‹ Le canal de Suez (volume 4)Chapitre 62 sur 80 · INAUGURATION DU MONUMENT FERD. DE LESSEPS A PORT-SAÏD · texte numérisé non relu

INAUGURATION DU MONUMENT FERD. DE LESSEPS A PORT-SAÏD

matlres qui honorent le plus par leur talent Tadmirable Ecole de sculpture dont notre pays a le droit de s^enorgueillir. M. Frémiet devait comprendre la grandeur et le prestige de celui qu'il voulait représenter. Lui qui avait su faire revivre cette Jeanne d'Arc, « pleine de poésie comme le lys de la rosée », la Jeanne d'Arc d'Orléans et de Reims <( Jeanne la libératrice », a su aussi reproduire et rappeler les traits <lu grand entrepreneur « des tâches vastes et pacifiques », du grand libérateur des Mers.

Lorsque le soleil émergeant de Thorizon oriental se lèvera pour inonder de ses paillettes d'or les sables du désert, il enveloppera d^une éblouissante clarté la ligure qui se dresse devant lui ; le bronze rellétera ses rayons lumineux qui seront aussi des rayons de gloire, d'une gloire si bien méritée et que nous avons voulu perpétuer.

Les pavillons des nations en pénétrant dans le Canal de Suez s'abaisseront devant la statue de M. Ferdinand de Lesseps et ils salueront son immortalité. »

A son tour, M. le vicomte Mekhier de Vogué, membre de l'Académie française, s'expnme en ces termes :

Discours de M, le Vicomte de Vof/ûé

« Mo:(S8IGNEL'R,

« Mesdames, Messieurs,

'< Vous êtes venus, sur ces mers rassemblées, honorer l'homme qui leur commanda de servir son rêve, et qui fut obéi par les mers. J'ai charge de lui apporter le salut fraternel de la grande famille qui le réclame à un double titre, l'Institut de France. Au nom de l'Académie française, au nom de l'Académie des Sciences, je viens commémorer notre illusti*e confn^re devant la statue qui le figure, dans le lieu où Ferdinand de Lesseps est présent, tout entier, pour les siècles. Son oorps périt ailleui^; son âme vit ici, sur le chantier de tramil que sa pensée ne quitta jamais, sur le Canal où cette pensée obstinée sest faite œuvre vivante.

Pourquoi donc était-il dans nos Compagnies de savants et d'écrivains, ce confrère actif qui ne se piquait ni de science — parce qu'il devinait ce que lu science étudie — ni de littérature, parce qu'il écrivait sur son grand livre, la planète ? Ferdinand de Lesseps, enti-epreneur: ainsi le qualifient les actes commerciaux où son nom est mentionné. Réfléchissons, Messit^urs, au sens premier v,i à la beauté intérieure de ce mot: pris à une certaine hauteur, il définit la profession de tous les génies hors cadres qui ont conçu, osé, réalisé une entreprise extraordinaire ; il désigne à nos suffrages tous les poètes de la pensée ou de l'action, quel que soit leur outil, qui modelèreut le monde sur la forme de leur rêve. Lesseps était des nôtres au même

titre qu'un autre confrère, un autre entrepreneur, qui le précéda sur cette terre d'Egypte où il donna à Tlnstitut de France des lettres de grande naturalisation ; celui-là s*appelait Napoléon Bonaparte ! Lesseps a ramassé une des idées de Bonaparte ; et de la graine jetée au veut du <lésert par ce génie prodigue, il a fait germer et croître celte forêt de iiKils qui relie l'Orient à l'Occident.

Idée ancienne, d'ailleurs, vieille comme l'audace des navigateurs. Vous savez tous — on vous le rappelait tout à l'heure — comment le mirage des mers réunies a plané sur le désert pendant des milliers tannées, depuis Taubo des temps historiques; chimère toujours tentatrice, toujours irréalisable pour les grands esprits, pour les maîtres puissants qui la caressèrent un instant et ne surent pas la féconder. 11 semble qu'avant de faire sur l'œuvre du Créateur cette retouche 'essentielle, l'esprit humain ait dû procéder comme la nature dans ses 'îormations géologiques ; une gestation séculaire, une lente accumulation de petits efforts prépare tous les changements durables dans la -structure de notre globe. Laissez-moi croire, dans Tordre spirituel comme dans l'ordre cosmique, à cette force de la tradition, à ce lieu d'aide mutuelle entre les générations, qui fait qu un désir ancien de rhumanité, longtemps inefficace, aboutit enfin et se réalise après qu'il a mûri dans beaucoup de cœurs. Désirs des vieux Pliaraons, des conquérants romains, des khalifes arabes, du conquérant français et de ■ses savants confrères, désirs de Sésostris et d'Alexandre, de César et de Bonaparte, il n'a pas fallu moins que toutes ces velléités pour Torger enfin la volonté que nous avons vu vivre et vaincre dans la pereonne de Ferdinand de Lesseps.

Une volonté ! C'était tout l'homme. On a tout dit de lui quand on a prononcé ce mot. Concentré sur une idée juste, ce vouloir exclusif et passionné l'a conçue, portée, nourrie, défendue et développée à toutes ries périodes de la croissance, comme fait la mère pour le fruit de ses •entrailles. Qu'était-ce que les travaux du fabuleux Hercule, en comparaison des difficultés dont Lesseps a triomphé? Elles étaient innombrables, elles paraissaient invincibles. M. Charles-Iloux vient de les retracer dans une belle page d'histoire ; mais nul récit n'en peut donner idée à ceux qui n'ont pas suivi de près la genèse et la pénible •enfance du Canal. Résistances de la matière, résistances pires de l'ignorance et des préjugés, appuyés sur une science trompeuse ; panique •des capitaux timides, ligues des intérêts contraires; force d'inertie des uns, oppositions violentes des autres, rien ne fut épargné à Lesseps.

Il allait quand même, il écartait les mauvais desseins des hommes •comme il déblayait les sables de ses tranchées. Les difficultés revenaient, le Khamsin ramenait les sables ; il ne se troublait pas, il creu- -sait plus avant, tel ce Néhémias qui rebâtissait le temple la truelle dans -une main, le bouclier sur l'autre.

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