‹ Le canal de Suez (volume 3)Chapitre 93 sur 141 · ET 26 NOVEMBRE · texte numérisé non relu

ET 26 NOVEMBRE

Ce ne fut qu'en novembre 1865 que la question du choix de l'emplacement de la jetée Est du port de Port-Saïd fut

reprise et définitivement résolue par la Compagnie, qui statua', en même temps, en termes généraux, sur les dispositions à adopter pour la distribution du port intérieur.

Trois combinaisons au sujet de remplacement et de la direction de la jetée Est — Tune de ces combinaisons étant accompagnée, d'ailleurs, d'un projet de distribution du port intérieur — se trouvaient alors proposées à la Compagnie, savoir :

1° Projet consistant, d'une part, à rapprocher la jetée Est de l'autre jetée de manière à ne laisser entre elles qu'un chenal de 200 mètres de largeur; d'autre part, à donner aux jetées une légère courbure sur toute leur longueur; enfin, à établir un port intérieur composé, sur la rive Est, d'un seul bassin, et, sur la rive Ouest, d'une succession de bassins susceptibles de s'étendre, suivant les besoins, le long du canal;

2° Projet proposé par M. Pascal, Ingénieur en chef du port de Marseille, ancien membre du Conseil supérieur des travaux, membre de la Commission consultative qui avait succédé à ce Conseil, ledit projet consistant à conserver la jetée Ouest de la Commission internationale ainsi que le musoir de la jetée Est, mais à modifier la direction de cette dernière jetée en la faisant pivoter autour de son musoir de' manière à reporter sa naissance sur la côte à une distance de 1.400 mètres de celle de la jetée de l'Ouest;

3° Proposition de maintien du projet de la Commission internationale en ce qui était de l'emplacement de la jetée Est.

Le président de la Compagnie confia l'étude des dispositions à adopter définitivement pour l'ensemble du port de Port-Saïd à une Commission nautique composée des membres de la Commission consultative des travaux auxquels étaient adjoints trois amiraux 1 . .

4. On rappellera ici que la Commission consultative des travaux était composée alors comme suit :

Cette Commission s'est réunie les 25 et 26 novembre 1865. Ses délibérations et son avis, reproduits presque textuellement ci-après, ont été sanctionnés par la Compagnie.

Question de l'emplacement et de la direction de la jetée Est. — Exposé. Les considérations qui furent présentées devant la Commission à l'appui de chacune des trois combinaisons proposées concernant remplacement et la direction de la jetée Est peuvent se résumer comme suit :

En ce qui était du projet consistant à réduire à 200 mètres la largeur du chenal :

A l'objection qui lui fut faite que, dans ce système, les bâtiments, en quittant la rade foraine, n'auraient d'autre abri que les bassins intérieurs, après le parcours d'un chenal d'environ 3.000 mètres de longueur qui ne pouvait servir que pour le passage, l'auteur du projet répondit que le chenal ne devait pas avoir d'autre objet attendu l'excellente tenue de la rade;"que la largeur de k 400 mètres, qui était pour ainsi dire sans précédent, paraissait donc inutile; qu'en réduisant cette largeur, comme il le proposait, on avait l'avantage de moins s'éloigner des conditions ordinaires, de diminuer de moitié le cube des dragages et de faire réaliser une économie considérable dans les dépenses tant de premier établissement que d'entretien.

Quant à la courbure des jetées, elle avait pour but de masquer plus complètement l'entrée du port intérieur et d'en augmenter ainsi le calme.

En ce qui était du projet consistant à reculer la naissance de la jetée Est à une distance de 1.400 mètres de celle de la jetée Ouest :

MM. Rumbau, Inspecteur général des ponts et chaussées; . . \ a -,- îiina «,- m Ki.*- Conbad, Inspecteur général du ftaterstaat ; f anci d en s c ™ e s ^ re8

5!^?*°*' \ Ingénieurs en chef ( supérieur des travaux.

ChÏvalLikr, J de8 P° nU el <* a * 88 *»; '

Clért, Ingénieur des mines.

Les trois membres adjoints à la Commission consultative étaient : M. l'amiral Rigaud de Genouilly, appelé à présider la Commission nautique, et MM. les vice-amiraux Jurien de la Gravière et Jaurès.

L'auteur du projet exposa tout d'abord que, dans l'esprit de la Commission internationale, le chenal de Port-Saïd ne devait pas être un simple passage, mais bien un véritable port de mouillage ; que si la Commission en eût pensé autrement, elle se serait trompée, attendu qu'il était impossible d'admettre que la tète du canal de Suez dans la Méditerranée fût dépourvue d'un port offrant par tous les temps possibles une entrée facile et, immédiatement après, un mouillage parfait. Or, suivant lui, le projet de la Commission internationale ne réalisait pas complètement le programme qu'elle s'était imposé. Il estimait, en effet, qu'une largeur de 400 mètres, parfaitement suffisante pour un port appelé à servir de refuge à un nombre de navires même assez considérable, ne l'était pas pour Port-Saïd, eu égard aux conditions nautiques que présentait ce port et à l'avenir considérable qui était réservé au canal de Suez. A l'appui de cette opinion, il faisait observer que si, par exemple, un certain nombre de navires à voiles, arrivant avec des vents d'Ouest, rencontraient dans le chenal un courant sortant un peu fort, ils seraient forcément obligés de mouiller à une distance peu éloignée de l'entrée, et que celle-ci se trouverait ainsi prompte ment obstruée, surtout s'il s'agissait de navires d'une grande longueur, comme ce serait notamment le cas pour deux clippers de 120 mètres de longueur, mouillés par des vents d'Ouest dans le chenal de 400 mètres.

M. Pascal concluait donc que le projet de la Commission internationale, ne réalisant pas complètement l'excellent programme qu'elle s'était tracé, devait être modifié.

Il fit valoir alors que, par la nouvelle disposition qu'il proposait, on obtenait entre les deux jetées une vaste nappe d'eau abritée de 230 hectares environ, en forme d'éventail, qui allait en s 'agrandissant à mesure qu'elle s'approchait du littoral et assurait ainsi aux navires qui pourraient en avoir besoin un mouillage dans une espèce de rade couverte, située immédiatement à l'entrée des jetées, c'est-à-dire

<lans la position la plus avantageuse ; que la modification proposée procurerait immédiatement aux bâtiments ayant 4 mètres et plus de tirant d'eau une surface de mouillage d'environ 100 hectares sans augmentation sensible de dépense, la jetée proposée ne différant que très peu de longueur avec celle qu'elle était appelée h remplacer et étant établie dans les mêmes fonds ; que si, dans l'avenir, ce mouillage venait à être tellement utilisé qu'il y eût lieu de l'approfondir pour en approprier une plus grande partie ou même la totalité aux bâtiments de fort tonnage, la surface pourrait être portée au triple de celle du projet de la Commission internationale; mais que cet approfondissement restait facultatif et que, s'il se faisait, ce serait une preuve de la grande prospérité du canal ; que la dépense ne grèverait pas la première période d'exploitation.

M. Pascal terminait, enfin, son exposé par les considérations suivantes :

On pouvait se demander, en se plaçant au point de vue môme qui avait motivé son projet, celui de réaliser un vaste port de mouillage en tête du canal dans la Méditerranée, si, en infléchissant convenablement les jetées à construire, sans changer la disposition de l'entrée, on ne pourrait pas, sans une forte augmentation de dépense, agrandir encore la proportion de ce port de mouillage. Il fit remarquer, à ce sujet que l'allongement qui résulterait de l'inflexion des jetées devant avoir lieu principalement par des fonds de 8 à 10 mètres comporterait une dépense de 8 à 10 mille francs par mètre courant, en sorte que ce ne serait qu'au prix d'une très notable augmentation de dépense qu'un agrandissement du port pourrait être obtenu. Il estimait d'ailleurs que cet agrandissement n'était pas à rechercher. On ne devait pas perdre do vue, en effet, que le port à créer en avant du cordon littoral serait un simple port de mouillage ; qu'aussitôt que les circonstances le permettraient , les navires, soit directement, soit avec des remorqueurs,

iv. 19

quitteraient ce mouillage pour se rendre dans le port inté rieur afin d'y faire des opérations d'embarquement et de débarquement, ou bien pour y attendre le moment où, organisés en convoi, ils pourraient parcourir le canal; enfin, que dans ces conditions, de très grandes dimensions n'étaient pas à rechercher pour un port, et qu'une nappe d'eau de 230 hectares, comme celle de son projet, paraissait parfaitement suffisante pour la destination à laquelle elle était appelée :

En ce qui était enfin du projet de la Commission internationale :

Les raisons invoquées pour son maintien étaient les suivantes :

En opposition au 1 er contre-projet :

La largeur de 200 mètres entre les jetées paraissait insuffisante. On devait, en effet, prévoir les cas de mouillage forcé dans le parcours du chenal, de sinistres qui auraient pour résultat de barrer la passe, en un mot, d'obstacles momentanés quelconques qu'il fallait, un certain large pour éviter ; il fallait aussi prévoir un grand développement du mouvement maritime et du nombre de bâtiments qui pourraient être forcés de parcourir simultanément le canal dans les deux sens. On avait à considérer, d'ailleurs, que, dans l'exécution du projet de la Commission internationale, l'intervalle entre les jetées ne serait d'abord entièrement approfondi que sur une largeur de 200 mètres, le long de la jetée Ouest, et que le chenal resterait dans ces conditions jusqu'à ce que l'importance du passage eût démontré la nécessité de son élargissement. On avait ainsi l'avantage de se réserver la possibilité de s'étendre dans l'avenir tout en se maintenant exactement dans les mêmes limites de dépense première que dans le contre-projet. Enfin, il y avait lieu de faire observer qu'une largeur de 400 mètres entre les jetées n'était pas sans précédent : on pouvait, en effet, citer comme exemple l'excellent chenal du port de Malamocco

d'une largeur de 470 mètres et d'une longueur d'environ 2 kilomètres.

Relativement à la courbure que le contre-projet proposait de donner aux jetées, on devait ne pas perdre de vue que le projet de la Commission internationale comportait pour la jetée Ouest, vers son extrémité, un certain infléchissement suffisant pour masquer l'entrée du port intérieur, et il y avait lieu, dès lors, de faire observer que cet alignement légèrement brisé était préférable à la courbe continue proposée qui avait pour conséquence d'augmenter, par certains vents, les difficultés de l'entrée dans la première partie du canal et de s'opposer à ce que les jetées pussent être prolongées plus tard dans une direction convenable, si ce prolongement devenait nécessaire.

En opposition au contre-projet de M. Pascal :

La création d'un port de mouillage intérieur, immédiatement après l'entrée des jetées, tel que voulait le réaliser le contre-projet, paraissait inutile, puisque la tenue de la rade foraine était excellente, que la saillie de la jetée Ouest donnait contre les vents dominants un abri d'une superficie de 40 hectares, et que, d'ailleurs, dans les rares occasions où un abri plus complet serait nécessaire, l'espace compris entre les deux jetées de la Commission internationale pourrait momentanément servir de lieu de stationnement.

Il y avait lieu de faire observer, en outre, que, pendant la période d'exécution et jusqu'à ce que les jetées fussent complètement terminées sur leur longueur définitive, la distance à laquelle les deux jetées se trouveraient Tune de l'autre offrirait une telle ouverture à la mer que le chenal et les bassins intérieurs n'auraient pas un calme suffisant; que l'on se trouverait ainsi obligé de terminer complètement les deux jetées avant de commencer aucune exploitation, retardant par ce fait, de plusieurs années, l'utilisation du canal.

Enfin, il y avait lieu de faire remarquer encore :

D'une part, que la nouvelle direction donnée à la jetée Est entraînerait à une notable augmentation de la dépense de construction, à la fois par suite de la plus grande distance et de la plus grande difficulté de transport des blocs artificiels destinés à la construction de la jetée, et de la plus grande longueur de la jetée même ;

D'autre part, que les dépenses d'entretien de l'avant-port seraient, de leur côté, augmentées par suite de la double cause suivante : 1° en raison de la plus grande facilité que les hauts-fonds trouveraient à se former dans le voisinage de la jetée Ouest, attendu que le courant du canal, au lieu de sortir dans la direction des jetées, comme il le ferait avec des jetées parallèles, et de se rencontrer avec le courant littoral de manière à éloigner le dépôt des matières tenues par celui-ci en suspension, serait rejeté contre la jetée Ouest et n'aurait d'action que sur une faible longueur du chenal au-delà de l'extrémité de la jetée Est; 2° par ce fait, que le courant du canal, trouvant à s'épanouir aussitôt après sa sortie du port intérieur, les matières qu'il tiendrait en suspension se déposeraient dans le chenal plus abondamment qu'avec les jetées parallèles ;

En dernière analyse, que le système proposé se prêterait mal à l'éventualité d'un prolongement des jetées et avait, par suite, l'inconvénient d'engager l'avenir.

L'ensemble de ces considérations' semblait devoir justifier le maintien pur et simple du projet de la Commission internationale en distinguant, toutefois, deux périodes dans son exécution : la première période, où la jetée Ouest ne serait provisoirement poussée que jusqu'à l'origine de son infléchissement et oîi le chenal ne serait creusé que sur une largeur de 200 mètres ; la seconde période, où les jetées et le chenal seraient portés à leurs dimensions définitives d'après les résultats de l'expérience et au fur à mesure du développement du transit.

Discussion. — Après l'exposé des trois projets en présence

et des considérations présentées au sujet de chacun d'eux, la discussion ayant été ouverte, deux systèmes nouveaux se produisirent tout d'abord devant la Commission : l'un consistant à ne construire que la jetée Ouest; l'autre conservant la jetée Est, mais construite en bois, à claire-voie et sans enrochements.

A l'appui du premier système, il fut allégué que, dans la Méditerranée, aucun port ne présentait deux jetées, et Ton citait comme exemples principaux les ports de Barcelone, de Tarragone, et l'ancien port d'Alger (la deuxième jetée construite dans ce dernier port depuis l'occupation française étant considérée comme une amélioration contestable). Il semblait donc, par analogie, qu'à Port-Saïd une seconde jetée n'était pas nécessaire, et que, dans tous les cas, ayant de la construire, le mieux serait d'attendre que l'expérience en eût démontré la nécessité.

Il fut répondu que les exemples cités n'étaient pas concluants; que, dans les divers points indiqués, il existait, préalablement à tous travaux, un mouillage naturel et que le régimedes côtes n'avait pas été sensiblement modifié par les ouvrages établis; que tel n'était pas le cas à Port-Saïd où il fallait créer un accès au port en creusant un chenal à travers la plage, et, ce chenal une fois établi, le protéger aussi bien à l'Est qu'à l'Ouest en raison de l'irrégularité des courants du littoral.

Pour justifier le deuxième système proposé, celui d'une jetée en bois, à claire-voie, on admettait qu'une telle jetée suffirait pour arrêter les sables et qu'elle favoriserait la conservation du chenal ; on faisait remarquer, d'un autre côté, que si la direction donnée à la jetée venait à être reconnue mauvaise, il serait facile de déplacer celle-ci, ce qui était impossible avec une jetée en pierres.

L'efficacité de la disposition proposée fut contestée. On fil remarquer qu'une jetée en bois à claire-voie n'empêcherait l'envahissement des sables apportés du côté de l'Est

qu'autant que les pieux seraient extrêmement rapprochés; que, dans ces conditions, son prix d'établissement ne serait probablement pas moindre que celui d'une jetée continue en enrochements; qu'elle serait rapidement détruite par les tarets, et que par suite, son prix d'entretien serait certainement plus élevé; enfin, qu'en raison de ses parois verticales, elle donnerait lieu à un plus fort ressac dans l'intérieur de la passe.

Bref, la Commission se prononça en faveur de la construction en enrochements delà jetée Est.

La discussion s'ouvrit alors sur l'emplacement et la direction à donner à cette jetée, et l'on procéda à l'examen du contre-projet de M. Pascal qui s'éloignait le plus du projet de la Commission internationale.

M. Pascal, après avoir passé successivement en revue les objections mentionnées ci-dessus contre son projet et répondu à diverses observations qui lui furent faites par quelques membres de la Commission, se rallia, en dernière analyse, à l'opinion, émise par plusieurs membres, qu'attendu l'incertitude où l'on était encore sur la direction à donner aux dernières parties des jetées, il était convenable de réserver l'avenir en ne décidant dès maintenant l'exécution de la jetée Est que sur une longueur restreinte.

Finalement, la Commission formula ses conclusions, en ce qui était de la jetée Est, dans les termes suivants :

Avis de la Commission. — La Commission,

Considérant que la jetée oblique proposée par M. Pascal a pour effet de constituer immédiatement après l'entrée des jetées une arrière-rade couverte d'une étendue d'environ 230 hectares préservée, au moins dans sa moitié, contre toute action directe de la mer; qu'elle assure aux navires du commerce, souvent médiocrement approvisionnés de moyens d'ancrage et d'amarrage, un mouillage préférable à celui de la rade foraine et de l'abri du saillant de la jetée Ouest; qu'elle augmente, en cas de mouillage forcé, pendant

la traversée du chenal, l'espace disponible en arrière de la jetée Ouest, espace qui doit être doutant plus grand que la direction de cette jetée est perpendiculaire aux vents dominants; qu'en facilitant aux bâtiments le moyen de s'éviter, elle diminue les chances d'obstruction de la passe ; qu'il est permis d'espérer que le vaste abri qui en résulte pourra être utilisé comme avant-port; que cet avant-port est obtenu pour ainsi dire sans frais au moins sur une surface de 100 hectares; que, s'il devenait opportun d'en approprier une plus grande partie aux bâtiments d'un fort tonnage, on le ferait avec une moindre dépense qu'en creusant des bassins dans l'intérieur du cordon littoral;

Considérant que cet ouvrage assure un plus grand calme dans le chenal et dans le port intérieur, puisque, pénétrant par la môme ouverture, les lames du large s'épanouiront sur une surface plus que triple et en forme d'éventail ;

Considérant, en ce qui concerne les difficultés inhérentes à la période d'exécution, qu'on ne doit pas y subordonner la direction définitive de la jetée, et que, s'il en est besoin, on y remédiera par des ouvrages provisoires; en ce qui concerne les dépenses de premier établissement, que l'augmentation qui peut en résulter ne parait pas pouvoir atteindre des proportions telles qu'on puisse les mettre en balance avec les avantages qu'offre la nouvelle direction;

Considérant, en ce qui concerne les dépenses d'entretien, que la quantité des sables apportés" par les courants du littoral le long des jetées est indépendante de la largeur du chenal h son enracinement; que relativement à la position des dépôts à l'entrée des jetées, s'il s'en forme malgré la profondeur de la mer en ces points, il est suffisamment obvié à toute éventualité en laissant à l'expérience le soin de déterminer la largeur et la direction définitive à donner au chenal h son embouchure, éventualité à laquelle se prête facilement le système de M. Pascal, en divisant son exécution en plusieurs phases ;

Considérant, quant aux prétendus retards qui pourraient être apportés à l'ouverture d'un premier service de navigation entre les deux mers, qu'il n'est pas douteux que le travail des jetées et du chenal ne puisse être conduit parallèlement avec le creusement du reste du canal, de manière à ce que l'entrée soit toujours possible pour tout bâtiment que le canal serait en état de porter d'une de ses extrémités h l'autre;

Considérant, enfin, qu'il parait prudent de ne fixer quant à présent la direction de la jetée que sur une certaine longueur à partir de son origine et d'attendre les résultats de l'expérience pour se prononcer sur la direction de son extrémité ;

Est d'avis, à l'unanimité, qu'il y a lieu, pour le moment,, de n'arrêter l'exécution de la jetée que jusqu'en un point tel que l'ouverture du chenal maritime, mesurée perpendiculairement à la jetée Ouest, ait une largeur de 700 mètres,, et de la fixer sur cette longueur conformément à la proposition de M. Pascal.

La partie de jetée à laquelle la Commission donne son approbation a donc sa racine à 1.400 mètres de celle de la jetée Ouest; elle est dirigée de manière à passer par le point fixé comme musoir de la jetée Est dans le projet de la Commission internationale et n'est exécutée provisoirement que jusqu'au point où elle laisse au chenal une ouverture de 700 mètres, ce qui correspond h peu près aux fonds de 6 mètres et à une longueur de jetée d'environ d.600 mètres.

Distribdtion du port intérieur. — La Commission nautique n'avait plus à examiner, ici, que les dispositions proposées par le premier contre-projet en opposition avec le grand bassin unique du projet de la Commission internationale.

L'auteur du contre-projet expliqua que le but qu'il avait en vue était de donner des espaces distincts, d'une part, aux

bâtiments caboteurs à destination et en partance de Port- Saïd, et d'autre part aux bâtiments en transit. Les bassins destinés aux premiers seraient établis près de la ville (c'està-dire à l'Ouest) le long du canal ; ils seraient de dimension moyenne, d'une longueur de 400 à 500 mètres et d'une largeur de 200 mètres, en nombre proportionné à l'importance des opérations, bien protégés contre les vents régnants,, construits de façon à donner une tranquillité parfaite et à présenter le plus grand développement possible de quais; ils communiqueraient entre eux par de larges ouvertures et devraient avoir sur le canal, le long duquel ils seraient échelonnés, une entrée et une sortie faciles en se servant des vents généralement traversiers. Des ouvrages perpendiculaires à la direction du canal sépareraient ces bassins les uns des autres et serviraient de quais de débarquement. C'était sur la rive Est que serait ménagé le bassin destiné au mouillage des navires se disposant à entrer dansle canal ou à en sortir. Le port à établir sur ces données serait d'environ 150 hectares au lieu des 64 hectares du projet de la Commission internationale.

L'auteur du contre-projet motivait ses propositions sur l'immense mouvement qui aurait lieu à l'entrée du canal \ sur l'importance que prendrait dans ce grand mouvement commercial le cabotage proprement dit; sur la nécessité d'éviter la confusion et de séparer les unes des autres des opérations d'une nature différente comme les chargements et déchargements de marchandises, les garages de bâtiments et leur réunion en convois ; sur la convenance, enfin, de réserver pour les embarquements ou débarquements l'espace le plus voisin de la ville.

Plusieurs membres de la Commission s'associèrent aux idées qui viennent d'être exposées. La proposition fut faite de les accepter, avec cette modification, toutefois, que toutes les opérations sans exception seraient reportées d'un même côté du canal, du côté de la ville; et ce, en raison de

l'utilité qu'il y avait pour les navires de communiquer immédiatement avec elle au double point de vue de la facilité de leurs approvisionnements et des habitudes de leurs équipages. Le port serait alors distribué de la manière suivante : en première ligne, le plus près possible du chenal d'accès du port, contre la ville, les bassins d'opérations ; puis, se suivant, les bassins de mouillage; enfin, les bassins d'organisation des trains. Cet ordre semblait présenter deux avantages : le premier, de donner un abri immédiat aux caboteurs; le second, d'éloigner le plus possible du chenal l'espace où se formeraient les convois et où les manœuvres exigeraient du calme. A l'origine, il suffirait pour chaque nature d'opérations d'un seul bassin; quand elle s'y trouverait trop à l'étroit, le bassin suivant lui serait ajouté; l'opération à laquelle celui-ci avait été affecté jusque-là se reporterait dans le troisième, et ainsi de suite jusqu'à un dernier bassin qui aurait été préparé en prévision de l'insuffisance des précédents. Chacune des parties du port serait ainsi susceptible d'une extension proportionnée aux besoins à satisfaire. Pour le moment, le bassin de 200 mètres de largeur sur 800 mètres de longueur prévu par la Commission internationale du côté de l'Ouest paraissait suffisant, et les seules mesures à prendre seraient, d'une part, de réserver perpendiculairement au Canal les traverses destinées à former les séparations des futurs bassins de cette rive Ouest, d'autre part de ne pas poursuivre le creusement du bassin de l'Est au-delà de la ligne prolongeant la berge Asie du Canal.

Avis de la Commission. — La Commission, après avoir entendu ces observations, adopta le contre-projet, moyennant les modifications qui viennent d'être indiquées, et elle émit l'avis que les dispositions ainsi arrêtées par elle devraient servir de base à la rédaction des projets qu'auraient à dresser les Ingénieurs de la Compagnie.

Dispositions finalement adoptées en exécution

Page 1