‹ Le canal de Suez (volume 4)Chapitre 60 sur 80 · Î84 INAUGURATION DU MONUMENT FERD. DE LESSEPS A PORT-SAÏD · texte numérisé non relu

Î84 INAUGURATION DU MONUMENT FERD. DE LESSEPS A PORT-SAÏD

L'un des témoins de cette pittoresque et curieose tonraée ne se doutait guère que son voyage serait suivi de beaucoup d'autres dans la même région. Son étonnement aurait été encore plus grand si on lui avait annoncé que les circonstances, à défaut de son mérite, rappelleraient à présider la solennité qui nous réunit aujourd'hui et à redire devant vous la gloire et le génie du créateur du Canal de Suez.

Quoique Ton fôt bien loin encore de la fin des travaux, M. de Lesseps commençait à laifcer des invitations pour l'inauguration du Canal. Son indomptable volonté avait décidé que toutes les difficultés seraient évitées et que tous les obstacles seraient surmontés a la fin de 1800. 11 était toujours attiré par ce qui semblait impossible aux autres.

Il y a au^jourd'hui trente ans, la rade de Port-Saïd abritait une floUe comme jamais aucun port n'en a contenue. Chaque bateau avait pour passagers des Souverains, des Princes et les hommes les plus renommés de toutes les contn'^es dt* rUnirere. La muni€cence du Vice-Roi Ismaîl les recevait au milieu d'un appareil de fêtes qui furent un long éblouissement. En présence de cette illustre compagnie, les prières musulmanes et les prièt^es chrétiennes montaient ensemble vers le Ciel et, sous une forme dilTérente, s'unissaient dans un même élan de joie et de reconnaissance. Le lendemain, l'Impératrice Eugénie, avec l'éclat de sa beauté, précédait une escorte de 80 navires. Les berges du Canal étaient ouvertes d'une foule accourue de l'intérteur du pays» acclamant les Souverains et surtout celui qui dans sa marche triomphale était le héros du jour.

Au milieu de ce rayonnement de gloire qui attire sur M. de Lesseps les regards du monde entier, nos yeux ne peuvent pas se détourner de ceux qui avaient été choisis pour collaborer à la gigantesque entreprise. J'ai déjà prononcé quelques noms, mais il en est qui ont droit à une mention spéciale. Et en première ligne, il nte faut rappeler que le confident et le conseil de tous les instants, depuis le début jusqu'à la fin a été M. Ruyssenaérs, le Consul général des Pays^as à Alexandrie. Pendant les longues négociations et pendant les absences de M. de Lesseps, M. Ruyssenaërs était toujours «ur la brèche, prévenait des difficultés qui survenaient, parait les coups que Ton cherchait à porter, contribuait par son esprit délié à résoudre les problèmes et à détruire les obstacles. Aucun agent ne pouvait rendre plus de services qu'il n'en a rendu et aucun n'aura contribué d'une façon plus complète au succès définitif.

M. Voisin Bey a été le Directeur de tous les travaux. Hien prépan^ à sa lourde tâche par de remarquables études et par une expérience acquise dans les services publics, il peut dire que le creusement du Canal a été son œuvre et il mérite l'hommage que l'on rend à ceux qui ont fait des chefs-d'œuvre. L'art de l'ingénieur n'en avait pasencori* accompli de semblables et, pendant longtemps, ce qu'il a fait servira de-

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modèle à ceux qui entreprendront des travaux analogues. H a eu près de lui M. GioiiL, qui donnait aux chantiers Tactivité et Fentrain que sa nature énergique savait communiquer à ceux qu'il avait sous ses ordres. M. Laroche a été de même le dévoué collègue de M. Voisin Bey, et au Jour des difficultés et des menaces^ il a su montrer que les qualités techniques étaient doublées chez lui d un courage et d'une résolution qui ont protégé et sauvé les travaux à une des époques les plus critiques qu'ils aient traversées.

Dans les vastes conceptions de M. de Lesseps n'entrait pas seulement le désir de fournir au commerce et à Tactivilé humaine les moyens de se développer et de prendre des chemins nouveaux. S'il déchirait des continents, c'était aussi et peut-être surtout pour améliorer le sort des hommes en leur procurant avec plus de richesses un peu plus de bonheur. Lors(|u'il amenait les eaux du Nil dans les parties desséchées <le l'isthme de Suez, il rêvait de rendre cette terre féconde et de faire revivre la culture et l'abondance dont les légendes bibliques entretiennent le souvenir. Pour donner un exemple, il pria un de ses jeunes collègues, M. Jules Guichard, de prendre la direction d'un vaste domaine qui lui avait été concédé. En quelques années, les .sables du désert étaient couverts de magnifiques récoltes et l'exploitation de rOuady montre ce qui peut être obtenu dans ces contrées, par l'intelligence et par la volonté. Ainsi que le rappelait dans un de ses remarquabiesiarlicles M. Churles-Roux, l'on pourrait citer également cette mise en valeur de la terre d'Afrique comme un type de colonisation. Il y a peu de temps, lorsque nous inaugurions le monument élevé à la mémoire de M. Jules Guichard, nous avons vu accourir, de tous les côtés du désert, des Arabes et des Bédouins. Ils tenaient k montrer le respect et la reconnaissance qu'ils avaient conservés pour leur ancien chef et que plus de vingt années écoulées n'avaient pu ni détruire ni diminuer.

Ceux qui s'établiront pendant le siècle qui va s'ouvrir sur le sol ■africain, — et le nombre en sera grand, — feront bien de relire les pages écrites par M. Jules Guichard sur la colonisation de l'Ouady. Ils ne trouveront nulle part un conseiller meilleur et un guide plus sûr. Après avoir si bien rempli la mission qui lui avait été confiée, M. Guichard organisa, avec non moins de bonheur, le Service du Transit et son esprit était si précis, et son jugement était si bon, que la plupart des règlements rédigés par lui sont encore appliqués aujourd'hui malgré les modifications introduites dans le Canal et dans la construction des navires. Lorsque M. de Lesseps mourut, ce fut M. Guichard qui le remplaça et, par les services qu'il avait rendus et pai' les connaissances qu'il possédait, il réunissait tous les titres pour prendre la place du f^lorieux fondateur de la Compagnie.

Parmi l's grandes qualités de M. de Lesseps, était celle de savoir

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