DISCUSSIONS A LA CHAMBRE DES COMMUNES
Jeanne du 6 juillet i 883
M. BouRKR (membre de Topposition), ayaot demandé s'il était vrai que le (louvernement fût arrivé à un arrangement avec la Compagnie de Suez,
M. Gladstone répondit que le Président de la Compagnie était attendu le même jour à Londres sur le désir exprimé par le Gouvernement qui pensait que les choses se trouvaient parvenues à une phase où des communications personnelles avec le Président et le Vice-Président de la Compagnie seraient utiles. Il annonçait, en même temps, que des bases avaient été provisoirement établies d'accord, qui donnaient Fespoir fondé d'arriver à une conclusion satisfaisante pour toutes les parties.
Séance du 9 juillet
M. Palmer (libéral), ayant demandé si le Gouvernement était prêt à faire une déclaration concernant les négociations en cours avec la Compagnie du Canal et s'il croyait le moment venu de recevoir les appréciations et le concours du monde commercial conformément à la promesse faite le 26 juin précédent,
M. Gladstone répondit qu'il n'avait que très peu de chose à dire sur ce sujet, mais que l'on ne devait pas supposer par là qu'il reculait devant sa déclaration antérieure en tant qu'elle exprimait la croyance du Gouvernement à une réussite probable des pourparlers engagés avec M. de Lesseps; ceux-ci, toutefois, n'étaient pas encore assez avancés pour permettre de faire une communication à la Chambre.
M. Gladstone ajoutait qu'il avait reçu une lettre du représentant de Hull (M. Norwood, libéral), oii celui-ci exposait ce qu'il croyait être les vues du monde commercial, et que, naturellement, les points ainsi signalés étaient ceux auxquels le Gouvernement avait principalement prêté son attention. Il déclarait d'ailleurs, que le Gouvernement n'entrerait dans aucun engagement au sujet du Canal de Suez que sous réserve de l'approbation deJa Chambre.
16 PROGRAMME DE LONDRES Dl* 30 ^OVEMBRE 1883
Séance du ii juillet
Le Chancelier de TEchiquier ayant fait connaître à la Chambre les points principaux de Taccord intervenu,
M. BouRKB (membre de Topposition), posa au Gouvernement les questions suivantes :
1** Il était dit que le Goureruemcnt anglais devait user de son influence pour obtenir des concessions. Il serait intéressant de savoir auprès de qui devrait s'exercer cette influence : la Compagnie, dans Topinion du Gouvernement (télégramme de lord Granville publié il y avait huit ou neuf ans), était une Compagnie égyptienne et les droits que la Porte avait sur elle étaient indubitables, (tétait pour cette raison que Ton désirait savoir si Ton devait entrer en pourparlers avec la Porte relativement à la politique de concession?
2° Quelles garanties avait-on prises contre la ou les Puissances étrangères arrétaiit les relations de TAngleterre avec Tlude, la Chine et rOrient, via Canal de Suez ?
3** Serait-il dans les droits de paix de TAngleterre de prendre des mesures militaires pour la protection du Canal ?
4<^ Le nouveau canal serait-il la propriété de la Compagnie actuelle ; le siège de la Compagnie serait-il encore à Paris ; les tribunaux français et égyptiens auraient-ils juridiction sur le Canal qui devait être construit, en substance, avec le capital anglais ?
S^ Les deux canaux devraient-ils revenir au Gouvernement égyptien à la fin de la période à laquelle il avait été fait allusion ?
6* Les arrangements intervenus entre le Gouvernement et M. de Lesseps empêcheraient-ils une autre Société de capitalistes anglais ou autres de prendre ou de tenter d'obtenir une concession pour une autre Compagnie ?
Après tous les sacrifices qu'aurait faits l'Angleterre, devait-on comprendre que les relations de la Compagnie du Canal avec elle devraient demeurer en substance les mêmes que celles qui avaient existé jusqu'alors, et que le capital anglais dût être trouvé pour faire un nouveau canal, sur un sol étranger, sans assurer les droits souverains de TAngleterre pour la protection du Canal et du capital qui y serait engag*'"?
M. Gladstone, dans sa réponse, fit remarquer tout d'abord que, des six questions posées, trois se rapportaient à des points qui étaient intimement liés à l'accord intervenu, mais que les autres avaient trait à des questions de haute politique se rattachant à la position générale du Canal.
En ce qui concernait les questions politiques, il aurait évidemment, dit-il, à se concerter avec le Secrétaire d'Etat pour les Afiaires Étrangères.
En ce qui concernait les questions relatives au Canal, M. Gladstone
SUR l'accord PROVISOIRE DU iO JUILLET 1883
croyait pouvoir dire que le retour du Canal au Gouvernement égyptien resterait sans changement et que le domicile du Canal continuerait à être à Paris, mais avec des arrangements plus étendus relativement à l'introduction de Télément britannique dans l'administration et le gouvernement du Canal.
Quant à la question de savoir si un autre canal devrait être fait, c'était là une question de haute politique ; mais M. Gladstone faisait observer qu'il n'y avait rien dans l'arrangement avec M. de Lesseps qui touchât en aucune façon à ce sujet. Il entendait parler ici; bien entendu, d'un canal différent, avec une administration séparée et représentant des intérêts séparés, constituant une affaire totalement distincte, parce qu'il devait être bien compris que la construction, dans le délai le plus rapproché possible, d'un second canal, dans le but de faciliter le trafic, était, en réalité, la base de l'arrangement qui venait d'être conclu.
Le Chancelier de l'Échiquier donna à son tour les explications suivantes :
La forme dans laquelle serait demandée l'approbation de la Chambre serait naturellement sur le vote d'une somme ne dépassant pas 8 millions de livres sterling. La question tout entière pourrait alors être soulevée.
Sur la question fmancière, il pouvait dire que l'argent serait obtenu d'une manière très semblable à celle dont on s'était procuré les 4 millions pour l'achat des actions. II n'y avait aucune proposition tendant à ajouter aux impôts du pays.
Quant à la suggestion d'augmenter le nombre des administrateurs anglais, il n'y trouvait aucun avantage pour le pays, à moins que l'on n'eût insisté — chose qu'à son avis il n'aurait pas été raisonnable de faire — pour obtenir une majorité absolue dans le Conseil d'administration. L'arrangement actuel, par lequel l'Angleterre avait un nombre limité d'administrateurs, ayant les fonctions plus étendues qu'on se proposait de leur donner, était, pensait-il, bien meilleur pour elle qu'un grand nombre d'administrateurs anglais. Naturellement, quand l'Angleterre en viendrait à la jouissance de ses actions, en 1894, toute la question de la représentation des actionnaires serait différente.
Le Gouvernement n*avait aucune intention de proposer un changement de résidence. Toute division dans la direction serait, dans son opinion, extrêmement incommode.
Quant à la construction du Canal, un membre ayant demandé si le Gouvernement anglais aurait le pouvoir d'intervenir, pour le compte du pays, pour veiller à ce que l'argent fût convenablement dépensé, le Chancelier de l'Echiquier annonça que la construction du nouveau canal serait réglée d'accord avec les administrateurs anglais, dont l'un
iS PROGRAMME DE LONDRES DU 30 NOVEMBRE 4883
d'eux était un ingénieur très distingué. On devait être convaincu, ajouta-t-il, que le (îouvernement avait pris toute précaution nécessaire pour veiller à ce que l'argent fût convenablement dépensé.
Séance du 12 juillet
Un membre du parti libéral demande au Premier Ministre si des négociations se poursuivaient avec la Porte ou avec le Gouvernement égyptien au sujet du second canal proposé; et si, en vue des intérôLs politiques aussi bien que commerciaux de l'Angleterre, le Gouvernement obtiendrait pour le pays telle concession qui pourrait être nécessaire pour la construction d'un autre canal à travers l'isthme de Suez. M. Gladstone, en réponse à cette question — question qu'il considérait comme très importante, parce qu'elle portait essentiellement sur la compréhension claire du récent arrangement provisoire — annonça qu'il n'y avait encore en cours aucune négociation; mais il Ht observer en même temps que, sans aucun doute, pour donner effet à Tarrangement, si la volonté du Parlement était qu'il réussît, des négociations seraient nécessaires.
Suivant lui, voici quelle était exactement la situation : M. de Lesseps était en possession de la concession d'après laquelle il était en son pouvoir d'élargir considérablement, à grands frais, le canal existant, et de fournir au commerce de plus grandes commodités autant que lui et sa Compagnie pouvaient le Juger convenable, imposant alors, s'il leur semblait bon, les mêmes tarifs que ceux qu'ils percevaient déjà pour le passage des navires à travers le Canal. M. de Lesseps ferait donc cette grande amélioration dans le Canal. Mais le Gouvernement anglais avait pensé que le perfectionnement de beaucoup le meilleur et le plus efticace serait la construction d'un second canal parallèle : le trafic pourrait alors s'effectuer en passant par une voie pour l'aller et par Tautre pour le retour. Il n'était pas certain que le terrain que détenait M. de Lesseps fût suffisant pour lui permettre de faire ce second canal, auquel cas, le terrain étant la propriété du Gouvernement égyptien, la Compagnie aurait, non pas à acquérir de nouvelles concessions politiques, mais à acquérirdu Gouvernement égyptien le terrain nécessaire. Ce serait là l'objet préliminaire de toutes négociations en vue de la construction du second canal. M. Gladstone ne pensait pas qu'aucun privilège d'aucune autre sorte ou aucune modification à la concession primitive fût nécessaire.
En ce qui était de la seconde partie de la question, elle allait réellement au cœur du sujet, car elle revenait à ceci : M. de Lesseps, possédait-il un droit exclusif à l'égard des canaux à travers l'isthme ; et, s'il n'en était pas ainsi, l'Angleterre prendrait-elle des mesures pour défendre la liberté de l'isthme et établir ou obtenir les moyens de faire d'autres canaux ? Or, le Gouvernement estimait qu'il ne pour-
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