seraient appliqués les nouveaux profils. Toutefois, sur la partie du canal comprise entre Port-Saïd et le kilomètre 60,5, où la forme définitive de la berge Afrique était provisoirement réservée, il n'était fait pour le moment de prix à forfait que pour le dressement de la berge Asie et ce prix était fixé à 6 francs par mètre courant de canal.

2° Profils exceptionnels. — Traversée du Petit lac Amer. — Ainsi que nous l'avons déjà expliqué à l'occasion de l'étude des diverses questions concernant le tracé du canal à la traversée des lacs Amers, les travaux de déblai dans l'étendue du bassin du Petit lac devaient être exécutés par voie de dragages. Nous mentionnerons à ce sujet que, d'après le programme d'exécution arrêté par les Entrepreneurs, on devait isoler ce bassin de celui du Grand lac au moyen d'un barrage insubmersible construit sur le seuil de séparation des deux bassins ; puis, faire entrer l'eau dans le petit bassin ; enfin, après le complet remplissage, introduire les dragues. On devait, d'ailleurs, pour l'exécution de cette partie du canal, appliquer les types des profils à grande largeur de 1866 dans les conditions indiquées au deuxième acte additionnel. Mais de nouveaux forages exécutés sur la ligne du tracé définitif à la traversée du Petit lac ayant révélé, postérieurement à l'étude du plan de campagne des Entrepreneurs, l'existence d'un banc rocheux embrassant une longueur de canal de 3.200 mètres, et montré en même temps que l'on aurait affaire d'une manière presque générale, dans toute la portion de canal considérée, à des terrains fort durs qui pourraient donner lieu à beaucoup de mécomptes

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