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II. — DISTRIBUTION DU PORT INTÉRIEUR

Les dispositions définitivement adoptées, à la fin de 1866, pour la distribution du port intérieur de Port-Saïd n'ont pu, par suite de circonstances et de considérations qui seront développées ci-dessous, être strictement conformes au programme qu'avait tracé la Commission nautique.

Mais, avant de décrire ces dispositions définitives, nous avons à mentionner tout d'abord que, dès le début des dragages entrepris pour la création du grand bassin primitivement prévu de 800 mètres de longueur sur 800 mètres de largeur, la Compagnie avait reconnu la nécessité de créer immédiatement, en arrière de la rive Ouest de ce grand bassin un petit bassin, dit de l'Arsenal, sur le terre-plein Ouest duquel devaient être et ont été, en effet, établis les ateliers de réparation du matériel. Le petit bassin avait 150 mètres de longueur sur une largeur égale ; son entrée, établie au milieu de la rive du grand bassin avait 45 mètres

de largeur, et les deux petits terre-pleins séparatifs des deux bassins, une largeur de 30 mètres.

Les dispositions définitivement adoptées pour la distribution du port ont été les suivantes :

1° Fixation de la limite provisoire du grand bassin, à l'Est, à une distance de 100 mètres de Taxe primitif de ce bassin, au lieu de la distance de 40 mètres qui avait été indiquée par la Commission nautique :

2° Elargissement de l'entrée du canal, du côté Est, de manière à établir la rive en prolongement de la limite indiquée ci-dessus;

3° Construction dans le grand bassin, attenante à sa rive Ouest, au Nord du petit bassin de l'Arsenal, d'une traverse destinée à constituer avec la rive Nord du grand bassin, un bassin dit du Commerce ;

4° Elargissement de l'entrée du bassin de l'Arsenal ;

5° Enfin, creusement, en arrière de la rive Ouest du grand bassin, au Sud du bassin de l'Arsenal, d'un nouveau bassin, dit, primitivement, du Four à chaux, appelé plus tard bassin Chérif.

Ces dispositions se justifiaient comme suit:

1° et 2° Elargissement de l'entrée du canal et limite est provisoire du grand bassin. — La Commission nautique avait été d'avis de ne pas poursuivre le creusement du grand bassin au-delà de la ligne qui prolongeait la berge Asie du canal, à 40 mètres, dans l'Est de l'axe primitif -du bassin.

Cet avis ne préjugeait rien sur la question de la largeur de l'entrée du canal.

La Commission avait dû penser qu'on élargirait cette entrée vers l'Ouest quand la nécessité en serait reconnue ; mais cet élargissement vers l'Ouest n'était possible qu'en détruisant l'important campement alors existant au kilomètre 1 du canal. Or, ce campement et toutes les installations qu'il comportait devaient être conservés pendant toute la durée

de l'exécution des travaux. Et, cependant, on devait prévoir la nécessité de la construction ultérieure d'au moins un dock au Sud de ce campement. Il fallait donc se réserver la possibilité d'élargir l'entrée du canal au moment où Ton créerait ce dock, et la solution tout naturellement indiquée consistait à reculer vers l'Est la berge Asie.

Il y avait lieu, d'ailleurs, de considérer, d'une part, que sur les 3 premiers kilomètres au moins du canal, on serait très probablement obligé, pour achever l'enlèvement des déblais que les dragues à long couloir n'auraient pas permis de déposer sur berge, de se servir de porteurs qui avaient besoin d'une assez grande largeur pour évoluer; d'autre part que les porteurs, les citernes flottantes, les bateaux à vapeur, etc., viendraient en partie faire leur eau à la prise d'eau qui se trouvait à l'origine du canal, rive Afrique, en sorte qu'il y aurait sur ce point une tendance à l'encombrement par le fait de la présence des bateaux en remplissage ou attendant leur tour.

C'étaient ces diverses considérations qui avaient amené à augmenter l'ouverture de l'entrée du canal en reculant la berge Asie dans l'Est. On avait estimé d'ailleurs qu'il suffisait de reculer cette berge de 60 mètres, c'est-à-dire de l'établir à une distance de 100 mètres de l'axe primitif du bassin, ce qui donnait à l'entrée du canal une largeur de 140 mètres à la ligne d'eau.

La largeur ainsi fixée pour l'entrée du canal avait déterminé la nouvelle limite Est provisoire du bassin. Cette limite avait d'ailleurs été arrêtée, à son extrémité Nord, de manière à ne pas trop réduire le chantier établi sur le lido au Nord du bassin, rive Asie, pour la fabrication et le dépôt des blocs artificiels destinés à la construction des

jetées.

3° Construction, dans le grand bassin, d'une traverse attenante a sa rive Ouest. — Cette traverse, normale à la rive Ouest du grand bassin, d'une largeur de 125 mètres et

d'une longueur de 200 mètres, s'avançant ainsi jusqu'à l'alignement de la jetée Ouest, se trouvait constituer dans la partie Nord du port intérieur, c'est-à-dire dans la partie la plus rapprochée du chenal d'accès, un petit bassin de 200 mètres de longueur sur 200 mètres de largeur.

Les motifs qui avaient déterminé l'exécution de cette traverse avaient été les suivants :

Création d'un bassin pour le commerce local ; Extension des terrains à bâtir et des quais réservés aux navires qui alimentaient la ville;

Installation de nouveaux bureaux et magasins de l'entreprise Borel Lavalley et C ,e ;

Augmentation du calme dans la partie Sud du bassin du port.

Nous entrerons, sur chacun de ces points, dans quelques détails.

Commerce local. — Il arrivait à Port-Saïd beaucoup de petits navires chargés de denrées et l'on expédiait du port, par le canal, sur la ligne des travaux, la majeure partie des objets de consommation : la localité ne produisant rien, on était obligé de tout y importer et l'on ne pouvait y arriver que par eau ; il y avait donc un grand nombre de barques affectées à ce trafic local.

Le seul emplacement réservé à ces embarcations était le quai Nord, côté Afrique, du grand bassin, et il n'y en avait pas d'autre pour le moment qui pût recevoir une semblable destination. Le quai n'avait que 200 mètres de longueur, et la moitié au moins en était occupée par le matériel de la Compagnie et par les installations de la maison de commerce Bazin et C lc , chargée de l'économat des services des vivres et denrées diverses de l'entreprise Borel Lavalley et C ie . Or, dans ces 100 mètres, la Compagnie et la maison Bazin étaient tellement à l'étroit, que, d'une part, la Compagnie était obligée de laisser, non sans inconvénient, la plus grande partie de son matériel flottant dans le chenal

maritime, et que, d'autre part, la maison Bazin avait dû, sur le terrain qu'elle tenait en location de la Compagnie 1 , creuser pour son service un petit dock communiquant avec le bassin du port par un canal ouvert à travers la voie publique du quai. Les 100 mètres restants du quai étaient encombrés par les barques amarrées sur deux et trois rangs.

Il fallait donc augmenter la longueur des quais réservés au commerce local.

Terrains à bâtir. — Les constructions privées avaient pris un développemement si considérable qu'il n'y avait plus de place disponible dans les parties remblayées de la ville proprement dite. Cependant, les nouvelles demandes de concessions étaient incessantes et il importait d'y donner suite. Il fallait donc augmenter la surface des terrains à bâtir.

Cette double nécessité d'accroître la longueur des quais du commerce local et la superficie des terrains à concéder entraînait le déplacement des bureaux et des magasins que l'entreprise Borel Lavalley et C l# occupait alors le long du quai Ouest du bassin : l'évacuation desdits locaux par l'entreprise permettait, en effet, de livrer au commerce loca toute la portion correspondante du quai Ouest et de concéder comme terrains à bâtir toute la partie de terrain en arrière.

1* La maison Bazin et C" occupait, en bordure de la voie publique du quai, •d'une largeur de 30 mètres, et à titre de location, un terrain de 77", 50 de façade et de 78 mètres de profondeur. Une partie de ce terrain, la plus éloignée du quai, sur laquelle se trouvaient une grande cave et deux bâtiments contigus, antérieurement construits par la Compagnie pour son service de vivres et d'objets divers de consommation, avait été, avec ses constructions, «aise à la disposition de la maison Bazin, non directement par la Compagnie, mais par l'entreprise Borel Lavalley et C" : la Compagnie, par convention du 25 mai 1865, avait cédé le dit terrain avec ses constructions en location aux Entrepreneurs, à un prix minime, moyennant rengagement pris par ceux-ci d'établir des dépôts de vivres et denrées diverses sur les différents chantiers de l'Isthme, et ce, aux clauses et conditions d'un marché passé par eux, le 21 janvier précédent, avec la maison Bazin, pour la gestion de leur économat. L'autre partie du terrain, celle bordant la voie publique du quai, avait été un peu plus tard, par acte du 20 décembre 1865, cédée en location par la Compagnie à la maison Bazin.

[Suivant acte de vente du 27 novembre 1872, l'ancienne maison Bazin et C'% devenue alors maison Bazin Savon et C'*, est devenue propriétaire des terrains et bâtiments qu'elle n'avait occupés jusque-là qu'à titre de location.]

iv. 20

Nouveaux bureaux et magasins de F entreprise Borel Lavalley et C le . — MM. Borel Lavalley et C la avaient eux-mêmes demandé que Ton créât dans le port une traverse et qu'on leur en laissât la jouissance. En accédant à cette demande,, en même temps que Ton satisfaisait, comme il vient d'être dit, aux besoins du commerce local et du développement de la ville, on obtenait cette double amélioration d'isoler les magasins et les bureaux de l'entreprise et d'augmenter la longueur, alors tout à fait insuffisante, des quais dont elle pouvait disposer.

Abri de la partie Sud du port. — La traverse, telle qu'elle était projetée, non seulement confinait la navigation de cabotage dans un espace suffisant et convenablement disposé au point de vue des relations avec la mer et avec la ville, mais encore elle avait pour résultat de donner plusde calme dans la partie Sud du port. Le rentrant ainsi formé dans cette partie Sud se trouverait naturellement disposé comme premier garage pour la composition et la décomposition des trains au commencement de l'exploitation.

4°, Elargissement de l'entrée du bassin de l'arsenal. — L'entrée du bassin de l'Arsenal devant se trouver désormais parfaitement abritée par la traverse ci-dessus décrite, il n'était plus nécessaire qu'elle conservât sa largeur réduite pour diminuer l'agitation qui aurait pu s'y propager en venant du grand bassin.

L'agrandissement de l'entrée augmenterait notablement la facilité des manœuvres d'entrée et de sortie sans compromettre le calme indispensable dans le bassin même.

5° Creusement d'un nouveau bassin, appelé d'abord bassin

du four- a-chaux, nommé finalement bassin chérif. mm.

Borel Lavalley et C lc avaient fait observer : d'une part, que la traverse dont on leur réserverait la jouissance ne pourrait recevoir que leurs bureaux et leurs magasins d'objets d'une valeur relativement élevée par rapport à leur volume ;.

d'autre part, que le bassin de l'Arsenal avait toujours été r était encore et resterait certainement dans l'avenir encombré par le matériel en construction, en montage et en répaparation. Us avaient en conséquence demandé que Ton créât, dans la partie sud et à l'ouest du grand bassin, un nouveau bassin qui serait mis à leur disposition pour y recevoir et décharger les navires qui leur apportaient du charbon, des bois et, en général, tous leurs gros approvisionnements de matières brutes et encombrantes.

Le pourtour de ce bassin devait servir de dépôt, et la manutention y serait rendue facile grâce au développement des berges.

C'était également dans ce bassin que serait remisé provisoirement le matériel à réparer jusqu'à ce qu'on pût l'admettre dans le bassin de l'Arsenal.

Ces diverses considérations justifiaient incontestablement la création du nouveau bassin qui fut creusé avec une largeur de 150 mètres, sur une longueur de 330 mètres.

D'après les explications et données qui précèdent, on voit que la distribution du port intérieur, telle qu'elle a été définitivement adoptée — et telle que les travaux ont été effectivement exécutés — s'est trouvée être la suivante :

Grand bassin du port dit bassin Ismaïl, creusé à 8 mètres de profondeur, et présentant, savoir: dans sa partie Nord, une superficie de 430 mètres de longueur, sur 300 mètres de largeur, soit de 12 hect ,90; dans sa partie Sud, une superficie de 475 mètres de longueur sur 500 mètres de largeur, soit 23 beet ,75; pour l'ensemble une longueur de bassin de 905 mètres et une superficie totale de 36 beol ,65;

Du côté Ouest du grand bassin (côté de la ville) trois bassins ne devant être creusés qu'à 6 mètres seulement de profondeur, savoir :1e bassin du Commerce, ayant 200 mètres de longueur sur 200 mètres de largeur, soit une superficie de 4 hectares; le bassin de l'Arsenal, ayant 180 mètres de

longeur sur 150 mètres de largeur* soit une superficie de 2 hwt ,70; enfin le bassin Chéri f, ayant 330 mètres de longueur sur 150 mètres de largeur, soit une superficie de 4 hMt ,95; ensemble, pour les trois bassins, une superficie totale de ll hee \65.

L'ensemble des bassins de Port-Saïd présentait ainsi une surface d'eau totale de 48 hecl ,30.

Il fut d'ailleurs décidé, — dans la prévision que certains talus des fouilles pourraient prendre une inclinaison atteignant jusqu'à 5 de base pour 1 de hauteur, et que quelques parties de berges pourraient être corrodées sous l'action du clapotis, — que les plafonds des divers bassins auraient leurs arêtes placées à une distance de la ligne d'eau égale à 5 fois la profondeur et que les portions de berges qui paraîtraient susceptibles d'être attaquées seraient protégées par des enrochements 1 .

Enfin, quant à la largeur des terre-pleins des quais, elle avait été, dès l'origine des travaux, fixée à 30 mètres.

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